[Background] L'exil des Kusakari

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Eternelle
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[Background] L'exil des Kusakari

Message par Eternelle » 04 août 2017, 18:34

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Village Kumo
Yanxia

Jour 1
Il y a environ un an...


Par-delà les montagnes au nord de Yanxia, alors que l’aube illuminait la région de ses premiers éclats et enveloppait le versant ouest d’un manteau cuivré, les tambours de guerre retentirent.
Les veilleurs de nuit n’eurent que quelques minutes pour annoncer la menace qui approchait, acheminant par un relai l’écho du signal jusqu’aux frontières du village Kumo. La quiétude matinale fut immédiatement remplacée par le heurt d’une réalité oppressante. Un vent de panique souffla, contraignant les habitants à se préparer précipitamment à la visite de leurs bourreaux. L’Empire arriverait bientôt.

Nichée au plus haut de la demeure familiale, sur un balcon qui surplombait le village, Kusakari no Mizuki scrutait l’horizon d’un regard à la fois triste et résigné. Face à l’agitation naissante en contre-bas, elle semblait garder un calme olympien. La fille aînée du daimyo ferma ensuite les yeux, méditant longuement.
Son apparence était soignée. Elle était vêtue d’un kimono blanc immaculé qui lui tombait jusqu’aux pieds et dont les quelques broderies étaient parsemées d’or. Le tout s’accessoirisait d’une parure sertie de rubis brillant d’un rouge intense, référence au blason des Kusakari. Ses longs cheveux blonds étaient impeccablement coiffés et tirés vers le haut pour former un chignon sophistiqué, tenu par deux larges épingles aux perles scintillantes.

Tandis que la jeune raenne méditait encore, seule face au grondement lointain de l’ennemi qui approchait, la porte coulissante de sa chambre s’ouvrit à la volée. La silhouette d’une domestique se dessina alors dans l’encadrement. Celle-ci pénétra dans la pièce à la hâte, l’air tout aussi paniqué que le reste du village.

- Mi…Mizuki-hime ! Bafouilla-t-elle. Kusakari-sama souhaite vous voir de toute urgence !

Mizuki rouvrit paisiblement les yeux, sa sagesse contrastant avec l’anxiété ambiante. Elle tourna la tête vers l’arrivante et acquiesça avant de sortir du balcon pour la suivre. Quittant l’endroit, les deux femmes marchèrent le long d’un couloir désert sans échanger le moindre mot. La démarche de Mizuki était bien plus légère que celle de sa suivante. Elle continuait de garder une expression monocorde pendant que l’autre marchait vite et paraissait plus crispée.
Arrivées devant la Grande Salle, toutes deux s’arrêtèrent un instant. La domestique sembla hésiter avant de finalement coulisser la porte pour laisser entrer sa princesse.

A l’intérieur, plusieurs personnes attendaient déjà. Une demi-douzaine de samouraïs se tenaient de part et d’autre du daimyo, le dos droit et l’air plus inflexible que jamais. Le suzerain, quant à lui, se surélevait de quelques marches et était agenouillé sur un coussin à même le sol, face à son fils Kintarou, héritier du clan. Il paraissait encore plus austère que ses bushis.
Le regard améthyste de Mizuki balaya la salle avant de s’attarder sur son frère aîné qui s’était tourné vers elle après son arrivée. Il avait l’air particulièrement courroucé et adressa à sa sœur un regard fataliste. Cette dernière s’avança donc jusqu’à lui, silencieuse, puis s’inclina respectueusement vers leur père, bien bas.

- Bien, vous voilà enfin tous les deux, commença le daimyo en s’adressant à ses enfants, le ton solennel. Nos sentinelles ont aperçu ce matin un régiment de soldats impériaux qui foule actuellement nos terres. Comme vous le savez déjà, la révolte des résistants domiens est un échec et le peuple yanxien doit désormais subir les conséquences d’une telle défaite. Bien que nous ne sachons pas encore quel dessein il nous est réservé, nul doute que l’ennemi qui sonne actuellement à nos portes vient avec une nouvelle politique d’asservissement. Les soldats seront là dans moins d’une heure…
- Nous les attendons de pied ferme ! Coupa Kintarou. Les résistants ont certes échoué mais les pertes impériales restent nombreuses. Nous pouvons encore repousser l’assaillant !

Le daimyo fronça les sourcils, désapprobateur. D’un simple regard, il fit taire son fils qui détourna les yeux en se résignant avec agacement.

- L’heure n’est plus à guerroyer. Votre cadet, Kyokai, se tient à la tête de ce régiment. Je compte l’accueillir comme mon fils et non comme un traître. Nous verrons à cet instant la nature de ses ambitions.

Le choc de cette révélation se traduisit par l’expression médusé que partagèrent simultanément Kintarou et Mizuki. Un lourd silence s’ensuivit alors. Tandis que la fille arborait une mine de plus en plus tourmentée, le fils, lui, s’attisait d’une haine farouche.

- Comment ?! S’indigna-t-il. C’est de la folie ! Laissez-le entrer et je trancherais moi-même la tête de ce traître !
- Cela suffit, Kintarou, dit Mizuki en prenant la parole pour la première fois, l’air à la fois sage et ferme. Les décisions du daimyo ne pourraient être raillées, il s’agit là de nos plus illustres traditions. De plus, Kyokai est notre frère et jusqu’à ce que les portes de l’Aube lui soient ouvertes, nous devrons le considérer comme tel. Nous n’avons pour le moment aucune certitude de ses intentions et je rappelle à tous que l’Empire n’a que trop souvent assujetti les domiens contre leur gré. Il faudra nous entretenir avec lui pour déceler ses réelles motivations…

Un nouveau silence s’imposa, moins pesant et plus admiratif cette fois. Le suzerain sembla s’adoucir une seconde en adressant un regard satisfait vers sa fille pendant que Kintarou hocha à peine la tête en signe de capitulation.

- A vrai dire je compte le recevoir seul, corrigea le daimyo. Je garde le profond espoir que mon fils n’ait point cédé à la corruption mais si tel est le cas, je ne peux vous faire encourir le moindre risque. Nous devons être préparés à toute éventualité. Ainsi, j’ai missionné Chikanori de vous escorter jusqu’aux terres de l’Est afin d’assurer votre sécurité. Vous partez immédiatement.

En entendant son nom, le samouraï qui se tenait à droite du daimyo s’inclina vers les deux héritiers pour se manifester. Mizuki lui répondit par un sourire aimable, rapidement remplacé par une mine plus sombre. Pendant ce temps, Kintarou s’avançait d’un pas pour protester.

- Vous m’insultez, père ! S’insurgea-t-il, oubliant vite les remontrances de sa cadette. Quel genre de bushi serais-je si je fuyais devant l’ennemi ? Cela va à l’encontre de nos principes !
- Silence, enfant impertinent ! Tu es l’héritier du clan, celui qui me succédera. Tu seras à ce village bien plus utile vivant que mort. Le pouvoir engendre son lot de sacrifices et il te faudra parfois partir comme un lâche pour revenir comme un héros. L’ordre est donné, que tu le veuilles ou non.

L’aîné grinça des dents. Il voulut rétorquer mais Mizuki l’en empêcha, faisant à son tour un pas en avant en fronçant les sourcils vers son frère.

- Pardonnez-moi, père, mais je crains qu’il nous faille décliner l’aide de l’honorable Chikanori, annonça-t-elle d’une voix douce et apaisante. Les kamis m’ont récemment soufflé la prophétie d’un funeste destin. Je n’ai su déceler précisément les murmures divins mais tout porte à croire qu’une tragédie touchera bientôt le clan. J’ai moi aussi l’espoir que mon cadet ne soit pas mêlé à toute cette affaire mais si, par malheur, nous nous trompions, je présage l’ombre d’une bataille. Il vous faudra alors être accompagné de vos meilleurs guerriers. Nos samouraïs seront, j’en suis persuadée, d’une plus grande efficacité ici. Je vous encourage donc à nous laisser partir seuls.

La jeune femme marqua un court silence. Elle tourna doucement la tête vers l’ensemble des bushis présents dans la pièce et accorda à chacun un sourire qui se voulait rassurant. Enfin, elle posa délicatement une main sur son cœur et poursuivit son monologue, l’air plus sage que jamais.

- Ces montagnes sont notre berceau depuis déjà plusieurs décennies, nous parviendrons à nous y frayer un chemin sans mal, je vous l’assure. Aussi, les talents martiaux de mon aîné ne sont plus à prouver et suffiront grandement à nous mener jusqu’aux steppes. Il est le général de votre armée, après tout…

Kintarou haussa les sourcils, visiblement étonné de recevoir un éloge dans ce flot d’hostilités, et accorda à sa sœur un sourire furtif. Le suzerain sembla partager cette fierté et se dérida à son tour.

- Ainsi la première fille se fait encore porteuse d’une sagesse salutaire, déclara ce dernier en honorant la raenne d’un hochement de tête quiet. Soit, j’ai entendu ta requête et j’y concède. Empruntez la Porte du Báihu, elle vous ramènera directement sur le versant Est. Lorsque vous serez parvenus aux steppes, rejoignez le Ralliement et attendez la venue d’un shinobi. Si celui-ci ne vient pas dans les huit jours, considérez que le village n’est plus. Partez, maintenant… Nous n’avons que trop perdu de temps.

Ces dernières paroles conclurent l’entretien et les deux enfants adressèrent une gracieuse révérence à leur père avant de s’éclipser, meurtris par ce qui ressemblait à des adieux pudiques.
En abandonnant Kumo, les aînés constatèrent que le calme était revenu. Les tambours de guerre ne grondaient plus, les rues étaient désertes et la tension environnante devint écrasante. Il n’y avait pas un bruit, pas même le sifflement d’une brise si ce n’est le croassement d’un corbeau qui survolait la place centrale du village. Mizuki leva la tête dans sa direction et fut prise d’un tout nouveau tourment…

La mort était là.

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Message par Eternelle » 05 août 2017, 20:23

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Versant Est
Steppes d'Azim

Jour 4
Tandis que le soleil mourrait à l’horizon, recouvrant les Steppes d’Azim d’un voile crépusculaire, une silhouette élancée se dessinait à contre-jour, trônant au sommet d’une falaise qui cachait derrière elle toute l’étendue de la région yanxienne.
L’ombre était svelte et élégante. Elle dansait avec légèreté face aux dernières lueurs du jour, ouvrant ses bras d’un geste aérien vers le ciel comme s’il s’agissait d’une prière faite dans une tradition pieuse et cérémoniale. Tout cela s’apparentait à ce qu’il semblait être un rituel aux motivations inconnues.

En s’approchant de plus près, il fut aisé de constater que la silhouette appartenait à Mizuki. La raenne, dont la finesse des traits révélait une beauté pure, était vêtue du même kimono blanc avec lequel elle s’était enfuit du village Kumo, trois jours auparavant. Il était désormais partiellement déchiré et taché de sang. Son visage était poussiéreux et égratigné par endroit, annonçant allégrement le résultat d’une épopée aussi pénible que dangereuse. Cependant, bien qu’elle semblait épuisée, la jeune femme gardait un air doux et apaisé. Alors qu’elle dansait toujours, ses yeux restaient clos. Elle méditait.

Soudain, un bruit la fit sursauter. Elle rouvrit les yeux et interrompit son rite, tournant la tête par-dessus son épaule. L’aoranne porta d’abord son regard sur la carcasse d’un Muu shuwuu puis releva les yeux vers Kintarou, son aîné, qui se tenait juste derrière. D’un air sage et serein, elle avisa d’un simple coup d’œil la plaie ensanglantée que ce dernier s’était faite près de l’arcade sourcilière puis s’approcha de lui.

- Saleté de volatile ! Grommela l’imposant mâle en s’asseyant lourdement sur le sol, près du cadavre de sa proie. Je ne vais pas regretter de le manger ce soir, celui-là !

Mizuki resta silencieuse un moment. Elle déchira le bas de son kimono sans la moindre hésitation, attrapa une gourde à sa portée et imbiba d’eau le morceau de tissu. Elle s’agenouilla ensuite près du chasseur et lui sourit avec une tendresse maternelle. Tapotant délicatement autour de la blessure, la sœur se contenta d’écouter le frère pester en prenant soin de ne pas laisser la plaie s’infecter. Une fois le sang nettoyé, elle déposa doucement sa main sur l’œil de son aîné, faisant jaillir une faible lueur purificatrice. Celui-ci se tût alors, lui accordant simplement un sourire reconnaissant.

- Nous pouvons certainement nous satisfaire des baies durant un temps, dit-elle enfin. Ce versant de la montagne abrite bien plus de prédateurs que nous ne l’aurions imaginé… Et aucun gibier ici ne mériterait que nous héritions d’un daimyo borgne.

Le frère et la sœur échangèrent un nouveau sourire affectueux. La déchirure d’avoir abandonné leur clan et leur interminable périple au sein des montagnes yanxiennes les avaient indéniablement rapprochés. Ils étaient désormais livrés à eux-mêmes, évitant à chaque instant un autre danger qui venait ébranler le répit éphémère qu’ils s’octroyaient. Si bien qu’ils dormaient peu.
Un silence s’installa pendant que la jeune femme analysa d’un œil expert la plaie qui venait de laisser place à une superbe cicatrice. Kintarou, lui, la regardait faire d’un air pensif.

- Akito est le plus fougueux. Mayu, elle, est une fleur délicate. Kyokai, aussi corrompu soit-il, est le plus ambitieux… Mais de tous, c’est bien toi la plus gentille. Plus qu’une parfaite épouse, tu ferais sans doute une excellente mère. C’est un sentiment qui ne t’a jamais quitté… Comme si cela durait depuis une éternité déjà.

Une seconde passa sans que la cadette ne réagisse. Elle continuait d’essuyer le front de son aîné à l’aide de ses propres guenilles, voilant son visage d’un air mélancolique. Voyant la tristesse qu’il venait d’infliger à sa sœur, le raen tenta de rebondir sur un sujet plus sérieux.

- Il va nous falloir trouver de nouveaux noms si nous voulons rester discrets. Voilà, j’ai trouvé ! Eien ! Nous t’appellerons Eien, l’éternelle bonté…
Dernière modification par Eternelle le 25 août 2017, 16:43, modifié 1 fois.

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Message par Eternelle » 07 août 2017, 13:19

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Versant Est
Steppes d'Azim

Jour 5
Une journée passa depuis que Kintarou s’était faite cette superbe cicatrice à l’œil gauche. Le versant Est qui reliait le village Kumo aux Steppes d’Azim était le plus sinueux. Il fallait bien une semaine pour atteindre le pied de la montagne et cela en marchant à une allure raisonnablement rapide. La liste de prédateurs s’allongeant toujours davantage, l’épopée des Kusakari devenait pour le moins pénible. Le danger rodait à chaque détour, derrière chaque rocher.

L’équipe que constituaient Kintarou et Mizuki (récemment renommée Eien) semblait complémentaire, comme deux parties d’un Tout devenant entier une fois la collaboration établie. Il était aussi fort qu’elle était pieuse. Il était la guerre, elle était la foi.
Bien que la fierté de l’aîné le poussa à faire bonne figure, il fut facile de deviner à quel point cet exil l’épuisait. Faisant rempart entre les bêtes sauvages et sa cadette, il voyait son nombre de cicatrices croître de manière alarmante. Eien, elle, se faisait plus impassible. Elle gardait la tête haute, l’air princier, et prenait le temps de soigner son frère après chaque combat en priant la bienveillance des kamis qui lui était, heureusement, toujours accordée.

Lorsque le cinquième jour de marche arriva, les deux héritiers foulèrent un sentier étroit qui surplombait une vaste pente fleurie. L’endroit avait quelque chose de magique, d’irréel, tel une oasis au beau milieu d’un désert aride. Les côtes de ce versant étaient plutôt rocailleuses et enveloppaient d’un voile poussiéreux le sol infertile. Toutefois, cette étendue champêtre se tenait bel et bien devant leurs yeux. Son manteau était d’un rouge pâle, presque rosé, et se composait d’un seul type de fleurs : des Pensées.
Le visage d’Eien s’illumina devant cette vue. Elle émit un grand «Oh !» surpris et se détourna du chemin pour s’en approcher. Kintarou fronça légèrement les sourcils, visiblement contrarié de voir son itinéraire modifié, mais ravala tout commentaire en voyant la mine enjouée de sa sœur. Il la suivit donc à une distance passablement éloignée d’elle afin de lui laisser l’espace nécessaire pour se remémorer des souvenirs qui, il le savait déjà, la rendrait mélancolique.

- Ce sont les mêmes Pensées que nous avons par-delà la Porte du Nán, dit-elle en scrutant le champ aux nuances rougeâtres, un léger sourire rêveur figé aux lèvres. Ce sont les seules fleurs qui parviennent à pousser sur le versant Ouest et elles n’y restent jamais longtemps…

L’imposant raen resta silencieux. Entant que bushi du clan, il avait déjà été amené à parcourir ce flanc de la montagne et ne semblait pas surpris d’en voir. Au contraire même, il resta de marbre et croisa les bras en attendant qu’Eien termine son recueillement. Cette dernière se baissa doucement pour cueillir un bourgeon à peine éclos, le portant jusqu’à son visage avec une délicatesse infinie. Elle en sentit le parfum et ferma les yeux, se ternissant d’une sombre tristesse.

- Te souviens-tu de ce fameux printemps où Mayu était restée alitée durant toute la période de son anniversaire ? Poursuivit-elle sans attendre la moindre réaction de son aîné, comme si elle se parlait davantage à elle-même. Il s’agissait du printemps le plus froid recensé en vingt ans. La qualité du riz était médiocre et le manque de ressources provoqué par l’hiver nous força à piocher dans les maigres économies du village. Pas un bourgeon n’avait éclos, par ailleurs. Et certainement pas sur le versant Ouest ! Nous étions si jeunes à l’époque et Mayu n’était qu’une enfant. Les souvenirs me sont limpides.

Eien marqua un silence. Ses deux mains jointes, tenant la fleur, vinrent se déposer sur son cœur tandis qu’elle la contemplait. Elle arbora un air à la fois doux, tendre et résigné.

- Je me souviens être allée prier près des champs de Pensées, alors que le sol y était desséché. Tous les jours durant une semaine, j’ai imploré le Père pour qu’il ne me prenne pas ma sœur. Au dernier crépuscule de ce rituel, tandis que je désespérais, les Sept kamis des vents d’hiver se sont manifestés. Ils me soufflèrent que, si ma cadette survivait à ce printemps, elle connaîtrait la guerre, la souffrance et le sang. Ils me demandèrent si cela était réellement ce que je souhaitais pour une fille si frêle…
- Et qu’as-tu répondu ? Interrogea Kintarou, qui semblait s’être adoucit.

La jeune femme décrocha enfin ses yeux de la fleur et se tourna doucement vers son frère, la mine paisible.

- J’ai répondu oui sans hésiter car je savais déjà qu’elle gagnerait chaque bataille.

Les deux Kusakari échangèrent un sourire affectueux. L’homme glissa une main sur l’épaule de sa sœur, la guidant calmement jusqu’au sentier, avant qu’ils ne poursuivent leur route jusqu’au pied de la montagne. Eien adressa un dernier regard derrière elle, pensive.

«Le lendemain, une Pensée fleurit timidement sur le versant Ouest, annonçant la fin des vents givrés. Seule face à l’étendue désertique, elle ressemblait à une survivante. Depuis j’y prie à chaque printemps, attendant l’arrivée de la première Fleur du Versant.»

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Re: [Background] L'exil des Kusakari

Message par Eternelle » 25 août 2017, 17:26

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Mer de fanes
Steppes d'Azim

Jour 12
Les jours et les nuits se succédèrent rapidement dans un flot de détresse grandissante. Eien et Kintarou étaient non seulement parvenus à atteindre le pied du versant Est mais ils avaient en plus traversés la Retraite de Nhaama dans sa longueur jusqu’aux portes du Ralliement.
Conformément au plan établi par leur père, le daimyo Kusakari, les héritiers du clan attendirent le huitième jour dans l’espoir de voir apparaitre un shinobi qui les libérerait de leur tourment. Hélas, personne ne vint. Le poids écrasant de la réalité se révéla alors : Kumo était aux mains du traitre Kyokai.

Officiellement seul et sans ressources, le duo erra dans les plaines en tentant de survivre aux peuples qu’il avait si longtemps combattu. Le frère et la sœur avaient considérablement maigris et déambulaient en plein cœur des steppes, le pas las et les yeux cernés. Kintarou engageait la marche, le regard perçant l’horizon avec gravité, à l’affût de la moindre menace. Eien, quant à elle, restait dans l’ombre de son aîné et arborait un air quiet. La morosité des évènements leur avait fait garder le silence depuis des heures. Ils parcouraient la Mer de fanes sans échanger un mot, quand soudain…

- Kintarou !

La fille Kusakari arrêta son frère en le tirant doucement par le bras. Elle désigna de son regard subitement soucieux la direction d’un ruisseau qui jalonnait leur gauche, un peu plus loin, incitant le raen à suivre l’endroit désigné.
Aux abords du cours d’eau, un xaela gisait, inconscient. Alors que Kintarou s’apprêtait à contester l’idée de sa cadette (qu’il avait bien évidemment deviné), cette dernière le contourna sans se préoccuper le moins du monde de son air désapprobateur. Elle se hâta vers le corps inanimé, suivie de près par son aîné qui garda une mine refrognée. L’héritier Kusakari inspecta d’abord la dépouille en maintenant une certaine distance puis ploya ensuite le genou devant elle pour analyser les quelques signes distinctifs permettant d’identifier l’individu. C’était un jeune homme à peine adulte à l’abdomen parsemé de plaies ensanglantées. Eien resta en arrière, debout, reprenant un silence méditatif.

- C’est un Jhungid, déclara Kintarou d’un œil expert.
- Cela expliquerait ainsi la nature d’une telle énergie, répondit la miko en fermant les yeux. Je ressens l’aura d’une rivalité. Elle me parait si dense qu’elle en serait presque palpable. Les Kharlu, peut-être ?
- Certainement. Quoi qu’il en soit, cet homme a eu de la chance : les entailles sont peu profondes. Il est vivant. Tout porte à croire que ses assaillants manquaient d’expérience… Il est même fort probable qu’il s’agisse d’adolescents. Les querelles entre les tribus xaelas se lèguent au plus jeune âge, si bien qu’il est fréquent de voir les enfants se battre pour l’honneur de leurs parents. Ceux-là ont surement voulu flatter leur égo en prenant d’assaut un pèlerin désarmé.
- Nous ne pouvons l’abandonner à son sort. Il mourra avant la tombée de la nuit si nous ne faisons rien.

Kintarou fronça les sourcils. Il se releva calmement et passa devant sa sœur pour reprendre leur route, délaissant le Jhungid sans une once de culpabilité.

- Le destin des xaelas ne nous importe guère, dit-il avec dureté. Les traditions de notre clan reposent sur la lutte qui nous oppose à eux. Aider ce garçon ne nous sera pas salutaire. De plus, nous avons à peine de quoi nous sustenter. Nourrir une bouche de plus serait déraisonnable, si ce n’est suicidaire. Sans parler du fait qu’il est déjà mal en point… Si nous le transportons, il mourra en nous aillant épuisé.

Eien laissa son aîné marcher seul vers le sentier. L’air contrarié, elle lui tourna le dos et s’agenouilla auprès du blessé pour panser, à l’aide de bandes achetées précédemment au Ralliement, les balafres les plus superficielles. D’un geste agile et assuré, elle déposa délicatement ses mains sur les lésions les plus infectées avant de murmurer une incantation qui fit jaillir une lumière bleutée de ses paumes, délivrant une aura purificatrice. Kintarou, qui s’était déjà éloigné de quelques pas, réalisa la manœuvre de sa sœur et se retourna brusquement en grondant.

- Mizuki !
- L’égoïsme fait-il partie des sept grandes vertus du bushido ? Rétorqua la raenne, concentrée à soigner le Jhungid. Je t’ai connu plus honorable, mon frère.

L’héritier grogna son mécontentement puis revint auprès des deux autres, le visage partagé entre l’agacement et la résignation. Il interrompit le rituel de guérison qu’Eien avait entrepris et se baissa pour porter le xaela.

- Tu t’occuperas de le nourrir, conclut Kintarou d’un ton aussi froid qu’implacable en regagnant le sentier. Nous ne chasserons pas plus que nécessaire et il devra se contenter des portions que l’on lui cédera. S’il ne succombe pas à ses blessures, alors là il aura gagné mon respect. Retournons au dernier campement, les braises doivent encore être tièdes.

Eien acquiesça en silence, d’un hochement de tête léger et élégant. Elle se releva à son tour et joignit ses pas à ceux de son frère, arborant une mine apaisée. Les Kusakari s’éloignèrent enfin, transportant ce qui sera l’outil de leur salut ou, peut-être, de leur fin.

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Re: [Background] L'exil des Kusakari

Message par Eternelle » 18 oct. 2017, 01:06

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Ralliement
Steppes d'Azim

Jour 18
Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis que les héritiers Kusakari avaient trouvés le corps inanimé du jeune Jhungid. Pas un soleil ne s’éteignait depuis lors sans qu’Eien fasse le plein de provisions au Ralliement. Bandages, denrées alimentaires et remèdes en tout genre... Rien ne fut laissé au hasard. La raenne se montrait particulièrement dévouée au rétablissement de son patient.

Un nouvel après-midi passa. Eien abandonna Kintarou et quitta leur campement précaire en direction du marché. L’aîné commençait seulement à accepter l’idée qu’elle sorte seule. Leurs nombreux déplacements (jusqu’ici dénués de toute menace xaela) cédèrent au frère la possibilité que sa sœur puisse vaquer à ses occupations sans être perpétuellement chaperonnée. Ainsi, la jeune femme put enfin prendre la route. Le sentier, qu’elle foulait depuis près d’une semaine, lui semblait désormais si familier que la perspective du danger diminua jusqu’à disparaître. D’un pas quiet et aérien, la princesse suivit l’écho d’une cohue lointaine jusqu’à arriver aux portes du Ralliement.
Les étals grouillaient de trésors plus ou moins précieux. Des bibelots, de la viande, des tapisseries… Qu’importe ce que les marchands vendaient, ils en criaient toujours les louanges. La foule allait et venait au gré des négociations et de diverses conversations qui créaient un brouhaha festif. Du moins, Eien préféra le percevoir ainsi. Elle déambula le long des allées en portant un intérêt particulier aux nouveautés qui manquaient la veille. Ses cornes blanches, au centre de toutes les autres noires, dénotaient quelques peu. Toutefois, comme la majorité des xaelas présents, elle ne s’en préoccupait pas. La situation, aussi risquée puisse-t-elle paraître, resta une simple promenade de routine aux yeux améthyste de la jeune femme.

Eien s’arrêta enfin devant un étal verdoyant. Des gousses, des bourgeons et des rameaux étaient ficelés en bouquets sur la table et le long des armatures du stand. Le marchand ressemblait à un herboriste ambulant. La raenne s’en approcha et le salua d’une révérence élégante. Elle désigna les tubercules de Kudzu et chercha la monnaie dans sa poche.

- 30 gils, annonça le marchand sans une once d’amabilité.
- 30 ?! S’étonna Eien, non sans retenue pour ne pas froisser son interlocuteur. Il me semble pourtant qu’ils en valaient quinze hier…
- Les affaires sont les affaires, ma jeune dame. La concurrence est rude.

Cachant son désappointement, la raenne fouilla plus profondément dans ses poches. Elle en sortit quelques pièces qu’elle compta dans sa main face à la mine impatiente du vendeur.

- Je suis navrée, il m’en manque dix… Déclara-t-elle, le visage devenant peu à peu fataliste.
- Pas d’argent, pas de Kudzu, conclut catégoriquement l’autre.
- Je…
- Je vais payer, dit une voix derrière Eien.

La princesse sursauta. En se tournant, elle distingua la silhouette élancée d’un raen aux cheveux noirs. Il avait le regard mordoré et l’air tout aussi peu commode que le marchand. Il s’inclina devant la jeune femme et jeta habilement sur le comptoir la somme demandée. L’herboriste grommela et tendit les racines à Eien.

- Que votre générosité soit mille fois remerciée, gratifia la Kusakari d’un sourire reconnaissant à l’inconnu tandis que tous deux s’éloignèrent de l’étal. J’avais vraiment besoin de ces tubercules.
- Ce n’est rien, rétorqua l’homme en gardant une certaine impassibilité. La plupart des commerçants ici varient leurs prix en fonction du client. Je n’ai simplement pas trouvé cela juste.

La discussion dura plusieurs minutes et, sans qu’ils ne le réalisent, les deux étrangers s’étaient tenus compagnie, flânant tranquillement jusqu’aux portes du marché. L’homme vêtu de bleu observa l’horizon un instant, pensif, avant de reporter son regard sur Eien.

- Je vous ai déjà aperçu hier et avant-hier aussi… Révéla le raen. Dans l’optique d’une prochaine rencontre, permettez-moi de me présenter…
- Vous êtes Umiken no Masamune, coupa la jeune femme d’un air assuré. Bien que vous portiez l’écusson de votre clan sur la poitrine et que vos vêtements arborent le bleu de l’océan, ce n’est point cela qui vous a dénoncé.

Ledit Masamune resta une seconde bouche bée. Son silence trahissait sa stupeur. Instinctivement, il baissa la tête et regarda le fourreau de son arme. La fille Kusakari sourit face à la mine déconcertée du guerrier Umiken, manifestant une pointe d’amusement qu’elle contint rapidement. C’était la première fois depuis leur rencontre que ce dernier changeait d’expression.

- Votre katana ne serait point aussi bavard sans le kami qui le possède, poursuivit Eien, le ton à la fois doux et empreint de sagesse. Je perçois ses murmures, si bien qu’il m’aura fallu moins d’une minute pour comprendre qu’il faisait votre éloge.
- Je vois qu’on ne peut rien vous cacher, répondit Masamune en tentant de reprendre un air plus détaché. Peut-être aurais-je le droit de connaitre votre nom en retour ?

L’hésitation d’Eien fut imperceptible. La sympathie que lui inspirait son interlocuteur l’incita à dévoiler sa véritable identité. Hélas, elle n’en fit rien.

- Vous m’avez aperçu hier et avant-hier aussi… Vous me verrez alors certainement demain. Pour l’heure, je dois prendre congés. Merci encore pour le Kudzu !

La jeune femme hocha légèrement la tête en guise d’au revoir. Son air aurait pu être espiègle s’il n’était pas aussi contenu. Elle sourit une dernière fois à Masamune avant de s’éloigner, foulant le sentier qu’elle avait emprunté pour venir. L’homme resta muet en la regardant partir. Tandis qu’il fixait le dos d’Eien, une pensée le décrispa. Il savait qu’il la reverrait mais ignorait encore que, d’ici quelques jours, il serait amoureux d’elle.

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Eternelle
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Re: [Background] L'exil des Kusakari

Message par Eternelle » 29 janv. 2018, 21:29

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Ralliement
Steppes d'Azim

Jour 62
Une brise automnale s’éveilla et balaya avec elle le temps qui passe avant de finalement s’évanouir. La saison froide débuta, enveloppant les Steppes d’un voile givré.
Cela faisait déjà quelques semaines que les aînés Kusakari logeaient chez les Jhungid. Eien, qui avait précédemment sauvé un jeune xaela d’une mort certaine, s’était attiré les bonnes grâces de la tribu jusqu’à s’en faire accepter comme membre. Echappant ainsi à la famine et à l’errance, les raens honorèrent leurs hôtes en contribuant à leur bien-être. Kintaro chassa et combattit aux côtés des guerriers tandis qu’Eien s’afféra aux tâches domestiques avec les autres femmes. Chacun remplissant son rôle avec ferveur, nul ombre ne vint jusqu’alors obscurcir cette paix retrouvée.

Durant une après-midi particulièrement fraiche, la princesse Kusakari partit en courses avec quelques autres femmes. Vêtue d’un épais manteau gris qui lui tombait jusqu’aux pieds, Eien franchie les portes du Ralliement avec quiétude. Elle ne connaissait que trop bien cet endroit. Un frisson lui parcouru le dos avant qu’elle ne relève son large col en fourrure pour s’y emmitoufler. D’une démarche aussi élégante qu’assurée, la belle s’avança à travers les étals dans l’ombre de Oyunchimeg, fille du Khan.
Les affaires furent fructueuses. Oyunchimeg était vraisemblablement plus inflexible qu’Eien (qui avait tendance à tout payer trop cher), si bien qu’aucun marchand ne tenta la moindre fourberie. Les paniers pleins et la bourse riche des économies faites, le groupe de Jhungid ne tarda pas à prendre le chemin du retour. La Kusakari, fascinée par à peu près tout ce que son regard améthyste croisait, ralentit inconsciemment sa marche. Elle se laissa distancer jusqu’à se retrouver seule, admirant d’un air pensif la diversité des produits entreposés.

- Toi, là, jeune fille ! Oui, toi ! Viens un peu par ici…

Eien fut tirée de ses rêveries en sentant qu’on l’appelait. Elle tourna machinalement la tête vers l’origine du son et porta son attention sur une vieille femme à l’allure décrépie. Assise derrière une table en bois usé recouverte d’une nappe cache-misère, son stand était de loin le plus miteux. Il n’y avait, pour tout dire, qu’une table et deux tabourets surplombés par un vieux drap mauve qui ne tenait debout que grâce à quatre piètres pieds rouillés. Seules quelques jarres fermées laissaient entrevoir ce que la marchande vendait. Cette dernière, quant à elle, ne portait la couleur d’aucune tribu. Son expression restait amicale, quoi que légèrement loufoque.

- Allons, ne sois pas timide ! Poursuivit la vieillarde, interpellant Eien avec plus d’insistance une fois qu’elle parvint à capter son intérêt. Ça te plairait de connaitre ton avenir ? Je t’offre cette séance.

La princesse hésita un instant. D’ordinaire si religieuse, celle-ci resta perplexe quant aux probabilités que le hasard vise juste, elle qui a l’habitude de ne croire que la vérité murmurée par les kamis. Toutefois, munie d’une curiosité doublée d’une certaine ouverture d’esprit, elle approcha.

- Assieds-toi, continua la femme en sortant d’un bocal quatre osselets devant Eien tandis que celle-ci prenait place.

Les yeux brillants de la raen balayèrent l’ensemble des os partiellement peints déposés sur la table. Elle resta silencieuse, circonspecte, en zieutant la scène comme si un éléphant s’apprêtait à bondir de sous leurs pieds. La vieille xaela devint plus sérieuse et se concentra en prenant les osselets entre ses paumes. Elle inspira profondément, ferma les yeux, et secoua ses mains plusieurs fois avant de jeter les ossements sur la table, à la manière de dés. Elle scruta le résultat, l’air mystique et méditatif.

- Hm, je vois… Dit la diseuse de bonne aventure, en s’attardant sur les os. Le cheval me parle d’un mariage suivit du mouton qui dévoile une grossesse. Tu épouseras un seigneur aux yeux d’or qui traversera océans et montagnes pour te retrouver. A ce bonheur tu ajouteras un fils unique, l’héritier qui portera son nom…

La vieille femme détourna son attention de la table pour oppresser Eien d’une mine plus grave. Elle plongea son regard dans celui de la princesse, comme pour la sonder. Le silence ne s’installa qu’une seconde mais parut durer des heures. Toute sympathie s’était échappée, ne laissant à la voyante qu’un air fataliste.

- Cependant, tu ne verras pas cet enfant grandir car, bien que ta mort jamais ne vienne, ton repos sera éternel. Mais ça, tu le sais déjà, n’est-ce pas ?

Eien étouffa un hoquet surpris et posa une main sur son cœur qui trahit son tourment. Elle fronça légèrement les sourcils et baissa ses yeux pour les laisser se perdre dans le vide, perturbée. Enfin, elle redressa la tête vers la vieillarde, la fixant avec désapprobation.

- N’écoutes pas cette vieille folle, retentit une voix derrière Eien pendant qu’elle se relevait.

Oyunchimeg réapparut, accompagnée des autres femmes. Elle avait l’air dur et semblait mécontente. La jeune fille s’avança ensuite de quelques pas pour se tenir à la droite de la raen, dévisageant la marchande et ses osselets.

- Tu n’as pas à la croire, reprit-elle. Une fois rentrés, si ton destin te préoccupe toujours, nous demanderons leur avis à nos chamans.
- Nous ne demanderons rien à personne, trancha Eien, plus fermement. Il est préférable que nous oubliions cette histoire afin de ne point semer plus de discorde.

La Kusakari et la Jhungid soutinrent le regard l’une de l’autre avec une certaine intensité avant que la dernière acquiesce finalement. Eien se retourna vers la voyante et sortit quelques gils de sa bourse qu’elle déposa délicatement sur un coin de la table.

- Tenez, pour votre temps.

La princesse fit volte-face et laissa Oyunchimeg engager le départ. Les xaelas s’éloignèrent donc, suivis par une Eien troublée. Elle accorda un dernier coup d’œil à la veille femme qui la fixait toujours d’une mine sombre, par-dessus son épaule, puis disparut de son champ de vision.

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