[Hotaru Tenshi] Chronique d'une danseuse de Thavnair

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Scàthach
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[Hotaru Tenshi] Chronique d'une danseuse de Thavnair

Message par Scàthach » 03 sept. 2022, 12:35

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DU SANG DANS LE VIN
Une petite silhouette blanche se faufilait entre les colonnes des bains et vint se placer juste au bord du bassin d’eau chaude fumant dans la nuit glaciale. Le regard mauve accrocha l’horizon où commençait tout juste à se dessiner les prémices de l’aurore naissante. On était encore entre chien et loup et Dame Nuit commençait à ramener vers elle son obscur manteau. Pieds nus en petite robe blanche au milieu de toute cette pierre grise glacée, la raenne expira doucement, son souffle produisant un petit nuage de vapeur gelée, on aurait dit quelque étrange et intangible apparition dans des ruines oubliées.

De l’extérieur, on ne l’apercevait guère, la haute silhouette majestueuse de l’édifice la dérobant aux regards. Un pas hésitant, un bras se leva et la danseuse s’élança d’abord à petits pas menus, comme semblant tâter le terrain de cette improvisée, chaque muscle roulant, tandis que les mouvements s’étiraient, d’abord lents, puis, prenant peu à peu un rythme plus soutenu. Le regard mauve ne semblait accrocher qu’un point invisible droit devant lui, sombre, ourlé de profondes cernes bleu-violacées, triste aussi, abattu.

La lune noire avait été difficile et elle en ressentait encore l’écho ombral dissonant au cœur de tout son être. Une vague de mélancolie s’était abattue sur elle, lui faisant tout envisager sans saveur, sans espoir. La soirée improvisée passée chez Meleth avait encore plus plongé la jeune femme dans cet abattement. « Nous n’y arriverons jamais, l’équipage est une cause perdue, je m'épuise à poursuivre des chimères. » avait-elle conclu, en rentrant chez elle.

Malgré l’état émotionnel en proie au plus total et parfait chaos, l’esprit lui continuait d’observer, d’analyser, froid, rationnel, détaché.
«♪ I was given a heart before i was given a mind… ♪


Le pouvoir de l’amour qu’elle décriait tant, ne le comprenant pas véritablement au fond d’elle, était-ce cela la solution ? Aimer inconditionnellement ? Elle avait beau retourner ces principes, Hotaru sentait que cela ne résonnait pas elle, il ne se passait rien au niveau émotionnel. Elevée par deux femmes dures et intraitables, la raenne n’avait pas eu l’occasion de découvrir la tendresse des sentiments entre les personnes et la mention de l’amour la laissait à chaque fois en proie à des abîmes d’incompréhension. Dévouée, à l’écoute, compréhensive, passionnée et attentive à ses prochains, elle se savait l’être, mais pour la jeune femme, il était difficile d’aller au-delà.
« ♪ Come and feel the love like a sinner… ♪ »
Et la voici qui chantait sa peine à la lune démissionnaire déjà tandis que le feu du soleil apparaissait triomphalement sur la ligne d’horizon et qu’Empyrée doucement s’éveillait pour un nouveau jour où tout serait de nouveau mis en balance, pesé, mesuré, jugé, décidé, résolu sans doute. Aucun pouvoir de l’amour ne venait la soulever pour la ramener encore auprès des siens et dans un souffle, Hotaru décida.
« ♪ The glorious teachers are no use for the creatures who plays with the gods… ♪»
A l’intérieur, une lettre l’attendait, celle de pouvoir atteindre et réaliser son objectif de développement des Relais de la Luciole. Et ce projet fou, insensé, qui s’était présentée à elle sous les traits d’une jeune miqo’te sortant tout juste de son île, perdue et craintive.

« Tu es une Passeuse » lui avait-elle dit comme si ça coulait de source. « Tu fais passer les gens de Flammecosme à Noctelune. Chez moi, la caste des Arpenteurs du Rêve est la plus puissante mais on ne parle pas de ces choses-là, non. Il est des Noms qu’il vaut mieux ne pas prononcer.» avait expliqué Mahjeh la voyageuse. Une rencontre qui n’avait rien de fortuit, leurs domaines oniriques respectifs étant venus violemment se percuter une nuit de manière inopinée sans doute mais pas hasardeuse. Il y avait du sens dans cette rencontre et la raenne sentait au fond de ses tripes qu’il y avait quelque chose à creuser.

Mais pour l’heure, Thavnair était le centre de ses préoccupations. Après des semaines et des semaines à prospecter, approcher les Arkasoaras, il y avait peut-être une opportunité qui se présentait à elle, celle de devenir un de leurs glaneurs. Une semaine pour faire ses preuves, démontrer qu’elle était capable de relever tous les défis qu’on lui demanderait tandis que Dadjeel lui imposerait à côté son rythme infernal, sa dureté et sa discipline.

Dans cette effervescence contrôlée dans laquelle il n’y avait aucune part pour les sentiments et les émotions, la petite danseuse de Yanxia retrouverait une forme d’équilibre, de sérénité. Là-bas, elle n’aurait pas le temps à penser à tout ce qui la contrariait.

Il faudrait remettre Mahjeh aux bons soins de l’équipage puisqu’elle ne pourrait l’accueillir elle-même mais elle ne doutait absolument pas que ses compagnons sauraient s’occuper de la nouvelle arrivante et de ses difficultés. Un soir, sans doute en proie à la nostalgie de son pays natal, la miqo’te lui avait révélé pourquoi elle était ainsi conditionnée dans cette attitude craintive et soumise, dont le regard fuyant cherchait toujours en premier la sortie pour s’échapper avant d’envisager quoique ce soit d’autre.

En plus d’apporter à son aide à une aventurière en devenir qui peinait bien à se faire une place au cœur d’une société totalement différente de la sienne. Ça, la jeune femme connaissait bien et dans un élan bienveillant, elle était venue à la rescousse de l’effarouchée. Lui donnant gîte, couvert, quelques vêtements aussi puisqu’elle n’avait que ce manteau loqueteux bien trop chaud pour la douceur de Brumée. Hotaru se revoyait dans cette jeune femme, c’était indéniable et elle avait l’occasion de pouvoir se rendre utile auprès de quelqu’un, elle n’hésita pas une seule seconde. L’étude de ce nouveau cas s’avérait terriblement fascinant et la raenne se réjouissait de pouvoir se plonger à son retour dans cette nouvelle quête aux dimensions très humaines.

Mais pour l’heure, elle dansait tout cela, ses doutes, ses peines, sa mélancolie, ses espoirs, ses envies qui prenaient consistance, elle nettoyait en profondeur son être, se recentrait en son socle, y cherchant assise, puissance sereine et tranquillité de l’âme. Un courant rouge orangé se souleva alors tandis qu’une brise électrique soulevait sa chevelure blonde. Tout autour d’elle, les vagues aux couleurs chaudes ondulaient venant dévorer la fumée violet sombre qui s’échappait d’elle. Shiroyume dans sa nouvelle version éclatante se matérialisa sous l’impulsion, laissant échapper une flopée de petits papillons irisés tout autour d’elle. Le spectacle était magnifique et fascinant ainsi que tout travail de danseur correctement exécuté l’exigeait.

Et l’énergie de mouvement vint dissoudre le doute, la peine, l’impuissance et la léthargie pour les transformer en force brute, une force de mouvement telle que, lorsqu’elle traversait le petit corps diaphane, elle aurait pu le briser si l’esprit, fort et déterminé, n’avait pas tenu le gouvernail de cette manœuvre difficile.
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La danse s’arrêta sur ce point d’orgue mais surtout parce qu’une poigne puissante l’enserra par derrière pour la soulever du sol tandis qu’un souffle chaud dans son cou la faisait légèrement frissonner. Aimait-elle Lucien ? Vaste question à laquelle elle n’avait pas de réponse. Elle respectait, admirait, comprenait cet homme au-delà de bien des gens. Dans la carapace sévère et froide du chevalier, il y avait un malstrom émotionnel et une sensibilité qui en aurait étonné beaucoup. Il la tirait sans cesse vers le haut, mais était-ce cela l’amour ? Pouvoir vivre aux côtés d’une personne au quotidien, entrer dans son intimité sans pour autant empiéter sur elles ?

« Je ne te demande pas que nous soyons fusionnels Lucien, je demande que nous soyons là l’un pour l’autre. »

La jeune femme n’avait pas besoin de son amant, dans l’absolu, elle n’avait besoin de personne.

« J’ai envie de toi. » répondit-elle à l’elezen, comme pour venir conclure cette réflexion. Elle n’avait pas besoin de Lucien mais elle avait envie de lui à ses côtés et personne d’autre. « Tu es celui que j’ai choisi entre tous », lui disait-elle souvent d’un ton grave et cela sonnait pour elle comme la plus touchante des déclarations d'amour.

Tandis que Lucien l’amenait à l’intérieur, pensant juste assouvir son désir du moment, inconscient de ce qui se jouait dans l’esprit de sa compagne, le regard mauve accrocha une dernière fois l’astre de flamme qui étendait ses rayons sur le monde. Une nouvelle aube se levait, pleine d’aventure, de promesses. La lumière chassait les ténèbres une fois de plus et il allait falloir rayonner dans cette nouvelle journée.

Une semaine pour faire ses preuves ? Hotaru les auraient convaincus bien avant, maintenant elle le savait . Le monde s’offrait à elle et elle comptait bien croquer à pleine dents dedans. Tout comme elle allait savourer l’étreinte à venir aussi pleinement et complètement que si elle y engageait sa vie. Se donner de manière inconditionnelle à l’instant, ça elle savait faire.

A défaut d’aimer ?
« ♪ Come on and feel alive, lover
Come on and feel the love like a sinner
Shout it louder, shout it for the ones who could never say
I won't feel ashamed, mother
Can you break the chains, off her?
Shout it louder, not a sinner she's a lover. ♪
»
encore un grand merci à Lerith pour son opération "sauvetage de screen" matinale! ♥
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Re: [Hotaru Tenshi] Chronique d'une danseuse de Thavnair

Message par Scàthach » 11 sept. 2022, 12:46

ETRE OU NE PARAITRE
Thavnair- Ecole de Danse du Chaos

Au milieu de la pièce, Dadjeel examinait d’un air critique son élève qui venait d’entrer, le visage fatigué. « En place » lui indiqua-t-il sèchement. Il ne lui fit faire aucun échauffement. Quand on prétendait vouloir suivre l’enseignement d’un maître tel que Dadjeel, on se présentait à lui correctement préparée physiquement et mentalement, dans une tenue adéquate. A ce niveau de danse, il n’y avait plus d’accompagnement, respect, obéissance et discipline étaient les maîtres mots de l’apprentissage. Ici, pas de bienveillance ou de compréhension, non, l’œil exercé du maître à danser relèverait chaque erreur, impitoyable, faisant répéter les figures jusqu’à ce qu’un grognement approbateur ou un signe de tête ponctue soit la fin de la leçon, soit sa suite.

C’était la première fois que les deux se revoyaient depuis les événements de l’Arche du Chaos. L’homme plissa les yeux. « J’espère que tu as travaillé tes sauts. » lui lança-t-il sèchement. « Ce n’était guère glorieux la dernière fois. Allez diagonale de tours fouettés pour commencer, je veux voir si tu as travaillé ta tête comme je te l’avais demandé. »

Hotaru se mit en début de diagonale en quatrième de position ouverte, genoux demi-pliés pour préparer le piquet qui l’amènerait en demi-pointe tandis qu’elle tournerait sur elle-même, avançant dans cette curieuse allure incisive et tournoyante. Le corps de la raenne sembla tout d’un coup comme se détendre et se retendre aussitôt, la danseuse concentrant ses forces et son énergie pour exécuter les tours. Shiroyume se matérialisa alors entre ses mains, elle entama son saut pour retomber lourdement au sol tandis que Dadjeel venait de lui crier de s’arrêter, il avait l’air furieux.

« Qu’est ce que c’est que CA ? » pointa-t-il du doigt, désignant les magnifiques chakrams lumineux dont s’échappaient des papillons irisés. Un peu interloquée, Hotaru répondit dans un souffle. « C’est Shiroyume. » comme si ça tombait sous le sens. Dadjeel avait déjà vu les chakrams mais effectivement, il ne les avait pas vu dans leur version améliorée par les bons soins d’Isaudorel.

La colère de l’homme éclata alors. « Tu te fous de moi ? Tu te crois où là avec tes chakrams à la con ? Au spectacle ? Tu crois quoi ? » Il lui arracha les chakrams des mains, la raenne était bien trop sidérée pour faire le moindre geste. « Qu’est ce que je t’ai appris Crevette ? Mmmh ? » Le visage de Dadjeel vint se mettre à quelques toises du sien. « Ce n’est pas l’emballage qui fait le danseur. C’est son mental. » Il toqua contre le front d’Hotaru. « Sa capacité à ressentir. » Le doigt poussa sur l’emplacement du cœur. « Et des tripes. » Le ventre subit à son tour le même traitement. « Tu rappliques dans mon cours avec tes armes de pétasse et tu crois quoi ? Que t’es danseuse de Thavnair confirmée ? Tu as besoin de ça pour te sentir une grande fille ? »

Au fur et à mesure de la diatribe, les cheveux blonds venaient cacher le visage de la jeune femme qui baissait la tête et les épaules. C’étaient autant de coups qui pleuvaient sur elle et en cet instant, elle se sentait terriblement seule, nulle, incapable.

La main de Dadjeel vint alors emprisonner le menton pointu de la raenne et il lui fit relever la tête pour croiser le regard mauve de noyé que l’eau des larmes emplissaient déjà.

« Relève moi cette tête, petit, bolide et défie moi l’univers tout entier comme tu sais si bien le faire quand je te mets en rogne. Fais-moi monter cette émotion en toi et danse la ! Tu n’as pas besoin de tout ça crois moi. Tu peux danser avec un sac de jute sur le corps et avec des chakrams en bois s’il le faut. » La colère de Dadjeel retombait déjà et ses mots se faisaient plus calmes. « Ne laisse pas le paraître décider pour toi. Danse Crevette, danse vraiment, arrête de vouloir tout le temps plaire. Fais-toi détester. Fais-toi haïr. Fais-toi aduler. Mets-les à genoux, domine-les. Mais ne me reste pas dans ce délire de qui sera la plus belle pour aller danser ou je t’éjecte de mon cours, c’est compris ? On reprend. Diagonale. Tours fouettés. »


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Comptoir de Svarna, Thavnair, à proximité de Yedlihmad.

"Va-t-on se regrouper pour les premières commandes du matin ? »

Maru l’Arkasoara était le principal interlocuteur des apprentis glaneurs et de l’hippochar qui leur avait était attribué. La tâche était simple : Maru et ses assistants organisait toutes les courses d’hippochar, les centralisant dans ce petit centre névralgique à côté de Yedlihmad. Chaque matin, la liste des choses à glaner était réactualisé en fonction des demandes de la journée. Ainsi, ce matin, il fallait prioriser la récolte d’huile de palme, afin de fabriquer des pâtisseries à destination des travailleurs du Grand Œuvre. Levant la main et notant dans son carnet, Hotaru prit en charge la commande. Les palmiers et leur essence n’avaient plus de secrets pour elle depuis ces derniers jours, elle savait exactement où aller récolter. A cet exercice, il fallait être malin, rapide et surtout ne pas se laisser dépasser par les déplacements incessants ou la pression de la tâche. Thavnair était aussi loin d’être une région sécurisée et les nombreuses créatures sauvages y rôdant, ne facilitait pas toujours le travail de ces récolteurs et le rendait dangereux même. Sur certaines missions, il n’était pas rare qu’un garde les accompagne pour les assister sur d’éventuelles échauffourées.

Les tests dureraient une semaine durant laquelle leurs compétences seraient mises à l’épreuve, étudiées et où seulement la moitié d’entre eux resterait. La politique du recrutement des glaneurs, sous la demande, s’était durcie un peu et en devenir un n’était plus aussi facile. La spécialisation en fleurs d’Hotaru été ici reconnue, elle était envoyée en priorité sur la récolte de ces essences dont elle savait tirer l’extrait sans abîmer les stocks puisque permettant la repousse. La raenne se souviendrait de la récolte d’anémones de mer rouges qui l’avait obligé à plonger en bord de mer, couteau entre les dents pour trouver la ressource précieuse après les explications éclairées de Meleth.

La journée, elle glanait ; le soir, elle dansait et puis elle essayait de trouver le sommeil, courbatue, épuisée, traversée encore par les échos désagréables de la dernière lune noire dont les effets avaient été particulièrement dévastateurs. Ce fut une semaine longue et difficile pour Hotaru. Sa faible constitution sans arrêt malmenée et accusant des limites très vite, la jeune femme avait tout misé sur le mental et sa capacité de résilience. Les dents serrés, l’air buté, ne prononçant pas plus de cinq phrases par jour, elle s’économisait sur tout et surtout dans son rapport avec les autres.

Hotaru adorait Thavnair, c’était une terre où elle se sentait particulièrement à l’aise et à l’unisson avec les gens qui y vivaient. La raenne, très désavantagée dans les situations sociales, s’épanouissait parmi ces gens pour qui l’émotion était un quotidien de vie et dont l’empathie, la gentillesse et surtout la prise en compte d’autrui l’étonnait et la ravissait à chaque fois. Ici, la jeune femme n’avait pas l’impression d’être en décalage et sa sensibilité était non seulement acceptée et entendue mais réclamée, demandée. Quand Suin était venue la voir, profitant de son unique demi-journée de repos, Hotaru avait confié à son amie combien elle rêverait de s’installer ici parmi ces gens et de prendre exemple sur eux.

Bien qu’amenuisant des forces déjà faiblardes, la raenne, contre toute attente tint bon, remplit son rôle et cela s’avérant payant. Le dernier jour, tandis que son retour était programmé en vue du concert de Lunaris au Blues Chocobo, Maru en personne lui remit un parchemin avec un beau sceau officiel.
C’était terminé, elle était officiellement désignée comme glaneur et affiliée au poste de Yedlihmad. La première phase du projet des Relai de la Luciole se voyait ainsi concrétisée. La jeune femme avait désormais un pied dans la place et petit à petit elle voyait se rapprocher l’opportunité de pouvoir, un jour, acquérir un de ces fameux hippochars dont, elle n’en démordait pas, elle avait vu tout le potentiel. Bien qu’à bout de forces, la raenne se sentait fière d’elle et prête à rentrer à la maison.
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Re: [Hotaru Tenshi] Chronique d'une danseuse de Thavnair

Message par Scàthach » 22 sept. 2022, 12:44

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L'HEURE DES LOUPS
Était-ce cette rencontre inattendue et inachevée ou les conséquences de la lecture de cet étrange livre ? Peut-être la saison ou tout simplement que le moment était venu.

Tandis que les portes de l’équinoxe d’automne s’ouvraient lentement pour faire la transition entre la période lumineuse et sombre, Hotaru sentit en elle monter un étrange appel, un appel vieux comme le monde et pourtant si particulier. En elle montait sourde, cette pulsion irrépressible. Tout en elle explosait en une douleur qui lui comprimait le bas-ventre, faisait battre plus vite son cœur, faisait taire pour une fois son esprit analyste et rationnel pour laisser place à l’instinct, la concentration, le désir, la pulsion pure de mort.

« Maintenant. Maintenant. C’est maintenant, maintenant, maintenant! Maintenant. Maintenant. C’est maintenant.» chuchotait cette petite voix qui la rendait folle. N’y tenant plus, elle fit quelques provisions de potions à Gridania, les dents serrées, répondant de manière monosyllabique au professeur Avelaine qui n’insista pas : crépusculaire lui-même, il n’était pas totalement étranger aux affres de ces humeurs sombres et mélancoliques mais se sentait quelque peu étonné de retrouver de pareilles caractéristiques chez son élève.

En fin de journée, elle quitta Gridania par la porte sud pour y retrouver Kuro, son hanyo qui l’attendait, celui-ci ayant établi son territoire de chasse près du don d’Urth. Le jeune loup noir avait repris sa liberté depuis peu, Hotaru ayant refusé de le voir grandir dans le monde des Hommes et la forêt de Sombrelinceul s’était naturellement imposée comme premier choix. Néanmoins, cette solution ne s’avérait que temporaire pour l’animal qui avait déjà attiré l’attention des vigiles sombres, quelque peu inquiets de voir débarquer un super prédateur dans son genre dans une forêt dont l’équilibre déjà peinait à s’instaurer. Hotaru le savait, tôt ou tard, il faudrait trouver une autre solution pour que le jeune loup noir puisse s’épanouir en toute quiétude et liberté.

Empoignant la fourrure du loup, la raenne se jucha sur son compagnon. Ce n’était pas un hasard si Kuro se trouvait au sein de la forêt de Sombrelinceul, Hotaru l’y avait installé afin qu’il se familiarise avec l’environnement si particulier de ce lieu afin qu’il soit parfaitement opérationnel lorsque la traque commencerait. Car c’était bien de cela dont il s’agissait, d’une traque féroce et impitoyable qui ne pourrait se solder que parla destruction de la proie ou des deux chasseurs, ni plus, ni moins. C’est ce que cet équinoxe exigeait, que le sang se verse dans l’humus encore chaud de l’été mais dont les premiers ruissellements humides amenaient la pourriture et faisaient tomber les feuilles des arbres.

Hotaru n’était pas une chasseresse, loin de là même. Mais Kuro, lui, était un redoutable prédateur et ses sens aiguisés tout comme son instinct de traque seraient essentiels pour ce qui allait suivre. Ce furent deux jours épuisants durant lesquels la femme et l’animal écumèrent en long et en large la forêt, remontant vers le nord-ouest, loin, très loin, là où forêt et neige se collisionnent, là où la forêt de Sombrelinceul refuse d’abdiquer face aux neiges éternelles du Coerthas. Leur proie semblait insaisissable, immatérielle et on n’était pas si loin du compte. Mais enfin, au soir du deuxième jour, un hurlement lugubre s’éleva, non loin d’eux, signifiant que la bête était sortie, enfin, répondant enfin aux multiples appels que la raenne, par ses danses et son tissage, avaient fait résonner tout au long de la traque.

Plein de fougue, Kuro se campa sur son arrière-train pour répondre à son congénère, le défiant de toute sa superbe de loup adolescent et couvrant la petite voix grave qui s’était joint à lui.

« Ahouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu… ».

C’était l’heure du loup et la forêt se taisait, laissant les deux adversaires se répondre et se défier dans un rituel de hurlements. Kuro était certes un hanyo mais il était jeune, inexpérimenté. Il était déjà imposant, presque aussi haut qu’Akio mais son allure dégingandée, ses hautes pattes pour un corps encore trop mince et pas assez râblé trahissait son jeune âge. C’était pour lui sa première véritable chasse et il s’y était lancé avec toute l’innocence et toute la détermination propre à la jeunesse et à l’inexpérience.

Au troisième soir, une brise glacée soufflait entre les arbres, amenant parfois quelques flocons égarés qui avaient osé braver la frontière disputée entre les sombres silhouettes des arbres et les premiers reliefs rocheux et enneigés du territoire ishgardais. Il faisait très froid sans doute mais Hotaru ne semblait pas le ressentir, beaucoup plus sensible aux énergies présentes qui venaient s’entrechoquer en un ballet confus et oppressant.

Empoignant son petit tambour, Hotaru commença à jouer, sa voix s’élevant entre les arbres, elle entama un chant guerrier, invoquant l’esprit de Frère Loup pour venir présider à la curée qui allait suivre. La raenne tapant inlassablement sur la peau tendue sentait déjà les effluves du Cauchemar converger vers la clairière dans laquelle elle se trouvait vers Kuro, attirées ici comme un aimant par les paroles invocatoires et impérieuses du chant.
♪ Mie suusi suurin – Je suis l'esprit du Loup
Mie suusi suurin – Je suis l'esprit du Loup
Suveks syömää – Un loup pour les dévorer tous
Mie suusi suurin – Je suis l'esprit du Loup
Suveks syömää – Un loup pour les dévorer tous
Muut lampaaks lautsan alle - Les autres ne sont que des moutons dans leur pâture
Mie suusi suurin - Je suis l'esprit du Loup
Mie karhu kankahalla – Je suis un ours dans la bruyère
Miun veret pieälimmäisinä - Mon sang prime sur tous les autres
Mie suusi suurin - Je suis l'esprit du Loup
Suveks Syömään - Un loup pour les dévorer tous
Muut lauhtuoh lampahaksi -Les autres croissent pour devenir des moutons
Minä sudeksi - Moi j'ai choisi d'être un loup ♪
Et tandis que la voix de la jeune femme partait en vocalises éthérées il fit son entrée dans la clairière, majestueusement monstrueux, roulant ses muscles de manière presque féline. On ne distinguait rien de sa tête, emprisonnée dans un casque lisse argenté qui laissait deux tentacules d’un bleu glacé dépasser là où des crocs auraient dû se trouver. Car il n’était pas tout à fait un loup, mais il en avait toutes les caractéristiques. L’échine et les babines hérissés, Kuro s’avança à son tour pour venir à la rencontre de l’apparition. Il semblait minuscule et frêle à côté de la silhouette massive de son adversaire. Dans les mains de la raenne, Shiroyume se manifesta sous forme de chakrams et déjà, les pieds légers s’élançaient pour esquisser les premiers pas de la danse de combat.

Avant de se mettre en mouvement, Hotaru vérifia que le petit sac de cuir qu’elle avait à la ceinture était bien accessible et à portée de main, le succès de son entreprise résidant dans cette poudre qu’elle était allée chercher auprès de son professeur. « Cette poudre est capable de corroder tous les métaux » lui avait-il assuré de son habituel ton docte et compassé. « Même ceux issus de la forge élémentaire éthérée ?» s’était inquiété Hotaru. « Même celui-ci mademoiselle » lui avait-il indiqué « toutefois, c’est une poudre de contact qui doit être soigneusement répandu sur le métal en question. " Avec appréhension, la raenne s’était demandé dans quelle mesure elle pourrait «répandre avec soin » cette poudre en plein combat sur un monstre déchaîné mais c’était la seule option viable dont elle disposait, alors il faudrait faire avec.

Les deux animaux se jetèrent l’un sur l’autre et le choc fut effroyable. Armé de ses seules griffes et crocs, Kuro ne faisait pas le poids et la jeune femme le savait, son compagnon devait l’occuper tandis que le regard mauve guettait l’ouverture, perdue, chaque coup assené au loup noir résonnant dans sa propre poitrine.

« Maintenant ! » cria-t-elle comme pour mieux s’en convaincre. Une glissade en avant, elle esquiva un coup de dent de Kuro et, se saisissant de la poudre, la déversa en un geste vif sur le casque argenté et lisse du monstre de cauchemar qui, un instant décontenancé, recula, indécis. Les deux combattants se jetèrent alors dans la mêlée et les chakrams s’envolaient, venant percuter à une vitesse folle le casque, non pas en des coups puissants mais précis, rapides dans le style déjà affirmée de la raenne. Inlassable, elle concentrait toutes ses attaques sur cette relique maudite qui ornait le crâne de la bête. Le temps semblait s’étirer à l’infini et déjà la femme et son loup faiblissait, tandis que l’herbe verte de la clairière se teintait de rouge, celui d’un jeune loup dont un hurlement déchirant indiqua qu’un coup avait largement porté.

Pleurant, hurlant, Hotaru ne se laissait pas abattre, tournoyant encore et encore, jetant ses chakrams en des attaques maintenant désespérées tandis que le monstre lui, ne semblait accuser aucune faiblesse, aucune fatigue, aucun ralentissement, prenant un malin plaisir à déchiqueter le jeune mâle qui était venu le défier.

Et puis soudain, tout bascula, un battement de cil, tout se figea.

La bête éjecta Kuro contre un arbre en une ultime attaque et le petit loup ne bougea plus, vaincu. Le regard bleu glacé se tourna alors vers la petite silhouette diaphane, on sentait presque son excitation. Les chakrams s’envolèrent une fois de plus, venant une énième fois percuter le casque. Un craquement et une fumée violette-noire entoura le monstre tandis qu’enfin l’armure maudite cédait. Mais une patte aux griffes comme des rasoirs balaya en même temps devant lui et, dans une gerbe carmine, Hotaru fut violemment projetée en arrière, non loin de Kuro en un amas de chairs ensanglantées et vaincues elles aussi.

Dans un voile de souffrance, Hotaru leva la main vers le monstre en un geste dérisoire puis la petite main retomba, inerte.

Il était tout juste minuit et les portes de l’équinoxe d’automne s’ouvrirent totalement, amenant avec elle le temps du Pourrissement et de l’introspection.
Sans se douter de la tragédie qui se déroulait ici, bien plus loin, une petite silhouette venait de se matérialiser dans un village pris dans les glaces…
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