Eylion Grenn

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Ennrael
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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 01 avr. 2019, 16:32

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Une respiration rapide. Sourde.

Le Mage se força à relever la tête vers le Miroir. Les derniers temps n'avaient pas été tendres avec lui. Mais enfin...

Enfin...

Tout était fini.

Ses pensées se tournèrent vers les derniers mois passés. Il avait l'impression d'avoir vécu un millier de vies. Il n'en était sans doute pas loin. Ses aventures avec son ancienne Femme ressemblaient presque à une promenade de santé par rapport à tout ce qu'il avait dû surmonter.

Il avait accédé à l'Orient de la manière la plus inattendue possible, lors d'un rendez-vous "romantique" avec Solid qui avait failli mal tourner quand l’Écorcheuse s'en était mêlée. Une douleur à la pierre noire qui lui servait d’œil droit. Le bord d'un précipice dans un coin reculé de Dravania. Un pas en arrière de trop. Il se souvenait, oui, du cri du Démon. Il avait senti le Vent autour de lui, la gravité les emporter. Il avait senti ce dernier l'envelopper de ses bras mais il avait perdu conscience quand ils étaient passés au travers de la Faille ouverte par Solid. Il ne devait apprendre que plus tard sa rencontre fugace avec l’Écorcheuse. Leur échange s'était déroulé hors du Temps et de l'Espace, séparés par le Voile entre les Mondes. Elle avait senti sa présence, sans vraiment le distinguer.

Écorcheuse: Oh... avait-elle fait, surprise. De la Visite?
Solid: Je n'ai pas trop eu le choix...
Écorcheuse: Bonjour! avait-elle dit en esquissant un sourire radieux.
Solid: Bonjour...

Elle avait essayé de se rapprocher avant de s'apercevoir qu'elle ne pouvait pas dépasser la limite du Voile.

Écorcheuse: Je ne vous vois pas très bien... avait-elle émis en plissant avec un air "mignon" ses yeux, une moue pour accompagner le geste. Je vois pourtant toujours bien les Visiteurs...
Solid: M-merci? Mais qui êtes-vous? Et où sommes-nous?

Un rire cristallin s'était élevé dans l'obscurité.

Écorcheuse: Je m'appelle Lucrétia! Vous êtes chez Moi... Chez Nous...!
Solid: Lucrétia... je suis Solid Shield.

Il y avait eu alors comme des reprises de souffles soudaines, aux accents fantomatiques avant que des voix, venues de nulle part, n'éclatent.

Voix: C'est Lui! C'est Lui!
Voix: Mademoiselle, ne l’écoutez pas!
Solid: ...?
Lucrétia: Solid...?

Elle avait porté un index à ses lèvres roses, perplexe, avant d'écarquiller les yeux.

Lucrétia: Lui!
Solid: Lui-même...

Elle avait alors eu comme un cri de rage, passant d'une humeur à l'autre avec une vitesse assez effarante.

Lucrétia: Tu fais parti de ceux qui veulent mon Écorché!
Voix: Mademoiselle est en colère!
Solid: ...
Voix: Un Thé, Mademoiselle!
Voix: Vite, un Biscuit!
Solid: Je suis ravi de vous rencontrer enfin...

Elle avait fait jaillir, d'un geste de main, de multiples ronces du sol pour poignarder quelque chose en-dehors du décor. Un cri féminin avait retenti par la suite.

Lucrétia: Où EST-IL?! avait-elle hurlé, ne semblant pas vraiment se rendre compte de ce qu'il se passait, ni "où" était Solid.
Solid: D'ici... vous ne devrez pas réussir à voir le doux sourire de votre Écorché... c'est bien dommage...
Lucrétia: Vous ne lui ferez pas de MaL, tous... tous à profiter de Lui... Il ne voit pas... Je ne peux pas...
Voix: Mademoiselle!

Elle avait hurlé de manière hystérique à la suite des Voix qui s'étaient tues.

Solid: Je pourrai vous guider jusqu'à lui... mais vous devez me faire partir d'ici, ou plus personne ne l'aura s'il reste trop longtemps là où il se trouve présentement.
Lucrétia: Partir? Personne ne part d'ici... JaMais.

Elle avait alors semblé perplexe en captant enfin ce que disait Solid, les sourcils froncés et les poings fermés, le torse gonflé, dans une posture d'enfant capricieuse.

Lucrétia: ... Mon Écorché est ici?
Solid: Pas tout à fait... mais votre Écorché va se faire dévorer par des Démons sans la moindre noblesse si vous ne me laissez pas aller le chercher.
Lucrétia: ...! Personne n'a le droit! PERsOnNe! s'était-elle exclamée, le fond d'un de ses yeux, le rouge, étant devenu noir comme la nuit. Vous n'aurez pas longtemps mon Écorché... Je le retrouverai, il est à moi! Tous à lui sourire. Je lui offrirai des Jouets et plus jamais il ne me quittera... Plus JaMais.

Face au silence de Solid, elle avait tenté de s'avancer à la limite du Voile. Contrariée, le fond de son deuxième œil avait viré au noir, sa voix prenant des accents démoniaques.

Lucrétia: Je récupérerai mon Écorché.

Tout aussi soudainement, ses yeux et sa voix étaient revenus à la normale, offrant à son interlocuteur un sourire angélique.

Lucrétia: ... Redonnez le moi, je vous donnerai ce que vous voulez.

Elle avait émis ses propos avec un ton "mignon", comme une enfant qui demanderait une friandise à son père adoré.

Solid: Dans ce cas... c'est vous que je veux.

La demande avait eu le don de la prendre au dépourvu.

Lucrétia: Moi?
Solid: Oui, c'est ce que je veux. Allez-vous revenir sur votre parole?

Elle avait incliné la tête sur le côté comme une enfant perdue, changeant avec une vitesse effarante d'expression.

Lucrétia: Je ne comprends pas...
Solid: Soyez à moi... Obéissez-moi... et vous pourrez être aux côtés de votre Écorché...

Elle avait incliné la tête de gauche et à droite.

Lucrétia: Vous obéir?
Solid: Écoutez mes paroles... les exécuter... être avec Eylion... avec votre Écorché...
Lucrétia: Mais je vous écoute! avait-elle protesté comme s'il lui avait fait un reproche. Je veux être avec mon Écorché, oui... Mais je ne comprends pas, être à vous... Me fiancer? Fille? Père ne m'a pas vraiment parlé de ça.
Solid: Vous n'aurez qu'à faire tout ce que je vous dis... et je vous réunirai, vous et votre Écorché.
Lucrétia : Tout ce que vous dites... Je ne sais pas si Père serait d'accord... avait-elle en joignant ses mains devant elle avant de se balancer à gauche et à droite.

Les bords du Voile s'étaient alors mis à rétrécir, démontrant sans doute que le Temps était compté.

Solid: Oh... alors vous n'avez pas l'air de tenir autant que ça à votre Écorché... c'est décevant...

Elle avait eu les larmes aux yeux à cette énonciation.

Lucrétia: Si! Mais... Il faudrait que je demande la permission de Père... Il ne voudra jamais... Mais... est-ce que je serai vraiment avec mon Écorché?
Solid: Dans ce cas, pourquoi écouter votre père s'il veut vous priver de votre bonheur? Ne serait-ce pas lui qui vous en prive, si l'on y réfléchit bien?
Lucrétia: Papa a toujours tout fait pour moi! s'était-elle exclamée, d'une petite voix stridente. La Maison, tout... Les Heures de Thé. Je suis sa Fille, je suis une Fille Sage, parfaite, je ne ferai rien pour mettre en colère Papa...

Elle avait plaqué ses mains sur son visage.

Lucrétia: C'est de leur faute, À ToUs.
Solid: Ce n'est pas bien de reporter la faute sur les autres... votre Père... ou votre Écorché... vous ne pourrez en avoir qu'un... et il ne vous reste plus quelques instant pour choisir... Tic... Tac...

Elle s'était mise à pleurer.

Lucrétia: Papa ne voudra jamais...

Un grondement lointain s'était alors fait sentir, faisant trembler le décor.

Lucrétia: ...?! Non...! Papa, je te jure... Je suis une gentille Fille... Ce n'est pas Moi, je te...

Et ce fut là que le Voile s'était clôturé, permettant à Solid d'aller arracher Eylion aux mains d'un de ses confrères avant de revenir dans le Monde Réel. Seulement, la nouvelle Faille les avait envoyé à l'autre bout du monde, à Kugane. Après une telle dépense en énergie, le Démon était tombé dans un coma lourd, laissant le Lunaire gérer la situation. Yunaia et Curious leur avaient permis, par la suite, de rentrer sans heurt en Eorzéa après une harmonisation auprès de l'Éthérite de la ville orientale.

Peu de temps après, le Mage s'était joint à une expédition menée par C'thay pour faire le sauvetage de Wiloh, alors entre les mains de son ancien Nunh. Le sauvetage avait pu se faire après un âpre combat. Ce ne serait pas la dernière fois que la route d'Eylion allait croiser celle de Wiloh qui devait compter parmi ses patientes "habituées".

Vers la fin de cette quête, une Affaire était arrivée à la Brigade. Une Affaire que le Lunaire allait considérer comme la pire Affaire dans ses dossiers. "Fiasco" était encore un euphémisme pour désigner le frisson qui devait parcourir son dos dès qu'il entendait le terme "Affaire Hunter". Les Hunters, une longue lignée de chasseurs de démons, investis d'un pouvoir héréditaire concernant les Failles. Tout avait commencé par l'arrivée de Gwenelle Noirterel, femme du défunt Calypse Hunter, à la Brigade.

Elle avait mandé leur aide pour sauver son fils, Alexis, capturé par un groupuscule obscur, dont ils n'apprendraient le nom que tardivement. Le Cercle. Elle avait craint la corruption de ce dernier par ses ennemis, évoquant la possibilité de le tuer si jamais les pouvoirs des Hunters venaient à tomber entre de mauvaises mains. Le Mage s'était senti de suite concerné par la mission, ayant dû tuer son propre fils adoptif pour mettre fin à ses exactions.

S'il y avait un moyen, un seul, d'épargner ce sort à un autre parent, il avait été prêt à tout pour le trouver.

Mais rien ne l'avait préparé à ce qui allait se passer. Gwenelle avait impliqué de nombreuses personnes dans l'enquête, venant de tous les horizons. Bien trop même. L'enquête s'était faite sans aucune cohérence, aucune coordination, aucun réel travail d'équipe. Malgré ce Chaos, un bien en ressortit car ce fut là qu'il rencontra Kyuuji Atagi, prêtre oriental de son état, fondateur de l'organisation Opale. La seule voix qui avait tenté de tendre la main pour joindre ses efforts à ceux qui en voulaient bien. L'instinct du Mage y avait vu là une âme bien plus composée et bienveillante que d'autres. Ils allaient devenir de très bons amis par la suite et des supports moral mutuels.

Deux camps s'étaient formés. Ceux qui voulaient tuer Alexis et sa compagne, Tali, enceinte de ce dernier. Ils voulaient mettre fin à la lignée des Hunters et à leur pouvoir, de façon à écarter la menace de manière "définitive". Et puis il y avait son camp, ceux qui voulaient retrouver Alexis et sa famille pour les étudier et trouver un moyen de mettre fin au pouvoir des Hunters par d'autres biais. Au milieu, il y avait Gwenelle, détentrice des informations les plus vitales pour cette quête.

Ce fut également durant cette période qu'Eylion avait dû faire face à ses troubles avec Yunaia. Celle-ci, après quelques temps, lui avait annoncé être attirée par deux hommes, Djin et Aezen. Coincé dans son rôle d'"ami", il s'était efforcé de la soutenir et de faire "bonne figure". Il avait dû subir les affres de sa propre Jalousie à chaque fois qu'il devait voir Yunaia en compagnie de Djin et Aezen. Et pourtant, quand il la voyait sourire ou rire, il s'était efforcé de sortir à chaque fois du Tapas pour ne pas éclater, pour ne pas gâcher l'ambiance.

À force de se contenir, à force de ne pouvoir être lui-même, quand il fut sur le point d'envisager d'enlever Djin pour le mettre à l'épreuve, il s'était aperçu que son Amour pour Yunaia le faisait complètement dérailler.

L'inévitable se produisit.

Il craqua.

Il avait fini par l'appeler un jour, à bout.

Yunaia: Ouiii? avait-elle répondu dans un rire joyeux.
Eylion: ... C'est Eylion, Yuna, avait-il amorcé avec un ton placide qui n'annonçait rien de bon.
Yunaia: Eyl'... qu'est-ce qui se passe? avait-elle demandé, soudainement inquiète à son ton.
Eylion: ... Je ne reviendrais plus au Tapas.
Yunaia: Qu... Pourquoi? Où es-tu? avait-elle fait en déglutissant doucement. Eyl', si tu fais ça pour me mettre en sécurité c'est...
Eylion: Non, Yuna, c'est pour nous deux que je le fais. J'aurai aimé tenir la promesse que je t'ai faite mais je ne peux pas mentir. Je ne peux plus me mentir à moi-même. J'ai essayé de faire des efforts, j'ai essayé d'être vous, toi comme Solid, mais je ne le suis pas. La Vérité, Yuna... C'est que je ne pourrai jamais sourire à l'homme que tu choisiras.

Elle avait eu le souffle coupé.

Yunaia: Tu... Je ne te crois pas, pourquoi ce revirement, tu... tu es en train de me dire qu'on ne se verra plus du tout? Tu m'abandonnes, je veux dire... et notre amitié, je ne comprends pas, c'est pas... crédible tout ça, tu es dans ton état normal? Je viens au QG, on va en parler. Je n'arrive pas à croire que tu fasses ça par linkperle en plus. On te force à me le dire, c'est ça?
Eylion: Je ne me force pas... Pourquoi ce revirement...? La dernière fois que je suis passé au Tapas, avec Aezen dans le coin, j'ai compris... J'ai compris que j'étais en train de me foutre en l'air et de foutre en l'air le monde à côté de moi. J'ai songé à enlever Djin. Pour le mettre à l'épreuve. J'ai songé à enlever quelqu'un pour toi. Quel genre d'Homme qui fait un Choix irait aussi loin?!
Yunaia: Hein? Tu... enlever Djin? Mais... 'fin, Eylion tu...

Elle avait soupiré, déglutissant encore avant de s'efforcer d'étirer un sourire.

Yunaia: Un homme amoureux, Eylion, ferait ce genre de chose, c'est... pas un mal d'y avoir songé mais tu ne l'as pas fait et puis, même si ça avait été le cas, tu ne lui aurais pas fait de mal et c'était pour me protéger. Bon, d'accord, c'est un peu extrême, mais... tu veux renoncer à nous, à... tout ce qu'on a au lieu de tenter de te contrôler et d'apprendre? Tu... crois que tu vivrais mieux sans moi?
Eylion: J'aurai pu le faire, j'étais SUR le point de le faire et même à chaque fois que je viens... L'ambiguïté... Je ne peux même plus me regarder dans le miroir. Solid ne mérite pas ça. Me contrôler n'est PAS le problème mais je ne peux plus vivre cette torture, je ne peux plus vivre dans la culpabilité, je ne peux plus vivre dans la dualité. Je ne pourrai pas vivre en te voyant auprès d'autres hommes mais je ne pourrai pas vivre en te voyant seule. Je ne peux plus vivre l'impuissance, la frustration. JE NE PEUX PLUS.
Yunaia: Eyl'... avait-elle fait, la gorge nouée au possible. Pitié, dis-moi où tu es... on va en discuter, Solid est avec toi? Tu... tu lui en as parlé? On va trouver un moyen, essaie juste de... te calmer un peu. Je t'en prie.
Eylion: Je ne lui en ai pas parlé et je ne lui en parlerai pas. Il mérite la Paix après toutes ces saloperies!
Yunaia: Le cacher n'est pas la solution non plus Eyl'. Il a le droit de savoir ce que tu vis, ce que tu ressens, il veut ton bonheur et ce n'est pas le cas, et... te priver de moi ne va pas améliorer les choses non plus. Tu le sais, on le sait tous les trois, il a aussi son mot à dire. Laisse moi te rejoindre, appelle le qu'on en discute ensemble, et... si tu veux vraiment que je sorte de vos vies alors... je le ferais mais, ne fais pas ça en linkperle, je mérite mieux moi aussi, laisse moi au moins essayer de te calmer un peu Eyl'.

Il avait tenté de reprendre son souffle, son calme. Les arguments de la jeune femme lui avaient parlé à ce moment.

Eylion: ... Ce soir, chez Moi. Et non, je ne lui en parlerai pas parce que SON bonheur à lui, je m'en soucie.
Yunaia: Je vois, alors... que le mien, c'est plus facile à lâcher, j'imagine... mais... tu as raison, avait-elle fait en déglutissant. Tu as fait ton choix... C'est lui ta priorité maintenant.

Elle avait marqué un temps de silence, sa mâchoire serrée.

Yunaia: Je te libère dans ce cas, prend soin de lui, prend soin de toi Eylion.
Eylion: ... Plus facile? Non mais avec moi dans les parages, tu ne le seras jamais. Il faut parfois faire un Choix pour le bien de quelqu'un... Pas ce dont il veut mais ce dont il a besoin. Je veux que tu trouves le Bonheur, je veux que tu trouves quelqu'un... Un quelqu'un que j'aurai envie d'égorger, des soirées en perspective que je pourrirai par mon humeur. Je pourrai ravaler, jouer la comédie, Mentir... Mais est-ce que c'est quelque chose que tu voudrais ou que je pourrai même supporter moi-même?
Yunaia: Mon bonheur, c'est toi... Sans toi... Je ne vois pas comment continuer... Si... c'est ce que tu penses être le mieux, alors Adieu, Eylion.

Elle avait alors détruit sa perle, coupant tout contact. Il s'était effondré à genoux avant de hurler, sans discontinuer. Il savait. Il savait qu'en faisant ça, il la jetait dans les bras de Djin. Mais il devait endurer la pensée. Pour leurs Bonheurs communs, il s'était efforcé de ne pas chercher à la revoir. Les jours suivants, il n'était pas parvenu à sortir de sa chambre. Il n'avait pu que se répéter en boucle qu'il devait accepter. Il devait accepter. Il devait accepter. Il ne devait pas céder. Il ne céderait pas. Il ne courrait pas au Tapas. Il ne frapperait pas Djin. Il n'emporterait pas Yunaia.

Seule la présence de Solid, encore une fois, avait apporté au Lunaire une ancre et du réconfort au milieu de la tempête. Lunaire qui avait tenté de se rassurer en disant que la jeune femme était bien entourée. Son entourage lui apporterait la force nécessaire de s'en sortir. Du moins, jusqu'à ce qu'il apprit que Yunaia cherchait à devenir immortelle, pensant que c'était là d'où venait le problème, et que ses proches l'aidaient en ce sens. Le Mage avait hurlé son indignation. Il ne connaissait que trop bien les dangers d'une telle quête. Lui-même n'était immortel que parce qu'il était lié à une démone folle à lier.

Il n'avait pas pu se résoudre à la laisser se mettre en danger comme ça alors il avait accourru. Il avait ignoré, à ce moment-là, que Yunaia avait déjà choisi Djin. Il n'avait commencé à le comprendre que quand il avait vu le concerné à sa place exacte, tenant Yunaia entre ses bras sur le divan. Cette vision lui avait brisé le coeur.

Il le comprit tout à fait quand il emmena Yunaia au QG pour en discuter en privé avec Solid. Elle avait soudainement changé d'avis. Non, elle ne voulait plus être immortelle. Elle n'était même pas avec eux durant la discussion, regardant vers l'escalier. Vers Djin. Il le savait. Sa seconde erreur fut de ne pas la laisser partir. Il avait prolongé la discussion, il avait tenté, avec maladresse, de lui expliquer les raisons pour lesquelles il ne pouvait pas consentir au trouple. Chaque mot était un prétexte, une seconde, une minute de plus pour la maintenir auprès de lui. Il voulait la guérir, il voulait la prendre dans ses bras, lui assurer que tout irait bien. Mais il devait rester ferme.

Pour son Choix.
Pour Solid.
Pour la Raison.

La conversation fut à la hauteur de son erreur. Yunaia ne comprenait pas les raisons d'Eylion. Elle ne comprenait pas l'importance que les trois personnes impliquées dans un trouple s'entendent bien et qu'elles soient toutes en mesure d'avoir les épaules pour s'adapter à une telle situation. Tout le monde n'était pas fait pour ça et le Mage était assez intelligent pour comprendre ce fait.

Il voyait les liens délétères entre ses deux aimés. Il connaissait assez la jeune femme pour savoir qu'elle ne pourrait pas supporter une telle situation à terme. Et plus que tout... Il savait que Solid serait le premier à partir.

Eylion: Pour ma part, je n'envisage pas les choses autrement que sous le signe de l'équité... Une chose qui est impossible ici... Au vu de vos caractères respectifs.
Yunaia: Mais... tu plaisantes là, la confiance qu'on a à débuté bien avant nos sentiments, on était amis avant tout!
Eylion: Oui mais ce qu'il y a entre toi et moi, Yuna, ne peut pas être comparé à ce qu'il y a entre toi et Solid.
Yunaia: L'équité? En quoi nos caractères sont un problème, je n'ai rien fait et je n'ai jamais rien dit.
Solid: Je parle de ma confiance envers toi, je ne me permettrai pas de juger celle d'Eylion.
Yunaia: Il n' y a rien entre Solid et moi parce qu'on a pas eu le temps... avait-elle lancé, haletante.
Eylion: ... C'est compliqué à expliquer... Mais ne serait-ce que par vos échanges, passés et actuels, j'en ai eu la preuve... S'il n'y a pas eu de pas de la part de Solid, il n'y en a pas eu également du tien.
Yunaia: Tu ne m'as même pas laissé une seule chance de te la montrer, Solid. Ni même de la gagner. Et... si j'avais fait le pas, Eylion? Tu n'aurais pas pensé que je tentais d'être entre vous? Et puis cuisiner pour le QG, t'aider pour lui faire plaisir, c'est pas faire un pas envers lui, ça? Montrer de l'intérêt pour lui, combien de fois j'ai demandé comment il va, ou que tu le salues de ma part, l'a t'il fait lui? A t'il fait des présents ou des marques d'affection envers moi ou le Tapas ou tout autre geste comme j'en fais pour vous, moi?
Eylion: Saluer ne veut pas dire aller voir l'individu en question non plus.

Elle avait dégluti et avait soupiré en se redressant, le visage crispé et dégoûté.

Solid: Voir comment tu as tenu ton engagement... comment tu as réagi face à l'apparence adulte d'Eylion... l'état dans lequel j'ai retrouvé Eylion après certaines de vos rencontres... Si, tu as eu des chances, Yunaia. Mais la confiance est un miroir et même si je recolle les morceaux, je verrai toujours les fissures.
Yunaia: Je vois, tu as le dernier mot pour tout... j'ai bien compris, je m'épuise pour rien à me justifier comme dans un tribunal. Visiblement, ça ne sers à rien, je ne vois pas pourquoi tu m'as fait venir, Eylion.

Il l'avait fait venir par souci pour elle, vis à vis de ce qu'il avait entendu de ses recherches d'Immortalité. Quand il avait entendu le terme de "tribunal", il avait eu la même impression que si elle avait pris un poignard pour le lui enfoncer dans le ventre. Elle savait, elle savait pertinemment ce qu'il avait traversé avec son ancienne Femme. Utiliser un tel terme n'avait pas été du hasard.

Yunaia: ... Et, c'est ma faute, hm? C'est moi le monstre, celle qui le détruit à chacune de nos rencontres?

Eylion secoua la tête. La discussion partait en vrille et il avait l'impression que tous ses propos étaient déformés par un prisme négatif.

Yunaia: Vous me donnez envie de vomir, vous êtes... cruel, mesquin et... je n'ai plus rien à faire ici.
Solid: Je ne t'ai pas traité de monstre, je t'explique pourquoi je n'ai pas toujours pas confiance. J'ai l'impression de revoir la même scène que lorsqu'on a eu cette conversation...
Eylion: Yuna...!
Yunaia: Je rentre chez moi... tu pourras te vanter d'avoir une femme qui t'aime autant qu'elle te hait à l'instant même, Eylion... Je méritais pas tout ça...

Le Démon avait soufflé pour maintenir son contrôle de lui-même.

Eylion: Non, alors, je ne pensais pas que Solid pensait ça par rapport à... et ce n'est pas un tribunal, merde.
Yunaia: Ah non? Je le vis comme ça, excuse moi mais là... il a été trop loin...
Solid: ...

Elle n'avait plus contenu ses larmes, le souffle au plus court, dégoûtée.

Eylion: C'est la preuve même qu'il n'y a pas de communication entre vous, qu'il y a des quiproquos même!
Yunaia: Oui, de gros quiproquos et peu importe ce que je dis, je n'ai aucune chance...
Eylion: C'est ce que j'essaye d'expliquer, de me tuer à expliquer... Arrête de dire ça... Si Solid pense ainsi, pourquoi ne pas me laisser le temps de répondre, d'expliquer moi-même?
Yunaia: Tu l'as choisi, c'est ton compagnon, moi je... je ne suis plus rien et je suis celle qui te détruis, j'ai bien compris. Je... je veux juste rentrer chez moi maintenant.
Eylion: Je n'ai jamais pensé, JAMAIS que tu me détruisais. Est-ce que je l'ai dit À UN SEUL moment?
Yunaia: Non mais que tu n'as jamais pris ma défense une seule fois devant moi jusqu'ici, Eyl'.
Eylion: Ce n'est pas une question de défense, j'ai souligné que je voyais que, de part et d'autre, il n'y avait pas eu de pas et que par rapport à ça, comment je pouvais réagir autrement qu'en devant faire un Choix?

Il avait bel et bien parlé des deux, et il n'avait jamais pensé ces faits en matière de reproche. Il les avait pris tel qu'ils étaient: des faits.

Yunaia : J'en ai fait des pas, à ma manière et... tu ne voulais pas d'une relation à trois, alors... je me suis dit que je devais pas non plus trop tenter de me rapprocher de Solid mais j'en avais envie.
Eylion: ... Je ne t'ai jamais interdit d'approcher Solid... mais c'est vrai que je craignais que vous ne vous esquiviez l'un et l'autre... Je ne voulais pas non plus favoriser les rencontres pour ne pas vous heurter.

Elle avait soupiré.

Yunaia: Ça fait pas mal de quiproquos là...

Au final, Solid avait refusé de poursuivre la conversation et elle était repartie. Lui s'était effondré. Littéralement. Il savait qu'il l'avait perdu. Les suivants jours furent un enfer. Il était tellement mal en point que le Démon l'avait poussé à partir en voyage pour récupérer, loin de tout. Au départ, le Lunaire avait voulu refuser. Ils étaient en pleine affaire Hunter, comment pouvait-il partir? Solid lui avait alors fait comprendre qu'il n'était en état d'aider personne. Comprenant qu'il serait plus un poids pour son camp qu'autre chose, le Lunaire avait fini par consentir à cette pause.

Alors qu'il était en train de réfléchir sur sa destination, il avait reçu une lettre inattendue. Le courrier, à l'écriture élégante, avait été rédigé avec les techniques les plus fines de la calligraphie.

Salutations,

Lors d'une rencontre avec un confrère Mage, j'ai eu la chance de mettre main sur votre théorie concernant la gestion de l'Ether. J'étais intrigué par votre perception sur les formules citées dans votre traité et je crains que vous n'ayez fait erreur sur la seconde partie. Mais toutefois, le reste mérite un développement approfondi. C'est pourquoi je vous propose de nous rencontrer à l'Académie Trahène où je séjourne temporairement pour en débattre et en discuter.

Cordialement,
Xero S.
Xero. LE Xero? L'Arcaniste avait déjà entendu parler des aventures de ce dernier mais jamais il n'aurait pu se douter de recevoir une proposition pareille. Une part de son Ego s'était gonflée à l'idée qu'une célébrité puisse lire ses études. De même, son Orgueil avait été piqué à la remise en question d'une partie de son travail. Mais cette piqûre n'avait fait que nourrir son enthousiasme et impatience à l'idée de confronter ses connaissances à celles d'un confrère ayant eu son lot de vécus.

Malgré son cœur meurtri et agonisant, ce fut avec un objectif que le Miqo'te avait posé le pied hors de la Brigade, sac de voyage à l'épaule. Une silhouette l'avait alors attendue juste en-dehors du jardin, tout sourire.

Rhian, son meilleur ami.

L'Uldien avait son propre sac à l'épaule.

Rhian: J'ai entendu dire que tu retournais à l'Académie... Tu pensais vraiment pouvoir partir sans moi?

Le Miqo'te avait esquissé un sourire mi-désabusé, mi-ému à cette vue.

Eylion: Tu n'as pas peur d'être encore entraîné dans une histoire improbable?

Rhian haussa les épaules.

Rhian: Je crois que j'ai dû signer un contrat quelque part qui stipule que ma vie serait ennuyeuse et terne à mourir sans mon rayon de soleil adoré.
Eylion: ... Abruti, avait-il fait, mi-blasé, mi-amusé.
Rhian: Non mais arrête, on sait tous que tu m'adores et que tu es fou de moi.
Eylion: Il faudrait être dingue pour l'être.
Rhian: Qui a dit que tu étais sain d'esprit?

L'Azur du Mage s'était fait rond.

Eylion: Toi, capable de piques? avait-il dit, faussement choqué.
Rhian: J'ai été à bonne enseigne, avait lancé l'Uldien, hilare avant d'avoir un air faussement pensif. Ou à très mauvaise... À voir...

Eylion avait ouvert la marche, tapotant sur le bras de son meilleur ami au passage avec un sourire désabusé.

Ils avaient retrouvé les neiges glaciales du Coerthas et la silhouette impressionnante, austère, de l'Académie. Le Mage avait eu l'impression que ça faisait une Éternité qu'il n'y était pas retourné. Suite au Procès, la seule vue de ces lieux suffisait à le rendre nauséeux par le passé. Il avait constaté, avec une joie mêlée de tristesse, que le Temps avait fait son œuvre. S'il y avait encore des fantômes, ils n'avaient plus d'emprise sur lui. Ces lieux ne lui inspiraient plus rien. Ni nostalgie, ni dégoût, ni réjouissance. Juste les vagues restes, le souvenir qu'ils avaient été importants pour lui autrefois.

Les divers Magisters les avaient accueilli avec une certaine froideur. Personne n'ignorait les rumeurs vis à vis de la transformation de son ancienne Femme. Seule Adala, son ancienne supérieure, était restée semblable à elle-même car elle était parmi les rares personnes au courant de toute l'histoire. Elle avait souhaité la bienvenue au duo, venant même à briser sa sévérité un instant pour regretter leur départ. Elle avait toujours estimé leur travail impeccable.

Le Lunaire avait retrouvé sa chambre et il avait pu rencontrer le Saerdriel mais aussi, de manière plus surprenante, Velren. Les échanges et les travaux qu'ils firent sur les arts arcaniques lui avaient permis de se changer les idées et de reprendre des forces. Entre deux nuits d'étude, toutefois, il s'était confié au duo sur son histoire avec Solid et Yunaia. Attentifs, ils l'avaient écouté jusqu'au bout et même posé des questions. Au terme de celui-ci, l'avis du Saerdriel avait été sans équivoque.

Xero: À votre place, je n'aurai choisi ni l'un, ni l'autre.

Velren avait grimacé.

Velren: Las, vu l'avancée des choses, je ferai mieux de ne pas donner mon avis... J'espère juste... Sincèrement... pour vous, que j'ai tort.

Le Miqo'te avait tenté de leur demander de développer. En vain.

Velren: Je ne saurai que vous conseiller de profiter de l'instant présent et... Si vous avez le moindre problème, vous savez que vous pouvez me contacter.

Peu de temps après cette nuit, lui et Xero étaient partis en expédition avec deux autres personnes pour aller explorer des ruines en Dravania. Un noble ishgardais, assoiffé d'aventures, du nom de Dylan et un Miqo'te du nom de Kuro. L'expédition n'avait pas été de tout repos car elle avait été ralentie par deux affaires majeures.

Le départ avait, tout d'abord, été retardé par la requête d'une noble vivant en-dehors de la cité, réclamant l'aide de la famille de Dylan pour retrouver son fiancé. Après enquête, ce qui avait paru être une quête simple s'avéra être, en réalité, une histoire tragique. L'histoire de deux jumelles, Nessa et Anna. Nessa avait été fiancée à son amour de toujours, un amour que sa soeur convoitait. Trop impatiente de recevoir son fiancé, Nessa s'était rompue le cou dans les escaliers. Anna avait alors profité de l'incident pour se faire passer pour sa soeur et prendre sa place.

Le fiancé, mû par l'instinct, s'était laissé dépérir au fil des années en sentant, quelque part, que son épouse n'était pas celle qu'il avait passionnément aimé. Le fantôme, lui, avait tué leurs parents dans un excès de rage et Anna s'était alors enfuie pour vivre une vie de misère. Le groupe était parvenu à retrouver et à interroger Anna, laquelle se suicida peu de temps après sous le poids des ans et de la culpabilité.

L'affaire s'était terminée quand ils avaient confronté le fantôme, parvenant à lui faire entendre la vérité. Elle avait pu trouver le repos et rejoindre la Mer d'Éther. Son corps et celui de son fiancé furent réunis, une fois les preuves fournies aux autorités.

La seconde les avait emporté dans le jeu mortel et onirique d'un Mage spécialisé dans le domaine. Petit et difforme, un lalafell du nom de Kala voulait se venger de tous ceux qui s'étaient moqués de lui. Le groupe était parvenu, au terme de multiples épreuves, à le maîtriser et à le convaincre de revenir sur le droit chemin grâce à l'aide de sa seule amie, Aerie.

Arrivés dans les ruines, le groupe avait été alors séparé par un éboulement. Le Lunaire s'était retrouvé isolé après avoir fait une chute, des débris venant faire obstacle à son retour. Après qu'il eut donné signe de vie, le Saerdriel s'était penché sur le trou bouché en s'appuyant sur son bâton.

Xero: Vous allez bien?

Le Lunaire avait toussé tout d'abord en réponse, dû à toute la poussière soulevée.

Eylion: Oui, je ne suis pas blessé...! Je peux bouger. Je crois que je suis dans un vieux passage sous la ville et je sens de l'air. Il y a peut-être une autre sortie. Je vais aller voir, avancez sans moi...! On se retrouvera peut-être de l'autre côté...!
Xero: Soyez prudent. Nous nous retrouverons de l'autre côté mais prenez garde à ce que les ténèbres pourraient receler.

Sur cette mise en garde, Eylion s'était avancé dans l'obscurité, à la seule luminosité d'une flammèche invoquée au creux de sa main. Ce fut quand il arriva dans une grande caverne qu'il fut soudainement attaqué par une furie armée d'une bardiche acérée.
Un combat féroce s'en était suivi entre la mystérieuse guerrière et le Mage. La force et l'agilité de l'inconnue faillirent bien mettre fin à sa vie alors qu'elle dansait, presque en transe. Agonisant, acculé à un mur, il s'était péniblement maintenu debout alors que le sol s'était maculé peu à peu de son sang. Elle avait bondi, son arme au clair, prêt à tirer un trait sur son existence. À cette vue, il avait esquissé un sourire d'une sanglante défiance.

Eylion: Moi... Mourir ici...?

Il avait amorcé un sortilège qui s'était d'abord voulu simple Bourrasque pour la repousser. Mais alors que sa voix s'était élevée dans les airs, il y avait eu comme un déclic. Quelque chose, au fond de lui, s'était réveillé. Quelque chose que son Agonie, sa Colère, sa Douleur avaient mis au jour mais plus encore... sa Soif de Vivre.
Ses incantations s'étaient faites plus fortes, plus puissantes. Il n'y avait plus de contrôle si ce n'était l'expression brute, pure de sa Rage d'Exister. Sa Voix s'était faite Tornade, s'était faite Ouragan. Son adversaire, prise au dépourvu, s'était retrouvée plaquée au mur alors que les lieux s'étaient trouvés envahis par un véritable Cyclone. Stupéfaite, elle n'avait pu que souffler.

???: Démon...
Eylion: Pire... Humain, avait-il répliqué avec un sourire dément.

Mais au moment où il avait essayé de se relever, son Monde avait basculé. Il avait perdu conscience, sur une note d'angoisse, de se retrouver à la merci de l'inconnue alors qu'il avait été sur le point de prendre le dessus, de s'en sortir.

Son Azur s'était rouvert sur le visage de la combattante qui l'observait, accroupie et intriguée.

Ce fut sa première rencontre avec Nerill.

Eylion: ... Pourquoi vous... ne m'avez pas tué...?
Nerill: Je... l'ignore...

Ils avaient discuté et il avait appris le passé de la jeune femme. Comment sa communauté avait vénéré le dragon Neradstir. Comment celui-ci était tombé lors des premières guerres. Comment son corps avait fini dans le lac souterrain sous le village. Comment les membres de la communauté avaient juré vengeance. Comment ils s'étaient repus de son sang. Comment elle avait fini trahie par l'homme de sa vie qui, pour se débarrasser d'elle, la poussa à devenir la gardienne du lac. Comment elle avait traversé les siècles, perdant peu à peu contact avec les siens.

Après cette longue discussion, il lui avait promis d'essayer de trouver un moyen de la libérer de ses entraves magiques. Avec l'aide de Kuro et Xero, ils y étaient parvenus après quelques recherches. Le chemin du retour ne fut pas sans péril mais le Lunaire avait pu remettre ses recherches à l'Académie et repartir à Lavandière, où l'avait attendu son compagnon.

Il avait été heureux de retrouver Solid, même hanté par les avertissements du Saerdriel et de Velren. Comme il l'avait stipulé à Rhian, il ne voulait avoir aucun regret et il avait donné sa confiance au Démon. Il vivrait pleinement l'instant présent, qu'importe ce que l'avenir lui réservait.

Son retour avait concordé avec la fin de l'affaire Hunter. En dépit des efforts du camp qui voulait sauver Alexis, l'autre avait réussi à convaincre Gwenelle de suivre leur plan. Le Mage avait bien essayé d'obtenir un entretien avec elle. En vain. Il devait apprendre, un peu plus tard, le meurtre d'Alexis, de Tali, sa compagne, et de leurs deux enfants.

Eylion: À quoi bon? À quoi bon avoir fait tout ça? avait-il lancé, écoeuré, à la nouvelle.
Solid: Pour empêcher le Cercle d'arriver à des fins encore plus mauvaises! avait tonné son compagnon sur un ton sec et fort.

Un ton qui l'avait, alors, fait sursauté.

Eylion: ...
Solid: Il n'y a que dans les contes de fées où cela finit quasiment toujours bien. Mais dans la réalité, même la victoire a souvent un goût amer.
Eylion: ... Je ne le sais que trop bien... avait-il murmuré, sa voix se faisant plus sombre alors que son Azur, presque Glace, se tournait vers un point invisible du bar.

Jamais le Lunaire ne pardonna à Gwenelle d'avoir livré ainsi sa famille.

Un soir, il reçut une lettre de Yunaia.
Lettre de Yunaia
Mon cher Eylion,

À l’heure où tu liras cette lettre, je serais sans doute toujours au Tapas, poursuivant la vie que je me suis finalement choisie.

J’espère que tu vas bien, que ton voyage fut bénéfique, j’ai cru comprendre que tu t’étais retiré un temps. J’ignore si tu envisages toujours de poursuivre notre amitié, et c’est pour cette raison que je tenais à t’écrire ces quelques lignes.

Les choses ici ont relativement changées, des circonstances ont faites que j’ai dû prendre certaines décisions, un nouveau tournant dans ma vie, mais qui ne retire en rien mon souhait que tu en fasses partie. Néanmoins différemment. Mes sentiments pour toi seront éternels, tu le sais déjà mais ton expérience et tes tourments m’ont au moins appris à prendre garde à ce genre de situation, et pour ne pas me retrouver à mon tour entre deux feux ou au sommet d’une tour, j’ai décidé d’aller de l’avant. De me construire une vie, une relation, avec Djin.

L’idée de lui faire vivre ce que j’ai enduré m’étais insupportable et le repousser devenait compliqué au vu des situations qui ont créés un rapprochement soudain et inattendu, contre lequel je luttais intérieurement, incapable de lâcher prise à notre "histoire". Toi et moi, ce fut unique, et ça le restera toujours en un sens. Mais, te libérer, te laisser vivre ton amour avec Solid, et prendre le temps de découvrir ce que la vie peut m’offrir aux côtés de Djin était un choix que j’ai dû faire et que j’ai fait.

J’ignore encore où cela me mènera mais je me sens bien, heureuse, sereine. Il m’apporte tellement, que je peine encore à y croire. Je crois sincèrement que je peux y trouver un bonheur et même l’aimer un jour, différemment, mais tout autant que je t’ai aimé. Je voudrais qu’un jour tu puisses trouver cette plénitude à ton tour dans les bras de celui que tu as choisi, en espérant que ce soit déjà le cas.

J’ai hâte de te revoir, de retrouver notre amitié, nos rires, nos moments de piano et laisser derrière nous cette magnifique histoire, comme un bon souvenir. On aura tenté en un sens mais peut être que tu avais raison. Je réalise peu à peu que la meilleure vie que je puisse avoir, c’est peut-être avec quelqu’un comme Djin au final. Tout est beau, lumineux, simple, instinctif, tendre…

Tu sais où me trouver si tu le souhaites, quand tu te sentiras prêt, je ne suis jamais bien loin de toi mon ami.

Oh et pour la bonne nouvelle qui ne t’ait peut-être pas parvenue. J’ai hérité du Tapas durant ton absence. Me voilà officiellement la patronne. La gérance, je l’ai confiée à Djin. Nous fêterons ça prochainement avec nos amis les plus proches, toi et le QG y compris si vous souhaitez toujours de ma présence.

Affectueusement.
Ton amie, Yu’
Il se trouvait alors dans le salon du QG, seul à l'étage, quand il avait relu la lettre pour la seconde fois. Quand il l'avait reçu, il l'avait fait lire à Solid. Pour le principe. Maintenant qu'il avait rempli son "Devoir", le sort de la lettre lui incombait. Une part de lui nourrissait toujours une rancœur sourde vis à vis du fait qu'elle avait employé le terme de tribunal, du fait qu'elle avait tenté de l'antagoniser.

Une autre continuait de l'aimer et comprenait pourquoi elle avait fait ça. Il était toujours plus facile de se détacher de quelqu'un en lui faisant porter un sombre masque. Un masque qu'il avait été prêt à prendre pour elle.

Elle parlait sans cesse d'Amitié...

Eylion: Mais ce n'est pas d'Amitié que je veux, Yunaia... avait-il murmuré, d'une voix sourde, nouée.

La Lettre avait fini dans les flammes de la cheminée. Il l'avait regardé se recroqueviller et se fondre lentement, dans des craquèlements grinçants. Le Mage s'était mis ensuite à émettre quelques notes, des notes qui avaient formé un chant.
Il lui avait promis de lui consacrer cette chanson et il la chanta donc pour la dernière fois. Quelle triste ironie... s'était-il alors dit. Jamais les paroles n'avaient été aussi criantes de Vérité.

... Sois heureuse, mon aimée.

Il ne lui avait plus donné de nouvelles par la suite. Il estimait avoir payé déjà assez cher le prix de son Choix. L'autre raison de ce fait allait se révéler plus tard.

Le Temps s'était écoulé. Il avait recroisé la route de Kyuuji et de sa femme, Gaëlle. Le prêtre lui avait narré qu'un sceau mémoriel était été gravé sur lui, l'empêchant d'accéder à un souvenir de sa mémoire. Après une analyse, le Mage avait compris que le sceau était constitué de trois piliers, représentant des notions positives. Les effets secondaires, dû à une telle chose, étaient que le Raen accumulait en lui une Colère sourde, grandissante, de plus en plus présente.

Eylion avait alors proposé l'usage du Refuge Mental pour pouvoir regarder ce que contenait le sceau sans le briser. De cette façon, il pourrait juger de la nature du souvenir contenu et mieux conseiller Kyuuji. Comme à son habitude, il avait averti le concerné des risques de son sortilège onirique avant de lui laisser le temps nécessaire pour y réfléchir.

Les jours passèrent, la Brigade déménagea de son humble local dans un Manoir plus prestigieux. Le Lunaire était heureux auprès de sa famille, qui semblait grandir de jour en jour. Mais ça ne voulait pas dire qu'il n'y avait pas des zones d'ombre. La première fut amenée par la visite du Refuge Mental de Solid. Curieux vis à vis de son compagnon, le Lunaire lui avait demandé de pouvoir l'explorer.

Il n'y avait pas plus intimiste, ni plus parlant que son sortilège vis à vis de quelqu'un. C'était bien l'une des raisons pour lesquelles il avertissait toujours ses patients.

Le Paysage Mental du Démon était celui d'un combat entre la Lumière et les Ténèbres. D'un côté, la Lumière émanait de la statue dorée d'une femme dont le Lunaire put deviner l'identité: Deep Star. De l'autre, les Ténèbres s'écoulaient depuis une faille du Néant. Les lieux étaient peuplés des différents visages de la vie de Solid. Chaque individu était réparti entre Lumière, Zone du Milieu et Ténèbres. Certains étaient parfois des deux côtés, voire des trois. Selon les cas, ils étaient soit actifs, soit passifs. Il y avait aussi les "victimes", diverses personnes incolores, à terre, que Solid estimait devoir aider.

Il n'avait pas été surpris de reconnaître Yunaia en retrait dans les Ténèbres, bien qu'elle ne s'en prenait pas activement à la Lumière.

Lui était représenté de deux manières: actif dans la Lumière mais aussi à terre, incolore, avec des larmes de sang.

Il ne l'avait pas confié à son compagnon mais cette vision l'avait perturbé. Cette image de lui en tant que victime lui avait donné un certain malaise. Était-ce ainsi que Solid le considérait...? Comme un pauvre hère à aider? Il s'était efforcé d'écarter ce frisson qui allait être le premier indice sur la Vérité qu'il allait apprendre plus tard.

La seule personne manquante de ce tableau était Solid lui-même mais Eylion devait l'apprendre plus tard, il avait été bel et bien présent. Sous le masque du Démon, il y avait celui de Flynn. Le Mage allait apprendre que six personnes possédant le même visage s'étaient retrouvées au sein de la Brigade, venant de divers mondes parallèles, réunies par un Destin inconnu.

Peu après, il devait également explorer les Refuges Mentaux de Light et Empty. Le premier était une Plage vaste, au sein de laquelle se cachait l'ombre de Shadow. Celui d'Empty était une vaste arène où se cachait la lumière de Zero. Ces explorations avaient permis à Eylion de suivre les diverses évolutions de ses frères jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à l'équilibre parfait: Light, enfin lui-même, et Empty prenant le nom de Shadow. Ce dernier point avait été une source de grande joie pour Eylion. Il avait toujours eu une haute estime de son frère et il avait toujours pensé qu'Empty méritait un meilleur nom. L'événement avait été fêté dignement, parmi les multiples festivités qui allaient secouer la Brigade sous les initiatives du Miqo'te infernal.
L'une de ces festivités avait failli "mal" tourner d'ailleurs quand le Lunaire s'était révélé sous sa forme féminine à Broken Shield, le fils de Silver. Il l'avait conservé pour Solid. Incapable de se résoudre ou d'être intéressé à être Passif en tant qu'Homme, il avait autant préféré s'unir à son compagnon en tant que Femme, parfois en tant qu'Homme quand il pouvait être Actif. Ses soucis identitaires s'étaient d'ailleurs résolus au fil du temps. Qu'importe la Forme dans laquelle il était, Eylion se considérait "Mâle" et il avait appris à se contreficher de la nature de sa Forme. Il aimait et désirait assez le Démon pour consentir à ce compromis, s'étant promis de ne plus se forcer.

Une part de lui avait toujours soupçonné que ce cas de figure ne convenait pas à Solid mais le Mage s'était voulu confiant sur le fait qu'il lui en parlerait si, vraiment, ça posait un problème. Une chose qui allait demeurer un mystère.

Solid: Va falloir trouver rapidement cette Écorcheuse...
Kristina: Hm...?
Solid: Ton état semble s'être empiré, sans doute à cause de notre séjour dans le Néant...
Kristina: Mon... Tu veux dire le... Enfin, le fait que je risque de me transformer en Démon...?

Le véritable "Présent" de l’Écorcheuse. La pierre noire qui lui servait d’œil droit. Ils avaient découvert qu'en réalité, elle avait des ramifications à l'intérieur de tout le corps du Lunaire. Ces ramifications, telles des racines, pulsaient de corruption et étaient assez ancrées pour empêcher toute extraction sans risques majeurs. Par un miracle incertain, l'Inconscient du Miqo'te faisait barrière à cette corruption.

Kaldriss: Tant que nous nous rappelons de notre Humanité, nous pourrons trouver un moyen de sortir d'ici.

Tant qu'il se souvenait de son Humanité...

Solid: Le truc qui te ronge et qui te fait mal quand on te soigne avec de la magie blanche...
Kristina: ...

"Elle" avait baissé la tête, légèrement "inquiète".

Solid: Peut-être pas au stade de la transformation, mais... Ouais, faut la trouver.

Il s'était ensuite adressé à l’œil droit du Miqo'te.

Solid: Hey! Il est temps de te ramener, la miss!

Eylion avait relevé les deux "yeux" sur lui, étonné.

Solid: Je parlais à l’Écorcheuse! avait-il précisé en souriant.
Kristina: Hrm... avait-il émis en grimaçant. Je suppose qu'elle doit t'entendre... Je ne suis pas encore sûr de ce qu'elle perçoit exactement au travers... Surtout depuis que j'avais coupé le Lien durant mon Évasion...
Solid: Mystère...
Kristina: On... va s'en occuper... mais je voudrais déjà profiter un peu de la Paix qu'on a à peine retrouvé...
Solid: Je comprend oui. Quoiqu'il en soit, si tu as le temps d'écrire tout ce que tu sais sur elle, ça serait pratique, pour quand on ira lui rendre visite.
Kristina: ... Hmm... Ce n'est pas idiot... avait-il dit en hochant la tête. Je ferai ça dès que j'ai un moment de libre alors, ce sera plus simple qu'un long discours dont on peut oublier les détails.

Le Démon avait acquiescé à son tour.

Solid: Et Silver n'oubliera rien de tout ça! Mais pour l'heure, place à la douche!
Kristina: Mais avant...

Il avait posé une main sur le bras de Solid.

Kristina: Je sais que la période de la Veillée est en train de passer.
Solid: Est fini, même! s'était-il exclamé en souriant.
Kristina: Mais... Hm... Comme je me doute que vous avez des réticences à aller avec la foule et qu'en plus, la plupart des événements sont passés, oui... Hm... Je me demandais si ça te dirait d'organiser un petit truc en privé, entre amis.
Solid: Pourquoi pas... avait-il répondu, songeur.
Kristina: Je pensais à Kyuuji et sa femme, peut-être aussi Adam et son fiancé.
Solid: Une orgie, ça t'irait?

Le Lunaire était devenu cramoisi au terme.

Kristina: Solid...!

Le Démon s'était esclaffé.

Solid: Quoi? C'est bien pour une petite fête entre amis!

Le Mage avait fait mine de le taper sans vraiment le taper, presque aussi rouge que la peau de son compagnon.

Kristina: J'aurai été presque tenté de dire de te faire faire mais c'est un coup à rajouter de l'huile sur le feu, avait-il pesté.
Solid: Bien vu, oui! Allez, file te laver. Je te retrouve après!

Eylion avait roulé son Azur.

Kristina: Oui, oui... et que tu saches, hormis si tu es vraiment sérieux vis à vis de quelqu'un, je n'escompte pas te lâcher comme ça à n'importe qui! avait-il grommelé en se mettant en route.
Solid: Noté ♪

Le Mage avait soupiré en cours de route jusqu'à la salle de bain. Sur place, il avait commencé à enlever son Kimono noir tout en gardant son collier, trop fatigué pour l'enlever. Alors qu'il s'était apprêté à faire glisser le vêtement de ses épaules, il s'était aperçu qu'il n'était pas tout à fait seul. Non loin de là, Broken, masqué par les vapeurs du bain, n'avait pas remarqué l'entrée de "Kristina", la tête ailleurs.

Kristina: ...! Broken...!
Broken: ...?! C'est vous!

Eylion avait réajusté, à la hâte, sa tenue. Le Démon s'était relevé d'un coup, "la" fixant, subjugué.

Kristina: Oui, c'est moi, avait-il grommelé, gêné, oubliant totalement que Broken était le seul qui n'était pas au "courant". Putain, heureusement que j'étais un minimum attentif...
Broken: Depuis que je vous ai vu hier soir... je ne cesse de penser à vous...
Kristina: Hm...? Pardon...?
Broken: Vos cheveux... votre odeur... tous ces détails...

Il s'était approché d'"elle".

Broken: Madame, je vous aime!
Kristina: ...?!

La mâchoire du Miqo'te s'était décrochée.

Broken: Soyez ma femme!
Kristina: Pardon...?! avait-il lancé, interloqué.
Broken: Soyez ma femme! J'irai chasser la viande pour vous s'il le faut!

Eylion s'était efforcé de souffler, d'inspirer. De Souffler. Inspirer. Calme. Maîtrise de soi...

Kristina: Je suis Eylion, bougre d'âne...! avait-il fini par rugir, défrisé au dernier degré, le Calme n'étant décidément pas son fort.
Broken: Impossible, j'aurai reconnu votre odeur! Inutile de chercher des excuses! Je sais qu'on peut être ensemble!
Kristina: Mais j'ai la même odeur...! Enfin, je crois...?

Il avait eu un instant de doute vis à vis de Wolkan. Broken avait alors tenté de lui prendre ses mains, mains que le Lunaire avait aussitôt extirpé, ses canines visibles dans une grimace crispée.

Kristina: Gnnn...!
Broken: Vous sentez la même odeur qu'hier soir dans cette bouteille, c'est assurément pas celle du Miqo'te!
Kristina: ...

... Le Rhum. Eylion avait compris que Broken ne sentait que les vapeurs du Rhum des festivités de la veille. Une Inspiration. Un Souffle. Aux grands maux, les grands moyens. Il avait retiré brièvement son collier.

Eylion: Et ça, c'est suffisant comme preuve ou je dois ôter mon kimono en plus?! avait-il rugi de nouveau.
Broken: .....................................................................................................

Le Choc avait été à la hauteur. Le Démon s'était détourné pour se glisser dans l'eau, le mot DÉCEPTION gravé sur le visage. Après avoir remis son collier, le Lunaire s'était barré de la salle d'eau, n'ayant aucune envie de gérer ça. Solid avait été surpris de le voir sortir aussi vite.

Solid: Déjà?

Eylion s'était précipité vers lui, lui prenant le poignet, pour s'aider à se calmer.

Solid: Eylion?!
Kristina: Il... y a... Broken dans la... salle de bain... avait-il soufflé, défrisé au dernier degré.
Solid: Ah?

Broken était alors sorti, nu, contrarié.

Broken: HEY LE TRAVESTI! T'AS PAS HONTE DE JOUER AVEC LE CŒUR INNOCENT DES GENS?!?!
Kristina: ... ... Solid... Je vais le tuer...
Solid: V-va t'habiller toi! avait-il lancé, surpris. Qu'est-ce qui s'est passé encore?!

Le Lunaire avait tâché de réfréner sa Colère, un bon exploit jusqu'ici.

Kristina: Empêche moi de le tuer, avait-il sifflé entre ses dents.
Solid: Si tu le tues, je déchire ton contrat et tu resteras comme ça?

Eylion avait fermé les yeux pour pouvoir souffler un grand coup. Il s'était ensuite lenteeeemeeennt retourné en prenant une profonde inspiration.

Kristina: QUI JOUE AVEC LE CŒUR DE QUI, ESPÈCE DE TARÉ?!
Solid: Mais il s'est passé quoi encore?!

Broken avait tapé du pied, furieux.

Broken: TOI ESPÈCE DE DÉTRAQUÉ QUI CHANGE D'APPARENCE!
Kristina: OÙ T'AS VU QUE JE TE DRAGUAIS, LE CLEBS!
Solid: Hey! Ca suffit!
Broken: T'AURAIS PU ME PRÉVENIR QUE C’ÉTAIT TOI, HIER SOIR! ET JE SUIS PAS UN CLEBS!

Solid avait alors capté, enfin, de quoi il était question. Un sourire était apparu progressivement sur ses lèvres.

Kristina: J’ÉTAIS SAOUL, ABRUTI!
Broken: BORDEL DE MERDE!

Ce dernier était reparti de son côté, furieux. Solid avait essayé de se retenir d'éclater de rire, difficilement, son visage déformé par sa retenue. Eylion, lui, avait lancé sa chaussure contre la porte de la salle d'eau, exutoire peut-être puérile mais le moindre des maux vu sa Colère.

Kristina: Putain, pourquoi j'ai ce genre de problème sous cette putain de Forme?!
Solid: Ça... Mais c'est juste un malentendu, non?

En guise de réponse, la seconde chaussure avait fini par être lancée à son tour.

Kristina: Je lui en ficherai moi, des malentendus, merde...!

Son compagnon lui avait mis ses mains sur les épaules.

Solid: Là, lààà...

Le Lunaire avait soufflé avec peine avant d'émettre des jurons tous plus éloquents les uns que les autres, entre ses canines, poings fermés.

Solid: Mais enfin, pourquoi tu t'énerves à ce point, c'en est presque amusant, non?
Kristina: En quoi ça l'est?! avait-il vociféré en se retournant.

Il avait ensuite, vindicativement, tapoter le torse de Solid.

Kristina: Ce n'est pas à toi qu'on vient de faire une déclaration venue de nulle part, ni qui vient de te faire traiter de travesti!
Solid: Bah... du fait que Broken pensait que t'étais une autre personne et que la vérité a dû lui faire... Il a tendance à s'enflammer facilement, c'est vrai, mais lui aussi a dû avoir mal, non?
Kristina: Mal...? Mal?! Depuis quand on...

Les paroles de Solid avaient fait mouche. Le Mage s'était efforcé de se calmer à ce moment, une pointe de Culpabilité le prenant, tandis que ses oreilles s'étaient abaissées.

Solid: ...
Kristina: Je n'ai rien fait, ni n'ai rien demandé... avait-il maugréé en croisant les bras et en détournant légèrement le visage. Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse par rapport à ça...?
Solid: Y'a t'il quelque chose à faire au moins?

Le Miqo'te avait abaissé son regard.

Kristina: Je ne sais pas... Bon, si j'omets... que je suis le... ou la concernée ici... Il est déçu, bon, ça arrive...

Le Démon lui avait alors posé sa main sur la tête, compatissant.

Kristina: Hrm... Ça lui passera, j'espère pour lui... avait-il murmuré, de manière presque inaudible.
Solid: Il faudra bien, la place est déjà prise ♪

Eylion avait hoché doucement la tête, cherchant une brève étreinte par la suite.

Il y eut bien des événements par la suite. Certains heureux, d'autres tristes, d'autres décalés. Il y eut également bien des rencontres, des petites affaires mineures ci et là. Du moins, jusqu'à ce qu'il y eut les premiers indices que l’Écorcheuse préparait visiblement bien quelque chose pour le ramener au Manoir.

Le Premier Tournant.

Eylion avait alors laissé une lettre à Solid, comme convenu avant que Frozen et Empty ne commencent à le surveiller en se relayant dans son ombre.

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Ennrael
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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 02 avr. 2019, 14:32

Image
Les trois gardiens gisaient au sol, étranglés. Trois hommes les surplombaient, terminant de revêtir leurs uniformes. L'un d'eux, d'une stature assez impressionnante, eut plus de mal à enfiler sa tenue à cause d'un bras en moins. Il fut aidé rapidement par son complice. Une fois apprêtés, ils savaient qu'ils feraient illusion le temps d'ouvrir toutes les cellules.

Le Chaos se mit rapidement à envahir la prison. Les détenus, bien plus nombreux et acharnés, prirent le contrôle des lieux. Les Immortels, réactifs, envoyèrent rapidement des renforts. Un véritable champ de bataille allait s'instaurer mais ce n'était plus l'affaire des trois responsables. Ils seraient déjà loin quand le bâtiment serait repris.

Dans une ruelle sombre d'Ul'dah, ils s'arrêtèrent pour reprendre leurs souffles. Le plus maigre et élancé du trio salua solennellement ses comparses en s'inclinant, bras en croix.

Elézen: Septhis vous remercie.
Hyurgoth: Vous... transmettrez mes... saluts et mon message à votr'Raïs, fit-il, encore essoufflé.
Elézen: Je le ferai.

D'un saut, l'Elézen attrapa le rebord d'une fenêtre basse avant de commencer une ascension aussi agile que périlleuse vers les sommets de la ville. À l'inverse de ses complices de circonstance, leur fuite ne semblait pas l'avoir impacté. Laissés seuls, le Hyur se retourna vers son imposant interlocuteur.

Hyur: ... Qu'est-ce qu'on fait maintenant, Alev...?
Alev: Maintenant...? Maintenant, on va aller chercher de quoi se remplumer.

L'ancien chef de bande ouvrit la marche avec hargne. Heureusement, il avait gardé des caches à de multiples endroits. Il n'aurait pas de difficulté à rétablir son précédent statut et recruter des hommes. Il pourrait également payer la Main de Sephtis pour quelque chose d'autre. Quelque chose qui l'avait rongé, qu'il avait couvé durant ces quatre longues années d'emprisonnement.

Il n'avait pas oublié celui qu'il avait considéré comme son second. Celui qui lui avait arraché le bras. Il lui tardait vraiment de voir la tête du traître quand Sephtis la lui apporterait sur un plateau. Pour chaque minute qu'il avait passé à croupir en prison, il lui ferait payer. Pour chaque moment qu'il avait dû endurer sans son bras.

Deux jours plus tard. Endroit inconnu.

La salle était grande, grise, idéale pour les échos. Six individus vêtus de coules sombres se tenaient aux quatre coins d'un pentagramme complexe. L'étoile étrange qui composait le centre s'étirait pour former six cercles dans lesquels ils étaient agenouillés. Les mélopées s'étaient faites plus graves, plus intenses au fil de l'avancée du rituel. Des mélopées qui se turent peu à peu pour laisser place au silence.

Rien ne se produisit au premier abord. Puis un cercle de lumière d'un bleu spectral se dessina sur les contours du pentagramme, illuminant les lieux. Le tic tac fantomatique d'une horloge se fit entendre. Puis des gloussements lointains, multiples, éthérés. Le grincement caractéristique des aiguilles à l'agonie. Enfin, le craquellement d'un bois ancien, sinistre.

Le reste du symbole s'embrasa soudain et se déforma jusqu'à former le cadran malsain d'une horloge torturée. Le passage s'ouvrit au niveau du sol, laissant place à une première ronce épineuse qui se pointa, dansante. Une autre la suivit, et une autre, et une autre... Une véritable armée de ces choses s'éleva dans les airs, offrant leurs formes monstrueuses au regard de ses invocateurs. Au sein de cet enchevêtrement complexe, quelques branches s'unirent pour former une silhouette humanoïde fine.

Du bois sombre, une peau blanche se dégagea telle une rose en pleine éclosion. Une chevelure longue, immaculée apparut. Une robe élaborée tout aussi blanche se déploya. Des lèvres roses. Un nez fin. Un œil d'un bleu azur et limpide. L'autre d'un rouge rubis et sanguin. Deux miroirs délicats. Les traits d'une fragile poupée de porcelaine. Une jeune adolescente s'offrit à leur vue, trônant au sein de la construction épineuse qui la soutenait sans la blesser.

L'apparition étira ses bras comme si elle venait de se réveiller d'un long sommeil. Elle regarda ensuite à gauche et à droite, ses lèvres entrouvertes en un O discret et élégant. Un rire cristallin résonna enfin. Elle daigna, après quelques minutes interminables, à prêter attention aux personnes en présence, leur offrant un sourire innocent... Si innocent... Si empreint de pureté...

Lucrétia: Ça manque de décoration ici! s'exclama t'elle d'une voix à la mesure de son apparence.

La personne en face d'elle se releva, une femme de haute stature, encapuchonnée.

Inconnue: Je suis désolée de vous accueillir dans ces conditions, dit-elle en s'inclinant, main sur le cœur.

L'Entité se contenta de regarder à nouveau les alentours.

Lucrétia: C'est donc ça, l'Extérieur...?
Inconnue: Hm?
Lucrétia: Père ne serait pas d'accord, pas d'accord du tout. Pourquoi je suis ici...?!

Le changement brusque de comportement et d'expression prit au dépourvu l'encapuchonnée.

Lucrétia: Je dois repartir, je ne peux pas rester, poursuivit-elle, complètement hystérique. Père sera furieux quand il verra que je ne suis plus là!
Inconnue: Qui est... Père?

Les ronces bougèrent, une paire se précipitant vers la ritualiste pour finir bloquée par la barrière du pentagramme, à deux centimètres de son visage. Une lourde pression tomba en parallèle sur la pièce et les personnes en présence. Des gémissements s'élevèrent de part et d'autre du cercle alors que les mages tentaient de maintenir le sort en place.

Ritualiste 1: ... Ugh...! Madame...!
Ritualiste 2: Elle essaye... de repartir...!
Ritualiste 3: On ne va pas pouvoir... l'en empêcher... si ça continue...!
Inconnue: ...!

Le regard de l'Apparition avait complètement viré au noir alors qu'elle s'efforçait de briser le rituel, les ronces envahissant progressivement l'espace du pentagramme.

Inconnue: JE SUIS LÀ POUR VOUS RAMENER KRIS!

La pression retomba immédiatement, les yeux de l'Entité revenant à la "normale" à cette mention.

Lucrétia: Mon Écorché...?

Les mages se plièrent en deux à ce relâchement, pantelants. La femme mit, quant à elle, une main sur son cœur mis à mal.

Inconnue: O-oui, c'est ça, votre Écorché, reprit-elle, le sourire discordant. Enfin, pour vous aider à le retrouver.

Le trône arboricole avança l'Entité jusqu'à ce que son visage ne surplombe celui de la ritualiste.

Lucrétia: Où est-il?! Où est mon Écorché?! fit-elle d'une voix frisant le surnaturel.
Inconnue: J-je sais où il est... ou plutôt où il va être. Je suis là pour vous proposer un Marché. Un Pacte.
Lucrétia: Marché, Pacte...? reprit-elle, perplexe.
Inconnue: O-oui, on... vous rend un service, vous nous rendez la pareille... reprit-elle, semi-interloquée.

Les négociations furent âpres mais elles finirent par devenir plus fluides quand la ritualiste parvint à réveiller l'instinct naturel de la Démone. Ses yeux de nouveau noirs, celle-ci termina de sceller le Pacte. Sa voix, imposante, résonna au sein de la pièce.

Lucrétia: Que les Heures me Soient Témoins. Si vous ne tenez pas votre part, vous serez mon Nouveau Jouet pour l’Éternité.
Inconnue: ... J'accepte, fit-elle, tendue après autant d'efforts pour parvenir à ce résultat.

Le symbole de l'Horloge torturée apparut de nouveau sous le nuage de ronces. De multiples gloussements fantomatiques s'élevèrent en même temps dans un concert macabre. Au centre, le sourire dément de la Créature se faisait de plus en plus extatique alors qu'elle levait la tête pour profiter des énergies invoquées. De multiples branches épineuses dépassèrent de la barrière pour entourer leur Pactisante, la saisir et la soulever dans les airs sous le regard inquiet des autres mages.

Les doigts pâles de la Démone s'approchèrent de l’œil droit, sa peau prenant la teinte et la texture des branches jusqu'à ce que ces ongles ne soient à l'image des épines. Arrivés à la lisière, ils s'allongèrent pour plonger et engloutir l’œil, faisant pousser un hurlement de douleur à son propriétaire. Du sang vint couler le long de la joue jusqu'à ce que le processus soit terminé. Quand l'Entité retira sa main, l’œil droit de la femme était toujours là mais une Marque sous la forme d'un pentagramme rougeâtre et faiblement luminescent envahissait désormais l'ensemble de celui-ci.

La construction de ronces la relâcha alors et la Créature recula, ses yeux revenant à la normale. Ravie, elle joignit ses mains vers son visage, comme le ferait une demoiselle de la noblesse, la tête légèrement inclinée sur le côté.

Lucrétia: Voilà, on est maintenant amies ♥

La femme tituba une fois sur ses pieds, main à son œil malmené.

Inconnue: C'est... un Honneur... fit-elle, décontenancée.
Lucrétia: Je vous attendrai pour le Thé, fit-elle avec un grand sourire.

Sur ces mots, le cercle s'illumina de nouveau, l'adolescente disparaissant parmi les branches dans une éclosion inversée. Les ronces s'animèrent, se repliant dans le sol jusqu'à ce que le pentacle ne soit inerte à nouveau. Un lourd silence suivit la fin de l'échange, silence brisé par la Pactisante.

Inconnue: ... Vous savez ce qu'il vous reste tous à faire.

Sur ces mots, elle tourna les talons et sortit de la salle, laissant ses serviteurs se reprendre. Bien qu'affaiblie par ce qui venait de se passer, elle exultait intérieurement. Tout se passait, pour le moment, comme prévu. Mieux encore, elle n'aurait pas grand chose à faire si ce n'était observer la partie d'échecs à venir.

Elle lui montrerai...
Non.
... Elle leur montrerai à tous de quoi elle était capable.

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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 03 avr. 2019, 13:13

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La Patience, il l'avait apprise. Pour survivre, pour pouvoir atteindre ses objectifs, il l'avait chèrement acquise.

Il lui avait fallu des années d'entraînement pour éteindre chaque parcelle de son Humanité. Quand il était en Mission, plus rien ne comptait, que ce soit sa vie ou celle des autres. Plus rien ne comptait...

Pas même le Passé.

Il était ici le Prédateur et en tant que tel, il avait suivi sa Proie pendant des jours, restant à une distance prudente. Il s'était renseigné dans les Ombres. Jusqu'à connaître chaque habitude. Chaque Obstacle. Chaque Risque. Méticuleusement, il avait attendu le moment propice, adéquat pour frapper.

Et ce jour était arrivé.

Celui qu'il guettait courait à toute vitesse dans les rues, essoufflé, main à sa linkperle.

Eylion: ... Parlez lui comme s'il était votre enfant... Oui, c'est important! ... Je suis en route, j'ai ce qu'il faut dans mon sac, tenez bon...! ... Oui, dites à votre frère de sortir de la pièce...! Et surtout, par Azeyma, surtout n'approchez pas votre mari...!!

L'Arcaniste relâcha sa perle, pestant allégrement face à l'urgence. Ses poumons en feu, il savait que deux vies étaient en jeu, peut-être plus. Il coupa par une ruelle isolée. L'Impair que l'Ombre attendait. Il fondit depuis les hauteurs, s'abattant sur le Mage qui ne l'aperçut qu'à la dernière minute. Trop tard. Un coup brutal le plongea dans le Noir de l'Inconscience.

Était-ce lui ou bien il y avait comme un gloussement éthéré...?

L'Azur finit par s'ouvrir sur une vue trouble. Après un temps d'ajustement, il s'aperçut que sa joue se trouvait sur un sol froid et que ses mains étaient attachées dans son dos. Une silhouette sombre était accroupie devant lui.

Inconnu: ... Je vois que tu te réveilles enfin, Kris.
Eylion: ...?

Sa tête l'élançait sérieusement. Il fallut quelques instants supplémentaires pour qu'il puisse voir distinctement les alentours de la pièce, qui ressemblait à un vieil entrepôt rempli de caisses et de tonneaux oubliés. Devant lui, un Miqo'te solaire vêtu d'une tenue obscure l'observait, l'air détaché, accroupi, la main droite tenant le poignet du gauche. Ses traits lui parurent étrangement familiers.

Eylion: Qui...? demanda t'il d'une voix pâteuse.
Solaire: ... J'aurai aimé que nos retrouvailles se fassent dans d'autres circonstances.

Retrouvailles...? Le Mage tâcha de se redresser de son mieux en gémissant. Il se mit alors à mieux observer son ravisseur. Ce fut son regard qui finit par lui mettre la puce à l'oreille, un regard d'un vert clair particulier. Puis la cicatrice à son œil. L'Azur s'écarquilla.

Eylion: Claus...?

Le Solaire eut un sourire navré.

Claus: J'aurai aimé dire que je suis content de voir que tu te souviens de moi malgré toutes ces années.

Claus, l'un de ses premiers amis d'enfance. Ils avaient été tous les deux dans la même bande d'orphelins. Ils avaient parcouru les rues ensemble. Ri, pleuré et souffert jusqu'à ce que leurs chemins les séparent.
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Eylion: ... Qu'est-ce que ça veut dire...?
Claus: ... T'as mis en rogne la mauvaise personne, Kris...
Eylion: Explique toi, grogna t'il en retour.
Claus: Alev m'a tout raconté. T'as vraiment été con... Tu avais tout pour réussir, tout... Et pour un stupide cas moral, t'as tout foutu en l'air. Et il a fallu qu'il fasse appel à mon Ordre pour ramener tes fesses auprès de lui... fit-il dans une grimace éloquente.
Eylion: Alev? fit-il, interloqué.
Claus: Hm, pas au courant à ce que je vois... Il a réussi à se sortir de prison sauf qu'il ne t'a pas oublié.

Le Mage cligna son œil unique, surpris. Puis il éclata de rire devant l'air stupéfait du Solaire.

Eylion: Alev...? ALEV?

Il continua de rire face à son ami d'enfance confus. Un rire qu'il interrompit brusquement pour lui offrir un sourire peu amène.

Eylion: Quoi, c'est tout...? Désolé, c'est que je m'attendais à une autre invitation, lança t'il, sarcastique à souhait.

Bien qu'une partie de son rire était sincère, l'Arcaniste cherchait avant tout à déstabiliser Claus, à détourner son attention. Pendant ce temps, il pouvait chercher la fine lame de rasoir qu'il avait coincé dans la partie métallique de ses mitaines. En tant que Roublard, il savait où cacher des ustensiles pour qu'ils ne soient pas découvert dans une fouille. Tout ce qu'il devait faire maintenant, c'était de faire parler son interlocuteur.

Claus: Je ne crois pas que tu te rendes bien compte de ta position.
Eylion: Bien sûr, je t'en prie, prend moi pour un con. J'avais à peine remarqué que j'étais attaché.

Claus était de plus en plus perplexe face à l'attitude du Lunaire.

Claus: Je... ne me souviens pas que tu étais comme ça par le passé.
Eylion: C'est vrai que tu m'as connu comme le gamin silencieux, gentillet. Discret, amiable... Mais tu veux que je te dise? Ce n'était qu'un Masque. Comme tant d'autres que j'ai dû porter pour me sortir de toute cette merde. Pour le reste, le Temps a fait son œuvre.

L'Azur se fit Glace en fixant le Solaire qui en fut décontenancé un instant. Le Mage changea tout aussi vite d'expression, offrant un sourire détaché.

Eylion: Mais pour ce que ça vaut, je suis content de te revoir Claus... Même dans des circonstances aussi pourries. Je t'avoue que je ne sais pas ce que ça fait de vendre son ami pour asseoir ses petites ambitions. Je suppose que Septhis a sauté sur l'occasion de te mettre à l'épreuve, hm?

La mâchoire de Claus se crispa.

Eylion: Hm, troublé...? Allons, j'essaye de te faciliter le boulot là...
Claus: Ferme la!

Furibond, l'assassin se redressa, faisant quelques pas nerveux dans la pièce.

Claus: Espèce d'abruti, Alev est en route là...! Tu as peut-être une petite chance de t'en sortir si tu joues bien tes putains de cartes...!

Le visage du Lunaire se ferma aussitôt, retrouvant soudain un sérieux froid.

Eylion: Tu le connais aussi bien que moi. Il ne me laissera pas partir en un seul morceau.
Claus: ...

Ses mains étaient désormais libres, les cordes sciées. Eylion chercha son grimoire du regard pendant que Claus lui tournait à demi le dos. L'ouvrage n'était en vue nulle part. Évidemment, ça aurait été trop facile. Le Miqo'te repéra une embrasure au loin. S'il se débrouillait bien, il pourrait l'atteindre avant que Claus ne lui remette la main dessus... Il pourrait aussi attendre mais il ne savait pas quand Alev serait là avec ses hommes de main.

Eylion: Claus... Je sais que Septhis est toute ta vie même si je ne sais pas tout ce que tu as dû traverser pour te faire ta place parmi eux. Mais ce n'est pas obligé de finir comme ça. J'ai des moyens, des alliés, bien plus qu'Alev actuellement... Ton Ordre aurait tout intérêt à négocier avec moi, pas avec lui. Conduis moi à eux et on trouvera un arrangement...
Claus: ... Je ne peux pas, Kris, putain. Tu ne sais pas comment l'Ordre fonctionne. Il ne revient pas sur un contrat passé...
Eylion: Il y a forcément des exceptions à la règle.
Claus: Comme partout mais là... Non... Ils n'accepteraient jamais... Ce serait vu, de ma part, comme un acte de faiblesse. Un rattachement à mon ancienne vie...
Eylion: Alors j'espère que tu arriveras à me pardonner...
Le Mage s'élança vers la sortie, passant à côté de l'assassin. Bien que pris au dépourvu, ce dernier fut plus leste, interceptant le Lunaire d'un coup violent dans le ventre. Le souffle coupé brièvement sous l'effet de la douleur, Eylion eut du mal à se remettre du choc. Toutefois, il tâcha de mettre de côté ses ressentis pour tenter de blesser le Solaire avec sa lame de rasoir, lame dont le poignet fut aussitôt saisi avec force, au point que l'arme fut lâchée.

Claus: Laisse tomber, tu n'as aucune chance...!
Eylion: Comme si ça allait m'arrêter...!!

Le genou du Lunaire heurta avec violence les attributs inférieurs de son opposant qui le relâcha aussitôt. Après un coup de poing sans ménagement à la mâchoire pour achever son acte, il ne demanda pas son reste pour continuer sa fuite, sousestimant la faculté de récupération d'un assassin. Une erreur qui prit la forme de bolas venant ligoter ses jambes. En plein élan, le Mage chuta brutalement au sol.

Claus: JE VAIS TE TUER...! souffla t'il douloureusement.
Eylion: Fais la... putain de queue... pour ça... Urgh...!

Claus fondit aussitôt sur lui, bien décidé à l'étrangler. Il ne vit pas la silhouette imposante qui l'intercepta avec une vitesse surnaturelle. Eylion ne comprit pas ce qu'il se passait en premier lieu. Le Solaire tomba dos au sol, tentant de repousser l'individu qui l'avait plaqué au sol. Un combat qui se retrouva rapidement inégal. Le Mage vit de longues griffes acérées se lever pour s'abattre une première fois sur Claus, lui arrachant un hurlement de souffrance. L'assassin parvint, à grande peine, à dégainer l'un de ses poignards pour l'enfoncer dans le flanc de son adversaire pendant que sa jambe essayait de le repousser.

Le coup porta bien mais son adversaire ne broncha pas, plaquant la tête du Solaire avec une violence telle que le sol se fissura.

Eylion s'aperçut que l'individu était vêtu... d'un uniforme de majordome. Malgré lui, il se sentait comme paralysé par la rapidité des mouvements et la découverte progressive de la Chose qui était en train de s'acharner sur son ami d'enfance.

Une taille grande, des oreilles qui faisaient penser à celles des Elézens. Une peau d'un violet froid. Une chevelure d'un brun glacé. Les cris de Claus augmentaient en volume à chaque frappe. Des os brisés, écartelés se mêlaient à ce concert de l'agonie. Le sang, écarlate, baigna le sol, teintant même les murs sous la brutalité des gestes de la Créature. Une partie vint même éclabousser le visage du Lunaire sous le choc. Qu'importe ce que l'assassin essayait de faire, il était impuissant à se dégager de la poigne d'acier qui était en train de le déchiqueter vif.

Finalement, la voix s'éteignit dans un gargouillis macabre. Même mort, la Chose continua de s'acharner jusqu'à ce que les articulations cèdent. Ce ne fut qu'une fois le corps en lambeaux que l'être se releva, dans une pantomime de marionnette à qui on venait de redresser les fils. Il se tourna vers le Miqo'te avec une lenteur d'outretombe, le dos voûté, ses doigts longs, déformés, dégoulinants des restes de la dépouille. Tête baissée, la chevelure mi-longue masquait son visage.

En deux longues enjambées, il surplomba le survivant à la respiration haletante. Il releva alors la tête, révélant son visage. Deux puits donnant sur des Abîmes sans fond. Des dents pointues sur une bouche distordue en conséquence. Mais cette vision de Cauchemar ne fut pas la cause de l'Horreur qui enserra le cœur d'Eylion.

Eylion: Kaldriss... murmura t'il à grand peine.

C'était impossible. Il l'avait vu se faire transpercer par l’Écorcheuse. Ça ne pouvait pas être lui. Le Déni ne voulait pas laisser penser la pensée terrifiante que l'Elézen qui lui avait permis de garder son Humanité, celui qu'il avait considéré en premier comme un frère... était resté en arrière. Vingt longues années supplémentaires dans le Manoir.

Kaldriss: Je SuIs DéSolé... répondit une voix rauque, sifflante, aux accents de soufre.

Le Mage ne put s'empêcher d'avoir un rire discordant. C'était plus fort que lui. Il ne contrôlait pas ce rire. Une larme coula sur sa joue alors qu'il ne pouvait s'empêcher de rire, presque hystérique.

Kaldriss: Tu l'AvAis DiT... Ils m'AttEndEnt ToUs, souffla le Démon.

Démon qui le saisit par le col pour le soulever doucement comme il soulèverait une plume. Deux traînées obscures coulèrent des deux abîmes qui avaient remplacé son regard.

Eylion Passé: Arrête de raconter des conneries! Tu retrouveras ta fiancée et ton mariage sera le plus beau de tout Eorzéa. Il sera tellement lumineux, tellement dégoulinant de bons sentiments, d'amour, de joie que je serai le putain de témoin le plus envieux et aigri jamais vu. Ta sœur me détestera, ton père me tolérera juste par principe et ta mère sera ivre de rage. Ta fiancée sera amusée et toi, tu seras tellement ébloui par cette dernière que tu te ficheras bien de toute l'assemblée. Tu m'entends, crétin?! Si l'un d'entre nous doit s'en sortir, c'est TOI! Ils t'attendent TOUS! Tu ne peux pas abandonner maintenant, tu ne peux pas l'abandonner ELLE!

Kaldriss: Je SuIs DéSolé...
Eylion: ...!!

Le Miqo'te eut le réflexe de saisir l'un des poignets qui le maintenaient, ses jambes dans le vide.

Eylion: Ka...!

Kaldriss chercha dans une poche avant de son veston un cristal noir, qui présentait des ramifications complexes à l'intérieur. Il serra le poing de façon à le briser. Les morceaux se transformèrent immédiatement en volutes de fumée noire qui se rassemblèrent dans son dos pour former une faille étroite. De celle-ci se dégagèrent de multiples ronces qui vinrent agripper les bras et les jambes du Mage. Une sensation aussi familière que douloureuse.

Eylion: ... Non!
Kaldriss: Ils m'AttEndEnt ToUs, ne pouvait-il que réitérer, grinçant.

Kaldriss Passé: Quand nous serons hors d'ici, tu n'auras plus jamais à retourner à ta vie de voleur. Ça te dirait de devenir un vrai Mage attitré?
Eylion Passé: Un Mage... attitré.
Kaldriss Passé: Inutile de me regarder comme ça, avait-il fait avec un rire. Je suis sincère... Tu es le frère que je n'ai jamais eu et j'aurai bien besoin d'un vrai Conseiller une fois de retour à la maison.

Les branches tirèrent brutalement en arrière, Kaldriss relâchant sa prise. La dernière vision qu'eut Eylion avant d'être englouti par la faille fut celle du hurlement strident et torturé du Monstre se prenant la tête de ses mains griffues.

De l'Autre Côté, une fois l'ouverture disparue, ses liens le retournèrent face à l’Écorcheuse. Les ronces partaient de son dos et de derrière ses pieds mais hormis ce fait, elle avait toujours l'air d'une adolescente ravissante. Comblée, elle le rapprocha d'elle avant de saisir son visage ensanglanté entre ses doigts pâles et froids.

Lucrétia: Bon retour à la Maison, mon Écorché ♥

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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 04 avr. 2019, 15:32

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Une fois libre, il s'était précipité sur Elle. Il voulait lui faire Mal. Qu'importe s'il savait, par avance, qu'il n'y parviendrait pas. La Rage pure, aveugle avait guidé ses actes. Ça faisait depuis longtemps que la Haine ne l'avait étreint avec une telle force. Les ronces l'avaient attrapé par le col et la Démone l'avait regardé avec l'incompréhension d'une enfant ne comprenant pas ce que voulait lui dire un adulte en colère.

Il avait dû se résoudre à être traîné jusqu'à une salle pour se changer. Debout devant le miroir, il s'appliqua à réajuster le col de sa tenue de majordome, le visage fermé. Il ignorait ce qui l’écœurait le plus: de porter à nouveau ces habits ou bien de constater qu'il savait encore parfaitement comment les enfiler et ajuster chaque pan pour que l'ensemble soit impeccable. Son seul prix de consolation était de savoir qu'il n'était pas seul. En effet, dès qu'ils avaient compris que l’Écorcheuse était en train de fomenter son retour à la "Maison", Solid avait suggéré que Frozen et Empty entrent dans l'ombre du Mage pour le surveiller.

Les deux Shields serviraient de balise au sein des dimensions.

Cependant, les renforts n'étaient pas prêts d'arriver. Le Temps s'écoulait dix fois moins vite au sein du Manoir. Une heure dans le Monde d'où il venait en valait dix en ces lieux. Un jour, dix jours. Il devrait tenir, ne pas craquer et surtout veiller à ce que les deux Shields ne soient pas découverts. Peut-être même qu'il pouvait préparer le terrain, installer des pièges pour aider ses alliés? Néanmoins, il ne put s'empêcher de frissonner en son for intérieur. Combien de jours... de semaines devrait-il endurer avant de pouvoir passer à l'offensive...? Est-ce que Solid parviendrait, seulement, à se frayer un chemin jusqu'ici...? À qui ferait-il d'ailleurs appel...?

L'uniforme apprêté, son attention se porta sur la pierre qui lui permettait de passer de sa forme masculine à féminine, celle-ci se trouvant dans une sacoche de sa précédente tenue. Il la saisit entre deux doigts avant de refermer le poing dessus, ses courbes s'arrondissant, ses cheveux poussant autour d'un visage plus fin. L'Azur se porta à nouveau sur le Miroir. Il savait que cette Forme défrisait l’Écorcheuse et qu'elle pouvait voir tout ce qui se passait dans le Manoir à travers les Miroirs et les Tableaux.

Pendant une seconde, il hésita à faire mine d'envoyer un baiser à son reflet juste pour le plaisir de la provocation pure, de voir la réaction de sa ravisseuse. Mais quelque chose lui disait que c'était une mauvaise idée de provoquer un Démon vu la position dans laquelle il se trouvait. La pierre termina dans une poche de sa veste, hors de son contact.

Quelques instants plus tard, le voilà sur les pas de l'adolescente qui trottinait d'un pas enthousiaste devant lui. Elle avait tenu absolument à lui donner des "Présents", de quoi lui donner un mauvais pressentiment. Devant la porte, elle donna la clé au Lunaire, impatiente. Celui-ci la déverrouilla et l'ouvrit sur un salon sombre, à peine éclairée par des bougies ci et là. À l'intérieur, cinq femmes se trouvaient assises là où elles le pouvaient, que ce soit sur le divan, le fauteuil ou bien au sol.

La première chose qui frappa le Mage fut le visage de la plus proche qui était presque un sosie de Yunaia. Pendant un instant, il crut que c'était elle et que l’Écorcheuse l'avait enlevé. Mais non, le grain de beauté n'était pas à la même place et il y avait des détails qui permettaient de faire la différence. Cette vision eut le don de réveiller la douleur de la Perte, le temps qu'il se force à observer le reste de l'assemblée. Une autre ressemblait vaguement à son ancienne Femme et les trois autres lui firent penser à d'autres Femmes qui avaient tenté de le séduire sans y parvenir. Visiblement, l’Écorcheuse ne faisait pas la distinction. Le détail sordide poussait jusqu'au fait qu'elles portaient des vêtements similaires à celles dont elles devaient être la copie.

Il s'aperçut, plus tardivement, de la présence d'un Xaela crucifié au fond de la pièce, à moitié dans l'ombre, dont les traits s'approchaient de ceux de Solid. Il respirait difficilement mais il était toujours en vie. Ses cornes avaient été peintes grossièrement en blanc et sa peau en rouge. Eylion devina qu'il n'avait pas dû se laisser faire.

Lucrétia: Alors, ça te plaît? fit-elle avec un sourire radieux. Toi aussi, maintenant, tu as des Jouets...!
Eylion: Je...

Les Femmes avaient tourné leurs regards vers eux, inquiètes, la peur lisible sur leurs traits. Cette vision eut le don de provoquer un haut-le-cœur chez le Lunaire qui s'efforçait de ne rien montrer. Le moindre impair et la Démone les tuerait tous.

Eylion: Ce sont vraiment... mes Jouets?

L'adolescente prit sa main entre les siennes.

Lucrétia: Oui! Je suis désolée, je ne savais pas que tu t'ennuyais ici. Alors, ça te plaît?

Elle le regarda avec de grands yeux impatients. Il puisa dans toutes ses ressources internes pour ne pas grimacer. Non, au lieu de ça, il lui offrit le plus beau sourire possible.

Eylion: Absolument, Mademoiselle, fit-il en modulant sa voix avec charme. Il me tarde de jouer avec eux. Vous n'auriez pas dû faire tant d'efforts.

Le sourire de l'Entité se fit rayonnant à ces paroles.

Lucrétia: Je suis heureuse, je savais que ça te ferait plaisir...! Mais avant de te laisser Jouer, je dois déjà te Guérir.
Eylion: Me... Guérir?

La Démone piocha dans la poche de la veste du Mage, sortant la pierre noire, fruit du contrat avec Solid. Elle resserra ses doigts pâles dessus, serrant assez pour la mettre en miettes, sans se départir de son sourire pendant que son autre main se posait sur le torse d'Eylion.

Lucrétia: Te Guérir de tout ce que les vilains gens de l'Extérieur t'ont fait.

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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 05 avr. 2019, 12:54

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Tout s'était enchaîné à une vitesse telle qu'il eut du mal à se reprendre ou à comprendre ce qu'il s'était passé. En prenant le temps de fouiller dans sa mémoire, il se rappela que... Oui, il avait été traîné à travers les couloirs du Manoir. Il avait entendu le bruit sinistre de multiples mécanismes, d'un passage s'ouvrant. Une pénombre inquiétante durant une descente d'escaliers. Il se souvenait de la sensation des ronces dans son col, de la moiteur de ses propres mains, de son souffle court.

Et puis, qu'y avait-il eu d'autre...? Les branches, oui, multiples. Elles l'entouraient, l'étouffaient à moitié. Certaines avaient dû s'infiltrer sous sa peau car il pouvait sentir des pulsations dans ses veines. Il ne pouvait pas bouger, qu'importe ce qu'il pouvait faire. Son estomac se serrait au rythme des sensations à la fois agréables et désagréables qui le prenaient. De l'exaltation d'une noirceur sous-jacente à la répulsion de cette même horreur. Il se sentait à la fois nauséeux et stimulé.

Il ne sentait plus le bas de son corps, ses jambes, ainsi que le côté droit de son visage. Ils étaient engloutis par la monstrueuse construction arboricole qui l'emprisonnait. Son Azur n'arrivait qu'à voir, à grande peine, la salle de pierre dans laquelle il se trouvait. Elle était immense. Circulaire. Une pénombre rougeâtre, à la fois surnaturelle et lugubre, régnait dans les alentours. Il avait l'impression de se trouver dans une sorte de crypte.

Au centre de la pièce, il pouvait voir un lit qui ressemblait à ces lits d'hospice ou bien d'asile, avec de quoi attacher le patient. Un lit tellement ensanglanté qu'on aurait pu croire que quelqu'un avait versé un seau de sang par le dessus.

Empty: ...
Eylion: Hrr...
Empty: Sérieusement...
Eylion: E... Empty...?
Empty: Qui d'autre?

Le Mage eut un faible rire nerveux.

Empty: Frozen, reste caché au cas où.
Eylion: Je crois que je t'ai entraîné dans une... sale situation...
Empty: Bon, elle peut me voir par ton œil à la noix?
Eylion: Je ne... sais pas... Je sens que la moitié droite de mon visage... est bloquée... Putain, je sens... des trucs pas nets... sous ma peau...
Empty: Prie pour toi que ça soit bon alors.

Le Démon sortit de l'ombre d'Eylion, ou du moins ce qu'il restait vu qu'elle était masquée par celle de la construction qui le retenait et qui prenait un pan entier du mur de la salle. En constatant l'état de l'Arcaniste, Empty dégaina ses lames.

Empty: Allez, au travail.
Eylion: ... Tu vas... essayer de faire quoi là...?
Empty: Tu veux sortir de là comment?
Eylion: ... Et si... elle le sentait? Te repérer... Et on est coincé ici... pour le moment... Je ne sais même pas... Ah... Où on est...

Empty tenta, malgré tout, d'attaquer une racine à portée pour voir comment la "plante" réagissait. Du sang noir s'écoula de l'égratignure faite, la racine se mettant à siffler de manière monstrueuse tout en s'agitant dans tous les sens. Il put comprendre que la construction était réellement solide, ne devant cette égratignure qu'à sa force et la qualité de ses armes.

Empty: Ouais, j'aurai pas le temps de tailler tout le reste. Putain, dans quoi tu t'es fourré, sérieux.
Eylion: ... Ah... Je ne sais pas trop... fit-il avec un faible sourire se voulant bravache.
Empty: Et tu sens quoi sous ta peau t'as dit?

Le Démon sortit du champ de vision d'Eylion, allant explorer le reste de la pièce que ce dernier ne pouvait pas voir.

Eylion: ... Tu pourrais peut-être... t'en sortir... Attendre le suivant passage de cette... tarée... Pour filer... Trouver le portail... et je ne sais pas trop pour... te répondre... J'ai l'impression d'un truc qui pulse... Non... De multiples trucs qui pulsent sous la peau... C'est à la fois désagréable et en même temps... Ah... Je... Je ne saurai pas comment le définir...
Empty: Si t'as des cafards du néant ou une saloperie du genre, tu restes loin de moi.
Eylion: T'as... franchement le chic... pour savoir quoi dire... souffla t'il dans un rire nerveux.

Le Lunaire entendit quelques bruits à la lisière de son ouïe, suivi d'un...

Empty: ... Qu'est-ce que...
Eylion: ...?
Empty: Eylion, c'est quoi cette pièce?

Il tenta de tourner la tête, en vain.

Eylion: Je... ne sais pas... Je ne l'ai jamais vu...
Empty: Il y a le corps de plusieurs femmes, et... elles ressemblent beaucoup à ta tortionnaire.
Eylion: Quoi...? fit-il, surpris.
Empty: Quoi, elle t'a aussi mis des racines dans les oreilles?
Eylion: Non, mais...

Il souffla à nouveau.

Eylion: Comment ça, elles ressemblent... à l’Écorcheuse...? Je n'arrive pas à tourner... la tête...

Il entendit un long soupir de la part de son frère. Ce dernier revint pour lui présenter le corps nu d'une femme morte. Son épaule semblait avoir été percée à l'aide d'un outil comme un croc de boucher. Le côté gauche de son corps avait été écorché. Quant au visage, il semblait, en effet, semblable à celui de l’Écorcheuse même si quelques traits étaient légèrement différents.

Empty: Mieux?
Eylion: ... Oh putain... de bordel de...! C'est quoi cette pièce...? lança t'il, choqué.
Empty: Mais on est pas rendu avec toi en fait, dit-il avec une mine équivoque. Enfin...

Celui-ci reposa le corps au sol avant de s'éloigner à nouveau, reprenant son exploration.

Eylion: Écoute... J'ai du mal à réfléchir... à l'heure actuelle... Désolé si j'ai des... "cafards" du Néant ou je ne sais pas quoi qui est en train de me foutre en l'air...

Empty se rapprocha du lit au centre de la pièce, se mettant à l'observer.

Empty: Si seulement tu avais pu retrouver ton rôle de servant...
Eylion: Oui... mais... visiblement... elle a d'autres plans... Salope... J'aurai bien... voulu tenter... de voir si je ne pouvais pas donner un coup de main...
Empty: Et t'aurais fait quoi exactement?
Eylion: J'aurai tenté... de poser des glyphes... Même si la Magie est affaiblie ici... Ça ne veut pas dire... qu'elle est totalement annulée...

Le Démon récupéra un autre corps qu'il vint déposer sur le siège d'opération. Il commença à l'attacher mais les attaches se muèrent d'elles-mêmes, se rabattant sur les poignets et les chevilles du cadavre. Celui-ci commença subitement à convulser dans tous les sens, s'agitant furieusement au point de faire trembler les sangles. Un hurlement lointain se fit entendre, ne venant pas du corps mais d'un point indéterminé dans la salle, comme des cris lointains de détresse, de douleur.

Eylion: ...!!
Empty: Oh, elle vit encore celle-là ou quoi? Ferme ton claquet bon sang!
Eylion: Putain...! Retire la de là...!!
Empty: Pourquoi ça?

Les hurlements continuaient... On pouvait presque distinguer des supplications.

Eylion: À ton avis, merde?!
Empty: Ta gueule la morte!

Empty alla en décrocher une nouvelle. Eylion put deviner qu'il y en avait plusieurs dans les alentours mais il lui était impossible de savoir combien, ni où. Il revit juste son frère déposer le nouveau corps devant celle attachée mais le geste ne fit aucun effet sur les convulsions et les cris continus.

Eylion: Empty, il faut vraiment que tu la retires de là! Et si elle t'entendait?!
Empty: Et comment tu crois qu'on va justifier la plante crevée qui pisse le sang? Je fausse les pistes! Par contre, celle-là me casse les oreilles...

Il détacha le cadavre, celui-ci redevenant aussitôt inerte, les cris retombant. Pendant qu'Empty parlait, la racine avait cessé peu à peu de saigner, bougeant avec une grande lenteur pour rejoindre sa plaie.

Eylion: Fausser... les pistes...?
Empty: Si elle est un brin attentive, elle verra que quelqu'un a tenté d'attaquer les racines, alors je vais m’amuser à déplacer tous les corps. Ta détention ne sera pas de tout repos pour elle.
Eylion: C'est sûr qu'elle va se poser des questions...

Il tenta de reposer le corps sur le lit sans l'attacher mais les sangles muèrent de nouveau par elles-mêmes. Les cris et les convulsions reprirent, obligeant l'infiltré à l'ôter immédiatement de là.

Empty: Rhaaaa...
Eylion: C'est... vraiment bizarre... Des sosies... de l'autre... salope... À moitié écorchées... Elles sont mortes ou...?

Pendant qu'il parlait, Empty vint récupérer trois corps qu'il vint disposer autour de la construction qui retenait Eylion, comme si elles essayaient d'être proches de lui.

Empty: Au fait, ton Écorcheuse... c'est bien le même visage qu'elle a? Ou tu la trouves changée?
Eylion: ... Heu, si tu pouvais... en soulever devant mon œil... Pour mieux voir...

Le Démon s'exécuta, en soulevant une devant l'Azur qui se mit à l'observer attentivement.

Eylion: ... Ce n'est pas elle... Elle y ressemble beaucoup, oui mais... Je suis formel... Ce n'est pas elle...
Empty: Ok... dit-il en la relâchant à terre. Tu n'auras qu'à dire qu'elles ont bougé d'elles-mêmes.
Eylion: D'accord...
Empty: Mais je commence à me demander si mon oncle n'a pas vu juste.
Eylion: À propos de...?
Empty: Que ton Écorcheuse est une victime aussi.

Le Mage eut un léger rire discordant.

Eylion: Putain, pour une victime... Elle n'agit pas trop en tant que telle... Tu as vu ce qu'elle a fait à ce Xa...
Empty: Si la création attendue est décevante... on la tue.
Eylion: Création...?
Empty: Je reviens, sois sage.

Pendant qu'il parlait, Empty faisait des tests, attachant un autre corps au lit avant de faire le tour de la salle, pour voir d'où venaient les cris. Cependant, il put constater qu'ils ne venaient pas "d'ici", ce n'étaient que des échos fantomatiques qui se répercutaient sur les murs sombres de la salle.

Eylion: Comment ça... création... Empty...? demanda t'il, inquiet.
Empty: Fais chier...
Eylion: ...

L'infiltré enleva le corps pour aller le rajouter aux pieds d'Eylion, aux côtés de ceux qu'il avait déjà déplacé.

Empty: Et une membre de plus à ton fan groupe, félicitations!
Eylion: ... J'adore... ton sens de la déco... ne put-il s'empêcher de lancer, sarcastique.
Empty: T'as vu ça? Et encore, tout à l'heure, je voulais en mettre l'une sur l'autre comme si elles s'amusaient ensemble, mais elles bougent trop pour ça.
Eylion: ... Putain, merde... Empty... Je ne sais pas trop ce qu'elles sont... mais quand même...
Empty: Pour en revenir à la création... si j'avais pas été "correct", quel sort m'aurait réservé mon très cher et estimé oncle?

Eylion tenta de dodeliner de la tête avant d'être rappelé à l'ordre par son immobilisation actuelle.

Eylion: À la base, il a tenté... de t'éliminer... vu que la fusion... n'avait pas été faite... C'est bien ça...?
Empty: C'était pas une fusion totale, il devait prendre le pouvoir que j'avais et une fois que je n'avais plus d'utilité, hop, poubelle. Sauf que bon, j'étais pas jetable en vrai. Mais on s'éloigne, t'as pas pigé je crois.
Eylion: Hrm... Développe alors...
Empty: Le Père de l’Écorcheuse doit vouloir sa "fille parfaite". Si l'une d'entre elles ne colle pas avec son image, hop, adios. Tu as tous les ratés ici, je crois.
Eylion: ... S'il y a bien un Père... Hm... mais tu penses... alors... Hm... Mais alors... pourquoi on... a l'autre... salope... et pas Lui... directement...?
Empty: J'ai rien pigé! Tiens toi surtout à carreau et soit mielleux avec s'il le faut, histoire de pas rejoindre cette collection.
Eylion: ... Super... Tu ne sais pas à quel point... j'adore lui faire des numéros de charme... dit-il, sarcastique.
Empty: Si tu préfères, je tranche ta tête et on rentre à la maison, et tu repousseras tranquillou pendant quelques lunes.

Le Mage grimaça.

Eylion: Je n'ai jamais... été... décapité... Je préfère... ne pas essayer...
Empty: Tu sais quoi? J'vais aller faire un tour, je te laisse avec ton fan club.
Eylion: Fais attention...
Empty: Genre, j'vais courir en criant dans le couloir? Bien sûr, quelle remarque idiote!

Le Miqo'te souffla un rire nerveux et amusé à la fois pendant que son frère s'éloignait. Celui-ci put rejoindre des escaliers étroits qui remontaient jusqu'à un passage bloqué. Une rapide analyse lui permit de comprendre que le passage en question était bloqué par un enchantement complexe. Passer par les ombres n'était pas une option. Il dut attendre le suivant passage, retournant auprès d'Eylion pour passer le temps en discutant.

Entre hypothèses et sujets de conversation légers pour se changer les idées, un bruit venant de la sortie attira leur attention. Empty disparut aussitôt dans les ombres. Peu de temps après, une Elézenne encapuchonnée, vêtue d'une toge vert sombre, s'approcha du Mage, un sourire sur ses lèvres peintes.

Elle retira sa capuche une fois arrivée à proximité, révélant une abondante chevelure rousse.

Inconnue: Eylion Grenn, c'est un honneur de vous avoir en face pour la première fois.
Eylion: ...? À... qui ai-je l'honneur...?

Le sourire de l'inconnue s'élargit à cette question.

Inconnue: Une amie si vous le souhaitez... Mon nom est Valia Sarined. Sachez que j'ai une très grande estime de vos travaux.
Eylion: De mes... travaux...?
Valia: ... J'ignore comment on a pu passer à côté d'un tel... potentiel... fit-elle suave, en se rapprochant. En même temps, vous vous faites discret. C'est étonnant, avec tout ce que vous savez, qu'on n'entende jamais parler de vous.

Il eut un air de plus en plus perplexe avant de grogner.

Eylion: Allez au point... J'ai un Thé à prendre comme vous le voyez.

Elle eut un léger rire.

Valia: On se la joue à la dure...? J'aime ça... Bon, par quel point pourrai-je commencer...? Ah oui... Nitrisha Artyom, ça vous dit quelque chose?

Le visage du Mage, ou plutôt la moitié de celui-ci, se ferma à cette mention.

Valia: Je sais ce que vous lui avez fait.

Elle levant une main aux ongles peints vers le visage de l'Arcaniste, sans toutefois le toucher. Elle avait l'air soudain fascinée.

Valia: Vous en avez fait une Déesse.

Il eut un sourire discordant en retour.

Eylion: ... Un Monstre... Oui, je commence à voir... où vous voulez en venir... et vous pouvez... aller vous faire foutre...
Valia: Pourquoi je m'attendais à cette réponse...? fit-elle avec un sourire navré. Vous qui... pourtant en savez plus que bien des Occultistes les plus brillants qui existent... Vu tous les cultes que vous avez croisé... Je sais pour votre Fem...
Eylion: ANCIENNE Femme, grogna t'il. Vous feriez mieux de vous la fermer... si c'est pour débiter autant de conneries en si peu de temps...

Elle soupira.

Valia: Je voulais dire que je savais tout votre parcours, jusqu'aux Hunters... Je ne suis pas votre ennemie, vous savez, surtout dans la situation...

Son sourire revint, se faisant à nouveau plus suave et amusé.

Valia: ... Dans laquelle vous vous trouvez actuellement.
Eylion: ...

Il souffla.

Eylion: Alors... c'est ça? Vous vous proposez... de me faire sortir gentiment d'ici pour que je vous charcute à la sortie? Très inventif, vraiment...
Valia: Tant de vulgarité... On m'avait dit votre caractère difficile mais... j'ai l'habitude, dit-elle amusée. Mais oui, c'est très simple comme vous le voyez... Enfin, me "charcuter" n'est pas le mot exact... et mes buts sont bien plus vastes.
Eylion: Faites moi rêver... répliqua t'il avec un sourire peu amène.
Valia: ... Non... Pour le moment, je crois...

Les doigts de la femme descendirent jusqu'au torse du Miqo'te, s'y déposant, presque dans une caresse.

Valia: ... Que je vais vous laisser réfléchir... profiter de vos retrouvailles... Lucrétia est si charmante, vraiment. Je ne voudrais pas vous séparer trop vite.

Le Mage prit une inspiration, agacé. Son immobilisation et son état le frustraient.

Valia: Réfléchissez à mon offre... dit-elle, ses doigts remontant à la lisière de la mâchoire. Nous aurions... tellement... à gagner à travailler ensemble.

Il se mura dans son silence, son air se fermant. Non pas que l'envie de répliquer ou de poser des questions lui manquait, seulement son esprit était embrouillé par ce qui pulsait au sein de ses veines. Plus le temps passait, plus il avait du mal à garder ses pensées cohérentes.

Valia: Je prends ça pour un oui, poursuivit-elle, amusée, avant de tourner les talons. J'espère que vous serez plus... "ouvert" à ma prochaine visite, Monsieur Grenn.

Elle s'éloigna sur ces mots tout en faisant un geste de main en arrière. Elle ignorait qu'elle était talonnée de près par Empty, bien décidé à creuser ce qu'il se passait. En-dehors du passage, Lucrétia attendait Valia, vêtue d'une robe couleur azur.

Lucrétia: Vous avez pu parler avec mon Écorché? demanda t'elle avec un sourire ingénu.
Valia: Oui, il est... tout à fait charmant, je vois ce que vous lui trouvez.
Lucrétia: Vous voyez! lança t'elle avec un fort enthousiasme. Mon Écorché est merveilleux.
Valia: Hm...

La femme cacha son malaise derrière un sourire parfaitement calculé.

Valia: Oui, tout à fait... Je pense sinon que je vais rentrer chez moi. J'ai tenu ma part, comme vous le voyez.
Empty: ...!
Lucrétia: Vous êtes sûre que vous ne voulez pas rester? fit-elle tout en inclinant légèrement la tête sur le côté avec un sourire.
Valia: Ce serait avec plaisir mais non, j'ai beaucoup d'affaires. Je reviendrais pour l'Heure du Thé. Promis, répondit-elle avec le plus beau sourire qu'elle pouvait offrir.

Le sourire de la Démone se fit plus indéfinissable pendant un bref instant avant qu'elle ne retrouva son air ingénu.

Lucrétia: D'accord...! Amies pour toujours...!
Valia: Amies... pour toujours. Hm... Je... devrai garder la Marque à mon œil tant que je souhaite venir ici en fait?
Lucrétia: Bien sûr! Comment vous retrouverai-je sinon?

L'adolescente vint prendre vivement les mains de son interlocutrice dans les siennes, comme si c'était sa meilleure amie. Prise au dépourvu, l'Elézenne acquiesça avec prudence.

Valia: Je voulais juste... savoir mais je suis contente que vous considériez ça comme une Marque d'Amitié. Je vous ramènerai d'ailleurs un présent la prochaine fois.
Lucrétia: Un présent?

Elle sembla subitement très intéressée comme si Valia venait de lui annoncer que c'était bientôt son anniversaire.

Lucrétia: Dites le moi, dites le moi!

La femme eut un rire discret.

Valia: Si je vous le disais, ce ne serait plus une surprise, Lucrétia.
Lucrétia: Oh...

Elle relâcha Valia avec une moue déçue.

Lucrétia: D'accord...
Valia: Pourriez-vous me raccompagner, en attendant?
Lucrétia: Oui, bien sûr... dit-elle, toujours un peu déçue.

Elles se dirigèrent alors vers une porte non loin, porte qui s'ouvrit sur une volée de marches descendant dans ce qui devait être un sous-sol. Le sous-sol ressemblait à une cave des plus classiques, bondée de multiples objets stockés et oubliés là, que ce soit des tableaux, des fauteuils recouverts de draps blancs poussiéreux ou encore des coffres. Dans ce capharnaüm, la Démone guida la femme entre les objets jusqu'à un mur dissimulé derrière deux rideaux. Lucrétia posa alors ses doigts pâles sur le mur, faisant apparaître un symbole ressemblant presque à un engrenage. Le mur dévoila alors un passage secret et un très long couloir menant à une autre porte.

La nouvelle salle au bout était une petite salle circulaire autour d'un socle assez large muni d'un cercle formé de cercles ésotériques. L'air se mit à s'alourdir quand Lucrétia activa le portail, ses yeux devenant d'un noir absolu, les symboles s'illuminant de rouge. Une Faille obscure apparut au-dessus du socle, une Faille qu'Empty et Valia empruntèrent tour à tour.

Quand Empty ressortit de l'autre côté, il s'aperçut qu'il se trouvait dans d'antiques ruines amdaporiennes, à Sombrelinceul. Il faisait grand jour. Il hésita, pendant un instant, à revenir en arrière mais... il décida finalement de saisir l'opportunité de rejoindre Valia. D'un geste de main, il sortit de sa tenue un prisme mirage qu'il utilisa, ses vêtements prenant l'aspect d'un uniforme de majordome.

Il accourut ensuite pour rattraper la femme, modulant sa voix pour la rendre plus distinguée.

Empty: Madame... vous marchez bien vite!
Valia: Hm...?

Elle se retourna, surprise alors qu'elle se dirigeait vers l'Éthérite la plus proche, à savoir celle du Moulin de la Clairière. Elle regarda de bas en haut l'individu, de plus de plus en plus étonnée.

Empty: Dame Lucrétia a eu l'excellente idée de m'envoyer vous assister pour que vous lui rameniez un présent somptueux!
Valia: Vous... faites parti du Manoir?
Empty: Naturellement, pensiez-vous donc que des majordomes sortent de nulle part ainsi? Non, assurément!

Pour ne pas s'attendre à ce coup-là, elle ne s'y attendait pas! L'idée d'avoir ce rebut dans ses pattes ne l'enchantait absolument pas. Elle tâcha de se reprendre de son mieux, ce n'était pas le moment de tout faire rater, si proche du but.

Valia: C'est... une attention tout à fait charmante mais je n'ai pas besoin de votre aide.

Empty fit mine d'être choqué, bien plus aguerri à ce petit jeu que son interlocutrice.

Empty: Mademoiselle ne sera pas contente... du tout...

La mention la rendit inconfortable sur le moment mais elle tâcha de masquer ce pan, bien que grossièrement.

Valia: Je... J'ai déjà décidé du présent, c'est pour ça, dit-elle avec un grand sourire.
Empty: Ooooh, voilà qui est d'un soulagement certain! Puis-je m'enquérir de la nature du présent? Il en va de l'avenir de votre tête sur vos épaules, huhuhu!

Le sourire de la femme tilta de manière imperceptible sous l'effet de son agacement profond.

Valia: Mais ce ne serait plus une surprise si je vous le disais...!
Empty: Mais ce n'est pas à moi que vous allez l'ouvrir, alors n'ayez crainte. Je suis ici afin que la situation soit des plus favorables!

C'est qu'il insistait le corniaud. Après un instant de réflexion, elle reprit néanmoins.

Valia: Très bien, très bien, suivez moi... Je vais vous le remettre, vous le rapporterez à Demoiselle Lucrétia.
Empty: Non, non, non, non, non! Madame sera fâchée si ce n'est pas vous qui allez le lui remettre! À moins que... vous...! V-vous n'envisagez pas de lui fausser compagnie?!
Valia: Non, bien sûr que non! Je compte... lui remettre un collier, voilà, si vous tenez vraiment à le savoir.
Empty: Un collier! Oh malheur! OH MALHEUR!!!
Valia: ...?! Q-quoi?
Empty: Quelle idée sotte! JAMAIS!
Valia: Pourquoi? demanda t'elle, interloquée.
Empty: Suivez-moi, je sais ce qui lui plaira au plus haut point!

Elle le regarda, un brin éberluée, avant qu'une pointe d'agacement et de frustration ne la prenne. Elle n'allait pas pouvoir le faire lâcher comme ça. Malheureusement, elle n'avait pas réellement le "choix".

Empty: Laissez-moi vous guider jusqu'au lieu adapté pour offrir votre présent!

Elle soupira discrètement à cette mention.

Valia: ... Je vous suis mais sachez que je suis une femme très occupée...! Il me faut rentrer au plus tôt.
Empty: Soit, nous serons brefs.

Ils se rendirent auprès de l’Éthérite du hameau avant de se téléporter au sein du jardin appartenant à la Brigade Rouge.

Empty: Nous y sommes! Le cadeau parfait siège ici!

La femme regarda les alentours, perplexe, en relâchant la main du "majordome".

Valia: Où sommes-nous...?
Empty: C'est ici qu'a résidé fut un temps l’Écorché. Dame Lucrétia fut fortement déçue de voir qu'il n'avait pas son mouchoir de poche. Ce cadeau vous voudra bien plus de louanges qu'un collier!
Valia: Où... Mais alors, nous sommes devant la Brigade Rouge...! s'exclama t'elle, surprise.
Empty: Est-ce un problème? Vous connaissent-ils?

Elle secoua la tête tout en lissant sa tunique, nerveusement. Elle ne pouvait s'empêcher d'injurier mentalement la folle obsessionnelle et l'ensemble de son personnel dément.

Valia: N-non mais...
Empty: Fort bien. Entrons. Pendant que vous ferez distraction, je m’emparerai du mouchoir et nous aurons tous les deux ce que nous désirons: Vous le présent et moi le bonheur de Dame Lucrétia!
Valia: ... Hmm... Très... bien mais si quelque chose ne va pas, je vous laisse dedans, je vous préviens!
Empty: En voilà des manières! Mais soit...

Une fois à l'intérieur, Valia fit quelques pas, peu rassurée. Sa mauvaise intuition allait se vérifier car Empty se cala contre la porte pour la bloquer.

Empty: MIA, Code Jaune!
Valia: ...?!

[MaGiE DéSaCtIvéE]

Valia: Qu'est-ce que...

Le Démon esquissa un sourire satisfait.

Empty: Bienvenue à la Brigade Rouge...
Valia: V-vous... en faites parti...?!

Solid accourut à ce moment, alerté par l'activation.

Solid: Que se passe-il...? fit-il, surpris.

Valia, de son côté, porta ses mains à sa poitrine sous l'effet de la surprise avant de tourner la tête vers Solid, semblant comprendre dans quel guêpier elle venait de se fourrer.

Empty: Voici notre ticket d'entrée pour le Manoir!
Solid: Oh...
Valia: C'est... absurde...! Qu'est-ce que vous savez au juste?!
Empty: Que vous êtes venue rendre visite à Eylion. C'était une conversation très intéressante.

Elle n'en revenait pas.

Solid: Et si nous allions discuter, hm?
Valia: Comment ça, rendre visite? essaya t'elle de nier. Je ne connais pas d'Eylion...!

Quand elle vit le Démon Rouge s'approcher, elle recula d'un pas.

Valia: Ne m'approchez pas! fit-elle, effrayée.
Empty: "Haaan, vous en avez fait une Déesse!", mima t'il avec exagération.
Valia: ...! Vous... Personne n'était là...

Empty disparut pendant quelques instants, avant de réapparaître.

Valia: ...!!

Elle recula encore, choquée.

Solid: On peut être de votre côté... ou bien... je peux vous montrer que je sais être original au niveau des tortures.
Valia: ... Je...

Elle regarda Empty et Solid tour à tour, cherchant désespérément une issue.

Solid: Peut-être qu'une tasse de thé vous ferait du bien? Ou bien un alcool plus fort?

Elle essaya de retrouver son calme de son mieux avant de se redresser. Puisqu'elle était coincée de toutes façons, autant garder sa dignité et compter les cartes encore en main pour se sortir de ce pétrin.

Valia: Je... ne prendrais rien, merci, fit-elle, assez réfléchie pour ne rien boire de ce qui pourrait provenir de la Brigade.
Solid: Entendu... Allons au salon, cela sera plus confortable pour parler, d'accord? ♪
Valia: ...

Elle leva le menton, tâchant de le garder haut.

Valia: Je vous suis.

Solid se mit à sourire, ouvrant la marche vers le salon bleu à proximité. La femme s'assit sur l'un des divans en enlevant sa capuche.

Solid: Bien ♪ Vous n'avez pas l'air de vouloir être de notre côté pour le moment, puis-je savoir pourquoi?
Valia: Pourquoi vous seriez de mon côté? demanda t'elle avec un ton détaché.

Elle croisa les jambes tout en parlant. Un homme passa dans les environs, homme auquel Solid s'adressa en attirant son attention d'un geste de main.

Solid: Allez surveiller l'entrée, et bloquez tout possible renfort, je vous prie. Prenez autant de personnes que nécessaire.
Jhinn: ...

Elle fronça brièvement des sourcils en suivant Jhinn du regard avant de revenir à Solid. Il pensait vraiment qu'elle allait juste se contenter de rester comme ça, à ne rien faire, intimidée? Elle porta une main à son oreille, faisant mine de replacer une mèche de cheveux derrière celle-ci. Elle activa au passage sa perle discrètement. Avec un peu de chance, ses suivants seraient assez intelligents pour suivre la conversation et comprendre où elle se trouvait et ce qui était en train de se passer.

Après le départ de l'homme, Solid revint à elle.

Solid: Pourquoi ne le serai-je pas, pour commencer? On dirait qu'on peut faire affaire, tous les deux.
Valia: Affaire... De quelle sorte d'affaire parle t'on là? amorça t'elle, toujours sur le même ton.
Solid: Eh bien... tout dépendra de ce que vous désirez. Personnellement, j'aimerai récupérer Eylion de manière définitive. Et si possible, régler cette histoire de Manoir.

Elle eut un petit sourire en coin à la première mention, assez bref, presque un rictus amusé. Il était encore heureux que Solid ne soit pas télépathe car elle s'en sortirait nettement moins bien. La pensée à l'origine de ce rictus était de l'acabit moqueur d'un "Aw, le démon rouge se soucie de son petit casse-croûte nocturne? Comme c'est mignon".

Valia: Je ne sais pas si vous pourriez m'accorder ce que je désire et je ne vois pas pourquoi je prendrais le risque de vous le dire.
Solid: Vous pensez vraiment que je vais vous laisser partir si vous me lancez un vilain regard?
Valia: Je ne crois pas, en effet, mais si vilain que ça, franchement...? dit-elle avec un sourire se voulant plus charmeur.
Solid: Nous voulons manifestement tous les deux quelque chose. On doit bien pouvoir s'arranger, non?
Valia: ... Tout dépend si vous pourriez m'accorder plus de pouvoir, chose que votre... petit Arcaniste pourrait facilement accorder mais j'ai crû comprendre qu'il était du genre têtu en affaires.
Solid: Tout dépend de ce que vous recherchez, mais à parler ainsi, on peut tourner autour du pot un bon moment, non?

Elle fit une brève moue.

Valia: J'ai pourtant été claire: je veux être plus forte, avoir plus de puissance à ma disposition.
Solid: C'est tout? Pourquoi, vous êtes faible?

Elle soupira.

Valia: J'ai quelques capacités mais je ne suis qu'une pauvre frêle... dame... dit-elle avec un ton ampoulé, surjouant à souhait.
Solid: Mais quelle force voulez-vous? Vous avez envie de soulever des rocs entiers? Avoir la tête la plus pensante du pays? Être une fortune écrasante? La force a plusieurs aspects...
Valia: Si j'ai fait appel à votre charmant Arcaniste, vous devez bien vous douter de quel type de force je vise, dit-elle avec un sourire un brin moqueur.
Solid: Magique, mais dans quel but?
Valia: Mes propres buts mais... Puisque vous êtes si... "cordial", souffla t'elle avec un ton empli de sous-entendus pas très nets. On va dire que l'un d'eux est d'impressionner quelqu'un qui me pense incapable.
Solid: Vous voulez courir après une personne qui ne veut pas vous regarder pour ce que vous êtes? Si obtenir de la puissance est votre désir, sans doute je peux vous y aider. Mais pour votre propre bien, vous devriez savoir que dans le fond, cette personne ne s'intéresse pas vraiment à vous.
Valia: Vous ne connaissez pas cette personne, s'offusqua t'elle quelque peu. Il vaut bien mieux que la plupart des... péquenauds que j'ai pu croiser de toute ma vie sordide. Je ne vois pas sinon en quoi vous pourriez m'y aider... Enfin si... Mais je sens l'entourloupe. Votre... petite sœur était déjà bien assez pénible à négocier avec mais c'était encore relativement... simple.
Solid: Si une personne de base ne s'intéresse pas à vous, mais qu'elle le fait après que vous ayez des pouvoirs, n'est-ce pas plutôt votre futur potentiel qui lui fait du charme? Après, c'est pour vous que je dis ça, hm.

Le regard de Valia se plissa, agacée par le fait que le démon parlait "sans savoir". Elle n'était pas une idiote. Des hommes, elle en avait vu dans sa couche à plus d'une reprise. Dans ses draps de satin, elle l'avait vu se lever pour se rhabiller. Comme toujours, il ne restait jamais les matins.

Valia passé: ... Qui est celle à qui tu penses?
???: Hm? De quoi tu veux parler, ma chère Valia?
Valia passé: Je sais quand un homme est "avec" moi ou quand il pense à quelqu'un d'autre... Alors qui est-elle? Ou il...?

Il avait esquissé un sourire en coin amusé avant de se retourner et de se pencher vers elle pour susurrer contre ses lèvres.

???: Pourquoi penserai-je à quelqu'un d'autre que toi à cet instant? Tu sais pourtant que je vous aime tous à votre manière et quand je suis avec le ou la concernée... Je lui suis entièrement consacré.

Valia: Je sais ce que je fais, dit-elle en remettant une partie de sa longue chevelure derrière l'épaule. Et ce que je veux.
Solid: Bien, mais n'allez pas dire que je ne vous ai pas prévenu, dit-il avec un sourire. Du coup... vous rendre plus forte... de la magie... hmmm...
Valia: Je suis une grande fille, ne vous inquiétez pas, fit-elle avec un sourire équivoque.
Solid: Il y aura deux conditions pour que je vous y aide. Enfin, trois même. La première, que vous me décriviez un peu plus ce que vous voulez, un exemple serait le bienvenu. La deuxième concerne votre part du contrat, en échange de ce pouvoir, vous nous ouvrirez quand bon nous semblera l'accès au Manoir de l'autre folle que vous avez pensé être ma soeur. Et la dernière... Si vos nouveaux pouvoirs venaient à blesser de quelque manière que ce soit un des Shields, un des membres de ma famille donc, vous serez immédiatement mienne.
Valia: Hm... Je veux la même puissance que Nitrischa Artyom, je ne sais pas si votre petit précieux vous en a parlé.

Le chef de la Brigade prit un instant de réflexion.

Solid: Non, je dois avouer que cela ne me dit rien.

Elle eut un léger gloussement, dos de la main à ses lèvres.

Valia: Ça ne m'étonne pas... Mais il vous a peut-être parlé de son ancienne Femme...? Oui, non...?
Solid: Elle ne m'est pas inconnue, en effet. Est-ce elle?
Valia: C'est son nom, oui... Ancienne médecin de guerre capturée par le culte d'Oblivion. Ils essayaient de faire incarner en elle un Primordial de leur crû et ils étaient à deux doigts de réussir, narra t'elle en mimant un espace infime entre son index et son pouce.
Solid: Vous voulez avoir la force d'un quasi-primordial? demanda t'il avec un sourire.
Valia: Oui, dit-elle en levant le menton.

Valia passé: Je sais que je peux t'être plus utile que ça. Laisse moi juste une chance...!
???: Mais tu l'es déjà. Tu n'as pas besoin d'en faire plus.

Valia: Et votre petit précieux connaît tous les rituels qu'ils ont utilisé... ainsi que celui qu'il a lui-même fait pour empêcher que l'Oubli ne l'emporte, de stabiliser cette puissance.
Solid: C'est un peu cher payé pour ouvrir une porte, non? Je suis de très loin perdant sans parler que je ne peux pas, moi-même, vous donner ceci... enfin il y aurait bien "ça" mais...

Il prit un temps de réflexion.

Solid: ... Non, mauvaise idée...

Elle eut l'air intrigué un instant avant de se reprendre.

Valia: Je ne vois pas ce que vous pourriez proposer d'équivalent.
Solid: Ce sera difficile, en effet. Après, nous avons encore un autre moyen de retrouver Eylion sans votre aide, ce qui ne m'empêchera pas de vous maintenir captive ici et sans magie. Vous ne verrez pas Eylion et vous n'aurez jamais ce que vous voulez. Sans parler que si ma première méthode échoue, je pourrai venir vous torturer à loisir jusqu'à ce que vous vous décidiez. Vous êtes sûre de ne rien vouloir d'autre?

Elle grimaça à cette mention.

Valia: Parce que vous...

Elle hésita un instant, se mettant à réfléchir. Ce fut à ce moment que du grabuge se fit entendre à l'extérieur. Solid sembla réagir à des appels sur sa perle. Elle eut un sourire. Il était temps que ses suivants réagissent. Cependant, vu le bruit, il était possible qu'ils attaquent de front le QG. De quoi la contrarier. Elle savait qu'ils n'étaient pas très fins mais là...!

Solid: Tenez-les un petit peu, je vais devoir abréger avec Mademoiselle.
Valia: Vous n'avez aucune chance.

Même si la situation était mauvaise, elle essaya de tabler sur l'ignorance de son interlocuteur, de lui faire croire à une plus grande menace. Peine perdue. Le Démon se leva et dégaina son épée pour la mettre en joue.

Solid: Rappelez vos hommes... ou mourrez.
Valia: Vous me tuez, ils continueront jusqu'à ce que ma mort soit vengée, siffla t'elle.
Solid: Je ne reviens, hélas, jamais sur une parole.
Valia: Vous bluffez, fit-elle, néanmoins nerveuse.

Dehors, le combat faisait rage. Elle ignorait complétement si ses suivants auraient le dessus ou non. En attendant, elle était seule, dénuée de magie, face à un Démon.

Solid: Je n'ai pas conquis le cœur d'Eylion avec des mensonges. Ensemble, nous aurions plus de chances avec l'autre plutôt que chacun de notre côté.

Elle déglutit, hésitant.

Valia: ... Je, hm... Alors je... souhaite négocier... que vous... convainquiez... Eylion...
Solid: Eylion vous sera t'il plus favorable si vous l'aidez ou si vous oeuvrez contre lui? S'il apprend que vous vous en êtes EN PLUS pris à sa famille... adieu vos pouvoirs.

Elle serra les dents. Elle s'était déjà renseignée sur l'Arcaniste, assez pour savoir de quoi il avait déjà été capable. C'était bien pour ça qu'elle avait tablé sur l’Écorcheuse pour avoir le dessus.

Solid: Votre réponse?

Elle siffla de colère.

Valia: Très bien... Je les rappelle... mais rangez votre lame...!!

Le Démon rengaina son arme, sourire aux lèvres pendant que la femme portait une main à sa perle.

Valia: Nos... Arrêtez vos assauts.
Nos: ...?! Pourquoi?! On peut avoir le dessus!
Valia: Vous n'avez pas continué à écouter, bande d'imbéciles?! Je suis à l'intérieur!!
Nos: ...
Solid: Ravi de faire affaire avec vous ♪

Elle rabaissa sa main, frustrée.

Valia: Vous ne me donnez pas le choix.
Solid: C'est faux, on a toujours le choix.
Valia: Je choisis de vivre, comme je l'ai toujours fait, répliqua t'elle avec dédain.
Solid: Je tâcherai de le convaincre. Même si je ne peux pas décider pour lui.

Elle détourna le nez, énervée.

Nos: Qu'est-ce qu'on fait, Madame...?
Solid: Ils n'ont qu'à rentrer prendre le thé ♪
Valia: Restez dehors et ne bougez pas, dit-elle en réactivant brièvement sa perle, agacée.

Elle revint ensuite à son interlocuteur, plissant les yeux.

Valia: Hors de question...

Solid: Bien... comment procédons-nous? Et pourquoi vous étiez là-bas?
Valia: ... Je vous fais entrer quand vous le voulez au Manoir mais en échange, vous me laisserez repartir à ce moment-là... et vous essayerez de convaincre votre petit précieux de m'aider à l'avenir. J'étais là-bas pour lui proposer le Marché mais il a refusé.
Solid: Je vois... et comment avez-vous su comment y accéder? Et tout ça pour juste ça?
Valia: Oh, chéri... fit-elle avec un sourire suave. J'ai bien des moyens d'avoir des informations... L'histoire de votre petit précieux m'a été... ramenée à mes oreilles... Il vaut bien que je me sois intéressée à son cas.

Le but n'avait pas été de le convaincre en une seule fois. Exposer le Marché n'avait été que la première étape.

Solid: Donc... tout ceci... l’Écorcheuse... tout ça... S'il est entre ses mains, serait-ce de votre faute?
Valia: ...

Elle réajusta une mèche, soupirant.

Valia: J'aime savoir que mes négociations se passent sans heurt... Bien que... Avec ou sans moi... Votre petit précieux allait avoir des problèmes, dit-elle, amusée.
Solid: Oh? Pourriez-vous détailler?
Valia: Si je vous le dis, est-ce que je pourrai avoir la garantie de rester saine et sauve...?
Solid: Peut-être ferai-je mieux de vous tuer tout de suite alors?

La perle de Valia crépita un instant.

Nos: Madame, nous allons devoir nous retirer. Les autorités arrivent. Je vous en prie, revenez nous en un seul morceau.

Pas grâce à vous, bande de crétins, pensa t'elle, rageuse.

Valia: Oui mais sans savoir quelles menaces pourraient bien vous guetter vous et votre charmante petite famille, dit-elle avec un sourire vis à vis de Solid.
Solid: Ce n'est pas faux. Je sais que le Miqo'te aime bien se mettre dans de beaux draps mais là quand même...
Valia: Si vous saviez... dit-elle, amusée.
Solid: Cependant, vu que vous n'avez pas l'air de vouloir parler, que vous soyez morte ou non, ne changera rien, n'est-ce pas?
Valia: Je suis tout à faiiit disposée à parler voyons, chéri... Juste que je tiens à ma vie et que je n'aime pas souffrir, je cherche à préserver mon bien-être. Vous ne le feriez pas? dit-elle en papillonnant des cils.

Le Démon se contenta d'esquisser un sourire.

Solid: J'ai la sensation que nous serons amené à nous revoir prochainement. Si jamais cela devait se produire, je sais déjà quel sort vous réserver.
Valia: Probablement... Mais si vous tenez vraiment vos... paroles... J'en ai besoin d'une pour me sentir rassurée... Je me sens si... effrayée... fit-elle de manière sensuelle sur la fin.
Solid: Je ne vous ferai pas de mal, dit-il, toujours avec un sourire. Je jure que je ne vous ferai pas de mal. Satisfaite?
Valia: Voilà qui est mieux, bien mieux... répondit-elle en soupirant. Oui, satisfaite... Disons que je n'ai pas eu besoin de faire grand chose, vraiment... Votre petit précieux allait être enlevé de toutes façons par l'Ordre de Septhis et livré à une vieille connaissance... Tout ce que j'ai eu à faire était de pointer à l'envoyé de "Mademoiselle" Lucrétia où aller et à quel moment.

Solid: Je vois. Vous êtes donc une criminelle, au final?

Elle sentit la question piège à plein nez. Elle lui offrit donc son plus beau sourire d'ingénue.

Valia: Moi? Non... Je n'ai pratiquement rien fait.
Solid: Parfait. Les Deux Vipères se feront un plaisir de vous interroger en ce cas.

Elle soupira, mimant le plus bel air défaitiste qu'elle pouvait donner. En réalité, les autorités lui faisaient tout sauf peur.

Valia: Soit...

Solid se leva à ce moment-là pour lui tendre une perle à l'allure spéciale. Valia la prit, étonnée.

Solid: Ne vous avisez pas de la perdre. Il faudra bien que l'on se revoit pour aller voir cette chère Lucrétia.

Elle observa l'objet un instant, se disant de prendre garde à le mettre dans un endroit où elle pourrait entendre la sonnerie sans qu'il puisse espionner ses conversations.

Valia: Oh, bien sûr...

Elle le rangea dans une poche de sa tunique avant de se lever, de se rapprocher de Solid et de poser une main sur son torse.

Valia: De toutes façons, vous connaissez mon nom alors il ne vous sera pas... bien "dur" de me retrouver. Je suis la propriétaire du Noir Désir. Passez me voir quand vous le voulez, dit-elle avec un sourire amusé.

Elle était, en effet, la propriétaire d'une maison close assez luxueuse à Ul'dah. De par son statut, elle avait accès à une mine d'or d'informations et d'influence.

Solid: Noir Désir. Entendu. J'espère que jamais vous ne serez mon ennemie alors, dit-il avec un sourire.
Valia: Je peux être une très bonne amie comme une très bonne ennemie, lança t'elle avec un clin d’œil.
Solid: L'avenir nous dira ce qu'il en est. Ce fut fort instructif, merci beaucoup. Quand nous reverrons-nous?
Valia: Hé bien, vous viendrez me voir... ou vous m'appelerez, non?

Pendant ce temps, un petit groupe d'hommes des deux Vipères entra dans la bâtisse.

Empty: Au moins, vous avez trouvé le cadeau parfait, un joli paquet tout rouge!
Valia: Un peu grand le cadeau... Mais je ne dis jamais non à la grandeur, fit-elle avec un léger rire.
Officier: Shield...? lança t'il, un peu perdu. Vous nous avez appelé?
Solid: Ah, la luxure... je vous laisse avec nos amis les membres des Deux Vipères.

Elle tourna la tête vers ces derniers après un soupir discret.

Solid : Bonsoir Officier. Cette femme dispose d'informations sur la secte de Septhis.
Valia: Je vais venir avec vous pour tout vous expliquer, oui, dit-elle, digne.
Officier: Septhis? Ah, voilà qui pourrait être utile, en effet.
Solid: Je suis certain que ses renseignements seront précieux pour vous aider à les coincer!
Officier: Les hommes qui sont partis en nous voyant... Ils en faisaient parti?
Solid: Madame Valia? Est-ce le cas?

Elle prit un parfait air accablé.

Valia: Je crains que oui... Enfin, il me semble, non? demanda t'elle en tournant la tête vers Solid.
Solid: Ils en avaient après cette pauvre demoiselle.
Officier: Je vois, fit-il en fronçant les sourcils. Très bien, madame, nous irons au poste et vous nous expliquerez tout ça en détail. Avec nous, vous serez en sécurité.
Valia: Oh merci, Officier...! dit-elle, jouant les soulagées.
Solid: Merci de votre aide, Officier. Passez une bonne soirée.

Le Démon fit une courte révérence.

Officier: ... Avant que nous partions, ça me fait penser que je devais venir vous voir pour une affaire... difficile.
Solid: Je vous écoute?
Officier: Nos...

Il chercha le terme un instant.

Officier: ... "Alliés" Ishgardiens nous ont demandé des renforts pour un problème de Démon. L'un d'eux aurait débarqué durant les fiançailles de Dame Hélène Meaubant. Il a tué le fiancé, une partie des convives et gardes avant de s'enfuir avec la demoiselle.

Valia tâcha de cacher de son mieux son sourire amusé à cette mention pour retrouver son rôle de "femme".

Valia: C'est terrible...!
Solid: Je vais vous envoyer quelqu'un. Probablement l'homme qui a pu tenir tête seul à six de ces mécréants des Septhis.
Officier: Oui... Nos "alliés" Ishgardais devraient pouvoir vous en dire davantage. Ils "attendent" de nous une grande réactivité.
Solid: Je vous laisse escorter mademoiselle, je vais vous envoyer quelqu'un au plus vite, comptez sur nous.

L'Officier tourna les talons, ne voulant pas s'attarder visiblement en ces lieux, suivi de Valia qui se retourna brièvement avec un geste de main. Puis elle suivit l'escorte des gardes. Une fois dehors, son visage se ferma. La Brigade avait réussi à la piéger. Bien, elle leur concédait cette première victoire et resterai à l'ombre pour le moment. Mais elle était loin d'avoir donné son dernier mot.

Ailleurs. Quelque part dans le Manoir.

Frozen avait paniqué quand il avait senti qu'Empty n'était plus dans la même dimension qu'eux. Le Mage s'était efforcé de le rassurer comme il le pouvait. De l'enjoindre à commencer à envisager de trouver un moyen de se nourrir. Durant leur conversation, les corps qu'Empty avait déplacé étaient revenus lentement à leur place, comme mus par un retour en arrière dans le Temps.

La suivante et brève visite de l’Écorcheuse permit à Frozen de sortir temporairement pour accéder aux cuisines.

Le Lunaire accueillit la Solitude avec un soulagement certain.

Une première larme coula sur sa joue. Puis une autre. Et une autre. Enfin Seul.

Tant qu'Empty et Frozen étaient là, il ne s'était pas permis de céder à la faiblesse. Pas devant eux. Maintenant il pouvait se laisser pleinement à sa Peine, à son Désespoir. La Mort de Claus. Les Souffrances de Kaldriss. Le choc d'avoir revu le visage de Yunaia, même si ça n'avait été que son sosie. L'absence de Solid. Son Impuissance. Ses Craintes.

Au déluge transparent se mêla des larmes de sang, coulant depuis la moitié droite, couverte, de son visage. Les deux pans se réunissaient sous son menton, s'écoulant dans un mélange rougeâtre.

La Tristesse se fit consœur de la Colère alors qu'il se mettait à Hurler, rugissant face au Destin, face aux Chaînes qui le détenaient.

Il ne sentit pas le sourire dément, satisfait, dans les tréfonds de sa Conscience.
Tic Tac ♪

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Ennrael
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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 06 avr. 2019, 15:11

Image
Combien de Temps... Depuis combien de Temps était-il là, suspendu? Deux jours, quatre? Des semaines, des mois? Son sens du Temps était détraqué. Ça faisait depuis longtemps que son Esprit s'était fermé à ce qui arrivait à son Corps. Le Haut, le Bas, il ne savait plus ce que c'était. Sa Conscience oscillait entre Éveil et Obscurité. Il n'entendait même plus Frozen depuis que ce dernier s'était enfoui dans son ombre.

Puis, enfin, la Délivrance.

Il tomba à terre, relâché brusquement par la construction. Ses muscles gémirent sous l'effet de leur réveil brutal. Il dut ramper en premier lieu, ses doigts s'accrochant à la pierre sombre. Du moins, jusqu'à ce qu'il soit soulevé par une haute silhouette. Il reconnut les traits familiers de Solid auquel il tenta de porter sa main, voulant s'assurer de leur réalité, mais sa Conscience le lâcha à nouveau. "Ses" paupières, lourdes, donnaient parfois des visions de son trajet.

Puis le Noir.

Il reprit connaissance au contact de doigts familiers, doux, dans sa chevelure. Après un gémissement, il se força à ouvrir "les" yeux sur le visage tout d'abord flou puis de plus en plus net de Yunaia. Il se trouvait actuellement dans sa chambre du QG de la Brigade, allongé dans le lit. La lumière du jour passait à travers les fenêtres et la jeune femme était assis à ses côtés.

Eylion: ...!

Elle lui offrit un sourire.

Eylion: Yuna... fit-il d'une voix rauque, surprise.
Yunaia: Shh...
Eylion: Pourquoi, comment...
Yunaia: Tout va bien...

Il tenta de se redresser péniblement, encore engourdi.

Eylion: Qu'est-ce que tu fais là? demanda t'il, toujours interloqué.
Yunaia: Je ne pouvais pas ne pas venir. Pas avant...

Le sourire de la tenancière s'élargit. Il sentit alors une douleur brusque, vive, au niveau de son flanc. Il baissa un regard d'incompréhension sur le poignard qu'elle venait de lui planter.

Eylion: ...!!
Yunaia: ... D'avoir vengé Djin, fit-elle avec un sourire absolument ravissant.

Il tâcha de se dégager, de se débattre. Il recula assez pour tomber du lit, la lame s'extirpant de sa blessure qui se mit à saigner avec abondance. Il porta une main dessus pour tenter de juguler le flot, la souffrance.

Eylion: Urh...!
Yunaia: Ça ne te suffisait pas de me briser le cœur? Non, il te fallait, en plus, m'arracher le peu que j'avais, dit-elle en se relevant, arme en main, un masque de cire en guise de visage.
Eylion: Je... ne comprends pas ce que tu dis, arh... Je n'ai jamais... touché à... Rrh... Djin...!
Yunaia: Tu ne peux pas cacher tes Vices. Ta Colère. Pas à moi, dit-elle avec un sourire doucereux.

Il comprit rapidement qu'il ne se trouvait pas dans la Réalité. La présence de Yunaia, ses actes, ses paroles n'avaient aucun sens. Toutefois, quand elle s'approcha, menaçante, sa lame ensanglantée en main, il n'était pas prêt de rester pour savoir si mourir allait lui permettre de sortir de ce Cauchemar.

Dans un cri de souffrance, il se releva à grande peine avant de courir vers la sortie. Quand il ouvrit brutalement la porte, il tomba nez à nez avec Solid.

Solid: Pourquoi tu ne retournes pas auprès de Yunaia? Je suis fatigué de tes hésitations.

Le Mage avait beau savoir que ce n'était pas la Réalité, les mots le poignardèrent avec autant d'efficacité que s'ils avaient été réels. Il recula instinctivement d'un pas pour sentir le sol se dérober sous son pas. Il chuta dans un puits sans fond, le plafond de la chambre s'éloignant rapidement. Son dos finit par heurter une surface froide. De la glace. Il se trouvait dans la caverne gelée où était scellée son ancienne Femme. Le visage de Neil, son fils adoptif, se pencha sur lui.

Neil: Tu es une telle déception, Père, fit-il avec un masque de mépris.
Eylion: Ggh... Je... sais... que tout... ça n'est... pas... Aah...! ... Réel...!

Le visage de Neil fit place, dans une volute de fumée d'un violet sombre, à son Lui Adulte.

Adulte: Je t'avais mis en garde contre la Culpabilité.

La face laissa à nouveau place à celle de Neil, alternant entre les deux au fil des paroles.

Neil: Qui essayes tu de Tromper? Tu n'as jamais réussi à sauver qui que ce soit...
Adulte: ... À commencer par toi.

Un autre visage se pencha aux côtés de l'Adulte. Alexis. Puis Tali. Enfin Light. Les quatre l'observaient avec le même mépris.

Alexis: Tu n'as pas même été capable...
Tali: ... De garder une simple promesse.
Light: Tu fais un bien pitoyable Frère...

Light laissa place à Shadow pendant que le sol s'effondrait à nouveau. Les autres silhouettes s'évanouirent alors que le Démon prenait Eylion par le col pour l'entraîner plus profondément dans sa Chute. Arrivés à destination, il l'écrasa au sol avec violence, faisant pousser un cri au Lunaire.

Empty: Qu'est-ce que tu me ramènes là?
Light: Ce qui reste de Lui.

Péniblement, Eylion tâcha de ramper malgré sa blessure au flanc et ses os malmenés. Il se trouvait dans le Hall de la Brigade. Empty s'approcha et lui écrasa sans ménagement la main, arrachant un autre cri de souffrance.

Empty: Tu m'as habitué à mieux.
Eylion: ... Vos... putains... de gueule... Je... Aarrhhh...!

Le Démon venait de tourner son talon. L'instant suivant, une version Enfant de l'Arcaniste bondit sur ce dernier, le poussant en arrière.

Enfant: Je les retiens! Enfuis toi, vite!
Empty: Tu crois que je vais avoir pitié d'un mioche?!

Eylion ne demanda pas son reste. Il se releva à nouveau, clopinant aussi vite qu'il le pouvait loin de ses Frères, le souffle court, main toujours à son flanc blessé. Il poussa la porte de l'entrée à l'aide de son épaule. Il arriva dans un couloir du Manoir avant de sentir ses bras pris de part et d'autre par deux personnes sur les côtés.

Taziel: Hééé, c'est sympa de venir nous rendre visite!
Kyuuji: Il est temps de régler tous les soucis.

D'un geste leste, le duo le plaqua au sol au point que le Lunaire passa à travers dans un autre cri. Il termina sur une table familière... Une table de torture. Les sangles se rabattirent sur ses chevilles et poignets. Le décor ne lui laissait aucun doute sur là où il se trouvait. Un sous sol obscur. Une odeur de mort, de viscères, de peur. Deux mains se plaquèrent de par et d'autre de son visage, sur la table, le faisant sursauter.

Il se trouvait exactement là où il avait attaché Elazar, le chef du culte d'Oblivion, peu après le carnage effectué par son ancienne Femme. Ils l'avaient laissé là en attendant de décider son sort, au milieu des corps, attaché à l'une des tables utilisées pour les expérimentations dudit culte.

Son propre visage se pencha sur lui avec un sourire peu amène. Il y avait toutefois une différence notable: cette version de lui avait le fond de ses yeux noirs, leur conférant un aspect démoniaque.

Adolescent: Il m'a fallu du Temps... Du Temps pour comprendre ce qui me dérangeait. Pour saisir ce qui clochait dans toute cette situation alors que la réponse était là, à portée de main. Mais tu vois... J'avais du mal à concevoir ce que ça faisait d'avoir autant de sang sur les mains. De torturer, de briser ma propre Femme. En me forçant à me mettre à ta place, j'ai compris... J'ai compris d'où venait ce sentiment de Rage dans mes tripes.

La Haine suintait à chacun de ses propos, les mêmes qu'il avait énoncé autrefois. Elazar s'était plié aux exigences de son ancienne Femme. Il avait réuni tout le monde dans les sous-sols. À l'abattoir. Il n'avait pas même résisté à sa séquestration, attendant sa sentence. Il n'avait réclamé qu'une chose: d'être abattu par celle qu'il aimait dans la plus pure et noble des traditions.

Adolescent: Alors même que tu condamnais l'ensemble des tiens à la Mort, tu offrais l'image du parfait Repentir. Complaisant, à tenter de marquer sa mémoire de la manière la plus ignoble qu'il soit, de lui nier sa Vengeance. Car, tu vois... Si j'avais été à ta place, par Amour, par réel Repentir, j'aurai continué à être celui qu'elle a toujours connu. Je lui aurai offert le combat qu'elle attendait, je lui aurai offert à tuer l'image même de son Tourment. Tu veux que je te dise, Elazar...?

Il se pencha sur lui.

Adolescent: Tu es faible.

Il entendit le hurlement de Banshee à proximité. Nitrischa. Elle l'avait suivi quand il était sorti en trombe de la chambre. Il savait par avance la suite alors qu'elle demandait si c'était vrai. Elazar avait détourné le visage, au supplice. Elle l'avait invectivé, détruit une partie des murs dans sa Colère quand elle avait enfin compris. Le Mage, quant à lui, s'était redressé, terrible.

Adolescent: Je ne te laisserai pas la facilité de la Mort, ni même celui d'être anéanti de ses mains. Je te maudis, Elazar Meriel. Je te maudis à la revoir chaque nuit, la Vengeresse comme la Dépossédée. Chaque nuit, tu revivras les Tourments que tu lui as fait subir, tour à tour Bourreau et Victime. Jamais tes yeux ne se reposeront sur elle. Jamais ta soif de sa chair ne sera étanchée.

Il fut libéré. Le Lunaire ne demanda pas son reste pour se diriger vers la porte, s'attendant à voir Nitrischa fondre sur lui. Elle l'avait fait pour Elazar, le tabassant avant de le laisser tout à fait partir, le laissant à sa future Folie. Mais rien n'arriva. Le sous-sol était vide. Il était de nouveau seul. La porte fut atteinte, poussée péniblement. Il se retrouva dans un couloir du Manoir.

Gauche, droite. Rien. Personne.

Il clopina comme il le pouvait et ouvrit une autre porte au hasard. Il découvrit sa chambre du QG, Yunaia assise au bord du lit, lui offrant un sourire. Il referma aussitôt et se précipita vers une autre pièce.
Même salle. Même personne. Il ignorait encore que le Cycle allait se répéter et se répéter.
Encore et encore et encore. Son Âme morcelée bout à bout. Son Passé revécu.
Une Boucle sans fin. Sa Culpabilité enfoncée jusqu'à la gorge.
L'Espoir faible, tremblant, de trouver une issue.
N'importe laquelle. Il devait bien y avoir...
Une issue. Un Moyen.
N'importe laqu...
Une is...
Un M...
...
...
...

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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 08 avr. 2019, 03:23

Image
[ Auteur Original du Texte: Faejine. Texte posté avec son autorisation. ]

Un nouveau voyage dans le Néant l’attendait.

ImageLe Prêtre rejoignit Solid, Adam et Zaurak au Quartier Général de la Brigade Rouge, comme convenu. L’heure était venue de se rendre au Manoir pour ramener Eylion. Solid souhaitait essayer de sauver la démone, qu’il estimait être victime également. L’appréhension gagnait Kyuuji doucement, inexorablement. De ce qu’il avait lu dans la lettre qu’Eylion leur avait fourni, et qui contenait tout ce qu’il savait sur le manoir, il s’attendait à des tourments psychologiques. Plus qu’un combat frontal, il appréhendait un combat mental, psychologique ou émotionnel.

ImageUne jeune femme, visiblement connue des Shield et en lien avec le Manoir, leur ouvrit la voie vers le Domaine. L’urgence de la situation et l’inquiétude empêchèrent le Prêtre de l’interroger sur son identité ou sa capacité à les conduire dans ce lieu particulier.

ImageArrivé au Manoir, le Quatuor d’invités, ou d’intrus ils n’en savaient rien encore, ne fut accueilli par personne. Livrés à eux-mêmes dans le vaste hall, leur attention fut attirée par un miroir immense, une horloge sans aiguille et au cadran torturé, et une table basse. Solid sentait la présence de son frère, dans l’ombre de Eylion, quelque part derrière l’horloge. Pour fonctionner, il lui manquait des engrenages et ses aiguilles. En fouillant le hall, les premiers éléments les mirent sur la piste de ce qui devint leur quête. Énigmes tintées de pêchés et de vices, lettres tourmentées et dérangeantes et rouages frappés d’une lettre leur indiquaient le chemin, les menant à travers tout le Manoir. Les indices parsemés dans chaque recoin leur firent découvrir l’histoire tourmentée de la famille Delamone.

ImageLa famille était torturée et corrompue par l’emprise et l’obsession du père de famille, Viktor Delamone. Plus le quatuor en apprenait, plus les révélations se faisaient dérangeantes. Kyuuji s’enfermait lentement sur lui-même, faisant taire ses craintes, pris par l’horreur de la situation. Viktor était obsédé par la perfection qu’incarnait sa fille, Lucrétia. Il lui vouait un amour incestueux et malsain, la modelant à l’image qu’il désirait. Pour Viktor, la jeune femme n’existait que pour répondre à ses désirs, à sa vision de la perfection, pour combler ses perversions. Le Prêtre, malheureusement, n’avait pas à imaginer ce qu’il lui faisait, tout était décrit dans les lettres que Viktor échangeait avec un pair. Anita, la mère de Lucrétia et épouse de Viktor, incarnait la peur qu’elle ressentait pour la sécurité et la vie de sa fille. Les vices de Viktor avaient fini par attirer la chute de la famille Delamone après de bien trop nombreuses jeunes femmes enlevées, séquestrées, torturées et tuées. Mais le plus grand mal vint de l’intérieur de la famille. Juste avant leur mort, Lucrétia les maudit tous deux à vivre leur tragédie pour l’éternité.

ImageDurant leur quête, les Invités résolurent assez facilement les énigmes, mais ils durent parcourir plusieurs fois le Manoir dans son intégralité pour réunir tous les éléments. Le temps commençait à jouer en leur défaveur. La démone était sur le point de se réveiller, et le sort qu’elle réservait à ses invités n’était absolument pas enviable. Heureusement, Anita, en échange de la promesse de sauver sa fille, leur vint en aide. Son spectre révéla un indice tandis qu’elle avait suspendu le temps dans le Manoir, retardant le réveille de Lucrétia.

ImageEnfin en possession de tous les engrenages, les Invités purent faire fonctionner l’Horloge dans le hall d’entrée. Se faisant, le temps repris son court, sonnant l’heure du thé et le réveille de Lucrétia. Mais le passage secret menant au sous-sol du Manoir se révéla également. La démone ne tarderait pas à les trouver, alors ils s’engagèrent dans le couloir qui menait à Eylion. Ils découvrirent une salle de supplices et de tortures. L’Arcaniste était également présent, mais possédé et manipulé. En tenue impeccable de majordome, il tenait très bien son rôle. Frozen, le frère de Solid caché dans l’ombre d’Eylion rejoignit son frère, le veillant.

ImageQuelques mots échangés ne le firent pas revenir à lui, malgré les quelques signes de luttes internes qu’il montra. Leur tentative de le ramener à lui fut interrompue par l’arrivée de la démone. Elle souhaitait désormais jouer avec ses invités. Et Eylion lui offrit cette opportunité en manipulant l’esprit et le cœur des infortunés. Le Miqo’te matérialisa leurs propres Démons.
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ImageKyuuji fut le premier à succomber, déjà malmené psychologiquement. Ses démons. Il révéla ce qu’il enfermait au plus profond de lui, leur opposant sa propre image dans une scène d’horreur. Heureusement, ses compagnons se débarrassèrent de lui rapidement, mais la vision laissa la place à ce qui hantait Solid. La Lumière, entrave et implacable, qui cherchait à les absorber. Encore une fois, l’illusion fut levée par les compagnons de Solid. Et à nouveau la scène changea pour révéler une vision de Zaurak. Ils furent plongés dans le Coerthas, dans une cabane, où Zaurak plus jeune invoquait une puissante magie destructrice qu’il tourna contre eux. Se relayant pour soutenir le Chirurgien, Solid, Taziel, qui avait depuis longtemps pris la place d’Adam, et Kyuuji se chargèrent de dissiper la scène. Ce fut ensuite le tour de Taziel. Le Quatuor se trouva plonger dans un univers de Brumes et de souffrance. Adam et Taziel, sous sa véritable forme, se faisaient face jusqu’à ce que les brumes absorbent le jeune élézen. Alors le démon tourna son attention et ses attaques mentales sur le groupe. Epuisés, malmenés et déstabilisés à tous de rôles, ils parvinrent in extremis à se délivrer du cycle de leurs tourments personnels. Revenant à la réalité, ils durent reprendre le combat contre Eylion et Lucrétia.

ImageL’Ombre qui possédait Eylion fut détruite, le libérant de ses liens. Voyant son écorché inconscient, la Démone devint folle et invoqua un immense cadran. Elle s’apprêtait à manipuler et arrêter la course du temps. Ce n’était clairement pas une chose qu’ils pouvaient laisser faire. Se ruant sur elle pour l’arrêter, ils découvrirent dans son ombre la présence de Viktor qui la possédait toujours. Les derniers éléments se mirent alors en place dans l’esprit des invités. Pris d’un élan de clairvoyance, Solid dirigea les opérations dans un ultime assaut conjoint, libérant finalement Lucrétia de l’emprise de son père. Ainsi livrée à elle-même, la démone sombra dans un état de choc et de détresse, mais elle était libre, et ils allaient pouvoir tenir la promesse faite à Anita.

ImageDésireux de quitter cet endroit maudit, les Invités réunirent les prisonniers qu’ils avaient découvert au court de l’exploration du Manoir, et les guidèrent à la sortie. Frozen prit soin d’Eylion, l’emmenant avec lui dans les Ombres. Taziel se chargeait de Lucrétia.

ImageLe retour dans le monde originel fut éprouvant, surtout pour les âmes torturées et damnés prisonnières de Lucrétia. Mais le Cuisinier, un Roegadyn craintif, les prit en charge, laissant Solid, Taziel, Zaurak, Kyuuji et Lucrétia seuls. Sans avoir besoin de se concerter, ils rejoignirent le Quartier Général de la Brigade Rouge.

ImageLe sauvetage avait été un succès. Ils avaient réussi à ramener Eylion, ainsi que les prisonniers. Ils avaient également tenu leur promesses, Solid comptait bien prendre soin de Lucrétia, désormais libérée de l’emprise de son père malfaisant. Mais Kyuuji était particulièrement affecté. Non par le mal du Néant, non par la corruption qui était très faible dans le Manoir, mais par la peine, l’horreur, la culpabilité, la honte et les doutes.

ImageIl avait découvert les tourments de la famille Delamone avec une peine croissante. Viktor torturait des jeunes filles, les séquestrait, et se réjouissait de leurs souffrances. Il semblait faire partie d’une loge qui faisait l’apologie de ces pratiques. Quelques dessins équivoques l’avaient déjà poussé dans ses retranchements. Mais la découverte de la relation qu’il entretenait avec sa fille, sa propre fille, l’avait rendu malade. Il n’arrivait pas à imaginer qu’un père puisse faire cela à ses enfants. Il ne pouvait pas l’envisager. Pourtant il était face à l’évidence de ses actes. Outre les sévices physiques, déjà monstrueux, Viktor avait modelé l’esprit de son enfant pour qu’elle réponde à ses attentes. Mais Lucrétia avait fini par découvrir le meurtre de sa mère, perpétré par son père. Certainement ceux des autres filles. Rongé par les remords, elle les avait tous deux maudits.

ImageLe doute, les ruminations, la peur, le désir de correspondre aux souhaits de son père avaient trouvé écho dans l’âme du Raen. Passé révolu, souvenirs enfouis, sentiments bien connu, Kyuuji avait été pris dans le flot de sa sensibilité et de son empathie. Il revivait intérieurement les similitudes.

ImageComme si cela n’avait suffi à ébranler profondément le prêtre, Kyuuji avait en outre révélé les plus profondes ténèbres de son âme. Frappé de plein fouet par la vision de ce qu’il avait été, la culpabilité, la honte, le doute, les remords et les regrets l’envahirent. Il craignait désormais le regard de ses compagnons.

ImageLe Soleil s’était à peine levé sur le Quartier Général de la Brigade Rouge, pourtant ils étaient tous épuisés. Taziel pris rapidement congés, visiblement peu enclin à partager de tels moments. Solid invita Zaurak et Kyuuji à se reposer ici. Ils acceptèrent son offre, éreintés et ne désirant rester seuls après une telle épreuve. Le Démon Rouge leur mit à disposition une chambre parfaite pour le Prêtre. Nature, plantes et lumière régnaient dans la pièce. Epuisé et en proie à tous ses tourments, le Raen s’effondra sur le matelas.

ImageMalgré la fatigue physique et mentale, le repos fut secoué et interrompu par les cauchemars. Son acceptation fragile de ses erreurs et de ses actes menaçait de voler en éclat. La peine qu’il taisait face au départ inéluctable et prochain de son épouse refaisait surface, faisant résonner la solitude qu’il ressentait dès qu’il se remémorait son passé. Se forçant à la méditation, ne désirant pas déranger Zaurak dans son sommeil, Kyuuji parvint à trouver un peu le sommeil. Il appréhendait désormais les explications qui suivraient inévitablement. Il fuyait le regard de ses amis. Il était terrifié à l’idée d’y percevoir son propre reflet.

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Ennrael
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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 08 avr. 2019, 16:04

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[ Auteur Original du Texte: Zaurak. Texte posté avec son autorisation. ]

Journal de Zaurak Icewind
Vingt-sixième soleil de la Sixième lune astrale

Mes mains tremblent encore alors que j’écris… Je me suis réveillé totalement désorienté dans cette chambre étrangère après quelques heures d’un sommeil peuplé de cauchemars. Ma poitrine brûle d’un feu sombre et mon corps peine à retrouver son équilibre. Voilà donc ce qui se passe quand on séjourne dans le Néant, ou du moins dans un lieu qui en est proche.

Kyuuji n’était plus là à mon réveil, et je l’ai aperçu dans le jardin pendant que je me préparais un thé en cuisine. Il nous faudra parler de l’épreuve que nous avons traversée, mais pas tout de suite. Comme moi il doit retrouver un semblant de calme intérieur, même si je pense que ce sera difficile.

Je n’ai pas vu Solid. Il doit veiller sur Eylion. Je me demande dans quel état va être le miqote à son réveil. Séjourner dans ce lieu maudit et se faire posséder par un démon en prime… Il y a de quoi ruiner la santé mentale de n’importe qui. Mais cette demeure est chaleureuse, comme ses habitants. Quelle ironie de trouver refuge et amitié auprès de démons. Les parias rassemblent leurs solitudes, je suppose.
Solid a parlé d’un rapport à écrire. Je vais tenter de retranscrire mes souvenirs avec précision tant qu’ils sont frais dans ma mémoire. Chaque détail compte.


Notre équipe de secours était dirigée par Solid, celui qui me semble être le chef de la famille Shield. Il avait appris par un de ses frères qu’Eylion était retenu dans un lieu maudit situé au-delà de notre dimension.
Un homme taciturne nommé Taziel l’accompagnait, et Kyuuji et moi avions été appelés en renfort.
Nous avons pu accéder au manoir par un portail de faille ouvert par une femme qui obéissait de mauvaise grâce aux demandes de Solid. La faille franchie nous nous sommes retrouvés dans le hall d’entrée de ce qui fut une somptueuse demeure, mais qui était visiblement altéré. J’ai immédiatement ressenti la faiblesse en ether de l’endroit, et une empreinte diffuse de Néant.

Un grand miroir occupait le mur gauche, et nous savions que les miroirs comme les tableaux en ce lieu servaient à sa maîtresse pour surveiller sa demeure. Cependant, ils pouvaient aussi cacher des énigmes qui nous fourniraient des clés pour ouvrir les portes enchantées du manoir.
Il n’y avait personne en vue, et nous avons donc fouillé rapidement le hall, découvrant une horloge privée d’aiguilles, une lettre dans un tiroir de commode et une inscription derrière le miroir.

La lettre semblait anodine, mais nous allions découvrir plus loin ce qu’elle cachait vraiment.
Image de la Lettre
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Contenu de la Lettre
"Mon ami,

Je viendrais la semaine prochaine, profiter un peu de ton hospitalité. J'espère qu'on aura l'occasion de te voir à la prochaine réunion, d'ici trois jours. Je sais que tu répugnes à sortir depuis les seize ans de ta fille mais je t'assure qu'elle ne va pas s'envoler si tu viens. Je suis sûr que tu vas adorer le thème de notre prochaine réunion en plus: S. a choisi l'Innocence. Si tu es vraiment inquiet pour elle, je connais une gouvernante fidèle et appliquée qui pourrait veiller à ce qu'aucun prétendant ou rival ne vienne l'ennuyer.

Dans l'attente de te voir,
J."
En retournant le miroir nous avons trouvé une inscription :
Je danse avec vous sans jamais que vous me touchiez. Jamais vous ne me prendrez de vitesse. Je vous suis à la fois proche et éloigné.
Alors que je répondais « l’ombre », un creux apparut sous le texte, contenant un petit objet métallique rond parfaitement encastré, comme fraîchement coulé dans un moule. Un rouage mécanique.
Ceux qui examinaient l’horloge avaient trouvé en son sein des emplacements vides pour des engrenages, et le rouage du miroir s’insérait parfaitement dans l’un d’entre eux. Solid sentait la présence de son frère resté avec Eylion derrière le mur gardé par l’horloge, et il devint clair qu’il allait falloir trouver tous les rouages pour ouvrir le passage. Ainsi que les aiguilles du cadran.

Devant nous un escalier monumental menait à l’étage, nous l’avons emprunté, et nous sommes arrivés dans une galerie de portraits.
Toute la dynastie de la famille Delamone était représentée là. Les derniers tableaux de la rangée montraient un homme austère aux cheveux blancs, une femme à l’expression inquiète et une très belle jeune fille aux cheveux de neige. Viktor Delamone, Anita Delamone, et Lucretia Delamone –aussi connue sous le surnom de l’Ecorcheuse.
Nous avons méthodiquement examiné tous les tableaux, qui semblaient nous suivre du regard tandis que nous opérions.
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Derrière les portraits de Lucretia et de ses présumés parents nous avons trouvé d’autres inscriptions. De nouvelles énigmes, mais il nous a été révélé par la suite que chacune décrivait l’état psychologique des personnages qui les gardaient. Je me demande en rédigeant ceci qui a écrit ces mots dissimulés…
Viktor : Je vous hante dans les moments les plus sombres. Ceux qui choisissent de me garder ont affaire à ma sœur, la Folie. Je suis Répétition. Je suis Vice. Je suis Boucle Eternelle dans vos pensées.
C’est Kyuuji qui trouva le mot-clé. Rumination. Ironie cruelle car cela lui ressemble trop.
Lucretia : Je suis ce qu’on attend de tous sans qu’on puisse jamais l’atteindre. Ceux qui pensent m’avoir ont affaire à mon frère, l’Arrogance. Je suis Eternité. Je suis Vertu. Je provoque une soif qu’on ne peut étancher.
Je regardais le visage adorable de celle qui était devenue la maîtresse tortionnaire d’un manoir maudit. Perfection.
Anita : Je suis ce qui vous prend dans l’Inattendu et l’Inconnu. On ne me choisit pas, je suis ce qui vous garde aux côtés de ma sœur, l’Angoisse. Je suis Tourment. Je suis Emotion. Je suis ce qui vous paralyse.
La Peur était la réponse évidente.
Nous avions obtenu trois rouages supplémentaires, apparus derrière les tableaux de la même manière qu’avec le miroir. Et nous étions au bout d’un couloir devant deux portes verrouillées.

En examinant les portes, nous avons remarqué un petit emplacement cranté destiné à accueillir un rouage. Ainsi en plus de réparer l’horloge ils servaient de clé. Ils portaient étrangement tous une lettre gravée. Nous avions deux A et deux T, et Taziel proposa le mot « Attaque ». Cela devait se révéler exact par la suite, même si nous n’avions aucune idée de l’utilité de cet indice.

Le rouage d’Anita ouvrit la porte de gauche. C’était une chambre de femme, à première vue rien d’anormal, avec un autre portrait d’Anita sur le mur derrière la porte. Sur ce tableau-là, la jeune femme portait des marques de strangulation. En fouillant nous avons trouvé une autre lettre dans la coiffeuse.
Image de la Lettre
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Contenu de la Lettre
Chère O,

Je dois t'avouer que j'ai de plus en plus peur. L'obsession de mon mari pour notre fille grandit de jour en jour. Je ne le reconnais plus. Il ne me regarde plus ou quand il me regarde, c'est avec un dédain rempli de reconnaissance, comme s'il était reconnaissant que j'ai donné naissance à notre fille mais que je ne lui étais plus d'aucune utilité. Je sais, c'est étrange dit comme ça. J'ai peur, O. Je pense que je vais accepter ton offre. Je vais amener Lucrétia avec moi. Elle ne mérite pas tout ça. Tu te rends compte qu'il refuse maintenant qu'elle sorte du Manoir? La dernière fois, il a frappé un servant qui lui avait adressé la parole. Si je ne l'avais pas arrêté, ô dieux, il l'aurait tué. Je t'en supplie, dis moi quand on peut venir.

Ta meilleure amie,
A.
Solid examinait le lit, indiquant que le matelas était fortement creusé en son centre, comme si un corps s’y était incrusté. Tout portait à penser qu’Anita Delamone avait été assassinée, probablement par son mari s’il avait découvert son projet de fuite.
L’autre porte nous résista. Il fallait redescendre et chercher d’autres pièces, d’autres clés.

Au rez-de-chaussée une porte menait aux communs.
Nous avons eu la surprise de trouver des prisonniers enfermés dans une pièce. Plusieurs femmes, et un xaela qu’on avait grossièrement maquillé pour qu’il ressemble à Solid. Il avait été torturé et crucifié, et nous avons entrepris de soigner ses blessures pendant que Solid expliquait que les femmes étaient des sosies de celles qu’Eylion avait aimées.
Apparemment l’Ecorcheuse exprimait sa jalousie sur ces personnes réduites à l’état de jouet vivant.
Le xaela nous posa un problème imprévu. Dès qu’il fut en état de se relever, il voulut partir en quête de vengeance, et il fallut toute l’autorité de Solid et une promesse qu’on reviendrait les chercher tous pour qu’il accepte de rester avec les femmes tandis que nous repartions.

Un peu plus loin se trouvaient les cuisines, et une salle à manger où nous avons rencontré le cuisinier du manoir, un roegadyn roux au tempérament craintif nommé Shelter. Il ne nous apprit pas grand-chose, mais il portait une montre et nous permit de savoir que Lucretia dormait et allait bientôt se réveiller pour l’Heure du Thé. Il fallait faire vite.

Le couloir s’achevait par une vaste salle de bal, au centre de laquelle un couple dansait en silence. Les deux partenaires avaient les mains liées par des épines qui leur perforaient les paumes et leurs visages crispés par la souffrance indiquaient qu’ils ne tarderaient pas à s’écrouler d’épuisement. Shelter nous apprit plus tard qu’il s’agissait d’arrivants récents qui avaient contrarié l’Ecorcheuse en refusant de se prêter à ses jeux cruels.
Un piano en parfait état était installé dans un angle. Solid joua quelques notes, pendant qu’on fouillait la salle sans y trouver quoi que ce soit de notable, hormis le mot « Ombre » gravé sur le piano au-dessus du clavier.

Il nous manquait toujours la clé de l’étage, et nous n’avions pas trouvé l’accès au sous-sol.
De retour devant le miroir du hall, nous avons testé les rouages obtenus entre-temps, ouvrant une porte vers une cave encombrée de mobilier et d’objets enveloppés sous des draps et des tentures. Un examen des murs révéla un autre emplacement pour un rouage, où s’encastrait celui du portrait de Lucrétia.
Un passage secret s’ouvrit, donnant sur un couloir sombre dont le sol portait des traces anciennes. On avait trainé des objets lourds ici.

Au bout du tunnel, une salle ronde simplement occupée par un piédestal couvert de cercles magiques et de glyphes. Je compris rapidement en l’étudiant qu’il s’agissait de la sortie. Le schéma agissait comme un amplificateur d’ether, et il ne manquait qu’un catalyseur pour ouvrir la faille dimensionnelle.
Nous avons testé les rouages, et j’ai injecté de l’ether dans le tracé via les rouages. Celui de Viktor a ouvert une mince faille de Lumière, que j’ai refermée rapidement car l’ensemble était instable et aurait pu s’effondrer en absorbant le rouage si on l’avait gardé ouvert trop longtemps. Nous savions par où nous enfuir, il restait à trouver Eylion.

Il nous manquait toujours une clé. Et une montre. Alors nous sommes retournés dans la salle à manger, et avons pris de force la montre de Shelter. Il n’a pas opposé beaucoup de résistance mais il s’est alors produit un évènement inattendu. Sa montre s’est arrêtée. Cela l’a terrorisé, et il nous a dit que ça n’était jamais arrivé. Quelque chose se mettait en action dans le manoir, quelque chose qui peut-être voulait nous aider. Tant que l’Heure du Thé n’aurait pas sonné, l’Ecorcheuse dormirait. Du moins telles étaient en théorie les règles de ce lieu.

Nous sommes retournés à la salle de bal. Les danseurs s’étaient écroulés au sol.
Certains d’entre nous commençaient à entendre des voix. Solid avait entendu un gloussement quand la montre qu’il tenait en main s’était arrêtée. Et Kyuuji entendait à présent des pleurs de femme. Il s’avéra que seule la personne qui gardait la lettre d’Anita percevait ces sanglots. C’est alors Solid a vu des mots inscrits au verso de la lettre.

Donnez-moi une promesse, celle que vous donnerez à une mère esseulée. Une mère qui s’inquiète pour sa fille.

Depuis le début sa vision de démon pouvait lire nettement ces documents dont les caractères étaient comme flous pour mes yeux de simple mortel. Ces mots l’invitaient clairement à signer un pacte.
Solid releva la tête, s’adressant à une présence invisible.

« Anita, si vous m’entendez…Si j’arrive à sortir votre fille de cet enfer. Je vous promets de m’en occuper comme de ma propre fille. Sans l’enfermer dans cette prison infernale. »
En réponse, on entendit comme un soupir. Puis la lettre s’enflamma, obligeant Solid à la lâcher.

Au sol le papier se recroquevillait, remplacé par la forme familière d’un rouage, tandis qu’à la limite de nos perceptions résonnait l’écho de voix du passé.

Une voix de femme terrifiée : Viktor, je t'en supplie, non!
Une voix d’homme implacable : Je dois le faire, je suis désolé... Tu m'as forcé la main.

Le silence retomba, le pacte était scellé. Et nous avions la dernière clé.

A l’étage la seconde porte s’ouvrit sur un bureau. Elégant, masculin. Une bibliothèque bien garnie. Au mur en face de nous un portrait de Viktor, mais avec la moitié du visage brûlée.
Kyuuji et moi avons examiné la bibliothèque pendant que Solid et Taziel fouillaient le bureau.
L’homme était indéniablement cultivé et mondain. Les livres d’une grande variété allaient de l’histoire à la magie, en passant par nombre d’essais et traités philosophiques. Les Vices et les Vertus revenaient souvent. Surtout les Vices, dont la libre expression était glorifiée dans nombre d’écrits.
Je remarquai des décalages dans l’histoire décrite par rapport à la nôtre. Solid et Taziel pensaient que la famille venait du Néant. Elle semblait en tout cas bien venir d’un autre monde que le nôtre. Le livre d’histoire et un traité arcanique rejoignirent la première lettre dans mon sac.
Parmi les livres, nous avions découvert la première aiguille de l’horloge.

Dans un tiroir Solid trouva d’autres lettres. Mais cette fois elles étaient accompagnées de gravures réalisées à la plume en noir et blanc, d’un réalisme macabre. Elles montraient des hommes revêtus de toges et encapuchonnés occupés à torturer des femmes. Les détails des corps suppliciés étaient dignes de mes planches d’anatomie.
Les lettres confirmèrent ce que nous avions suspecté. Viktor faisait partie d’une sorte de secte dépravée qui laissait libre cours à ses plus bas instincts au cours de soirées rituelles dédiées à la torture d’innocentes victimes.
Image de la Lettre 1
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Contenu de la Lettre 1
"Mon ami,

La dernière réunion a été merveilleuse. Ton talent se fait sentir sur tous les tableaux, au point que L. n'a pas pu s'empêcher d'être inspiré. Tu trouveras avec cette lettre les gravures immortalisant cette soirée mythique.

J."

Image de la Lettre 2
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Contenu de la Lettre 2
"Mon ami,

J'ai découvert une perle. Je l'ai tout de suite engagée en tant que servante. Je sais que tu préfères te faire aider de tes hommes pour tes besoins mais celle que j'ai trouvé est presque un parfait sosie de celle qui hante tes nuits. En plus, elle a perdu ses proches. Je te l'enverrai dès que je peux. Je t'avoue que je ne comprends pas pourquoi tu ne touches pas à Lucrétia. Elle est ta fille, tu as toute autorité sur elle. Pourquoi se contenter de pâles copies que tu finiras, de toutes façons, par jeter par frustration? Tu sais très bien qu'elles ne pourront jamais la remplacer, ni compenser ta soif d'elle. Ton amour n'a pas besoin des freins que tu te poses.

J."

Image de la Lettre 3
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Contenu de la Lettre 3
"Mon ami,

Je suis inquiet. Depuis quelques temps, un haut gradé s'intéresse à notre cas. Ou plutôt le cas de nos... gourmandises. Il est acharné et compétent. J'ai déjà tenté de le faire chanter, même de lui régler son cas. Il a déjoué jusque là mes mesures, mis à bas mes hommes. Il leur a fait comprendre que notre Traque ne prendrait fin que quand il découvrirait le fin mot de l'affaire.

Détourne un peu ton regard de ta fille et de jouer les pères modèles, je t'en conjure. Viens chez moi dès que tu peux.

J."

Image de la Lettre 4
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Contenu de la Lettre 4
"Mon ami,

J'ai fait tout ce que j'ai pu mais la grogne monte parmi le peuple. Ils savent pour les disparitions. Mon fidèle valet a vu le groupe qui se dirige vers ton Manoir. Ils étaient armés de torches et de piques. Je t'en conjure, prend la fuite pendant qu'il est encore temps. Moi-même, je suis sur le point de prendre la fuite. Retrouve moi chez L. dès que tu peux.

Je maudis trois fois cet homme. Sans lui, nous n'en serions pas là.

J."
Le dernier tiroir livra une sorte d’épine de la taille d’un pieu. L’objet avait un potentiel ethéré, mais comme endormi. Solid le prit, tandis que je rangeai les lettres et les documents dans mon sac.

La pièce voisine était une chambre, ravagée visiblement par un incendie. Etrangement, le bureau attenant était intact. Ce feu n’était pas naturel.
Une commode intacte se dressait dans un coin, Kyuuji l’examina pendant que je m’avançais vers le lit brisé par la force des flammes qui l’avaient détruit. Il n’en restait que le cadre, et au milieu les cendres traçaient au sol deux silhouettes enlacées.
Kyuuji découvrit alors la seconde aiguille de l’horloge, et à l’instant où il la toucha un autre écho du passé se fit entendre. Une voix d’homme, celle de Viktor, et une voix de femme, avec le crépitement de l’incendie en fond sonore.

Homme: Tu savais...
Femme: Je savais... Pas tout de suite mais j'ai su... Pour le sous-sol... (la phrase s’achève dans un sanglot)
Homme: Ne pleure pas, ma petite... Ma tendre petite...
Femme: Pourquoi, papa, pourquoi...
Homme: Parce que je t'aime, ma petite... Il n'y a rien de mal à ce que j'ai fait. Je l'ai fait pour toi mais... Arrêtons de parler, partons d'ic... Qu'est-ce que tu fais?
Femme: Non... (sanglot déchirant). Nous resterons. Car je suis une fille modèle. J'ai été la Cause. Je serai le Prix. Ensemble pour l’Éternité. (Elle éclate d’un rire discordant, dément) Je nous maudis, Père. Que le Temps me soit témoin. Je nous maudis pour l’Éternité.
Homme: Non...!

Dans le silence retombé nous nous sommes tous regardés. Puis nous avons pris la dernière aiguille et nous sommes descendus à l’horloge, pour remettre en place toutes les pièces. Le mur s’est alors ouvert sur un couloir descendant que nous avons emprunté.
Le début du cauchemar nous attendait en bas.
Dans une vaste salle de pierre circulaire plongée dans une pénombre surnaturelle, des dizaines de cadavres de femmes nues étaient accrochés au mur par des crocs de boucher. Toutes portaient des traces de tortures, écorchées de manière variées, et toutes avaient un sac en tissu sur la tête masquant leur visage.
Au centre de la salle, un lit comme on en trouve dans les salles d’opération, avec des sangles, imprégné de sang.
Et juste derrière, Eylion, debout devant un entrelac de ronces énormes dont il était manifestement sorti.
Il portait une tenue de majordome, et son œil droit était remplacé par une pierre noire sertie d’un cercle démoniaque rouge. L’autre œil était en grande partie noir, ne laissant qu’une faible lueur d’azur.
Il esquissa un sourire en coin en nous voyant, tout en réajustant sa veste.

"Je vois qu’on a des invités…" dit-il avec nonchalance tout en tirant une montre de sa veste pour la consulter.

Derrière nous, un bruit se fit entendre.

Lucrétia était là, aussi trompeusement belle que sur son portrait. Tandis qu’elle bloquait le passage avec les ronces qui poussaient depuis son dos, Eylion –visiblement possédé- proposa de faire de nous des jouets.

Le combat s’engagea.

Eylion maniait avec aisance un ether de flammes bleues qui nous blessèrent sérieusement, et Solid donna le signal d’un assaut concerté visant à détruire la créature qui remplaçait son amant. Son frère Frozen sortit de l’ombre d’Eylion et rejoignit Solid pour l’aider.
Tandis que Solid tenait en respect l’Ecorcheuse et ses ronces à coup de provocations et de lame éthérée, nous tentions de neutraliser le miqote, qui finit par reculer, blessé, avant de se ressaisir.
D’une voix venimeuse, il déclara

« On dirait bien qu'ils ont l'air de se débrouiller, Mademoiselle. Mais voyons... »

Eylion écarta les mains, deux flammes d’un bleu obscur s’en dégageant. Son sourire devint extatique.

« … Comment ils s'en sortent face à leurs propres Démons. »

Les deux flammes s’élevèrent au-dessus de ses paumes, s’étirant en deux lignes qui se démultiplièrent rapidement dans toute la salle. Des arabesques complexes se formaient, entourant tout notre groupe. En une fraction de seconde la chaleur devint étouffante et nous emporta dans une chute vertigineuse. Il ne restait que les ténèbres.

Puis l’air s’éclaircit. Nous étions ailleurs.
Un castrum garlemaldais. Une sorte d’estrade. Devant l’estrade une vingtaine de jeunes hommes et femmes rassemblés. Un ou deux hyurs, presque que des raens.
Sur l’estrade, Kyuuji, encadré par deux officiers garlemaldais.
Tous revêtus de l’armure réglementaire impériale.
Face à Kyuuji se tenait un couple de personnes âgées.
D’un geste, le prêtre impérial invoqua des énergies magiques, on reconnaissait le Vent. Il s’en servit pour venir torturer le couple, les empêchant de respirer. Puis son méfait accompli, il se tourna vers nous, se préparant à nous réserver le même sort…

A mes côtés, le vrai Kyuuji était tombé à genoux, la tête entre ses mains, la bouche grande ouverte dans un hurlement silencieux. Je me sentis soudain étouffer. J’entendis Kyuuji crier, je vis Taziel tirer désespérément sur son col, un genou à terre, puis se relever et marcher sur l’ennemi, dague en main. Le coup fut porté, le sang coula. Ce n’était pas une illusion. Je parvins à me soigner. Je vis Solid avancer, épée brandie, le visage crispé de douleur. Il leva sa grande lame chargée d’ether et frappa de haut en bas de toutes ses forces, fendant en deux l’impérial qui parut se dissoudre pendant que le décor basculait.

Nous étions à nouveau dans le noir, mais autour de Solid des filaments de lumière apparaissaient, devenant des tentacules d’énergie dorée qui nous saisirent pour nous attirer lentement vers un noyau de Lumière pure. Taziel et Solid se débattirent furieusement, et parurent changer sous ce contact.
Tandis que nous luttions pour nous défaire de ces liens, Taziel et Solid perdaient peu à peu leur apparence démoniaque. L’armure et l’épée de Solid s’évaporèrent, tandis qu’il prenait l’aspect d’un hyurgoth. De son ombre, Frozen se dressa, tranchant le tentacule de lumière et libérant in extremis son frère.
Dans une explosion de cristal, la Lumière se replia sur elle-même, et le décor se brisa une nouvelle fois.

Ce fut une plongée dans ma mémoire…et dans mes peurs les plus profondes.
Quand le froid glacial et les neiges du Coerthas nous ont entourés j’ai compris ce qui allait suivre. Mais je ne pouvais rien faire pour l’empêcher. J’ai vu la maison et les soldats, j’ai vu Valoroix entamer son rituel destructeur… et puis je me suis retrouvé à sa place.
J’ai senti le pouvoir couler dans mes veines, le feu surnaturel m’embraser tandis que mes doigts traçaient les glyphes et que ma voix s’élevait au rythme des incantations. J’ai senti la faille s’ouvrir derrière moi, et la puissance ténébreuse affluer dans ma poitrine. La douleur était pire que jamais, mais l’extase qui me submergeait la reléguait au second plan. J’ai levé les bras et relâché les sortilèges en une explosion colossale. La maison a été pulvérisée, et j’ai vu les soldats s’écrouler dans la neige. Mais ce n’était pas fini…
Mon corps brûlait, partagé entre l’ether de deux mondes. Et mon âme ne voulait qu’une chose. Recommencer.
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Désorienté, je me voyais moi-même comme dans un miroir. Sauf que mon reflet essayait de nous anéantir, et y réussissait plutôt bien.
La première vague avait laissé Taziel sur le carreau et je me sentais à bout de forces, dévoré par la douleur du cristal sombre. Je parvins à réunir assez de concentration pour lancer un sort de soin sur Taziel qui reprit conscience. Kyuuji m’enveloppa d’une douce lumière qui apaisa la brûlure et me permit de me ressaisir tandis que Solid chargeait mon double et que Taziel l’achevait d’une dague lancée en pleine tête.

Le monde bascula une dernière fois, pour nous offrir le cauchemar de Taziel.
La vision était étrange. Dans un paysage sombre, un Taziel plus jeune se tenait à genoux dans une pièce dont les murs étaient constitués de fumée noire. On pouvait deviner des mains formées de la même matière, et parfois des yeux rouges nous observaient. L’homme avait la tête baissée, les mains liées par des chaînes de fumée noire. La seule lumière tombait du plafond et n’éclairait que lui.
Notre Taziel fronçait les sourcils comme tentant de se souvenir de quelque chose, puis il écarquilla les yeux.
Soudain une forme spectrale se forma en face du jeune homme. Une silhouette humaine au corps de flamme bleu-violet, aux yeux bleus scintillants, un cristal rouge ornant son front. Le garçon releva les yeux vers elle.

La forme spirituelle tendit alors la main vers le jeune Adam, qui se fit attirer dans le sol même, disparaissant dans un cri d’effroi à glacer le sang. La créature tourna alors lentement son regard vers le groupe, en silence.
Alors que Solid et Taziel se préparaient à l’attaquer, l’être soumit le groupe à un sortilège de contrôle mental, nous poussant à nous entretuer.
Kyuuji et moi avions pu résister, mais il en allait autrement des deux démons, qui se retournèrent vers nous. Kyuuji concentrait son ether pour pouvoir nous remettre tous en état après les assauts cumulés de nos cauchemars, et s’il était interrompu c’en était fait de nous tous. Usant de mes dernières ressources, je formai un glyphe de défense, et élevai un dôme de force devant moi.
Taziel et Solid se heurtèrent à la barrière magique, et Taziel reprit ses esprits, faisant demi-tour pour aller planter sa dague éthérée dans le cristal frontal de son double.
Cette fois c’était terminé.

Nous étions à nouveau dans la salle sinistre du manoir. Eylion se prit la tête en hurlant, visiblement frappé par le contrecoup de son attaque mentale. Lucrétia hurla à son tour, enragée de voir son favori blessé.
Solid ne renonçait pas à la convaincre. Récupérant Eylion évanoui dans ses bras, il revint vers l’Ecorcheuse, mais cette dernière commençait à rassembler ses ronces pour frapper. Kyuuji relâcha son aura bienfaisante, nous redonnant à tous un regain de vigueur bienvenu, tandis que je soufflai à Solid d’utiliser la grande épine que nous avions trouvée pour poignarder l’ombre qui possédait Eylion. Il s’exécuta, imprégnant l’arme improvisée d’ether, et l’ombre se mit à hurler comme si elle était vivante, avant de disparaître.

Cela n’eut pas l’effet escompté sur Lucrétia, pourtant. Ivre de rage, l’Ecorcheuse invoqua son Arrêt du temps. Sous ses pieds un immense cadran apparut, dont les aiguilles avançaient lentement. Nous savions que le moment où le Temps se figerait signifiait notre mort, voire pire.
Je parvins à briser une aiguille, Kyuuji écrasa l’autre avec le pouvoir de la Terre. Le sortilège était rompu.

Solid profita du répit pour revenir à la charge.

« Lucrétia ! Votre mère m’a fait tenir une promesse ! »

Elle répondit d’un ton angoissé

« l’Extérieur…dangereux… je vous anéantirai tous… je suis une Fille modèle…Parfaite… »

Je ne pus m’empêcher de répliquer

« La perfection n’existe pas. »

Et Kyuuji poursuivit

« Vous êtes emprisonnée… maltraitée… victime. »

Motivé, Solid ajouta

« Vous n’avez pas besoin de faire quoi que ce soit pour être parfaite. Votre mère vous aimait comme vous étiez. Et je lui ai promis que je prendrais soin de vous. »

Les yeux de Lucrétia virèrent au noir absolu, tandis que sa voix changeait, inhumaine

« Je vous anéantirai… TOUS. PERSONNE NE VIENDRA DETRUIRE CE MANOIR ! »

Les ronces se dressèrent, se jetant sur nous pour nous transpercer, tandis que du coin de l’œil nous remarquions que les corps mutilés suspendus commençaient à bouger.
Kyuuji tomba à genoux, invoquant son Kami protecteur. Un vent protecteur nous entoura et repoussa nos ennemis. Les ronces reculèrent, tandis que les corps projetés contre les murs s’immobilisaient, leur éveil contré par l’énergie apaisante.

C’est alors que je remarquai l’ombre de l’Ecorcheuse. Ce n’était pas celle d’une jeune fille, mais d’un homme. Voilà où était passé le Père. Horrifié, je réalisai que l’union incestueuse de ces deux-là avait fini par se produire, et que si on voulait libérer Lucrétia il fallait, comme pour Eylion, détruire l’ombre qui la possédait.
Je fis un pas en avant, et soufflai à Solid

« Plantez l’épine dans l’ombre de Lucrétia. »

Solid ne chercha pas à comprendre, il prit la direction d’un assaut concerté visant à distraire l’Ecorcheuse pour lui permettre d’agir. Taziel se glissa à travers les ronces pour prendre la jeune fille par surprise, lui pointant sa dague dans le dos. Kyuuji et moi utilisions notre magie en soutien.
Solid enfonça l’épine chargée de son éther dans l’ombre masculine.
L’arme s’embrasa, et le démon dut la lâcher. Lucrétia et l’Ombre se mirent à hurler de douleur, accompagnés par les cris émanant des corps suspendus. Quand ce concert d’agonie s’acheva, l’Ombre se dissipa et les corps retombèrent comme des marionnettes privées de leurs fils. Lucrétia s’effondra à genoux, en pleurs, tandis que les ronces disparaissaient. Les murs du Manoir tremblèrent un moment avant de se stabiliser, et le silence retomba, seulement brisé par les sanglots de la démone.

L’opération était quasi terminée.
Redoutant que la dimension ne s’effondre sur elle-même maintenant que la malédiction était rompue, nous avons évacué les lieux au plus vite.
Taziel portait Lucrétia, en état de choc.
Eylion fut confié à Frozen, qui avait la capacité de l’emporter à travers les ombres.
Les prisonniers furent évacués ainsi que le personnel. La gouvernante-succube étant morte, les autres allaient devoir se réintégrer au monde réel, et ce fut Shelter qui étonnamment prit la tête de leur groupe.

Nous nous sommes retrouvés au QG de la Brigade Rouge, la demeure des Shield.
Taziel a remis Lucrétia entre les mains de Frozen, presque par jeu. Frozen ressemble à un enfant, et il l’appelle « sa princesse charmante ». Qui sait cela pourra peut-être l’aider à sortir de sa catatonie.

Dès que tout le monde sera remis, il nous faudra discuter.
Nous avons vécu des moments traumatisants, tous autant que nous sommes.
Solid m’a déclaré qu’il me devait un service. Venant d’un démon, cela est un engagement que je ne prends pas à la légère. J’aurai très probablement besoin de cette aide. Il n’est plus question que je m’engage dans le processus de neutralisation du cristal en étant seulement assisté par Kyuuji. C’est bien trop dangereux.

J’ai vu de quoi je suis capable si ce pouvoir s’éveille. J’ai goûté à la destruction. Et j’ai aimé ça.

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Ennrael
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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 09 avr. 2019, 20:33

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Eylion s'était réveillé péniblement dans sa chambre, au QG de la Brigade. Sa première vision avait été le visage inquiet de l’Écorcheuse. Cette vision lui avait l'effet d'un électrochoc. Il avait bondi aussitôt, malgré ses membres engourdis, pour tenter de l'étrangler. Ils avaient chuté sous les yeux éberlués du groupe non loin. On l'avait séparé à grande peine alors qu'il vociférait sa Rage, son Incompréhension à sa présence.

On avait fini par tout lui raconter. De la découverte du Passé du Manoir au Combat Final et ses conséquences jusqu'à l'état dans lequel il avait été récupéré. À force de vivre en boucle son Cauchemar, son Esprit avait fini par se briser complètement, le laissant dans un état catatonique. Quand Lucrétia s'était remise de son choc et s'en était aperçue, elle s'était précipitée sur lui pour lui prendre les joues. Elle avait utilisé ses capacités temporelles sans prendre en compte qu'elle n'avait plus les ressources morbides du Manoir.

Quand le groupe avait compris qu'elle essayait de le ramener à un état antérieur à la Boucle qu'il avait subi, il s'était joint à elle. Tous lui avaient confié une grande part de son Éther, jusqu'à ce que la Démone ne s'effondre à genoux.

Au final, le Mage avait dû se résigner face aux convictions de ses proches même s'il eut du mal à comprendre leur manque de méfiance vis à vis d'elle. Tous l'avaient accepté avec une facilité déconcertante. Malgré le fait que son "Père" était mort, elle n'en restait pas moins une créature du Néant instable mentalement.

Un fait qui devait être prouvé quelques jours plus tard.

Il avait été réveillé par la voix empressée d'Empty cette nuit là. Light était venu le chercher pour le guider jusqu'à une chambre qui avait failli le rendre aveugle à jamais tant elle était... rose. Des murs au plafond en passant par les meubles. Il ignorait QUI avait eu l'idée saugrenue de préparer une telle chambre pour l’Écorcheuse mais il s'était promis de lui en toucher un mot. Un roman même. Il la Haïssait, c'était un fait, mais il ne souhaitait à personne, pas même à son pire ennemi, une chambre pareille.

L'échange entre les trois frères fut particulier. Non pas par la nature de l'échange mais plutôt par le fait qu'en arrière-fond, Lucrétia débitait absolument tout ce que le Mage pensait et ressentait. Passé et Présent se mélangeaient dans la bouche de la Démone qui paraissait plus démente que jamais.

Empty: Du coup, il serait envisageable de... briser le lien. Mais il faudrait la rassurer un peu, pour qu'elle franchisse le pas, avait-il demandé avec un regard appuyé.
Eylion: D'accord, c'est... répliqua t'il, un brin sous le choc. Et comment tu veux que je rassure... ça?! Est-ce qu'elle peut seulement briser ce lien?
Empty: Tu pourrais lui montrer qu'elle n'a pas besoin du lien pour t'avoir!
Lucrétia: Il les regarde. Ses Frères. Il refuse de l'appeler par son nom. Il ne veut pas admettre qu'elle puisse être une personne. Il se souvient de Lacie, de Kaldriss. De toutes les morts. Pourquoi doit-il être mêlé à tout ça?

Finalement, il avait fini par lui prendre la main, à défaut de savoir quoi faire. Le contact l'électrifia de dégoût mais il tint bon. C'était sans compter ce qui allait suivre. Le Monde se disloqua au sein de sa Conscience. Il était à la fois entouré d'une Obscurité dense et il était à la fois toujours dans cette pièce, avec Empty, Light et la Démone. Il était à la fois dans l'Orphelinat de son enfance et dans le Manoir. Il était un et plusieurs. L'infinité des Mondes, des Époques, des Siècles se heurta contre sa Notion du Réel.

Et au sein des Vides, au creux des Ombres, Elle était là. Il ne la voyait pas mais il sentait sa présence partout autour de lui.

Alors il hurla. Il hurla sa Volonté. Les mots n'avaient aucune consistance mais il savait d'instinct que ce n'était pas de mots qu'il pouvait user en l'état. Son Esprit se heurta contre le Sien. La Lutte fut féroce. Sans merci. Elle ne voulait pas le relâcher. Elle se refusait à le perdre, qu'importe le prix. Mais son Âme à lui et sa Liberté n'avaient jamais été négociables. Elles étaient à lui et à lui seul.

Ils Chutèrent.

Il était sa seule Constante. La dernière dans un Monde qui n'avait plus sa Raison. Elle avait compris maintenant qu'il la haïssait. Mais qu'importe. Père était mort. Qu'importe. Elle avait tout Perdu. Qu'importe. Mais Lui...

Lui, elle ne le relâcherait jamais.
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Puisqu'il voulait tant cet Âge. Puisqu'il désirait avec tant d'Ardeur une autre Apparence, elle le lui accorderait. Puisqu'il voulait tant accourir auprès de celui qu'il avait choisi, elle accorderait son vœu de ne pas le toucher. Elle lui accorderait ce qu'il désire...

Mais pas de le relâcher.

Dans la Réalité, elle s'était relevée à la surprise de Light et Empty. Elle avait planté ses doigts dans la pierre sombre qui faisait office d’œil droit au Mage et le lui avait arraché. Les nerfs sombres au bout s'étaient extirpés, grouillant comme des nerfs optiques à l'agonie, suintant de Néant.

Peu lui importait la Haine. Peu lui importait le Rejet.

Tant qu'il ne lui promettait pas l'Oubli.

Il avait hurlé, de douleur cette fois. Il avait senti ses os craqueler, se briser et se reconstruire, sa Chair se déchirer. Il avait senti le Temps, implacable, se disputer sa Souffrance, se gorger de sa Perdition. Dans le Monde Réel, il ne voyait pas Empty et Light joindre leur Ether à la manœuvre de Lucrétia. Il ne voyait pas ce qu'il lui arrivait.

Non, ce qu'il voyait était la Démone dans toute son faste horrifique. Sa Réelle Forme. Son Corps était fait de ronces sans épines dont les enchevêtrements complexes formaient une silhouette féminine. Certaines soulignaient ses formes et se dégageaient du lot, dont les têtes ressemblaient à celles des aiguilles d'horloge. De longues griffes effilées à ses mains formaient les épines manquantes. Le visage, sculpté, possédait deux ouvertures sur des ténèbres primordiales, où luisaient deux pupilles d'un rouge sanguin. Sa chevelure, d'un immaculé surnaturel, descendait jusqu'à ses genoux et semblait être constitué de voiles luminescentes, comme des pétales qu'on aurait imprégné de lumière.

Il fit front, agrippant dans tous les mondes un des poignets de l'Entité avec force. Son Âme n'était pas négociable mais il était prêt à faire le pas pour elle. Il ne lui promettait pas l'Oubli. Il ne lui promettait pas le Pardon Absolu non plus. Mais il avait entendu les Tourments qui l'avait mené à être ce qu'elle était aujourd'hui. Il était prêt à tendre une main, comme il l'aurait fait pour quiconque la souhaitait.

Cette Main, elle la prit avidement. C'était tout ce dont elle avait besoin. Elle se pencha ensuite vers lui.

FaIs ATTeNtIoN à TeS DéSiRs, MoN ÉcOrchÉ.

Une Mise en Garde. Courte, brève, qui contenait bien plus que des mots. Elle savait. Elle savait qu'il hésitait entre Ombre et Lumière. Alors elle le mit en garde.

- Je n'ai pas besoin que tu me le précises, répondit-il, à travers les Mondes.

Il ne savait que trop bien la Soif qui le tenait depuis son Enfance. Les risques qu'elle impliquait. Mais depuis que celui qu'il avait choisi lui avait montré les attraits de la Nuit, comment ne pas hésiter?

Tant que nous nous rappelons de notre Humanité, nous pourrons trouver un moyen de sortir d'ici.

Son Humanité. Il s'y accrochait comme un noyé se raccrochait à une planche. Valait-elle la Lutte? Valait-elle tant que ça? Qu'impliquait-elle réellement pour cette Âme à laquelle il tenait tant...?

La Chute se poursuivit. Dans l'Autre Monde, la Démone arracha l'une de ses pupilles qu'elle vint planter dans le Vide droit du Mage, laissant une Azur prendre la place. Dans le Réel, un œil se forma, Carmin, dans l'orbite vide du Mage au supplice. Lucrétia perdit ensuite connaissance, rattrapée à temps par Empty.

Quant au Lunaire... Il s'aperçut que sa ligne de vue avait changé. Que ses vêtements le serraient et s'étaient même déchirés par endroits. Que ses mains avaient grandi.

Il était Adulte.

Après tant d'années à vivre dans le corps d'un Adolescent, il était enfin à l'Âge qu'il avait tant souhaité. Même plus, il avait retrouvé deux yeux... sauf que l'un d'eux était désormais Carmin, signe du nouveau Lien qu'elle avait tissé entre eux.

En parallèle, Lucrétia avait également grandi jusqu'à la taille Adulte.

Le Mage ignorait alors ce que ce nouveau Lien impliquait réellement pour Lui et Elle. Mais il allait devoir vivre avec le fait qu'elle faisait maintenant partie de sa Vie, un fait qu'il allait mettre beaucoup de Temps à accepter.
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Raïs: Claus est mort, hm...

Il venait de terminer de lire le rapport. Il leva les yeux sur l'Agent qui le lui avait apporté.

Raïs: La Cible est donc protégée par des Démons.
Agent: Oui, Raïs.

Les restes disloqués de Claus avaient été trouvés et récupérés. L'Ordre y avait bien vu l’œuvre d'une créature qui n'était pas de ce Monde. Cependant, ils se méprirent sur son identité. Ils savaient que le Mage se trouvait à la Brigade Rouge et ce que l'organisation était pour les Grandes Compagnies. Ils prirent la mort de Claus pour un mauvais calcul de leur part.

Raïs: Nous allons devoir nous occuper d'eux pour pouvoir isoler la Cible.
Agent: ... Que devons-nous faire, Raïs?

Le Raïs prit le temps de réfléchir longuement. Puis il esquissa un sourire.

Raïs: Contactez le Faiseur. Dites lui que j'ai une commande spéciale à lui faire.
Agent: Le Faiseur...?
Raïs: Ces Démons ne seront pas un problème.

Il se leva de son siège.

Raïs: Ils ne sont qu'une poignée de créatures sur notre Monde, à peine Tolérées par les autorités. D'après vous... Qui représente le plus grand danger...? Eux... ou bien la populace...?
Agent: ...! Je vois...

L'Agent plaça un poing dans sa paume et inclina la tête.

Agent: Je me mets en route de suite, Raïs. Gloire à Septhis.
Raïs: Gloire à Septhis, Agent.
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Miqo'te: ... Voilà ce qu'il en est pour Valia.
???: ...

Dans la chambre luxueuse, le Solaire se tenait prêt de la porte, attendant les ordres de son employeur.

???: Je vois, dit-il en soupirant. Je l'avais pourtant prévenue, elle n'est pas faite pour ce genre de chose.
Miqo'te: Est-ce que je dois m'occuper d'elle...?

L'Inconnu esquissa un sourire amusé.

???: Pourquoi faut-il que tu proposes toujours des solutions extrêmes? Laisse la donc s'amuser un peu.
Miqo'te: Désolé, Patron, réflexe d'métier... C'est juste que j'me demande si elle ne risque pas de nous poser un souci.
???: Aucun, je peux te l'assurer. Laisse la faire ce qu'elle désire mais... Si elle venait à tomber... Pense à prévenir Tèdre de se tenir prête à prendre la tête de l'établissement.
Miqo'te: Bien, Patron.
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Son souffle était lourd, tremblotant. Ça faisait des jours qu'elle se trouvait dans cette grotte, dans le froid. Elle avait dû délaisser sa robe de fiançailles qui était passée depuis longtemps du blanc au gris-jaune, portant toujours les tâches de sang du massacre qui s'était déroulé dans l’Église. Il y avait toujours la trace de la main de son fiancé qu'elle avait tenu dans ses bras alors qu'il essayait de s'accrocher à elle, la gorge tranchée.

Devant elle, sur le sol de pierre froide, il y avait des corps de plusieurs personnes. Des soldats ishgardais pour la plupart mais il y avait aussi une femme et un homme aux allures de voyageurs. Elle s'était résolue à prendre les vêtements de la défunte et deux capes pour pouvoir se tenir au chaud. Elle se nourrissait comme elle le pouvait des victuailles encore présents dans les possessions des victimes.

Le Monstre qui la retenait l'avait isolé en haut d'une montagne. Elle n'avait aucun moyen de descendre de la corniche sans risquer une chute mortelle. Il revenait régulièrement avec de nouvelles victimes qu'il dévorait. Même si le froid empêchait toute odeur, elle faisait en sorte d'isoler les corps comme elle le pouvait hors de sa vue.

Elle ne voulait pas reconnaître en la créature les traits de son premier fiancé, Kaldriss. Elle se souvenait du Miqo'te qui était venu lui annoncer sa mort. De son incrédulité, de la colère de ses parents et de ceux de Kaldriss. Malgré tout, il avait fallu se rendre compte de l'évidence: l'Élézen n'était jamais rentré. La peine du Lunaire accablé sur le divan semblait des plus sincères. Il avait parlé d'une embuscade. De brigands. Qu'il devait la vie à ce dernier. Mais alors... Comment ça se faisait que ce Monstre ressemblant tant à son premier fiancé?

Elle avait tenté de lui parler. En vain. Le Monstre semblait toujours bloqué aux mêmes phrases qu'il prononçait avec un désespoir profond. Parfois, il disait son nom. Hélène. Il l'enlaçait le soir sans rien faire d'autre, secoué par des Cauchemars dont elle ne pouvait que deviner l'horreur. Les jours s'écoulaient et elle ne savait pas quoi faire. Combien de temps devait-elle tenir avant que les secours n'arrivent? Est-ce qu'on la cherchait seulement...?

Elle ferma les yeux, se mettant à prier Halone d'une voix fébrile, sourde.

Le Monstre était, pour l'instant, absent. Il faisait encore jour. Mais la Nuit viendrait bientôt, avec son cortège de nouvelles victimes.

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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 14 avr. 2019, 21:53

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Une nouvelle inspiration rapide. L'exercice de Mémoire lui était difficile mais nécessaire.

Face à ce nouveau Lien, le Mage s'était appliqué à prendre les jours suivants à le tester, pour en savoir les capacités exactes. Il avait dû, également, gérer les instabilités mentales de la Démone. Elle s'était allégrement plongée dans l’Âme de l'Arcaniste pour en soutirer tout le Passé et s'était ainsi condamnée à davantage de démence. Elle n'arrivait plus à distinguer ses propres souvenirs des siens. Eylion dut passer presque des nuits blanches à la calmer et à se batailler pour pouvoir discuter avec elle. Après quelques recherches dans la Bibliothèque de Silver, il avait essayé des exercices de visualisation, une initiative qui s'était avérée payante.

Eylion: Bien... Imagine toi de nouveau dans le Manoir. Dans le grand hall, devant l'escalier qui mène au premier étage. Le vois-tu?

Assise devant lui, dans le Salon de l'Aube du QG, elle s'était tenue droite, les yeux fermés.

Lucrétia: Oui...
Eylion: Retourne toi vers la porte d'entrée. Imagine, crée, sculpte une boîte bleue et une boîte rouge. Elles sont grandes, sans couvercle, vides. Les vois-tu?

Elle avait froncé un peu des sourcils, ayant du mal à se les visualiser sur le coup.

Lucrétia: Oui... ... Mais pourquoi sont-elles vides?
Eylion: Parce que tu vas les remplir. Tu vas penser maintenant à un souvenir. N'importe lequel. Le premier qui te vient à l'esprit. Raconte le moi.
Lucrétia: Elle se dressait face à moi. Mon souffle était court. J'étais sûre et certaine que j'allais mourir. Là, bêtement. Ses griffes dans mon épaule me faisaient mal. "Mal", un euphémisme mais c'est impossible à décrire un tel degré de souffrance. Elle m'a alors dit que j'avais de beaux yeux. Jusqu'à ce qu'elle m'en arrache un. Je crois que j'ai hurlé mais à ce stade, la douleur m'avait presque rendu inconsciente.
Eylion: ... Ce n'est pas un de tes souvenirs, c'est l'un des miens. Tu vas l'emballer dans un cocon et le mettre dans la boîte bleue.
Lucrétia: D'a-accord...

Il avait dû renouveler l'exercice pour chaque souvenir, ressenti, et répéter la boucle jusqu'à ce qu'elle soit en mesure de distinguer leurs deux Mémoires. Ses proches ne l'avaient que peu vu durant cette période charnière et quand ils le voyaient, c'était un Miqo'te exténué auquel ils avaient affaire.

Les progrès avaient été lents, laborieux. Une fois leurs Mémoires bien distinctes, il avait fallu s'entraîner au contrôle du nouveau Lien. Ce dernier était différent du précédent puisqu'il était réciproque et bien plus puissant. Ils pouvaient communiquer à distance. Voir et sentir à travers le regard de l'autre. Partager les souvenirs, les pensées. Avec assez d'entraînement, il découvrit qu'ils étaient capables de se posséder l'un et l'autre.

Elle avait littéralement lié leurs Âmes ensemble.

Il avait fini par comprendre que c'était une façon de respecter son Principe d'égalité mais que c'était aussi une manière bien plus pernicieuse de lui imposer un Lien bien plus fort que celui du Mariage.

L'envie de le briser ne lui manqua pas mais il savait que la stabilité mentale de la Démone en dépendait, peut-être même sa Rédemption à terme. Coincé entre son Altruisme et son Optimisme, il avait dû se résoudre au statut quo. Il avait posé autant de barrières qu'il le pouvait, s'entraînant de façon à fermer et ouvrir le Lien à son loisir.

La Fête des Étoiles arriva bientôt et ce fut l'occasion pour lui de se reposer enfin, en compagnie de sa famille. Les cadeaux avaient afflué par centaines.

Sa première, véritable, Fête des Étoiles. En compagnie d'Amis. D'une Famille. Très honnêtement, si on avait dit ça au Lunaire quelques mois auparavant, il aurait certainement ri au nez du malheureux avant de l'envoyer vertement paître.

Et pourtant, il avait bel et bien vécu les échanges de cadeaux. Il en avait fait. Il en avait reçu.

Celui de Solid avait été le dernier. Ça avait été, d'ailleurs, un véritable défi pour le Mage. Pendant un moment, il avait hésité à lui offrir un bijou avant de se raviser. Solid était un homme, pas une femme. Et il voulait marquer le coup, faire un cadeau qu'il n'avait jamais fait.

Ce fut le sens de la démesure d'Eylion qui lui avait soufflé son idée finale. Il avait dépensé toute la fortune volée à Jaroud et aux Sept Voiles pour acheter et aménager un bateau-aéronef, sur lequel il avait invité le Démon au cours d'un dîner qu'il avait souffert copieusement à réaliser de lui-même. La mâchoire décrochée de Solid, quand ce dernier comprit qu'il n'était pas sur un simple bateau, avait été la plus belle des récompenses.

En retour, Solid lui avait offert un anneau en argent enchanté. La découverte avait arraché un sourire amusé au Miqo'te qui avait repensé à un échange entre eux et Yuen.

Yuen: Ça fait un an et j'ai toujourrrs la bague en corrrail que tu m'as offert, avait-elle lancé à Solid. J'ai progrrressé.
Eylion: Bague en corail...?
Yuen: Oui, Solid m'a offerrrt une bague!

Elle avait regardé, malicieuse, son comparse. Ce dernier n'avait pu s'empêcher d'être piqué par une Jalousie bénigne. Ce n'était pas vraiment le fait que c'était une bague qui l'avait fait réagir mais le fait que Solid avait offert quelque chose de précieux à quelqu'un qui avait attisé ses bas sentiments.

Lui-même n'avait jamais été un homme à bijoux. Quand il avait été jeune, en grand "rebelle", il avait déjà tenté trois anneaux à son oreille droite mais il avait rapidement délaissé ce pan là.

Il avait néanmoins pris la bague pour la mettre au doigt de l'engagement, sans hésitation.

La fin de la Fête s'était terminée en apothéose quand Kyuuji leur avait offert, à tous, un spectacle inoubliable.

Lien du Texte de Kyuuji

Ces jours heureux allaient être assombris quelques temps après, tout d'abord sous la forme d'un piège. De promenade en ville, en plein milieu de la foule, une femme avait été jeté discrètement sur Light. Celle-ci avait été droguée et tatouée d'un sceau arcanique pour rendre tout Démon fou de son Éther. Bien qu'il faillit perdre le contrôle, Light était parvenu à se contrôler en se transformant en Shadow. Cependant, il avait été assez déconcentré pour dévoiler son aura.

Des lanceurs de sorts dans la foule avaient alors aussitôt repérés sa nature et un combat avait bien menacé d'éclater jusqu'au moment où les autorités étaient intervenues. Shadow avait été arrêté, puis remis plus tard à la Brigade après quelques arrangements difficiles. Cependant, à peine un jour plus tard, des rumeurs avaient été lancées contre la Brigade, faisant monter la grogne au sein du Peuple sur la présence de Démons à Lavandière.

Une enquête rapide avait permis de découvrir que des hommes avaient été payés par l'Ordre de Septhis pour répandre ces rumeurs et les aggraver. Alev avait engagé cet ordre de sombres mercenaires pour leur ramener Eylion. C'était pour ça que Claus avait été envoyé. Tué par Kaldriss, le corps du Solaire avait été récupéré mais comme il n'y avait eu aucun témoin, les supérieurs de Septhis en avaient seulement déduit que sa mort avait été causée par un Démon au vu du corps totalement démembré de manière surnaturelle.

Ils avaient cru la Brigade responsable de ce fait. Pour ne pas envoyer des hommes au sacrifice inutilement, ils avaient alors décidé de changer d'approche. Puisqu'Eylion était entouré de Démons dangereux, il fallait écarter la menace pour isoler leur cible. Ils avaient alors fomenté un plan pour tourner la Foule contre la Brigade et forcer la chasse à ses membres, de façon à créer l'opportunité dont ils avaient besoin.

La Brigade avait dû faire face à la menace que non seulement l'Ordre représentait mais aussi Alev et les gens du commun.

Ce fut durant cette période d'incertitude que Kyuuji était venu confier à Eylion que sa femme, d'un rare lien avec le divin, avait été rappelée par les dieux pour une mission dans un autre monde. Une mission dont ils n'étaient pas sûrs qu'elle revienne un jour. Après une longue discussion, et face à l'inéluctabilité de la chose, Eylion avait alors proposé au Prêtre de l'accueillir au sein du QG. Il en avait fait la demande à Solid.

Eylion: Pour en revenir à ce que je disais, mon aimé... Kyuuji risque de passer une période difficile... Et encore, je parle avec euphémisme ici mais... je ne trouve pas de terme plus approprié.
Solid: Mon cher, tendre, porteur de poisse et bizarre Miqo'te, serait-ce son sceau qui cède?

L'intéressé avait eu un faible sourire aux adjectifs éloquents, amusé par leur inventivité avant qu'il ne soit assombri par ce qu'il devait dire.

Eylion: Non... avait-il énoncé, son sourire disparaissant. Sa Femme... Son Temps est révolu. Pour ce qu'il m'en a expliqué, les Dieux lui ont permis d'atteindre notre époque pour faire ce qu'elle avait à faire. Maintenant que c'est fait, ils la rappellent à eux. Elle disparaît progressivement. Tout ce qu'elle peut faire, c'est leur demander un délai pour que sa séparation avec Kyuuji se fasse avec douceur.
Solid: ...
Eylion: Il appréhende ce moment. Il essaye de se montrer brave.
Solid: Quand un membre est atteint de la gangrène, il faut couper. Kyuuji va davantage souffrir qu'autre chose.
Eylion: ... Je ne suis pas dupe. Je lui ai proposé de venir se réfugier au sein du QG quand elle ne sera plus là... Je me dis que son Deuil se passera mieux dans une maison remplie de monde que vide... Même s'il reste seul dans une chambre... Qu'il sente la vie autour de lui. Et je lui ai dit que je te demanderai la permission pour ça.
Solid: C'est normal qu'il appréhende ce passage délicat. Et bien sûr, il peut trouver refuge ici. C'est une sage idée. Mais j'espère qu'on aura réussi à faire taire les rumeurs d'ici là, je ne veux pas qu'il en souffre aussi. D'ailleurs, ce serait l’œuvre de ce Septhis de ce que j'ai compris, mais du coup... tout ça pour t'avoir?
Eylion: Oui... Il s'est à nouveau proposé pour en parler aux élémentalistes. Je l'ai mis en garde à ce niveau. Et... Oui... D'après Claus, Alev a engagé Septhis pour m'amener auprès de lui, sans doute pour avoir sa vengeance. Je me doute qu'ils ont une réputation à tenir à ce stade.
Solid: Ils sont bien recherchés par les autorités? avait-il demandé avec un sourire en coin.
Eylion: Hm, oui...
Solid: Alors on a un coup à jouer.
Eylion: Après... Maintenant que je le...
Solid: Oui?
Eylion: Toi, je sens que tu as une idée aussi derrière la tête, avait-il dit avec un sourire. Je t'écoute.
Solid: D'abord toi!
Eylion: Hrmm... Je me dis... Ils me veulent en vie après tout... Alors autant qu'ils accomplissent leur mission, qu'ils m'amènent auprès d'Alev. On n'aurait plus Septhis sur le dos et on aurait Alev à portée de main.
Solid: C'est une solution, en effet. Reste à voir comment tourner ça à notre avantage.
Eylion: Et toi...?
Solid: Hé bien... si ce sont vraiment des méchants qui nous en veulent, les autorités seront ravies qu'on leur serve Septhis et sa bande sur un plateau d'argent, non?
Eylion: Aussi... Mais ça va être moins évident de les démanteler, eux...
Solid: Pourquoi donc?
Eylion: Ce n'est pas une petite organisation... Pour ce que j'en sais, ça fait des années que les Immortels les traquent. Ce serait un mégalomane du nom de Septhis qui en serait à la tête selon les rumeurs mais jamais personne, pas même dans les Bas-Fonds, ne l'a jamais rencontré. Enfin, selon les rumeurs... Et tu sais à quel point elles peuvent être exagérées.
Solid: Nous le vivons pleinement. Mais même si nous n'arrivons pas à atteindre ce Septhis, réussir à leur remettre cet Alev, ça devrait d'une part, plaire aux autorités qui pourrait y glaner des informations, et d'autre part, refroidir ces petits rigolos. Ou mieux, se débrouiller pour fragiliser leur organisation, et faire porter le chapeau à Alev. S'ils sont si méchants, il aura ce qu'il mérite.
Eylion: Donc on s'attaque à Alev en priorité...?

Solid avait acquiescé. Il avait pris contact avec Valia, sachant que celle-ci avait des contacts avec bien des organisations obscures. À travers elle, ils avaient passé un marché avec Septhis. Enfin, le terme le plus exact, c'était que la Brigade avait été extorquée ni plus, ni moins par l'Ordre. Quand Septhis avait compris les manœuvres de la Brigade, ils y avaient vu là l'opportunité de se faire plus d'argent tout en préservant leur réputation de contrat toujours rempli.

En échange d'une certaine somme, Septhis avait accepté de fermer les yeux sur le fait qu'un groupe allait suivre leurs membres jusqu'à Alev. Une fois le Lunaire remis, ils se retireraient. En revanche, si la Brigade refusait de passer un contrat avec eux, ils étaient prêts à aller négocier un nouveau contrat avec Alev pour protéger ce dernier. Dans les deux cas, Septhis était gagnant.

Septhis payé, le groupe avait suivi l'escorte d'Eylion jusqu'à Alev et sa nouvelle bande. Un combat s'en était suivi dont le groupe en était sorti victorieux. Alev fut remis aux autorités, les rumeurs dissipées et Septhis s'en était retourné dans les ombres.

Valia, elle, faillit bien devenir le Jouet de Lucrétia. Selon les termes de leur Pacte, elle était sensée "lui remettre Eylion" mais puisqu'Eylion ne lui "appartenait" pas, le Pacte tournait en la défaveur de l'Élézéenne. Solid avait fait ce qu'il pouvait pour convaincre la Démone de ne pas aller jusqu'au bout de son idée. Elle avait eu de grandes réticences mais comme elle voulait plaire à "celui que son Écorché avait choisi", elle avait accepté. Valia avait dû, en contrepartie, se consacrer à des œuvres caritatives dans un orphelinat, au grand dam de sa Fierté.

Une fois le cas d'Alev réglé, Kyuuji, Adam, Alice et Finaen avaient été envoyés au Coerthas pour le cas de Kaldriss. Ce fut après une courte enquête qu'ils l'avaient trouvé dans une maison abandonnée, loin de tout. Ils avaient réussi à gagner assez de temps, durant le combat, pour permettre à Kyuuji de lancer un Rituel de purification à partir d'une pierre confiée par Volug. Le Rite avait permis de rendre inconscient le Démon qui avait été ramené à la Brigade. Au passage, ils avaient pu sauver Hélène Meaubant, son ancienne fiancée, alors transie par les épreuves traversées.

À l'infirmerie du QG, Eylion avait pu parachever et simplifier le Rituel à l'aide d'un Refuge Mental, en apportant la Lumière directement au plus profond de l’Âme de Kaldriss. Le Voyage n'avait pas été sans risques mais le Mage était parvenu à sauver son ami. Bien que ce dernier était toujours un Démon, il avait désormais une nature similaire à celle des Shields. Il avait toutefois fallu gérer l'immense crise de Culpabilité qui avait suivi la reprise de son "Humanité", puis ses retrouvailles avec Hélène, ramenée plus tard par Kyuuji et Curious au QG.

Kaldriss: Je te jure que c'est bien moi... Ce jour d'été... Te souviens-tu...? Tes amies s'étaient moquées de ta robe de bal et tu t'étais enfuie... Pour cacher tes larmes sur ce balcon... C'était la seconde fois qu'on se croisait et je te trouvais déjà si belle... Et jamais des larmes ne m'avaient autant fait de mal... J'ai plaisanté maladroitement jusqu'à ce que tu ris de mes tentatives ridicules.

Hélène n'avait pu que pleurer de plus belle à ce souvenir, mains devant ses lèvres, suffoquant à moitié.

Hélène: ...!
Kaldriss: Donne moi une chance, je t'en supplie... Je te raconterai tout... sans rien omettre... et si tu décides que je dois payer... alors je payerai volontiers...
Hélène: P-payer...? avait-elle balbutié, en larmes.
Kaldriss: Laisse moi déjà tout te raconter... avait-il dit en lui tendant la main.

Elle avait regardé la main tendue. Après un moment infini, elle l'avait prise, incapable de parler. Le Démon, soulagé, avait tourné la tête vers le groupe inquiet non loin de là.

Kaldriss: Ça ira, je pense... Je ne ferai rien qui puisse la blesser mais ça va prendre un certain temps à tout lui expliquer...

Elle avait, en effet, écouté l'ensemble de la Vérité avec une stupéfaction mêlée de crainte. Elle avait fini par demander du temps pour intégrer tout ce qu'on lui avait dit, ne promettant rien à Kaldriss. Après son départ, Kaldriss avait été pris en charge par Curious et Volug, lesquels avaient fait de leur mieux pour l'entraîner à dissimuler sa nature et à préparer sa réintégration au sein de la société.

Ce fut après une longue période de temps que l'Élézéen était parti, non sans avoir profité de longues soirées de discussion avec Eylion.

Bien que la Paix était revenue au QG par la suite, il n'avait pas fallu longtemps pour que les effets "secondaires" du Lien ne se manifeste. Lucrétia savait tout d'Eylion, un point qui allait parfois l'amener à quelques discussions particulières.

Solid était allé retrouver le Miqo'te dans le Salon de l'Aube, le trouvant en compagnie d'une vieille femme.

Eylion: ... Il vous suffira ensuite de lui dire ce que vous m'avez confié et votre second fils pourra trouver la paix.
Femme: D'accord, merci, monsieur Grenn...

Elle avait alors sorti de son sac un cristal d'Éther de petite taille qu'elle lui avait tendu.

Femme: Vous êtes sûr que c'est tout ce que vous voulez?

Il l'avait pris et empoché. D'ordinaire, il ne réclamait aucun paiement à ses patients. Avec la fortune qui lui restait du Culte d'Oblivion et la menuiserie qu'il avait récupéré lors de son passage à Ishgard, le Mage était on ne peut plus à l'abri du besoin. Mais face à la reconnaissance de ses patients, il leur laissait le choix de lui donner ou non des cristaux d'Éther, cristaux qu'il donnait à ses proches Démons pour leur permettre de se nourrir.

Eylion: Oui, ne vous inquiétez pas, je suis... financé autrement ailleurs mais hm, si vous y tenez, si vous vous souvenez... pour les rumeurs... avait-il dit avec un sourire.
Femme: Oh, bien sûr, si un peu de commérage positif peut vous aider, avait-elle répondu en faisant un geste de haut en bas avec la main avec un léger rire. Comptez sur ma vieille langue.
Eylion: Pour moi, vous avez toujours vingt ans, Madame Fener, avait-il répliqué, amusé.
Femme: Flatteur, vous les faites, vous, au moins. D'ailleurs, ça va me manquer, votre petite bouille d'avant, je ne peux même plus projeter mon rêve de petit enfant sur vous!

Le Lunaire avait eu un léger air blasé, arrachant un autre rire à la femme âgée.

Femme: Ne faites pas cette tête! Voyez là un de mes rares petits plaisirs. Je ne voudrais pas non plus vous froisser, après tout ce que vous avez fait pour ma famille.

Eylion avait soupiré.

Eylion: Ne vous inquiétez pas pour ça, Madame Fener...

La vieille femme était sortie peu de temps après, son petit sac entre les mains. Elle avait salué Solid au passage d'un hochement de tête avant de poursuivre son chemin. Eylion, quant à lui, s'était levé entretemps pour se servir un verre de rhum. Quand son compagnon était entré dans la pièce, il lui avait offert un sourire.

Eylion: Tu as fini tes dossiers pour la journée...?
Solid: Oui, en effet. Finaen est passé voir Kyuuji pendant ton absence... et Lucrétia a fait d’étonnants progrès!
Eylion: Ah? avait-il fait, doublement surpris. Hm... Tu veux que je te serve un cognac?
Solid: Pas ce soir, merci. Par contre, si tu reçois des clients ici, peut-être devrais-tu utiliser l’Infirmerie? Ce sera plus adapté et on peut y faire les aménagements nécessaires... mais je ne suis pas venu parler de ça. Lucrétia semble lié à toi bien copieusement, et...

Il avait marqué un court temps de pause avant de lancer directement, sans tact.

Solid: Tu aimerais devenir un Démon?

Le Lunaire avait écouté attentivement. Il avait semblé pensif à la première partie avant d'écarquiller son Azur à la seconde.

Eylion: Pardon?

Pour être pris au dépourvu, ah ça, il l'avait été.

Solid: Ce n’est pas une proposition, c’est une question, avait-il énoncé avec un grand sérieux.
Eylion: Je, hm... Erh...

Le Mage avait eu l'air de quelqu'un qui essayait de se rattraper alors qu'il était sur le point de trébucher.

Eylion: Je... suppose que c'est... Lucrétia qui a fait cette mention...?
Solid: En effet. De manière plus poétique que moi, mais elle l’a dit. Et Finaen l’a très bien compris en prime. J’ai besoin de savoir ce que tu penses exactement?

Les doigts du Lunaire s'étaient mis à tripoter le verre.

Eylion: Hrm... C'est...

Il avait été contrarié sur le coup. Embarrassé et honteux de prime. Sur le coup, il avait maudit la Démone.

Eylion: Ce... n'était pas vraiment un... sujet... que j'aurai souhaité aborder de la sorte...

Solid avait pris une grande inspiration, possiblement agacé.

Solid : Bien, je te laisse l’amener comme tu le souhaites, mais maintenant.

Les oreilles du Lunaire s'étaient abaissées. Il avait jugé bon de boire d'un coup le reste de son rhum, grimaçant quand l'alcool lui avait brûlé la gorge. Il avait délaissé le verre dans le meuble avant de s'approcher des canapés.

Eylion: Je... mentirai si je disais que la pensée ne m'a pas effleuré... Depuis que tu m'as montré les véritables tenants et aboutissants de ton état... Tes arguments m'ont parlé... avait-il dit, embarrassé.

Il avait posé les mains sur le dessus des divans, reprenant une inspiration.

Eylion: Même si tes raisons sont... plus nobles que les miennes.
Solid: Mais il y a une chose que tu dois prendre en compte dans ton jugement: les Shield sont une poignée à avoir eu cette Lumière en eux pour contrer les Ténèbres, et aboutir à cet équilibre. Cette puissance a également un prix. Tu as entendu les rumeurs. Tu as vu comment on me traite. Ce n’est pas apprendre un sort puissant, c’est au-delà de ça. Je peux comprendre la soif de puissance, mais ce n’est pas anodin. Un chemin dont on est jamais sûr d’en revenir.

Le Mage avait baissé la tête.

Eylion: ... Pourquoi tu crois que j'hésite...? Que je ne t'en ai pas parlé...?
Solid: Parce que tu hésites et veut mener vaillamment ce combat tout seul, fier comme tu es. Mais c’est pour t’aider que je t’en parle, pour éclaircir ton jugement et non te juger de haut. Pour avoir choisi les ténèbres, je serai très mal placé pour te faire la morale.
Eylion: ... Ce n'est pas une question de Fierté ici... C'est une question de Honte... De Honte dans le sens que je sais, quelque part, que mon Désir est égoïste de base. Je ne sais pas quoi penser de... tout ça... Je t'en aurai probablement parlé si... Seulement j'étais sûr de moi, de ce que je veux. Ce qui n'est pas le cas ici... avait-il dit, contrit.
Solid: De la honte? Tu as lutté pendant près de quarante ans. La vie est un combat, les jours de quiétude ne sont qu’un petit répit avant la bataille suivante. Nous avons tous nos défis à relever. De nous, combattants avec des ennemis, à la boulangère qui travaille dur tous les jours. Tous les jours se lever tôt. Tous les jours faire du bon pain. Être souriante, gagner de quoi vivre. Et recommencer le lendemain. Nous avons tous nos combats. Qui ne voudrait pas avoir de meilleures armes pour affronter tout ça? Il n’y a pas de honte à ça.

Le Mage avait porté une main à son propre cou, se le frottant, toujours un peu embarrassé.

Eylion: C'est vrai que, hm... Niveau lutte, j'ai essayé de survivre comme je le pouvais.

Il avait ensuite détaché son grimoire pour le jeter sur le divan en face de lui.

Eylion: Sans ça... Je ne suis qu'un simple humain. Pas même un combattant émérite, juste quelqu'un qui sait un peu se débrouiller avec des dagues. Il suffit de m'ôter mon grimoire des mains et... je ne suis plus rien ou presque... Mais je sais très bien qu'on ne parle pas d'un simple sort. On parle d'une nature irréversible... d'un rituel incertain... Et j'ai déjà vu ce que ça a fait à mon ancienne Femme... Ça lui est monté à la tête. Et même sans monter à la tête, ai-je seulement assez de Lumière pour...

Il n'était pas parvenu à continuer, visiblement tourmenté par ses multiples doutes.

Eylion: Je... pourrai continuer longtemps ainsi, sur tous les freins que ce cas de figure pose... C'est pour ça que je suis Tenté, oui, mais hésitant également...
Solid: Tu sais, tu donnerais ta maîtrises des dagues et ce livre à la boulangère, je pense qu’elle n’aurait pas fait long feu pour autant. Alors je ne pense pas que tu sois faible pour autant. Tu as une sacrée volonté et un esprit plutôt efficace. Ce n’est pas rien du tout. Et aussi, tu n’es pas seul. Une goutte d’eau à elle seule ne peut rien, mais avec d’autres, elles forment un indomptable océan! C’est normal de douter, après. C’est ce qui nous permet de continuer d’avancer.

Le Mage n'avait pu s'empêcher de rougir légèrement, ses mains sur le rebord du divan.

Eylion: Tu essayes de faire quoi là...? De tester combien de fois je peux tomber amoureux de toi...?
Solid: L’amour est sans cesse nouveau, mon beau. Mais si je suis ton amant et que cela t’empêche de te confier à moi, cela n’a pas d’intérêt.
Eylion: Je ne voulais pas te cacher ça... Juste... prendre le temps d'y réfléchir et voir où je voulais aller moi déjà... Mais tu n'as pas tort sur le fait que je tournais en rond à faire ça...
Solid: Reste à savoir de qui tu es vraiment amoureux, l’air de rien.

Eylion l'avait regardé, perplexe.

Eylion: Mais qu'est-ce que tu veux dire par de "qui" je suis vraiment amoureux...?
Solid: Hé bien... est-ce Solid que tu aimes... ou bien mes ténèbres?

Un sourire arrogant était apparu sur le visage du Démon qui prenait un malin plaisir à triturer l'esprit du Mage. Mage qui avait été assez interloqué à la question.

Eylion: Je t'aime pour tout ce que tu es... de ta sagesse et clairvoyance à ta malice et tes exigences. Que ce soit ta part de Lumière ou d'Obscurité. L'Humain ou le Démon... J'ai été frustré, d'ailleurs, de ne pas avoir pu t'approcher sous ton autre facette, d'avoir pu voir plus près cette part importante de ton vécu. Si je n'aimais que la façade, je ne chercherai jamais à voir ce qui est derrière, à mieux te connaître. Car c'est ainsi que j'aime... L'Ensemble, mais comment prétendre aimer l'ensemble sans chercher un peu...?
Solid: Tu n’as pas tort...

La peau de Solid avait alors délaissé sa sombre énergie, celle-ci libérant ses traits pour laisser place à ceux de Flynn. Les ténèbres dansaient sur le corps de l'Homme à la façon d'un nuage noir dont les courbes passaient d'un membre à l'autre.

Solid: Mais je crois que tu as là l’occasion de te rattraper...

Le Lunaire avait essayé de masquer son trouble et émotion de son mieux. Il avait tâché de rassembler sa contenance et de l'approcher, se voulant plus assuré que timide même si les deux pans s'étaient clairement battus chez le Miqo'te. Une fois devant lui, l'Azur rivé sur le torse s'était relevé avec précaution vers le visage pour en découvrir les traits.

Il n'avait aperçu Flynn que peu de fois après tout, et surtout dans le Refuge Mental. Il y avait un gouffre entre Spirituel et Réalité, Image et Concret. Il s'était hasardé à porter une main à la joue de son compagnon, fasciné. Le Démon l'avait pris, y répondant par un sourire tendre, pendant que les ténèbres se rassemblaient pour former un simili de bras, qui avait plus des allures de tentacules. Ce bras s'était alors approché lentement du visage d’Eylion.

Le Miquo'te lui avait renvoyé son sourire, visiblement ému de l'Instant... Du moins, jusqu'à la vision du bras qui l'avait fait sursauter. Il ne l'avait aperçu qu'au dernier moment, ce qui lui avait fait reculer instinctivement la tête sur le côté, ses oreilles dressées.

Eylion: ...?!

Solid s'était mis à rire.

Solid: Bon, au moins, je vois que ça n’a pas d’être pour les ténèbres que tu es attiré.

Les tentacules s'étaient retirées lentement, fusionnant ensemble pour en former un plus gros digne d’un serpent de fumée, venant près de la tête de Solid. À voir la tête de celui-ci, la fascination était réelle pour cette chose.

Eylion: Tu me...

Eylion avait pris une inspiration courte pour se remettre de sa surprise.

Eylion: Tu me diras QUI ne sursauterait pas en voyant ça...?!

Il avait regardé le serpent de fumée, encore sous l'effet du choc même si, peu à peu, il semblait s'habituer à la vue, l'étonnement se mêlant à sa curiosité.

Solid: Hm... Valia, je dirai. Une personne désespérément à la recherche de puissance n’aurait probablement pas hésité.

La mention de Valia avait fait grimacer le Lunaire.

Eylion: J'aspire à la Puissance mais ça ne veut pas dire que je souhaite m'y jeter aveuglément ou payer n'importe quel Prix, avait-il dit, sa main s'abaissant sur son torse. Sauf si... je n'avais pas le Choix...
Solid: Je confirme, et je suis heureux de l'entendre... et de le constater. Pour te dire la Vérité, j'ai songé à te transformer quand je t'ai ramené du Manoir. Tu étais dans une telle léthargie... si proche de céder à la corruption... que j'ai bien cru que j'allais devoir te transformer moi-même.
Eylion: J'étais... dans un état aussi... horrible que ça...?

L'Azur avait suivi le serpent du regard. Il avait levé une main comme s'il avait été tenté de le toucher avant de s'arrêter, heureusement, avant.

Solid: Oh oui... Taziel a même cherché à rentrer dans ton esprit, et il m'a dit que tu étais "brisé". Mais heureusement que Lucrétia a pu retirer une bonne partie de tout ça.

Le serpent de ténèbres s'était approché à nouveau d'Eylion, muni de ses propres mystérieuses intentions. Le Lunaire avait été finalement fasciné par la chose incongrue, ses mouvements comme sa silhouette, une fascination mêlée de crainte. Un peu comme quand quelqu'un se trouvait face à quelque chose qu'il savait dangereux mais que ça le tentait d'autant plus de toucher.

Eylion: Brisé... Hrm... Oui, tu m'avais parlé d'un Retour en Arrière dans le Temps... Enfin, je ne sais pas si... je suis vraiment sorti... entier de ça...
Solid: Hé bien... ce que je vois... on est revenu au même niveau de corruption qu'avant ton séjour chez l’Écorcheuse. Donc j'imagine qu'il y a de l'espoir pour t'en laver complètement... ou bien t'y plonger entièrement, à toi de voir...

Solid n'avait pas regardé Eylion en parlant de l'état du Miqo'te, mais c'était plutôt le serpent qui l'avait inspecté de bas en haut. Miqo'te qui avait frissonné malgré lui à ce constat.

Eylion: De nouveau à un carrefour alors...
Solid: Tu sais bien ce que je dis... on a toujours le choix... l'important est de savoir si on est prêt à en assumer la conséquence...

Un Choix qui était resté en suspens, la vie du QG s'étant chargé d'occuper assez vite l'esprit du Mage. Jusqu'à ce jour, il était resté corrompu mais encore Humain. Un petit miracle au vu de tout ce qu'il avait traversé et ce qui l'avait entouré.

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