[Background] Par la Volonté d'Halone

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Pallas
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[Background] Par la Volonté d'Halone

Message par Pallas » 09 oct. 2019, 15:25

Chapitre 1
Trois garçons, une blague à tabac et une canne.

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— Qu’est-ce que vous faites ?
— Chut ! Tu vas nous faire repérer.
— Je peux rester avec vous ?
— Non, tu es trop petit. Va-t’en !
— Si vous ne me laissez pas venir, je dis à Père que vous êtes dans son bureau.

D’un air sinistre presque comique, Aliaume roula des yeux exaspérés. Amauroix se pinça les lèvres. À sept ans, leur benjamin Alibert était un vrai pot de colle, mais pouvait-on lui en vouloir ? Il avait juste envie d’imiter ses aînés.

— Laissons-le rester, suggéra Amauroix en haussant les épaules.
— Il va nous faire prendre.
— Mais non, je ferai attention pour lui.
— Si on se fait repérer, gronda Aliaume entre ses dents, je dirai que c’était ton idée.

Amauroix hocha la tête pour approuver, et l’affaire fut entendue. Excité comme une puce, Alibert s’accroupit près du cadet de la fratrie et répéta :

— Qu’est-ce vous faites ?
— Tais-toi ! souffla Aliaume, qui s’affairait près du bureau.
— Père garde du tabac dans son tiroir, expliqua Amauroix à voix basse.
— Vous allez fumer ?

L’expression d’Alibert semblait hésiter entre la désapprobation et l’admiration. Le garçon se pelotonna contre Amauroix, comme si le yalm trente de son frère pouvait le protéger en cas d’irruption du patriarche.
À cet instant, un cliquetis retentit, et Aliaume gloussa de contentement. En silence, il fit glisser le tiroir qu’il venait de crocheter avec la broche reçue à son anniversaire – l’aiguille affichait désormais une drôle de courbe. Ses frères le virent explorer l’intérieur du tiroir ; un nouveau gloussement leur apprit que leur aîné venait de dénicher la blague à tabac de leur père. Aliaume l’ouvrit, en prit une pleine poignée et la tendit à Alibert.

— Mets ça dans ta poche.

Le garçon le regarda sans comprendre. Amauroix, lui, poussa un soupir et secoua la tête.

— Donne, je vais le prendre.

Aliaume renifla avec dédain et fourra la poignée de tabac dans la poche du cadet. Après quoi, il referma la blague avec précautions et la reposa à sa place.
Les trois enfants s’apprêtaient à prendre la poudre d’escampette quand la porte du bureau s’ouvrit tout à coup. Alibert se raidit, tétanisé. Prompt à réagir, Aliaume poussa ses frères sous le meuble et, tandis qu’Amauroix enserrait les épaules du benjamin d’un bras protecteur, il leur enjoignit d’un geste de garder le silence.

— Il n’est pas ici, soupira la voix agitée d’Ophélien, le majordome.
— N’a-t-il pas dit qu’il se rendait à la cathédrale ce matin ? demanda une femme qui devait être Sergeline, la bonne.
— Il faut le prévenir immédiatement. Mettez votre manteau.
— Oui, monsieur.

Le tapis du couloir étouffa des pas précipités, et la porte se referma. Les trois garçons sous le bureau poussèrent un soupir de soulagement. Si leur père les avait surpris à voler du tabac, ils auraient sans doute reçu une bonne correction. Dans le domaine de Narmandais, on ne plaisantait pas avec la discipline. Les enfants devaient être nobles en toutes circonstances, sérieux, loyaux et forts - sauf Anathalie, la petite dernière de trois ans, qui souffrait d’une santé fragile.
Les garçons patientèrent un moment, au cas où quelqu’un reviendrait, puis se hâtèrent de quitter la pièce. Aliaume avait déjà trouvé l’endroit parfait pour fumer : une vieille remise non loin de l’écurie à chocobos, à l’arrière du domaine. Les trois enfants bourrèrent la pipe qu’ils avaient chapardé la veille et passèrent l’après-midi à tousser et à pleurer dans leur repaire. Quand ils quittèrent leur abri, leurs vêtements empestaient, mais ils avaient la suprême sensation d’avoir franchi une étape cruciale dans leur vie d’homme.
Ils se sentirent néanmoins redevenir petits garçons quand leur père, qui bien entendu ne manqua pas d’apprécier l’odeur de tabac froid qu’ils dégageaient, déversa sur eux une fureur inattendue le soir-même.

— C’était l’idée d’Alibert ! protesta Aliaume, les poings serrés.
— Ce n’est pas vrai ! pleurnicha l’intéressé.
— Non, c’était mon idée ! intervint Amauroix.

Tous trois reçurent une raclée qu’ils garderaient probablement toute leur vie en mémoire. Ils avaient déjà reçu des corrections par le passé, mais jamais d’une telle violence ; la colère de leur père atteignit des sommets, et les coups de canne plurent sur les enfants.
Amauroix passa une partie de la soirée à réconforter Alibert, et lorsque le benjamin fut enfin endormi, il se tourna vers leur aîné en fronçant les sourcils.

— C’était ton idée, lui reprocha-t-il. Tu aurais dû l’assumer au lieu d’essayer de lui faire porter le chapeau.
— Nous étions tous dans le coup, grogna Aliaume.
— Oui, mais en tant qu’aîné, c’était à toi d’assumer la faute. Et puis je croyais que tu comptais m’accuser, moi ?
— A quoi ça aurait servi ? Tu as essayé de prendre sur toi et nous avons tous été punis. Alibert est plus petit, ça aurait pu attendrir Père.
— Rien ne serait arrivé si tu avais avoué dès le début.

Sur ces mots, Amauroix regagna sa propre chambre. Son arrière-train lui faisait un mal de chien et il peinerait probablement à s’asseoir le lendemain. Qu’est-ce qui avait pris à leur père pour se mettre dans une colère pareille, juste pour du tabac ?
La réponse, les trois enfants l’eurent le lendemain, quand le chevalier de Narmandais leur annonça la nouvelle. Leur sœur Anathalie, âgée de trois ans, avait succombé aux fièvres la veille. Il n’y eut pas d’effusion, aucune parole de soutien. Le chevalier se détourna et laissa à la charge de ses domestiques le soin de s’occuper des enfants. Sans doute préférait-il s'occuper de son épouse, alitée depuis la veille...
Aliaume redressa le menton ; ses yeux brillaient, mais il serra les dents pour ne rien laisser paraître et alla s’enfermer dans sa chambre. Alibert, lui, avait fondu en larmes. Comme toujours, il n'y aurait personne pour s’occuper du petit dernier, et il était le plus sensible des trois. Alors Amauroix, refoulant sa propre détresse, passa son bras autour des épaules de son cadet et le serra contre lui.

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