[Background-Journal] Torikage no Yamiko

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Babd
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[Background-Journal] Torikage no Yamiko

Message par Babd » 28 déc. 2017, 16:52

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Vent sur les steppes
Pluie d'été à Doma
Entre deux mondes.
Ni d’ici, ni d’ailleurs et de partout à la fois. J’appartiens à la terre toute entière. Je suis née sur ces steppes que j’aime plus que tout mais je ne leur appartiens pas pour autant. Pas complètement. Je suis la fille à la croisée de deux mondes, de deux routes qui se croisèrent de la manière la plus improbable qui soit.

Ni Xaela, ni Raenne, je suis pourtant autant l’une que l’autre. Le sang des deux ethnies coule dans mes veines, plein d’assurance. Le poids des traditions pèse doublement sur mes frêles épaules. Parfois, il pèse plus lourdement. Parfois, il me libère. Parfois, je voudrais ne jamais avoir été. Parfois, je suis fière de mon héritage et je savoure chaque instant de cette vie magnifique qui s’offre à moi.

Mes cousins xaelas me nomment Khalan, ce fut le nom choisi par ma mère. Mon père lui me nommait autrement. Sur les ruines fumantes de mon histoire passée, j’ai longuement hésité à prendre un nouveau prénom, mais je ne suis pas parvenue à décider quelle origine l’emporterait. Alors j’ai gardé les deux, me présentant la plupart du temps comme "Khalan". Les gens voient une Xaela, ils attendent un prénom xaela et c’est exactement ce que je leur donne. Quelque chose de prévisible à leur vision.

Pour le reste, les longues années d’entraînement sous la houlette de mon père ont laissé des marques indélébiles et je crois bien me comporter comme une humaine de Doma en fin de compte, même s’il m’a toujours été impossible de pouvoir vérifier cela, n’ayant jamais été là bas. Mais je suis également une fille de la steppe. Je brandis la hache à deux mains comme une guerrière de mon clan. Je prie la Mère du Crépuscule avec ferveur. J’ai su monter à cheval avant de marcher. Je me rappelle les rituels du chamane. Les chants, les défis et les fêtes autour des feux dans le cercle de tentes.

Ni de ce monde, ni de l’autre. Autant de ce monde que de l’autre. Je suis le fruit de deux êtres qui ont choisi d’ignorer la couleur de leurs écailles et de s’unir un jour là bas, dans un univers qui n’existe plus, réduit en cendres dans le feu de la conquête.
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Re: [Background-Journal] Torikage no Yamiko

Message par Babd » 02 janv. 2018, 19:35

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Ombres à l'orée du jour
Oeil vif scrutant les ténèbres.
Un faucon veille.
Il était tôt mais déjà le campement s’affairait, accaparé par les nombreuses tâches quotidiennes à effectuer. Indifférent à tout ce qui l’entourait, un jeune guerrier traversa le cercle de tentes en courant, bousculant les gardes à l’entrée pour pénétrer dans la tente du khan. Des bruits de voix vite étouffés se firent entendre et, quelques minutes plus tard, plusieurs xaelas convergeaient vers la tente centrale. Le Conseil se rassemblait. 

Tannant une peau, Bayan, morose, observait les allées et venues. Elle était encore bien trop jeune et inexpérimentée pour faire partie du Conseil. Mais que celui-ci se rassemble aussi brusquement n’augurait rien de bon. Mettant de côté la peau sur laquelle elle travaillait, son regard s'égara sur la lourde hache à deux mains posée à portée de mains, non loin. Une arme de guerre lourde et peu maniable avec laquelle il était impossible de chasser mais qui était devenu au fil des ans un instrument de maîtrise redoutable entre ses mains fines. Bayan était une Ao Ra minuscule mais celui qui l'aurait souligné de manière un peu trop ouverte se serait immédiatement vu donner une leçon dans le cercle de lutte. Si elle paraissait fragile et vulnérable, la guerrière était extrêmement agile et vive et de plus dotée d'un caractère épouvantable qui faisait baisser les yeux de la plupart, ne voulant pas s'attirer les foudres de la fille du Khan Vashir.
Pour l'heure, elle aurait donné beaucoup pour pouvoir suivre les conversations qui se déroulaient sous la plus grande tente du campement. La nuit venue, tandis que les jeunes guerriers allumaient les centaines de petites lanternes illuminant la vallée minuscule dans laquelle vivait le clan, le cœur n'était pas aux discussions et aux taquineries habituelles. Tous retenaient leurs souffles, dans l'attente. Bayan ne pouvait empêcher son regard de se tourner vers le seuil de la tente du Khan, attendant avec une certaine impatience mêlée d'appréhension que surgisse la haute silhouette de son père.

La nuit était bien avancée quand enfin le Khan Vashir entra dans le cercle, la mine sévère. Il parla longtemps et tandis que ses mots s'écoulaient avec force pour se faire entendre, le cœur de Bayan se mit à battre plus vite. En retrait, l'Udgan, Temur, écoutait en silence, sa seule présence suffisant à valider la force et le sérieux des propos du khan. A la fin de son discours, l'ensemble de la communauté - on pouvait à peine parler de clan la concernant - se mit à pousser de grands cris pour se donner du courage pour les actes à venir. Des cris aigus de rapace leur répondirent en choeur.

La guerre était aux portes du clan Shonhor. Le Faucon et son œil acéré partait en chasse.
***
De ma mère Bayan, j'ai hérité la petite taille et l'apparence frêle mais aussi sa vivacité et son agilité. Lorsque je fus en âge, elle insista pour m'apprendre à manier la lourde hache à deux mains qui avait fait d'elle une guerrière accomplie au sein de notre clan. Je ne pus jamais aller au-delà des bases, ne me révélant pas du tout à mon aise avec cette philosophie martiale et la longue portée de l'arme. J'étais bien plus dans mon élément à la lutte. Je compensais mon manque de force par mon agilité et un évident manque de constitution par la ruse et l'endurance. Je savais mener mon adversaire à l'épuisement, échappant sans cesse à ses tentatives de prise tel un poisson glissant entre les mains du pêcheur. Ainsi que Bayan me le révèla, notre petite stature était loin d'être un handicap et ce fut elle qui m'enseigna justement à en faire une force tout en laissant les adversaires ne me connaissant pas se moquer de moi et me sous-estimer.

C'est auprès de Bayan que j'appris mes premières feintes, ruses et surtout à jouer avec mon environnement, taisant mes réelles capacités pour laisser les autres se faire leur propre interprétation de ce qu'ils voyaient.

En un sens, ma mère ouvrit la porte du monde des illusions, de la tromperie et des faux semblants.
Dernière modification par Babd le 13 août 2018, 11:44, modifié 3 fois.
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Message par Babd » 03 janv. 2018, 12:57

Rouleaux en cendres
Le printemps est passé
Deux regards croisés.

Niché dans une vallée encaissée peu après la frontière, le monastère dépassait à peine de la futaie des arbres, ne révélant sa position qu'à ceux qui connaissaient l'endroit ou aux persévérants qui auraient souhaité s'écarter de la route pour venir se perdre dans un cul de sac. C'était un bâtiment solide, entouré de fortifications, semblant peu propice à première vue à l'ascétisme et à la méditation. Au coeur de cet écrin de pierre néanmoins s'élançait une magnifique pagode de bois sur trois étages, reposant sur un socle de galets, artistiquement décorée de sculptures dorées représentant des animaux mythologiques et autres créatures fantastiques. L'ensemble, mélange de force et de finesse était étonnant et Bayan, contemplant un édifice pour la première fois, ne pouvait s'empêcher d'être saisie par sa beauté, même si pour l'heure, il n'était pas temps à se perdre en contemplation et réflexion.

Dans le ciel, Tsaxan, son faucon, décrivait des cercles concentriques. A l'instar des chevaux avec qui ils entretenaient des relations privilégiés, le clan Shonhor développait également l'art de la fauconnerie, dressant des rapaces -faucons principalement mais aussi quelques aigles royaux qui faisaient leur fierté- pour la chasse mais aussi pour la guerre, ceux-ci leur servant d'éclaireurs grâce à leur vision du ciel.

Depuis longtemps, les sens des guerriers xaelas avaient détecté les traces de corruption qui alourdissaient l'air et troublaient leurs perceptions. Autrefois, il y a de cela plusieurs générations, quelques membres du clan Mol avaient fait un étrange serment les liant à l'édification de ce monastère, leur faisant renoncer renoncer à la vie nomade. Ils s'étaient ensuite installés dans une vallée, le pendant de celle du bâtiment qu'occupaient les moines. Jusqu'à présent, les secrets du clan avaient été bien gardés, et, pour illustrer leur choix, ils avaient pris le nom de "tribu Shonhor" ou "clan du Faucon", bien que l'information soit peu connue au sein même des autres clans xaelas. Sous l'égide des khans qui s'étaient succédés, les priorités avaient peu à peu changé: il n'était plus question de défier les autres clans de la steppe, ni de prospérer. L'unique tâche du clan avait été défendre leur terre, "la vallée des Esprits", un endroit qui peu à peu était devenue une terre de légendes et de malédictions, "une terre impure où les ombres s'accrochent à vous et où les esprits hurlent leur désir de sang". Leurs regards s'étaient figés, tandis que les guerriers se préparaient sans cesse et sans relâche pour un affrontement final qui ne venait jamais, scrutant les ténèbres, les combattant souvent, affûtant leurs esprits à cette lutte qui ne semblait avoir aucune fin.

Dans la première cour intérieure,les cadavres les mirent définitivement en alerte. Les portes de la pagode centrale étaient grandes ouvertes comme si les occupants se préparaient à recevoir amicalement une quelconque délégation. Sur les marches, un filet de sang carmin finissait tranquillement de s'écouler. A part le souffle d'une légère brise, un profond silence régnait en ces lieux, un silence terrifiant, prémices de tragédie et de mort. Les ordres du Khan avaient été clairs: il fallait coûte que coûte porter assistance aux moines vivant ici, les mettre à l'abri si la corruption ne les avait pas rendue fous ou bien les détruire dans le cas contraire. Mais les guerriers du faucon ne savaient même pas contre quoi ils devaient combattre: aucun ennemi n'était là pour les défier. Il n'y avait que le sang, les cadavres et le silence. Il n'y avait rien à affronter, rien à défendre.

Une silhouette apparut en haut des marches. Un moine raen, à la haute et fine stature, regardait la cohorte s'avancer prudente. Il restait parfaitement immobile, le visage inexpressif tandis que les guerriers lentement l'encerclaient. "Vous devriez quitter cette endroit" annonça t-il d'une voix douce et tranquille, fixant Bayan de ses yeux clairs. "Mettez le moine en sécurité!" aboya la guerrière, sans prendre en considération les paroles de l'apparition.Toujours d'une voix tranquille, celui-ci rétorqua "Je crains de devoir refuser, bushi-san. Je dois protéger les rouleaux et ce, au prix de ma vie." Tandis qu'il parlait, il désignait une étagère remplie de rouleaux qui trônait dans la grande salle qui formait l'entrée de la pagode. Eberluée, Bayan fixait le Raen, ne comprenant pas pourquoi celui-ci voulait risquer sa vie pour de vulgaires bouts de papier. "Saisissez vous de lui!" finit-elle par exiger, agacée: l'heure n'était vraiment pas à discuter. Autour d'elle , elle sentait des présences hostiles, bien qu'invisibles et elle ne parvenait pas à les localiser avec précision. Le rythme de la Terre battait de façon désordonné, le danger était proche et pourtant ses sens aiguisés de Petit faucon la trahissaient au pire moment.Que se passait-il ici? Qui était cet ennemi qui soudain avait déferlé sur cet endroit tranquille pour y semer la désolation?

Le moine semblait peu disposé à coopérer et une longue passe d'armes s'engagea. Léger, aérien, le Raen tenait la dragée haute aux guerriers xaelas, esquivant, portant des coups précis et dévastateurs. il semblait néanmoins peu disposé à tuer ses cibles. Bayan restait en retrait, concentrée sur la menace latente. Un souffle imperceptible et elle se retournait déjà, vive, tandis qu'une silhouette sombre s'encadrait brièvement dans son champs de vision. Quelque chose roula au sol et une épaisse fumée âcre se répandit rapidement dans la pièce. Bayan sentit plusieurs déplacements, peut-être cinq à six ennemis. Un guerrier tomba dans un gargouillis infâme et une gerbe de sang sans même pouvoir répliquer. Le moine, encerclé et tenu par deux guerriers xaelas se débattait encore. Bayan l'assomma proprement d'un coup de hampe de sa hache et on le chargea sur le dos d'un des combattants. Des sifflements inquiétants, des sortes de cercles métalliques perclurent les corps de quelques guerriers, leur arrachant des cris de souffrance. "On se replie!" hurla la guerrière, reculant déjà. Il ne fallait pas être un grand stratège pour constater que leurs adversaires avaient la parfaite maîtrise du terrain et de la surprise. Et pire, qu'ils se déjouaient de la grande capacité du Faucon à voir l'invisible et à ne pas se laisser surprendre. Bayan était pour la première fois de sa vie en proie au doute et elle se sentait désemparée, submergée. Quand elle croisa le regard de ses frères d'armes, elle sut que ce sentiment était partagé et que l'enjeu de la situation les dépassait totalement.

Tandis qu'ils se regroupaient, une fumée noire et épaisse s'éleva au-dessus du monastère.Des larmes de rage au fond des yeux, dans les gémissements et le sang de ses frères, Bayan tomba à genoux, contemplant le spectacle de ruine. Pour la première fois de sa vie, la guerrière venait d'être vaincue. Par un ennemi invisible, intangible. Son regard se porta sur la silhouette du moine raen étendu à quelques pas de là. Elle espérait que celui-ci lui donnerait des réponses.
***
Ce fut la première rencontre de ceux qui allaient devenir mes parents. Ma mère n'en parlait jamais, elle n'avait jamais digéré l'échec cuisant que fut cette journée, même si, par la suite, elle en connut tous les tenants et aboutissants. La tribu connut ce jour-là un revers douloureux mais avec le recul, il sut que la lutte était bien par trop inégale. Ce fut une première leçon, elle fut suivie par de nombreuses autres, chacune amenant son pan de savoir et de connaissances, nous faisant avancer dans la lutte que nous avions choisi d'engager. Durant les deux décennies qui suivirent, la tribu Shonhor apprit bien plus qu'il ne l'avait fait depuis ses débuts. Et la présence de mon père en son sein ne fut pas totalement étrangère à cela...
La scène et le personnage du père de Yamiko s'inspirent de la video qui suit ainsi que du personnage de Hundred Eyes. ceci devait être cité et est largement assumé.
Dernière modification par Babd le 12 août 2018, 13:30, modifié 3 fois.
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Re: [Background-Journal] Torikage no Yamiko

Message par Babd » 09 janv. 2018, 15:08

“Père quelle est la différence entre un guerrier et un shinobi?
- Si j’étais le Roi et que j’étais corrompu, le guerrier me servirait encore. Le shinobi lui me tuerait sans hésiter.
- Pourquoi cela?
- Car à la différence du guerrier, le shinobi ne sert pas le Roi mais la royauté.”



"Je voudrais tant pouvoir vous narrer une incroyable histoire d'amour pour décrire l'union des mes parents mais je crains que cela ne soit impossible. J'ai eu beau les côtoyer les premières seize années de ma vie, je n'ai jamais su interpréter la nature de leur relation. De la dévotion et du respect, c’était un ciment solide assurant la base mais je ne pense pas qu'ils aient vraiment éprouvé de l'amour l'un pour l'autre.
Les premiers mois que passa mon père dans le clan furent difficiles car on le retenait contre son gré. Il essaya d'ailleurs de s'échapper à de multiples reprises mais rien ne peut se soustraire à l'oeil aiguisé du Faucon, pas même un moine raen relativement doué pour disparaître. Je crois qu'il y avait plus de fierté dans ces fuites qu'un réel désir de liberté. Où aurait-il pu bien aller, tandis qu'il ne restait plus rien du monastère où il avait vécu? Bien pire, nous savions qu'il ne fallait plus aller là bas, que c'était devenu une terre maudite, impossible à purifier. Temur avait été très clair: cette partie du monde était désormais aux mains de l'ennemi et le clan en était le dernier rempart. Lorsque que le khan menaça de le mutiler s'il s'enfuyait une fois de plus, mon père trouva l'excuse qui lui était nécessaire pour rester. Car c'était un homme compliqué, aux manières subtiles et incompréhensibles. Quelque fût son passé, il ne m'en parla jamais et chaque fois que je le questionnais, il répondait invariablement: "le passé n'est qu'opportunité du futur." Il se présenta comme "Takeru" et s'imposa rapidement comme étant un rude combattant mais dont les techniques étaient absolument inconnues pour le clan.

Peu de temps après son arrivée, le mal fit son apparition dans nos rangs. Insidieux, terrible, il ne se manifesta jamais de manière nette mais nous attaquant sans relâche sur nos sentiments, nos émotions, nos peurs et nos faiblesses. Notre guerre contre l'Ombre venait de commencer et Takeru sut alors qu'il ne pourrait pas rester silencieux et qu'il fallait qu'il nous livre ses secrets pour que nous ayons une chance de survivre. Il parla avec le Khan et l’Udgan durant des nuits entières et de ces échanges, tout naquit. Vashir donna l'autorisation à mon père de créer son dojo et d'y former les guerriers qu'il estimait les plus prometteurs. Bientôt, les lanternes que nous allumions tous les soirs furent remplacées par des cristaux translucides qui scintillaient doucement à la lueur de la lune. Nous venions de découvrir le pouvoir du cristal, seul capable de repousser ces ombres qui prenaient et nos vies, et nos esprits. Nous étions pour l'heure à l'abri, gagnant un temps précieux pour acquérir les techniques et enseignements nécessaires pour la lutte.

Notre ennemi n'avaient pas de visage. Au sens propre du terme. Nous ne savions qu'une chose: il était déterminé à corrompre toute forme de vie dont le nom pouvait être évoqué. Tout ce qui se revendiquait de l'ombre était son domaine: ainsi lorsque vous les combattiez, il vous fallait garder un oeil sur votre propre ombre au risque de vous faire trahir par elle. Une tâche ardue, même pour le Faucon dont l'oeil est entraîné dès le plus jeune âge à observer. Pour combattre cet ennemi, nous devions penser comme lui, nous comporter comme lui, tout en restant assez forts pour ne pas céder à son pouvoir. Les techniques enseignées par Takeru s'avérèrent vitales. Non seulement l'entraînement martial forgea nos corps mais les techniques de ninjutsu nous apprirent à devenir nous-mêmes des ombres et à entrer dans le monde des illusions. Car mon père n'était pas seulement un moine raen, il était aussi ce que les Domiens appellent un "shinobi", un de ces guerriers de l'ombre maniant deux lames et faisant le sacrifice de l'honneur pour une cause supérieure. Qui d'autre que le clan Shonhor aurait été à même de comprendre et d'effectuer sans remords le sacrifice exigé pour devenir l'un de ces fameux shinobis? Nous n'existions plus en tant que personne, ni même en temps que clan, nous faisions entrer l'ombre dans nos esprits pour mieux la combattre.

Combattre le mal par le mal. Rien n'est plus révélateur que cette sentence me concernant. Vive et agile, je devins l'une des disciples de mon père. C'est très difficile d'avoir un "sensei" qui est aussi son père. Il faut très vite apprendre à déchiffrer qui s'adresse à vous et à agir en conséquence. Tout en subissant un entraînement beaucoup plus rigoureux car vous devez ne pas jeter la honte sur votre famille. Ce fut le meilleur qui me fut donné sans doute, mais également le pire. Il voulut faire de moi la pièce maîtresse de son enseignement. Je devais être la guerrière parfaite pour affronter l’Ombre. Il fallut que je fasse taire la flamme dévorante qui était ma force de vie, reléguant mes sentiments et mes émotions derrière un masque impassible, imperturbable. “Trop de feu en toi, bien trop” m’assenait mon sensei tandis que mon corps épuisé répétait encore et encore les katas sous une cascade, dans un lac ou sous la pluie.

Une par une, j’affrontais mes peurs pour ne plus qu’elles me déstabilisent; je me détachais de tout ce qui pouvait obscurcir mon jugement, mes actions. Je rompais à une dure et stricte discipline, à ces improbables règles d’étiquettes que les steppes ignoraient. Tout n’était qu’entraînement, qu’un moyen pour me faire avancer toujours plus avant dans la Voie du Ryu des Quatre Vertus. La calligraphie mettait mon esprit au repos, l’herboristerie au contraire éveillait mes sens et mon observation, la méditation permettait aux chakras de s’harmoniser pour laisser les flux d’énergie circuler librement. Il n’y avait de place pour rien d’autre. Je n’avais aucun répit, aucune source d’amusement: autour de moi, tout n’était que philosophie, austérité, sévérité et recul. J’allais parfois nourrir les rapaces et j’enviais leurs courses haut dans le ciel, rivée au sol par mon devoir et mon obéissance. Je me cabrais souvent, laissant libre cours à mon tempérament enflammé et la punition ne manquait jamais de tomber, me ramenant dans ce qu’on attendait de moi, dans “l’impassibilité de la montagne”. Au fil des ans, même cette colère disparut quelque part au fond de moi. Lorsqu’il me présenta la première fois le kiseru et que l’addiction s’empara de mon organisme, je n’étais plus qu’une surface indifférente pétrie des leçons reçues. Une arme redoutable et aiguisée, une façade lisse, sans aspérités où il était impossible de pouvoir s’accrocher. Tant dans l’expression que dans les mots car je devais apprendre à dissimuler ce que j’étais réellement, à tromper l’autre ou à ne pas l’amener sur un terrain qui aurait pu lui donner des points d’entrée.

Je crois que j’ai aimé mon père, de manière détachée et lointaine. Je lui dois tout ce que je suis et, si je peux écrire ces lignes aujourd’hui, c’est parce qu’il a remis entre mes mains tout le nécessaire à ma survie. Je reste à jamais reconnaissante des enseignements que Takeru m’a dispensés. Je crois que j’ai haï mon père. Je lui dois tout ce que je ne suis pas aujourd’hui et, si je peux écrire ces lignes aujourd’hui, c’est parce qu’il m’a façonnée à son image, éteignant le feu qui brûlait en moi et me condamnant à une vie d’errance.

Parfois, j’aimerai moi aussi être morte là bas avec eux. Même dans ces moments de paix et de sérénité que je cultive, je sens battre le coeur de la Terre et perçoit qu’elle voudrait éveiller quelque chose en moi. Mais alors les Ombres commencent à s’allonger et à bouger toutes seules. A ce moment là, j’allume ma lampe et je commence mon tour de garde, détachée de tout, juste aux aguets, cherchant à discerner l’indiscernable. De son oeil acéré, le Petit Faucon veille et se rappelle alors qu'il ne sert pas le Roi mais la royauté."
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Re: [Background-Journal] Torikage no Yamiko

Message par Babd » 18 févr. 2018, 14:44

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crédits image: Shadowfell by Rob Alexander
Figé et meurtri
L'éther immobile dort
Ciel étoilé.
Cela avait sans doute commencé sous cette cascade et les événements s'étaient enchaînés. L'important était alors de rompre justement cette chaîne et c'est ce que la kunoichi s'était évertué à faire, tout en gardant quelque part dans un recoin de son esprit que la lutte était bien trop inégale.

"Elle" était de nouveau là, tentant de corrompre la dernière représentante du clan Shonhor, de réclamer son dû. Car la jeune sang-mêlé savait depuis le départ qu'elle lui appartenait. Elle était une première-née. Il n'y avait pas d'explication à cela, en toute cas aucune qui ne lui avait été apportée, juste le constat de devoir se sacrifier sans poser de questions.

Mais cela ne s'était pas produit et le sacrifice n'avait pas eu lieu alors sans relâche, "Elle" venait réclamer son dû, essayant de corrompre la dernière représentante de ceux qui la chassaient . C'était une lutte que Khalan perdrait. Elle avait crû pouvoir trouver des alliés, une protection, la fin d'une longue solitude et errance mais même cela c'était avéré être une déception amère. L'envie -le besoin?- de prendre un nouveau départ commençait lentement à faire son chemin dans son esprit. Quelque part, il y avait bien quelqu'un à même de comprendre, d'analyser, de l'aider...? La rencontre avec une mage miqote avait fait naître de nouveau l'espoir. Sans espoir, il ne restait que les Ténèbres et il lui fallait ne pas céder, continuer encore d'espérer, de se raccrocher aux maigres liens qu'elle avait réussi à tisser. Il fallait se relever du mal que ce démon leur avait infligé, devenir plus forts encore, apprendre, tirer les conclusions, avancer, faire en sorte que l'erreur ne se reproduise pas. C'est ainsi qu'on devenait indestructible, non pas en se prétendant le meilleur combattant non, juste en faisant humblement le constat de ses faiblesses et en les transformant en forces motrices.

Restait Khaidai bien sûr. Son centre de gravité, son repère, sa mission. La seule personne pour qui elle donnerait sa vie sans se poser de questions. Le seul qu'elle osa qualifier d'ami et qui avait tenté de repousser les terribles ombres qui tentaient de prendre pied en elle. Vad et son entêtement qui parvenait à lui arracher un sourire. On est riche de la solidité de ces liens. Il lui fallait simplement apprendre à chérir et cela ne s'avérait pas simple. Une autre leçon qu'il faudrait apprendre, il y en avait tant que parfois la tête lui tournait.

Au-delà du constat, il lui fallait trouver des réponses et tourner sa tête vers l'Orient. Trouver la famille de son père, repartir à la recherche des ses racines raens. Khalan savait qui elle était, c'était au tour de Yamiko de se révéler... Une nouvelle épreuve nécessaire l'attendait. Elle se demandait si elle saurait relever celle là... En même temps, la curiosité, plus forte que tout, la ferait avancer, beaucoup plus que le reste. Avec un sourire, Khalan réalisa que l'espoir était loin d'être mort et que tant qu'il lui resterait des pistes à arpenter, alors avancer n'était pas un problème. Certaines décisions devraient être prises également, des décisions importantes qu'elle ne souhaitait pas prendre pour l'heure sans les sages conseils de Khaidai...
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Re: [Background-Journal] Khalan Adarkim

Message par Babd » 13 mars 2018, 11:21

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En rêve je les revois
La mort sera plus familière
Dans les arbres la bise.
Kaneko Tota ( 1897 )
-

Elle contemplait le campement en contrebas. Le voyait-elle seulement ? La douleur enserrait son cœur, vrillait ses tempes, tordait son ventre. Un mouvement, un murmure, elle tourna lentement la tête vers l’apparition qui venait de se matérialiser.
« C’est vrai que tu lui ressembles. » lâcha t-elle simplement en guise de bienvenue.
« C’est plutôt lui qui me ressemblait, Yamiko.
- Te souviens-tu seulement de lui ? Ou ta maîtresse t’a-t-elle arraché ce souvenir aussi ?
»
Iyekayo ne répondit pas, regardant à son tour en contrebas. « Tu n’auras aucune réponse ici. Ce sont des imbéciles, des lâches. Tu le sais n’est- ce pas ? C’est pour cela que tu hésites. »

Khalan ferma les yeux. La douleur… La voix douce d’Iyekayo reprit. « Te voilà seule, Première Fille. Ils prétendent t’aimer, mais je ne contemple que ta solitude. Et le pire d’entre tous est sans doute ton amant. Où est-il en ce moment ? S’est-il seulement manifesté pour t’apporter le réconfort et le soutien dont tu avais besoin hier soir ?
- Tais toi…
» grogna t-elle. « Tu ne sais rien. »

Le Seide eut un petit rire léger. « Si cela t’affecte autant, c’est que je n’ai pas tort. Ils ne comprendront jamais ce que tu es, ce qui te constitue.
- Et tu vas me dire que toi oui ?...
»
Un nouveau déplacement imperceptible, un souffle dans l’air. Iyekayo se déplaça pour se rapprocher encore, souriant. « Je suis bien plus proche de toi qu’ils ne le seront jamais, Yamiko-chan…
- Epargne- moi tes parodies d’être humain. Je sais très bien ce que tu veux.
- Et pour la première fois sans doute, je ressens que tu n’y es pas tout à fait opposée. Ca semble assez séduisant en fin de compte d’oublier des pans entiers de cette existence non ?
»

Khalan grimaça, les mots du Seide touchaient leur but. De manière précise, chirurgicale. Le doute, insidieux, distillait son venin. Au loin une fois lui enjoignait de résister, qu’elle était plus forte que ça, que tout ceci était des mensonges. En même temps, les images défilaient.
La douleur… Ses yeux restaient secs mais à l’intérieur, tout bouillonnait en une rage contenue, bien trop contenue.

« Cède, Yamiko. Tout sera plus facile après. Je t’offre plus de pouvoir afin de continuer ta mission. Afin que ton Maître soit un jour fier de toi. Afin que tu sois pleinement préparée pour ce qui t’attend et surtout surtout que les engagements de ton père soient enfin tenus.
- J’appartiens au Ryu des Quatre Vertus. L’honneur et la parole donnée ne signifient rien pour moi…
» rétorqua la xaela, les yeux luisants de haine.

« Mais le Ryu place la loyauté au-dessus de tout… ». Iyekayo se mit à sourire, un sourire bien plus large que celui qu’on aurait pu attendre. Autour de lui, les ombres bougeaient, s’étiraient, prenaient vie, menant leur propre ballet. « Cède Yamiko… Les émotions sont des faiblesses, je t’arracherai cette douleur de toi et tout ira mieux alors…. »

Un sanglot monta dans la gorge de Khalan. Un peu surprise, elle se demanda d’abord d’où venait le bruit avant de réaliser. Elle ferma les yeux un instant, laissant le vent des Steppes balayer son visage puis contempla celui qu’elle aurait pu appeler « oncle » si les circonstances avaient été autres. Elle bougea elle-aussi, imperceptible, effleurant avec délice les ombres mouvantes. Son visage se trouvait à quelques centimètres de celui du Raen. Ils se fixèrent un long moment, miroir du même jeu de regards bleus. Si semblables en apparence…
Khalan prit une inspiration et…

Le vent de la Steppe emporta ce qui suivit.





I´m so tired now
But I cannot fall asleep
So many thoughts, so many fears
My eyes are full of tears

Someone takes my hand
I think I understand
I missed you for so long
What did I do wrong?

You said you´re my guardian angel
Always by my side
How can I go on without you
Who will hold me tight?

I had no time to say goodbye
Left me breaking down and cry
You suddenly went away
A child alone afraid all day
Why did you leave me here alone
Crying myself to sleep all night long
Where ever you´ll go, where ever you´ll be
Promise - never, never without me

You said you´re my guardian angel
Always by my side
How can I go on without you
Who will hold me tight...
Dernière modification par Babd le 15 août 2018, 11:52, modifié 3 fois.
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Re: [Background-Journal] Khalan Adarkim

Message par Babd » 07 avr. 2018, 18:06

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crédits image: Zdzislaw Beksinski
Le papillon bat des ailes
Comme s'il désespérait
De ce monde.

Kobayashi Issa ( 1763-1828 )


Ce fut d'abord des cris.Les miens? Il me semble oui. Je tentais de m'élancer pour arrêter la lame vengeresse en un ultime et dérisoire essai. Je n'étais pas assez forte, pas assez rapide et le sabre fit son office. Tandis que la tête s'envolait et que la vie le quittait, le monde alors explosa. Et moi avec lui.

Ce fut d'abord le silence. Fracassant, assourdissant. Il m'a vrillé les tempes car il est de ces silences qui prennent tellement corps qu'ils parviennent à vous atteindre en profondeur. Il y a eu la douleur aussi, mais elle n'a pas duré très longtemps je crois. Physique tout d'abord, je sentais vaguement ces crochets s'enfoncer dans mes épaules mais j'assistais à la scène de loin, comme détachée. Mystique après tandis que mon coeur explosait et que les autres points énergétiques de mon corps se déchiraient, comme une longue réaction en chaîne. J'avais le pouvoir de me dévaster, je n'hésitais pas une seule seconde, laminant, balayant mon énergie de vie comme un vulgaire fétu de paille.

Cela n'avait plus d'importance, plus rien n'avait d'importance désormais. Je flottais, vide, enfin paisible dans les ténèbres. La peur parfois surgissait de nouveau mais mes réflexes étaient plus dictés par la réaction d'un animal que par ma conscience détruite. Envers et contre tout, ce corps misérable s'évertuait à vouloir vivre. Je crois que je ne le souhaitais plus pour ma part et je m'en éloignais encore.

Je portais désormais mon nom domien. J'étais enfin devenu quelqu'un, quelque chose. J'étais Yamiko, l'enfant des ténèbres et je m'enfonçais en leur royaume pour y trouver enfin ce repos que j'avais tant cherché tout au long de ma vie. Ironiquement, à cet instant précis, je n'avais plus aucune hésitation sur qui j'étais, tandis que tout allait se terminer.

Agacée, parfois des voix me parvenaient déformées. Inquiètes, souvent interrogatives, elles parvenaient à efleurer ce qui me restait d'esprit et je les repoussais encore et toujours. On me touchait et ce contact était insupportable.

Khaidai.

Je sentais un esprit m'analyser, de manière quasi chirurgicale mais je n'avais pas la force de me défendre...

Arkael.

Une grosse voix fredonnait une comptine et elle me berça, forçant enfin ce corps dont je ne voulais plus au repos.

Ishmael.

Je partais en voyage. Un voyage que je voulais sans retour. A un moment, l'Ombre rampante surgirait pour réclamer son dû et je le lui donnerais. Ma conscience alors serait consumée, consommée et je deviendrais un instrument redoutable entre ses mains, exécutant sans état d'âme ce qu'elle me demanderait.

Goju.

Ce n'était pas si différent de ce que j'avais vécu jusque là...

Sensei. Père.

Je ne voulais juste plus entendre ces voix qui tentaient de me ramener vers la lumière, vers la chaleur, vers la vie...

"Déesse-Nuit, prends ta fille en pitié et accorde moi le repos je t'en supplie..."
Dernière modification par Babd le 17 août 2018, 11:00, modifié 4 fois.
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Re: [Background-Journal] Khalan Adarkim

Message par Babd » 17 avr. 2018, 10:02

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ॐ मणिपद्मे हूँ
महाज्ञानचित्तोत्पाद
चित्तस्य नवितर्क
सर्वार्थ भूरि सिद्धक
नपुराण नप्रत्यत्पन्न
नमो लोकेश्वराय स्वाहा
La Compassion.

C'était donc cela qu'il restait à la fin. Ce pouvoir d'aussi bien pardonner aux autres qu'à soi-même alors que la route se termine.

Je m'étais trompée. L'espoir n'était pas l'objectif. J'étais encore là alors qu'il m'avait été enlevé de manière brutale, injuste.

J'avais été détruite, je m'étais détruite. Je m'étais alors allongée là, dans mon silence pour attendre tranquillement que tout se termine. Je n'avais plus la force de continuer. J'étais prête également. Et je pensais être seule à ce moment là.

Leurs bras m'avaient retenue. Puis relevée, pan par pan, morceau par morceau, il avait fallu que je redonne consistance à cette enveloppe de chair dont je m'étais détachée. L'énergie de la terre battait de nouveau en moi, désordonnée, erratique comme peut l'être un cheval sauvage, modèle parfait de contrôle parfois tandis que j'aiguisais mes sens dans les ombres.

J'avais encore besoin de ce silence. Je déteste les mots. Ils sont si réducteurs, si peu fiables lorsqu'il s'agit de décrire le torrent frénétique de mon moi intérieur.Si trompeurs également dans leur éternité, leur immuabilité. Je ne regarde pas en arrière, c'est encore trop douloureux. Je ne regarde pas en avant, c'est trop effrayant d'envisager que je puisse avoir un quelconque avenir. Alors je m'ancre de toutes mes forces dans le moment présent puisqu'on tient à ce que j'y sois.

Il y a encore des blessures. Beaucoup de blessures. Certains laisseront des cicatrices qui ne partiront jamais et je les porterais fièrement comme autant de cicatrices de combat. Car toutes les guerres ne se livrent pas en armure, avec des armes à la main. Il est des conflits qui se livrent à l'intérieur de nous et nous ravagent et nous subliment aussi bien que des champs de bataille. On en ressort parfois diminués, parfois plus grands, mais toujours portant quelque chose de plus, comme une initiation.

Qu'est ce que je vais devenir? Ai-je vraiment envie de le savoir? Je mentirai si je disais que non. Surtout quand je croise parfois un regard et que celui-ci fait monter en moi une foule d'émotions dont je voudrais me passer sans doute. Parce que la vie m'enlève tous ceux qui me sont chers, parce que je vis encore dans le souvenir de cet amour défunt et que je culpabilise de ne pas correctement lui rendre hommage. Mais Vad' est mort et je suis en vie et le feu coule toujours dans mes veines. Cela sonne comme une évidence.

En allant voir "Khalan" mon double consumé par le Néant, j'ai ouvert les bras pour embrasser tous les aspects de mon être, même les plus corrompus et les plus sombres. Est ce que m'accepter ainsi dans tous les aspects de mon être est une solution? Est ce cela qui nous renforce en tant qu'être? Est ce que la compassion en tant que moteur nous permet de nous accepter enfin dans les forces et les faiblesses. Est ce qu'elle nous permet de savoir qui on est et de faire en sorte que les autres ne nous atteignent plus?

Porter des masques deviendrait alors caduque et vain. Je ne prendrais plus le risque de me perdre dans ce monde d'illusions. Mais bien au contraire, je saurai qui je suis... Ce que je suis...Quelle arme redoutable lorsqu'elle est bien maniée...

Me voici comme toujours à un carrefour. A gauche, je me défais des anciens schémas et je reconstruis quelque chose de nouveau sur le terreau vierge de ma personne. A droite, je continue à évoluer dans le jeu illusoire des miroirs.

Au centre, le netsuke d'albâtre de Kwan Yin me fixe de son sourire bienveillant. Elle me rappelle que de la plus grande souffrance peut naître la plus belle et la plus pure des sagesses. Que je ne suis pas seule pour apaiser ma douleur et guérir mes blessures. Et que ce coeur en déséquilibre ne demande qu'à vibrer de nouveau parce qu'en fin de compte...

La Compassion est un acte d'amour.
Dernière modification par Babd le 17 août 2018, 11:03, modifié 2 fois.
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Re: [Background-Journal] Torikage no Yamiko

Message par Babd » 25 avr. 2018, 12:27

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Depuis de longues heures, Yamiko répétait encore et encore le même kata, sans parvenir néanmoins à se concentrer efficacement. Ses coups restaient imprécis, imparfaits et la fatigue commençait à se faire ressentir.

Un déplacement d’air, elle bougeait déjà, se mettant dans la garde croisée particulière propre à son école. Les ombres se matérialisaient à toute vitesse et, bientôt, la haute silhouette d’Iyekayo regardait la xaela de haut, un petit sourire aux lèvres. Pour une fois, son visage était normal, sans les difformités habituelles. Les regards s’accrochèrent un long moment, chacun semblant prendre la mesure de l’autre. Ce fut finalement lui qui le rompit en premier.

« Je suis très désappointé, Yamiko. » énonça t-il d’une voix douce.

Elle ne dit rien, se contentant de le fixer, baissant sa garde inutile elle le savait. Ses dagues étaient à quelques mètres, près de la cascade, luisant doucement de leur lueur verte.

Il rentra ses mains dans les larges manches de son kimono. « Il me semblait que ma demande avait été claire pourtant. Dois-je la reformuler ? » s’enquit-il d’un ton poli.

« Ce ne sera pas nécessaire. J’ai parfaitement compris ce que tu me demandes. Et je ne le ferai pas. Tu le sais très bien. Alors cessons ce petit jeu. Je ne trahirais pas mes amis. Ma loyauté leur est acquise. »

Il la regardait, hochant doucement la tête comme s’il approuvait, toujours souriant. L’instant d’après, sans que Yamiko ait pu esquisser le moindre geste, il la soulevait du sol par la gorge, comme si elle ne pesait rien. A aucun moment l’expression de son visage n’avait changé. Il se tenait bien droit, attendant que Yamiko épuise ses ressources de souffle, patient.

« Je ne pense pas Yamiko que tu sois en position de négocier quoique ce soit…
- Tu…Ne me…tueras pas… » réussit à articuler la kunoichi, son visage commençant à virer au rouge.

« Bien sûr que non je ne te tuerai pas, douce enfant. » Il eut un petit rire distingué. « Je te ferai subir un sort pire que la mort si tu continues à me tenir tête. L’heure n’est plus à la rébellion, Yamiko-chan. Sinon, je m’occuperais personnellement de ta petite troupe d’amis comme je me suis occupé de l’Ijin qui a osé te souiller. Par qui veux- tu que je commence ? » Sa voix devenait douce caresse. « L’aveugle ? Oh non… Le samouraï ? Ou peut-être le guerrier à la peau noire ? »

Yamiko étouffait à présent. Instinctivement ses mains s’étaient refermées sur l’étreinte tentant de s’en dégager. Peine perdue. Entre deux râles, son regard fixant toujours le Seide, elle articula faiblement. « Je me…tuerai… »

Iyekayo soupira. Son autre main saisit la nuque de la xaela comme si elle était une vulgaire poupée de chiffon et il la rapprocha de lui pour parler à sa corne. « Tu ne vas pas te tuer Yamiko. Parce que si tu le fais, je te jure que je t’accorderais le droit de pouvoir contempler la longue agonie de ceux qui seront resté. Avant de les dévorer. Un par un… »

Il effleura la joue de la jeune femme du bout du doigt avec tendresse. « Je sais ce que tu veux Yamiko… Tu voudrais savoir si mon entêté de frère a réussi à se donner la mort pour pouvoir m’échapper. S’il a réussi à égorger ta truie de mère également pour la sauver elle aussi. Ou si cette nuit ou la suivante, l’ombre de tes parents va se glisser près de ta couche pour te contempler… C’est ce que tu redoutes le plus n’est ce pas ? D’avoir à croiser le regard vide de ton senseï et père et de découvrir l’ampleur de votre échec… »

Il la rejeta en arrière. La xaela se retrouva au sol, toussant, crachant, des marques rouges s’imprimant déjà sur sa peau d’albâtre. Iyekayo la toisa. « Tu vas aider tes amis à ouvrir le cristal, Yamiko. Et arrêter de t’en tenir loin. Active les mantras. Tu vas récupérer le journal et tu vas faire en sorte que nous soyons vengés, première Fille. »

Il lissa son kimono, y enlevant quelque poussière imaginaire. « Tu devrais te concentrer un peu plus et cesser de penser à autre chose…Je t’ai connu plus appliquée à la tâche… »

L’instant d’après, les ombres se mouvaient de nouveau, laissant la petite silhouette de Yamiko accroupie, tête basse.
Dernière modification par Babd le 27 août 2018, 17:16, modifié 2 fois.
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Re: [Background-Journal] Torikage no Yamiko

Message par Babd » 28 avr. 2018, 15:35

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Éblouie par les fleurs de cerisier
Je serrai dans mes bras
Ma dépouille mortelle.
Uejima Onitsura ( 1660-1738 )
"J'étais un petit moucheron englué dans la toile de l'Ombre rampante. Depuis les derniers événements, les ombres ne me lâchaient plus, se mouvant tout autour de moi. Je ne savais pas si les autres pouvaient les percevoir, je n'osais pas demander. J'avais un pied encore parmi eux, au sein de leurs humanités, de leurs sentiments, de leurs émotions. Et puis l'autre se trouvait dans un monde glacé, immobile, sans chaleur. Et malgré cela, je m'y sentais en résonance, comme à ma place même si je savais que ce n'était pas le cas, qu'il fallait que je lutte, que je me débatte.

La venue d'Iyekayo ne me surpris même pas. Je n'avais pas écouté ses demandes, je m'attendais alors à devoir subir une autre de ses démonstrations de désappointement. Mentalement, je me préparais au pire, s'il avait pu me prendre par surprise la dernière fois, ce n'était pas le cas aujourd'hui.

Il me parla, de sa voix douce et je l'écoutais, silencieuse, interloquée. Je compris alors, je compris tout. comment il réussissait à se déjouer de l'Ombre ainsi tout en étant un de ses Seides. Pourquoi moi. "Nous ne sommes que je jouet de nos ancêtres, Yamiko-chan" me répétait-il et je reculais de la vision insoutenable que'était devenue cette apparition, refusant de croire, d'imaginer un seul instant de ce qu'il me laissait entrevoir. Mon regard, inquiet allait du sabre qu'il portait au Seide et tout s'éclaira encore. Le monastère des Quatre Vertus... "Tu es l'incarnation du péché du Premier Incommensurable..." m'entendis-je dire d'une voix blanche.

Seide de la vengeance. Antonyme de la Compassion, le premier pilier.

Déesse-Nuit, j'étais terrifiée, me demandant comment une telle chose était possible et surtout, surtout la question insidieuse naissait déjà dans mon esprit.

"Où sont les trois autres? Se sont-ils incarnés aussi?"

Iyekayo rit alors et fondit sur moi. D'une seule main, il tordit cruellement mes bras dans mon dos, m'obligeant à me cambrer. Je serrais les dents sous la prise. dans un sursaut désespéré de fierté, je ne voulais rien laisser transparaître de ma douleur, il me restait un peu d'orgueil encore pour lui tenir dérisoirement tête. Il chuchotait alors à mon oreille les mots que je redoutais. sa bouche effleurait ma gorge, avide, affamée et je fermais les yeux submergée par le dégoût. Un grand froid m'envahit, je me débattais pour échapper à cette étreinte monstrueuse, incestueuse tandis qu'il me parlait encore, martelant ses révélations.

j'avais l'impression que ma peau avait été marquée au fer rouge. Un grand froid m'envahit et la douleur, l'humiliation, le dégoût et la honte, tout s'arrêta. je flottais dans un monde cotonneux, me détachant de ce corps, de cette étreinte maudite.

Tout bascula.

***


La xaela ouvrit les grandes portes de la maison domienne et remonta l'allée. Son kimono n'était plus que haillons. Sa longue chevelure qui lui tombait aux chevilles autrefois était réduite à quelques plaques sur un crâne nu, purulent. Pieds nus, elle glissait sur le plancher, laissant derrière elle un sillage d'un liquide noir qui n'était plus du sang depuis longtemps. Ses pupilles, emplies de sang et de noir accrochèrent alors le seigneur assis sur son estrade et ne le quitta plus. Elle avançait encore, un pas après l'autre dans une souffrance inimaginable, tendant les bras vers lui. Parvenue à quelques mètres de l'estrade, elle s'effondra, le souffle rauque, expiré par des poumons qui peinaient encore à fonctionner. Mais déjà, faisant fi des convenances et de l'étiquette, le seigneur avait bondi de l'estrade pour se porter à ses devants, saisissant la fragile silhouette suppliciée dans ses bras, le berçant contre lui comme on l'aurait fait avec un petit enfant.

"J'ai rempli...Ma promesse...Mon Seigneur..."croassa t-elle, effleurant de sa main écorchée le visage du Raen avec une infinie tendresse malgré ses tremblements.

"Ne parle pas, mon amour...nous allons prendre soin de toi." lui répétait-il devant sa cour et ses bushis médusés.

La mourante tendit alors son visage vers celui du seigneur, faisant naître un sourire sur la moitié du visage qui lui restait. L'autre n'était plus qu'un amas d'ombre qui semblait se mouvoir, doté d'une vie propre. Se hissant, elle murmura quelque chose à la corne de son amant qui lui répondit brièvement. Puis le pauvre corps s'affaissa dans les bras du bushi, son calvaire venait de prendre fin.

On se porta aux devants du seigneur pour l'aider. Il repoussait tout le monde, le visage ravagé par le chagrin, la colère. Il traversa la salle dans un silence de mort, portant le corps de la xaela, disparaissant dans le coeur de la nuit."

***
J'étais assise dans un lit à l'infirmerie du Rouage, les yeux grands ouverts, un bras me faisait horriblement souffrir. Khaidai et Arkael étaient à mon chevet tandis que l'horreur étreignait encore ma gorge. Je voulais hurler mais je restais là, sans rien dire. J'avais juste froid, très froid. Dans mon corps, dans mon coeur et dans mon âme. Et les mots ne pouvaient pas franchir mes lèvres scellées encore par le poids de ces révélations. Alors je me repliais sur moi, érigeant mes barrières. J'étais en colère, je leur en voulais, je lui en voulais de ne pas avoir su empêcher cela. Je me détestais encore plus. Un pied dans ce monde et l'autre dans le monde des ombres, il me fallait avancer coûte que coûte tandis qu'on me pavait les sentes de ma propre damnation.
Dernière modification par Babd le 04 sept. 2018, 12:04, modifié 2 fois.
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