[Chronique] Wiloh

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Getaku Ika-Chan
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[Chronique] Wiloh

Message par Getaku Ika-Chan » 15 mars 2019, 03:10

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C'est injuste. Pourquoi la vie me tire-t-elle toujours vers les abîmes de la solitude ?
J'avais pourtant tout fait dans l'ordre. Pourquoi Azeyma continue-t-elle à s'acharner sur moi ?
Il est parti. Comme tous les autres. Et je suis de nouveau seule. Je suis faible, impuissante, je n'arrive jamais à garder mes proches en vie. Peut-être faut-il que je cesse de m'attacher pour sauver des vies ? Est-ce là le destin que me réserve les juges de nos pitoyables vies fragiles ? La solitude éternelle ?

Je ne veux pas y croire. Il m'aurait convaincu du contraire. Il m'aurait rassuré que tout n'est qu'un hasard, la suite d'un fil de coïncidences. Il m'aurait caressé la joue tout en me disant cela. Il m'aurait offert un de ces plus beaux sourires dont il avait le secret. Il aurait poursuivi son discours en m'enlaçant pour me réchauffer. Mais il n'est plus que froideur. Il aurait embrassé ma tempe d'une douceur infinie et m'aurait encourager à garder le goût de la vie. Alors qu'il en est désormais dépourvu.

Comment dois-je avancer maintenant alors que je sens mon corps aussi vide qu'une coquille, aussi froid que l'eau de mer qui me l'a arraché ? Je ne peux sauver les autres... Mais peut-on me sauver ?

Je n'ai plus de force. C'était le coup de grâce. Regardez-moi : pathétique, je n'ai plus de larmes pour déverser ma peine, je n'ai plus de voix pour exprimer ma colère, je n'ai plus de sourire pour espérer vivre dans la joie.

Je crois que je les envie. Ils sont bien là-haut, tous ensemble, en paix, tandis que moi je suis toujours au plus bas, tourmentée par la solitude et les sentiments qui me laissent un goût amer après leur départ à chacun. Et moi, pourrais-je trouver la paix...? Faut-il que j'en arrive à réaliser l'acte ultime ? Serait-ce réellement une fatalité ?
Non. Je ne dois pas penser ainsi. Tous, ils m'en voudraient. Ils souhaiteraient que je vive pour eux. J'aimerais tant leur rendre l'honneur qu'ils méritent, leur partager mes sentiments les plus sincères envers eux, mais je n'en ai pas la possibilité. Je ne l'aurais plus jamais.
Et puis, je baisse le regard et ma vision change absolument.

Parmi tout cette obscurité qui envahit mes pensées, une petite lumière, un miracle persiste et s'accroche à la vie. Notre enfant. Malgré la douleur physique et mentale que j'ai pu subir, il survit, il se bat, il veut vivre. Il le doit. Pour moi, pour son père, pour lui. J'aurais pu créer quelque chose de beau et durable au moins, je dois m'en réjouir. Un tout petit être se développe en moi telle une fleur qui n'attends qu'à éclore et scintiller grâce aux larmes et aux sourires ensoleillés du matin.
C'est à ce moment-là que je réalise enfin... Je ne suis pas seule, et ne le serais plus jamais. J'ai cette chance d'abriter la vie en mon sein, et il est de mon devoir de la faire perdurer. Je dois me battre. Je dois me relever. Plus personne n'aura à se sacrifier pour moi, pour les autres. C'est à mon tour de prendre soin de cet être, le plus cher à mes yeux. C'est à moi de reprendre le flambeau. Je ne dois plus compter sur les autres, il n'y a plus que moi. Il n'y a plus que nous. Il n'y a plus que vous.

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Getaku Ika-Chan
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Re: [Chronique] Wiloh

Message par Getaku Ika-Chan » 20 mars 2019, 14:37

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Le temps des remords est révolu. Il ne pourra y avoir de la place pour les regrets, en aucun cas je ne dois m'instaurer des obstacles à moi-même. La vie continue, c'est dur à le comprendre, à accepter de la passer sans lui mais je vais avoir besoin d'encore un peu de temps...
Cela va bientôt faire une lune qu'il n'est plus des nôtres, et son absence demeure terrible et insupportable tant il laisse un vide en moi. Je crois que je suis fin prête, mais je crois surtout que je désire rencontrer celui pour qui il s'est sacrifié. Il doit forcément en valoir la peine. Elle aussi, l'a fait, pour moi. Je doute encore que cela en valait le sacrifice, mais la vie continue. Je pense que nous devrions tous nous pardonner à nous-même d'être le fruit d'un choix aussi fatal… Je me demande si moi aussi j'en serais capable un jour, pour une personne qui aura une grande valeur à mes yeux le jour où je devrais faire face à un tel dilemme. Vivrais-je dans le regret éternel, ou mourrais-je dans l'honneur ? La vie peut être si courte, si longue, si belle, si affreuse...

Je prends conscience plus qu'auparavant de cette chance de pouvoir assister encore à la vie qui m'entoure. Le vent secoue mes cheveux, signe de souffle de vie, l'eau ruisselle dans un charmant bruissement, signe du temps qui file à son propre rythme, la faune chante un hymne à la vie, la flore danse sous le flot des biens offerts par la nature. Tout est si beau. Je suis si morne.

J'admire chaque chose qu'il nous est possible d'atteindre. Le progrès et l'harmonie entre chaque être, le sentiment de fraternité qui nous unis tous contre un ennemi commun. Je n'ose pas m'avancer malgré l'espoir, je me sens comme une simple feuille fébrile qui flotte selon un chemin imprévisible déterminée par des êtres extérieurs. Parfois semé d'embûches, d'autres fois ensoleillé de joyeusetés, chacun file son propre chemin. Tout est unique, tout est un, un est chacun. Une phrase qu'elle aimait bien prononcer en fixant droit devant elle, vers son avenir. Par moment, je me demandais si elle en connaissait la finalité...

Quoiqu'il en soit, je profite, je ne m'isole plus, je ne survis plus, je vis. Pour ma mère, pour Elianh, pour Raramun, pour mon enfant mort-né, pour Thay, pour Lila et pour mon bébé à l'avenir rayonnant de par son courage et sa lutte à survivre. Sveliannah ou Evan, nous avions choisi ces noms. Et peu importe lequel il sera, je serais la seule à pouvoir lui offrir tout l'amour dont je dispose et qu'il mérite, et le guiderait tel le bourgeon qu'il sera, telle la feuille mature que je suis, sur le chemin que sera sa vie.

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Re: [Chronique] Wiloh

Message par Getaku Ika-Chan » 23 mars 2019, 14:43

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Je recommence tout à zéro. J'ai quitté tout ce qui me raccrochait au passé, pour mieux continuer ma lutte. Je suis partie de notre foyer pour m'en construire un nouveau, en attendant je loge dans mon appartement à la Lavandière pour me sentir bien dans mon cocon qu'est mon chez moi. Je suis partie de mon travail pour ne plus me sentir obligée de devoir revenir en Noscea, toujours plus proche de cette mer qui m'a arraché les êtres les plus chers à mes yeux. Je m'en trouverai un nouveau lorsque je serais en meilleur état, et d'un autre ordre que celui du service en établissement public. Je débute même de nouvelles rencontres en sortant plus souvent le soir pour prendre l'air, grâce à C'Kala ma mère adoptive ou Xynia ma sœur de cœur qui prennent soin de Lila pour me permettre de me ressourcer. Comment ne pourrais-je pas me relever face à tant de belles choses et tenir debout grâce à tout cela ?

Je me suis rendue à une taverne de chasseurs dans le quartier résidentiel de la Lavandière, un endroit vraiment charmant tant par l'ambiance qui y règne que par ses occupants. J'y ai fait quelques rencontres d'un soir, sans même connaître les noms. Je m'étais installée à un tonneau en guise de table, assez rustique avec les murs de briques et le bois sombre du parquet, mais cela reste très agréable. Je pense que si je n'étais pas enceinte jusqu'aux dents, ces femmes ne seraient pas venus à ma rencontre et me proposer un meilleur confort en faisant apporté un fauteuil à un serveur. De nature, j'aurais râlé pour autant d'attention, je ne suis pas une femme désespérément en besoin d'aide pour quoique ce soit, je sais me débrouiller seule, et m'adapter. Or c'est bel et bien le cas, actuellement je me sens comme une femme démunie , ayant cruellement besoin d'assistance pour me relever petit à petit de cette épreuve que je traverse. J'avais presque l'impression d'être une autre personne à ce moment-là, entourée de personnes inconnues mais dont les discussions étaient vraiment amicales. Peut-être que je ne les reverrais jamais, mais simplement partager une soirée en bonne compagnie aura suffit à me réjouir et à me faire oublier même qui j'étais réellement el temps d'une soirée. J'ai même été entraînée pour danser, et cela m'avait fait un bien fou, il y a si longtemps que je ne m'étais pas défoulé ainsi. Je m'y suis rendue à plusieurs reprises par la suite pour toutes ses raisons qui rendent cet endroit plaisant à chacune de mes visites.

Juste faire des choses nouvelles qui sont pourtant banales, mais qui ne m'étaient pas arrivées depuis des lunes, me réjouit suffisamment. Cela me permet d'apprécier encore plus la vie pour toutes ses petites choses, et j'aimerais la partager avec les personnes que j'aime également. Danser, parler avec des étrangers, sortir dehors se promener et consommer dans une taverne, ou juste regarder le monde qui se déroule devant nos yeux. Que faut-il de plus ?

Mais... Malgré tout cela, je demeure encore perdue. Toujours à la recherche de la place que je dois occuper en ce monde serein par sa simplicité, sans lui, sans elles, de mon rôle à jouer de par mes nouvelles responsabilités. Tout ce que je sais, c'est que je suis une survivante, je suis toujours debout et j'ai encore bien des combats et des défis à accomplir pour l'avenir, le mien, le leurs.

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Re: [Chronique] Wiloh

Message par Getaku Ika-Chan » 29 avr. 2019, 19:58

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Je me suis rappelé de ce mystère à résoudre que nous avions reçu avec Thay il y a quelques lunes, alors que Lila était restée calme grâce à son attention attirée par le tintement de la boîte à musique qui ornait sur ma table de chevet. Je me rappelle que Thay voulait vraiment m'aider à comprendre cet objet qui m'avait tant troublé... Cette broche en forme de papillon, incrustée de pierres précieuses, je l'avais offert à mon premier amour, Elianh, tandis qu'elle m'avait offert cette boîte à musique qui renfermait tout autant d'intrigue que le retour de ce cadeau... Elle le portait le jour de sa mort, alors qu'elle coulait au fond des eaux sombres.

Je me suis torturé l'esprit des jours durant pour essayer de comprendre comment cela pouvait être possible. Était-ce une mauvaise blague ? Une réplique ? L'authentique modèle que j'avais créé ? Pourquoi l'avais-je reçu ? Comment et qui me l'a envoyé ? Rien ne pouvait être un hasard, la personne qui me l'a envoyé savait pertinemment qui je suis, et quel est mon lien avec cet objet. Tout ça n'a rien de rassurant, toutefois je suis tiraillée entre la curiosité et le désir fou d'en apprendre plus, et le sentiment d'insécurité et de crainte pour mon enfant à venir. Devrais-je écouter mon cœur, mon instinct, ou ma raison ?

J'ai suivi mon cœur, à défaut de ma raison, je suis probablement encore trop attachée au souvenir d'Elianh... Il est si difficile de déterminer si j'éprouve des regrets face à cet attachement ou non.

Alors j'ai tout simplement contacté la personne la plus apte à m'aider puisqu'il l'avait déjà fait par le passé, et que par conséquent il connaissait presque toute l'histoire. J'avais laissé un message à l'endroit qu'il fréquentait le plus, de mémoire, pour lui donner rendez-vous à mon adresse à la Lavandière. Quelques soleils après, il est venu à ma porte. Eylion semblait changé depuis la dernière fois que je l'avais vu. Ce n'était pas réellement par plaisir que je le retrouvais, mais plus par nécessité. Je n'avais pas envie de perdre de la salive avec de nouvelles personnes concernant mon histoire avec Elianh, de plus, il était le mieux placé pour connaître cet étrange aspect de magie qui rôde autour d'elle depuis toujours, et encore maintenant avec cette broche.

Je lui ai donc expliqué la situation, la réception d'un colis dont l'expéditeur était anonyme, et dont le contenu était des plus troublants. Il m'a posé de nombreuses questions, et m'a avoué que cela lui faisait pensé à la boîte puzzle du premier événement auquel il m'a... aidé. Il a même émis l'hypothèse qu'une personne en aurait fait une copie, mais nous étions d'accord sur un point : personne dans mon entourage n'avait en connaissance un tel détail concernant ma relation avec Elianh. Avec ma permission, il a finalement entrepris une analyse de l'éther qui se dégageait de l'objet. Tout ce que j'ai pu observer, c'était Eylion qui avait l'azur grand ouvert et qui s'est mis à parler en s'adressant à son interlocuteur sous le nom de Elianh. Ce n'est que lorsqu'il est revenu parmi nous que j'ai compris ce qu'il s'était passé lorsqu'il m'a expliqué avoir eu une vision d'Elianh qui lui confiait un message. Il m'a confié son inquiétude quant au mystère qui tourne autour de l'objet, et du danger qu'il peut représenter. Malgré cela, je souhaitais poursuivre, nous avons enfin un début de piste, nous ne pouvons pas nous arrêter en si bon chemin... Dans sa main, un papier s'y était logée à notre étonnement, et sur lequel était inscrit le message suivant :

"Là où la foudre est la plus forte, mais aussi la plus magique, tu trouveras un chant qui s'élèvera dans les cieux pour te guider sur la voie."

Eylion s'était retrouvé dans une vision où il m'incarnait en plus jeune où il faisait face à Eylion qui lui partageait quelques paroles peu anodines. Dans le doute, je lui ai montré un portrait d'Elianh que j'avais préservé pour qu'il puisse me confirmer ou non son identité. J'étais réellement sous le choc, et mes larmes menaçant de couler obstruaient ma vue... Le message m'était destinée d'après Eylion. L'émotion, les hormones et l'incompréhension m'ont fait perdre le contrôle de mon propre corps le temps de quelques instants jusqu'à ce que je reviennes à la raison. Il a continué de me décrire sa vision - qu'il ne semblait pas pouvoir visionner de nouveau - qui s'était déroulée dans un lieu qui me paraissait inconnu à la description : un lieu au ciel dégagé d'automne, un sol recouvert d'eau dont quelques mottes d'herbes dépassaient ici et là. Cela pouvait être tout et n'importe quoi, et rien, à part ce papier ne nous menait sur la suite d'une potentielle piste à ce mystère. Mais il ne s'agissait pas de la seule chose surprenante qui aurait eu lieu. Elle aurait parlé d'un "Devoir Inachevé" pour lequel elle comptait sur moi pour en reprendre le relais grâce aux enseignements qu'elle m'avait prodigué. "Retrouve-moi, comme tu as toujours su le faire.", il ne pouvait s'agir que d'elle, mais alors...

Les questions se multiplient et les réponses se divisent. Tout se retournait dans mon esprit tourmenté, tels mes pas qui chevauchaient en un cercle infini dans mon salon. Eylion me sortit de mes songes et ses paroles parvinrent à me ramener sur terre : Il fallait rester méfiant en cas de piège, tant que l'on ne connaît pas l'objectif de l'expéditeur. Je détestais qu'il ait raison, et encore plus que j'avais besoin de son aide, mais je dois l'admettre. Il me sera d'un grand soutien durant l'enquête. Je me suis creusé les méninges pour essayer de comprendre le lieu indiqué par le message, Eylion a tenté de m'aiguiller avec des hypothèses sur l'importance du lieu à nos yeux. Je me souvenais qu'Elianh voyageait beaucoup, faisant partie d'un Clan Lunaire nomade. Elle me racontait toutes ses péripéties, des plus ennuyeuses aux plus loufoques durant des heures jusqu'à ce que le Crépuscule fasse son apparition. "Là où la foudre est la plus forte, mais aussi la plus magique, tu trouveras un chant qui s'élèvera dans les cieux pour te guider sur la voie.", qu'est-ce que cela pouvait être...? Foudre... Forte...Magique...Chant... La seule chose qui me vient à l'esprit est Ramuh, le Primordial de la Foudre et du Peuple des Sylphes. Je ne vois que cela pour "la foudre la plus forte et la plus magique". Les Terres Sylves sont sûrement notre prochaine destination, mais je peine à me souvenir de son voyage en ces lieux... Peut-être me souviendrais-je des détails plus tard, je me rappelle seulement qu'elle était agréablement surprise par une découverte amusante et étonnante là-bas. Nous verrons bien, mais j'ai indiqué à mon partenaire d'enquête improvisé notre prochaine destination. Malgré quelques nouvelles protestations de sa part concernant mon état physique, nous nous sommes mis d'accord pour qu'il compose une équipe afin de me protéger en cas de mauvaises rencontres durant l'enquête.
* ~.~.~.~.~ * ~.~.~.~.~ *
Quelques jours plus tard, Eylion avait réuni une équipe complète composée d'un Raen élémentaliste, et d'une Solaire épéiste. Nous nous sommes rapidement présentés puis ils m'ont posés quelques questions sur cette affaire et mes intentions. Je ne leur ai absolument rien caché, hormis le fait que je n'ai pas précisé davantage mon histoire avec Elianh, je ne tenais pas à me montrer de nouveau faible... Nous nous sommes tous préparés pour une expédition direction les Terres Sylphes, et avons traversés Gridania et la Forêt de l'Est sur une barque. Je ne m'en croyais pas capable, je m'étais éloignée initialement de la Noscea pour éviter toute proximité avec l'eau dont j'en suis angoissée, et pourtant, me voilà bel et bien sur une barque en train de naviguer sur les eaux tranquilles et claires de Sombrelinceul. Eylion et Kyuuji le Raen sont allés dans une barque à part devant nous, et J'reya, la Miqo'te qui pagaie, me fixe tout en me parlant malgré une tension qui demeurait lourde dans l'air, qui avait le don de me mettre encore plus mal à l'aise que je ne l'étais déjà.

La traversée aurait pu être rapide et j'aurais enfin retrouvé mes pieds sur la terre, mais il a fallu qu'un élémentaire d'eau corrompu interrompe notre petite balade en nous attaquant. L'éther ambiant s'est condensé pour donner naissance à cette aberration entre nos deux barques, et s'est mis à nous agresser à base de sort de magie d'eau assez violent pour pouvoir déstabiliser notre virée, faisant presque chavirer nos embarcations. J'reya et moi étions impuissantes face à la situation, aucune arme physique ne pouvait atteindre cette créature des eaux. Eylion a bien failli passer par dessus bord à quelques reprises, mais les deux mages sur l'autre barque ont tenus le coup et on réussit à affaiblir suffisamment l'esprit corrompu d'eau pour finalement le terrasser et le faire retourner à son état naturel. Les inquiétudes soulagées après cet incident, nous avons poursuivi rapidement notre voyage en barque jusqu'à accoster à la Jetée du Bosquet de la Forêt de l'Est.

Nous avons parcouru la distance qui séparait la Jetée du Bosquet jusqu'au Refuge des Sylphes où nous avons échangés quelques paroles avec les habitants pour obtenir leur permission de traverser leurs terres. Leur salutation atypique par la danse n'avait dérangé que les deux autres Miqo'te du groupe, mais leur participation nous devait être utile pour faire bonne impression devant les hommes-bêtes inoffensifs de la nature. Nous avons pu reprendre notre route avec une formation préparé à l'avance pour pouvoir me protéger devant et derrière moi, le danger rôde toujours dans ces terres peuplées aussi de Sylphes Subjugués.

En pénétrant dans la forêt plus profondément, les lieux se sont teints tels que cela donnait une ambiance peu rassurante et sombre. La présence du Primordial de la Foudre, Ramuh, se faisait sentir de plus en plus grâce à la charge électrique flottant dans l'air. Nous étions arrivés dans une clairière parsemée de hauts champignons fluorescents dont semblaient s'échapper des murmures aux paroles imperceptibles. Au centre face à nous, entre la cime des arbres était suspendue comme un cocon clos chargé en éther et retenue par un nœuds de lianes fleuries. Kyuuji ne se sentait pas en sécurité, et Eylion restait méfiant, et c'est en nous approchant de ces lieux que j'ai senti mon éther se gonfler et mon cristal d'âme de barde s'illuminer. J'avais la conviction que c'était un signe, que mon cristal me signalait que j'étais sur la bonne voie... Après tout, il appartenait à Elianh auparavant, mais n'avait pas briller pour elle.

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Mon intuition et mon cristal me murmurait de me rapprocher des champignons fluorescents, et d'établir un contact physique avec. Alors que je touchais de l'index le chapeau du champignon, les autres se sont mis à clignoter dans un rythme commun, déclenchant un son provenant de la plante suspendue, semblable à une note de musique sur un rythme en quatre temps. Nous avions eu du mal à comprendre, Eylion a supposé que je devais jouer la mélodie que nous avions composés avec Elianh, mais aucune réaction s'en était suivie. Nous étions tous un peu perdus... J'ai reproduit le son rythmé de la plante suspendue, et les champignons se sont mis à clignoter chacun à leur tour en produisant les sons identiques de la plante suspendue. Nous sommes restés de longues minutes à réfléchir, assez perplexe, avant de comprendre finalement qu'il fallait se servir des champignons comme de percussions pour répéter les différents rythme en quatre temps qui auront composé une musique plutôt harmonieuse. Une fois celle-ci entièrement recomposée, les lianes se sont mouvés pour laisser descendre jusqu'au sol le cocon clos, les champignons se sont alors complètement réduit par terre, et puis le silence, presque surprenant comme si on le redécouvrait après tant de minutes comblées par les sons produits par cette étrange flore, fait son apparition aussi glaçante que celle d'un spectre. Sous le conseil de la petite équipe, j'ai finalement reproduit la musique en entière, et l'éclosion d'une magnifique fleurs aux pétales rosées autour du cœur rayonnant de lueur de la plante.

Oreilles et cornes ont pu tous percevoir un chant auquel se mêlait les murmures des champignons, et dont la voix et les paroles étaient insaisissables pour nous. Mais Eylion semblait être le seul en avoir capté le sens, un brin perturbé. Le souffle d'éther que me procurait mon cristal d'âme s'épuisa, mais j'étais toujours perdue quant à la piste à suivre désormais dont seul Eylion en avait la clé. Il affirmait avoir entendu que la chanson parlait d'une Tour de Verre, au sommet duquel se dressait un jardin d'eau et d'arbres, où il m'attendrait des épreuves que seul "mon apprentissage" me permettrait d'être digne de les réussir avec aisance, et qu'au terme de celles-ci un grand Secret me serait dévoilé. Le trouble m'avait habité de nouveau et je n'ai pas fait attention au Lunaire qui s'approchait du cœur de la fleur, et se faire emprisonner le bras par les pétales qui se sont refermées telles une bouche autour de son bras. Au sol, les champignons qui s'étaient écrasés sur eux-même se sont soulevés du sol, et ainsi l'on a pu voir qu'ils faisaient partis d'un jeune tréant qui viennent former une protection de la fleur en l'entourant de leur corps. Grâce aux dons du Raen élémentaliste, tout s'est apaisé, les tréants sont retournés à la terre, et la fleur se mit à faner en libérant le bras meurtri du Lunaire, l'air évasif, il avait prononcé le nom d'Elianh. Il a avoué l'avoir revu, devant un géant cristal flottant dans la Mer d'Ether infini. Il avait même eu l'impression de pouvoir communiquer avec elle un court instant, et qu'elle l'avait regardé comme un intrus.

C'est alors que Kyuuji a émis une hypothèse à en faire froid dans le dos quant à ces visions... L'âme d'Elianh n'avait peut-être jamais rejoint la Mer d’Étoiles. C'était pour moi inimaginable. Non seulement, elle s'était sacrifié pour me sauver la vie et me permettre de gagner la liberté qu'elle estimait que je méritais, mais en plus, elle n'aurait jamais pu trouver la paix, rejoindre ses ancêtres, et n'aurait été qu'une âme errant dans la solitude, entre deux mondes inaccessibles ? Cela ne pouvait être qu'un cauchemar... J'avais suffisamment culpabilisé de sa mort, et m'étais consolé en pensant qu'elle serait désormais en paix alors que... Non, je dois me reprendre, il n'est pas question de faire une nouvelle chute ou mon bébé en ressentira des séquelles de par notre lien qui nous unit en tant que mère et enfant. Eylion a suggéré que nous devions rentrer après cette enquête aussi périlleuse que énigmatique, pour penser à tout cela à tête reposée. Le trajet du retour m'a semblé insurmontable, mon état psychologique était déplorable... L'idée de ce qu'a pu vivre Elianh m'est comparable à un goût de fer dans la bouche. Je n'ai pas fait attention lorsque nous sommes arrivés devant la porte de mon appartement, et qu'ils me suivaient encore tous à l'intérieur.

Et puis cette histoire d'une Tour de Verre... La seule fois dont je puisse me souvenir d'une quelconque Tour de Verre, c'était lors d'une histoire chantée qu'elle avait inventé, une pure fiction dont elle rêvait d'en voir la concrétisation. Mais il ne s'agissait que de rêves d'enfant à cette époque-là, nous étions encore si jeunes... Et les hypothèses fusèrent, visant tout et n'importe quel lieu, le Coerthas, le Mor Dhona, Allag... Ils ont conclu par une idée d'explorer la région et de se laisser guider par mon cristal, seulement cela prendrait des lunes de s'y prendre de cette manière. Eylion a ensuite proposé de réaliser quelque chose dont je n'avais jamais entendu parler, un sort magique qui permettrait de plonger deux personnes dans un sommeil durant lequel leurs esprits seront liés pour broder un rêve qui les représente sous la forme d'un Paysage onirique propre à chacun. Il souhaitait me transférer les souvenirs des visions qu'il avait eu de Elianh, qui m'étaient au départ destinées, il était persuadé que n'importe qui ne pouvait y avoir accès après tous les moyens employés pour garder ces informations cachées du monde. Il m'a rassuré face à mes questionnements et troubles concernant ce sort magique qui me paraissait étrange, et il a ensuite saluer ses camarades qu'il a invité à rentrer chez eux par rapport à l'heure tardive à laquelle nous étions revenus de notre expédition.

Nous nous sommes installés de façon à être le plus confortable possible pour cette drôle d'expérience, il m'a donné les instructions pour retrouver la Frontière entre nos Paysages Oniriques avant de se lancer dans une incantation complexe durant laquelle sa voix s'est mise à prendre de l'ampleur en profondeur et en volume. Les pages de son manuscrit se sont mis à tourner frénétiquement jusqu'à s'arrêter à une en particulière sur laquelle des symboles que je ne saurais définir s'illuminèrent. J'ai rapidement sombré dans un profond sommeil, entrant dans une obscurité totale avant qu'un paysage confus ne se forme sous mes yeux dont l'acuité s'était soudainement développée. Une étendue désertique défilait sous mon regard, et diverses édifices en pierre et cristaux corrompus étaient alignées les unes à côté des autres. Tout semblait en ruines, et chaque édifice me représentait sous différents âges, avec un cristal barde brillant de sa belle lueur verte au cœur des statues. Je suis restée ainsi à les observer pensivement, avant de me retourner vers une lisière qui se dessinait derrière moi, donnant sur un précipice et une mer d'étoiles infinie. Mon odorat s'était développé également, je ressentais non seulement les parfums imaginaires mais aussi des émotions qui provenaient des statues. Je cherchais péniblement un moyen de savoir si m'aventurer dans ce vide serait dangereux ou non. Je me suis mise à bousculer alors un cristal corrompue de mon corps devenu robuste, je savais qu'il s'agissait d'une rêve, et que je ne pouvais sûrement rien risquer à toucher quelque chose provenant de mon imagination. En le poussant dans le vide, j'ai pu constater que les lois de la physique étaient complètement inexistants dans un endroit pareil en voyant le cristal corrompu tomber au ralenti dans le vide avant de disparaître subitement, comme s'il avait traversé une membrane invisible dans ce décor surprenant.

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Je suis allée suivre la trajectoire du cristal, et durant un instant toute conscience d'un quelconque sens directionnel avait disparu : il n'y avait ni Nord, ni Sud, ni Ouest, ni Est, ni haut, ni bas. Je ne voyais que ce ciel interminable, puis enfin un sol dur et froid sous mes pattes. L'environnement s'était changé, le ciel étoilé n'était plus qu'un ciel, et j'étais dans un coin d'esplanade au milieu d'une bâtisse aux allures d'une Académie pour Mages. Et enfin, j'avais retrouvé dans cet espace Eylion, ou du moins différentes représentations de lui à divers âges en rien comparables aux statues inanimées de mon Paysage Spirituel. C'est à ce moment-là que je me suis rendue compte que notre apparence aussi s'adaptait dans cette Vision étrange, je n'étais plus la Wiloh que je connaissais, mais un majestueux Coeurl au pelage noir de jais, j'ornais également un ventre arrondi dans lequel se développait mon petit. Je me sentais gigantesque, et puissante, face à des Eylion tous dans un état déplorable : Un Adolescent au sourire cynique et au regard d'une lueur presque démoniaque, un Adulte aux airs austères, un Enfant aux yeux d'azur emplis de larmes surnaturelles et d'une innocence dont je me suis éprise d'une empathie maternelle, et enfin une Carcasse au bord de l'état de charogne en décomposition. Tout cela, dans une ambiance lumineuse morose qui assombrissait les lieux d'une manière inquiétante.

En me voyant, l'Enfant, l'Adolescent et l'Adulte ont échangés quelques mots concernant la raison de ma présence en ces lieux, peu visité d'après ce que j'ai pu en retenir. L'Adulte avait demandé à l'Enfant d'aller chercher les souvenirs des visions d'Eylion, et pendant que celui-ci était absent, je me suis approché pour sentir ce qui se dégageait de l'Adolescent : Du cynisme, de l'amertume et de l'égocentrisme. Un visage plus ou moins surprenant venant du Eylion que je connaissais dans la réalité. L'Adulte arborait un parfum d'austérité, de droiture et de douleur, des aspects qui ne me paraissaient pas vraiment nouveau dans le fond. La Carcasse était couverte d'une multitude d'odeurs qui se confondaient entre elles tant elles étaient nombreuses et difficiles à décrypter : fierté, droiture, cynisme, espoir, désespoir, blessures, égo, rage. Cette version de lui était des plus étranges et inquiétantes d'autant plus que son apparence était vraiment repoussante au point d'attirer des regards méprisants de la part de ses autres versions.
L'Enfant revint après un moment durant lequel je m'étais simplement assise à observer chacun d'entre eux, près de la Carcasse pour laquelle je ressentais une empathie étrangère. Le jeune Miqo'te portait entre ses mains une sphère de lumière dorée et me le tendit comme une offrande, de son sourire chaleureux contrastant avec les larmes qui coulaient en continue sur ses joues. La sphère s'est fondu en moi dès lors que j'ai établi un contact avec, et une avalanche de souvenirs de Eylion, avec toutes les visions de mon Elianh m'adressant ses messages. Je peinais à l'écouter sainement, l'émotion m'envahissant en revoyant l'image de cette adolescente que j'ai tant aimé. Je sentais les forces de mon corps m'abandonner alors que mes émotions prenaient le dessus, je crois que l'Enfant l'avait ressenti puisqu'il m'a étreint entre ses bras. Il m'a fallu quelques minutes pour m'en remettre doucement, chacune des versions d'Eylion m'encourageait à sa façon quant au bon déroulement de l'enquête et à la résolution de tous ces mystères, peut-être même retrouver Elianh. Une dispute a commencé à germer entre l'Enfant et l'Adolescent, et pour préserver l'équilibre précaire de ces lieux, l'Adulte a dû intervenir pour les stopper et me demander de repartir maintenant que j'avais ce qu'il me fallait.

Mon retour dans mon Paysage onirique s'est déroulé tranquillement, bien que mon esprit était encore troublé par les émotions ressenties à travers les visions d'Elianh, la seule, l'unique... Tout était si réel et rien n'avait changé depuis ce jour funeste : sa voix enchanteresse, ses yeux ambrés ronds comme des billes, sa peau sombre qui faisait ressortir son magnifique sourire avec ses dents du bonheur, ses oreilles longues et toutes duveteuses. Sa beauté paraissait éternelle, jeune, mais le souvenir de sa mort, lorsqu'elle chutait devant mes yeux, son regard m'envoyant une vision de détresse et d'horreur absolue alors qu'elle rejoignait les fonds marins, créant une mare de sang s'échappant du trou béant causée par la lame d'un des miens, un Tia de la Tribu Coeurl, sous l'ordre de notre Nunh envers qui j'avais trahi notre accord pour maintenir secret ma relation interdite avec cette Lunaire. Le réveil de chacun de nous a été assez troublé par ce que nous avions vu l'un de l'autre dans ce Refuge Mental, je m'étais rendue compte que j'avais découvert plus que des souvenirs de visions, mais des visages inconnus de Eylion et une réalité de son état mental étonnante. Un silence pesant s'est installé, et nous avons décidés de nous revoir lorsque j'aurais réfléchi à tous les indices possibles qui m'étaient donnés à disposition désormais. Plus nous avançons dans cette enquête plus je crains ce que je risque de découvrir à la fin soit encore plus bouleversant que tout ce que j'ai pu traversé jusque-là.

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