Eylion Grenn

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Ennrael
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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 01 mai 2018, 19:13

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Un Choix.

Voilà ce qu'Elle lui avait demandé. De Trancher une bonne fois pour toutes.

- J'étais prête à vous laisser du temps, je le suis toujours. Je ne vous demanderai rien, je me contente même de vous voir qu'une fois par semaine alors que vous me manquez tous les jours, que j'ai ce vide immense que je n'arrive même pas à combler avec mes livres qui est pourtant ma première passion. Mais si, durant ce laps de temps... je dois supporter cette attitude et ne plus pouvoir retrouver celle de mon ami qui faisait un effort pour être plus accessible et plus doux, m'aidant à apprendre sans me brusquer alors... Je ne vois pas l'intérêt de continuer, au final, je ne vais rien apprendre.

Pour mettre des distances, il avait imposé à sa disciple un seul cours par semaine. Le premier depuis leur départ du refuge. Il avait espéré qu'ainsi, elle aurait le Temps de décanter ses sentiments pendant qu'il décantait la situation, ignorant qu'il possédait déjà les mots depuis le début. Qu'il avait déjà la Réponse entre ses mains. Mais une part de Naïveté avait espéré que les choses tournent autrement.

Les Émotions font fi de la Raison.

La "Raison", ou plutôt les Conventions, avait chanté les mérites de K'alyanni. Jeune ingénue au cœur tendre, au Verbe parfois maintenant aussi tranchant que son Professeur. "Vois", chantaient les Conventions, "Vois comme elle est belle et désirable. Quel Homme serait assez fou pour refuser un tel Amour?".

Bien entendu qu'il l'aimait... mais comme un Père, chose qu'il avait déjà tenté de communiquer. Mais la Chute, à ce stade, était inévitable.

Et ils en payaient le Prix.

Il avait essayé de lui expliquer. Essayer de lui expliquer ce qu'il ressentait. Elle chantait en retour son Amour, sans comprendre.

- Je... peux rester votre élève et votre amie, chantait-elle. Le reste, je... finirai par le ravaler et passer à autre chose avec le temps j'imagine, puisque vous brisez l'espoir et semblez faire votre choix. Je ne serai pas une véritable amie si... je ne l'acceptais pas. On ne peut pas forcer quelqu'un à tomber amoureux ou à nous aimer. C'est surtout ça qui serait cruel.
- ... Comme ce serait cruel de vous imposer ma présence.
- Vous ne voulez même plus me revoir ou m'enseigner? Même qu'une fois par semaine?
- Merde...!

Il s'était levé, impacté au dernier degré.

- ... Je ne peux pas vous imposer ça, avait-il dit d'une voix sourde.
- Je... Je peux contenir ce que je ressens, c'est... 'fin, c'est surement pas la première fois qu'une fille est amoureuse d'un homme qui ne la veut pas et pourtant on en meurt pas hein, je... peux très bien gérer ça, avec le temps. Vu que ce n'est pas réciproque, c'est plus facile pour moi de m'y faire que d'attendre de savoir si vous voulez de moi ou non.
- Je suis passé par là, ça ne fonctionne pas aussi facilement.
- Je ne suis pas vous et je ne suis pas comme les autres cruches non plus, j'ai plus de force de caractère et je suis déterminée, comme je suis déterminée à vous aimer quand même, sans rien en retour. Peu m'importe mais vous n'avez... pas le droit de choisir à ma place si je souhaite ou non poursuivre mes cours. Vous ne savez pas si je suis capable ou non et peut-être que c'est pas le cas mais je veux au moins essayer. Je serais sérieuse, disciplinée, je ne taquinerai plus. Je n'essaierai plus de vous faire rire ou sourire. Ce sera purement scolaire, un cours et au revoir, rien d'autre.
- Et comment je dois, moi, me comporter par rapport à tout ça? avait-il craché, excédé.
- Hé bien comme un con, c'est ce que vous faites le mieux, non? avait-elle lancé en fronçant des sourcils. Un professeur dur et antipathique et je tenterai de faire avec et d'oublier ce que je connais de vous et ce que j'aime chez vous. Comme ça, en plus de ça à la fin de ma formation, je serai surement une personne de plus que vous aurez repoussé et qui vous détestera sûrement aussi. C'est mieux comme ça, non? C'est biiiien mieux que d'avoir une amie et de profiter de moments agréables en étudiant. Puisque vous n'en voulez pas, faisons donc à votre manière.

Il avait soupiré.

- ... Ce qui n'est pas... mon objectif.
- C'est quoi votre objectif bon sang, vous me rendez dingue, Eylion!

Face à un tel degré d'incompréhension, il avait éclaté.

- Bien sûr et je dois agir comme je le fais naturellement, à avoir de l'attention pour vous, quitte à ce que ce soit des maladresses immondes par rapport à vos sentiments! Si ça ne concernait que ma petite personne, ce serait beaucoup plus simple mais je pense à VOUS, Kaly, merde, si vous n'arrivez toujours pas à comprendre!

Il n'avait pas eu le temps de réagir.
Il n'avait rien vu venir.

Dans la seconde, un souffle désespéré s'était pressé contre le sien dans un baiser qu'elle pensait être celui de la dernière chance. Le Stupre et la Tentation avaient foudroyé ses veines tandis qu'Elle lui arrachait ce qu'il n'avait accordé jusqu'ici qu'à une seule Femme. Et avec eux, vinrent la Honte et le Choc chevauchant la Confusion. Combien le Manque, féroce, inassouvi, se jouait de sa Solitude, de ses failles misérables...!

Le Vice, éclatant, ne fit que révéler davantage la cruelle Vérité.

La Passion et la Tendresse étaient absentes.

Il étouffait.
Il se noyait.

Elle le relâcha finalement, susurrant contre ses lèvres.

- Ose me dire maintenant... ou même plus tard, que tu n'as rien ressenti Eylion, et je disparaitrais de ta vie.

Il ne pouvait pas.
Non, il ne pouvait pas gérer ça.

Il se détourna d'elle pour se diriger vers la sortie, la laissant s'effondrer derrière lui.

Il ne se retourna pas.

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Ennrael
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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 04 mai 2018, 20:10

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Ça faisait des heures qu'il devait se trouver sur un toit quelconque, choisi au hasard de ses errances. L'horizon familier des maisons d'Uld'ah s'offrait à sa vue. Il n'y avait que lui, sa conscience et son fidèle... rhum. Le ciel, dégagé, dévoilait une lune pâle. Une journée s'était passée depuis son départ. Il avait eu le temps de se rendre ivre et de dessoûler avant de savourer au soir quelques verres.

Il ne pouvait pas blâmer l'acte de sa disciple, quand bien même il ne pouvait s'empêcher de maudire l'ensemble des idées reçues. Le baiser volé, geste considéré comme du plus haut degré de romantisme... Là où lui considérait qu'il y avait des limites à ne pas franchir sans sentiments réciproques. A la décharge de son ex-Femme, elle lui avait menti, elle l'avait manipulé, isolé, provoqué, charmé, défié. Mais pour tous les supplices qu'elle lui avait fait subir, Eylion devait lui reconnaître au moins un mérite: Jamais elle n'avait outrepassé les limites qu'il n'avait été prêt, de lui-même, à franchir. Dans la pénombre de la Caverne, il avait saisi le menton de la Sorcière, assise au cours d'eau, et s'était penché. Il lui avait octroyé la victoire qu'elle attendait.

- Voyez ça comme une marque de félicitations... Pour m'avoir séduit mais ce sera la seule "Morsure" que je vous accorderai, lui avait-il susurré contre ses lèvres. Je ne toucherai pas davantage une femme déjà prise.
- ...! Tu te trompes, je ne suis pas avec Elazar, s'était-elle empressée d'avancer.

Tout aurait pu s'arrêter là si ça n'avait été pour ce simple Mensonge.

Il continua, soigneusement, de faire la peau mentalement au reste des idées reçues. Il éprouvait ce besoin maladif de déverser sa Colère sur quelque chose, même sur des concepts complètement abstraits. Les propos de Merydwen lui revinrent durant sa diatribe silencieuse.

- Écoute... Vos prochaines discussions ne seront très certainement pas une partie de plaisir... Mais tu dois faire ce qui te semble le plus approprié... Ce qui causerait le moins de dégâts aussi bien de ton côté que du sien...

Il le savait. Il savait très bien ce qu'il devait faire. Mais savoir ne l'aidait pas, pour autant, à aller mieux.

Au matin, il savait qu'il devrait revenir auprès de Kaly. Il savait qu'il serait solennel et ferme. Il serait clair, précis. Il ne s'étendrait pas sur l'ensemble de la Vérité hormis un seul pan: Un au revoir inévitable.

Il se rassurait, quelque part, sur ce point. Ce n'était pas un Adieu. Ce n'était qu'un Au Revoir.

Kaly n'aurait aucun mal à trouver quelqu'un pour l'aimer. Pour guérir la plaie qu'il lui laisserait. Ce serait un homme bien, elle aurait la jugeote nécessaire pour écarter les avides et les beaux parleurs. Elle sourirait de nouveau et peut-être alors sera t'elle prête à le revoir. Il préférait se concentrer sur cette image positive plutôt que sur la perte.

Et lui?

Pour le prix de cette blessure, pour la remercier proprement de son affection, il se promettait de poursuivre ses efforts. De ne pas se laisser prendre par l'obscurité de son passé. De continuer à échapper à l'ombre de son ancienne Femme.

Peut-être même qu'il aimerait lui-même à nouveau?

Ce n'était pas le plus important pour lui. Sa Solitude ne l'empêchait pas de vivre. Elle était lourde et pesante mais il choisissait de ne pas en faire un fardeau. Il avait décidé de faire confiance au Destin. Qu'il trouve ou non l'Absolu qu'il cherchait, il continuerait de vivre. Il continuerait d'être lui-même. Il ne céderait pas aux Conventions, au Vice.

Il était avant tout le Mage. Le Voleur.
L'Adulte. L'Adolescent.
La Carcasse, le Survivant.
Le Patient, l'Impatient.
Le Chaotique, le Loyal.

Tant qu'il ne perdait pas de vue son Humanité et ce qu'il voulait alors il ne perdrait pas son chemin.
Sa Voix brisa le silence de la Nuit alors qu'il chantait d'un ton mesuré une vieille mélodie tout en arrangeant les paroles à la volée. Il chantait pour le courage, il priait pour conserver sa résolution même durant les Heures les plus Noires. Lui et ses qualités. Lui et ses défauts. Lui à l'Humanité si défaillante.

Demain serait une nouvelle Aube. De nouvelles épreuves. Des bonjour et des au revoir.

Et pour ce soir, il trinquait à sa disciple.

À un meilleur Avenir.

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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 07 mai 2018, 19:14

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Ishgard, la Sainté Cité d'Halone.

La première chose qu'Eylion avait pu noter, c'était le froid saisissant, si loin du climat plus que clément d'Ul'dah. Son souffle embué se mêlait au vent glacial. Le Coerthas ramenait le Miqo'te deux ans, presque trois, en arrière, quand il avait été recueilli dans la neige, agonisant, par Rhian.

...! Hé, vous m'entendez? Tenez bon!

L'Académie était loin des grandes portes, située plus vers la frontière du Mor Dhona. Le seul endroit qu'il avait jamais considéré comme une demeure malgré la haine de ses confrères. Il savait qu'il ne pourrait plus jamais remettre les pieds là-bas. Trop de souvenirs, trop de visages connus. Trop de douleur. Un sentiment que semblait partager son meilleur ami puisque ce dernier n'avait pas hésité à déménager à Ul'dah avec lui.

Après le froid et la nostalgie, l'architecture imposante de la ville s'imposa à l'esprit du Mage. Les hautes tours et les maisons droites, serrées, semblaient vouloir écraser les passants. Il s'était déjà senti petit mais entouré par les pierres grises et interminables de la ville, il se sentait d'autant plus insignifiant.

Parmi les silhouettes qui s'affairaient à leur quotidien, il tâcha de se concentrer à nouveau sur la tâche confiée: prendre des nouvelles de la nourrice de Merydwen. Il avait promis de laisser le moins de traces possibles alors il ne pouvait pas se permettre d'aborder les passants ou même se présenter directement à la demeure Frözz. Le plan de celle-ci résidait dans son sac, remis par la guerrière selon les souvenirs qu'elle en avait. Il n'avait plus qu'à se trouver une auberge et se préparer pour une longue reconnaissance, ce qu'il fit.

L'auberge trouvée, le Miqo'te avait repris ses anciens réflexes de Voleur. Prendre note des alentours du lieu visé. Explorer. Surveiller. Chercher les opportunités. Noter les rondes, les passages, les habitudes.

Le château des Frözz se mariait parfaitement avec le reste de l’architecture d’Ishgard, loin de se faire remarquer par une quelconque extravagance.
Assez éloigné de la grande place, il était situé légèrement en hauteur de la Sainte Cité. La demeure était plus haute que large, composée de trois étages et d’un rez-de-chaussée ainsi que d'un terrain d’entraînement couvert situé à l’arrière de la bâtisse. L’agencement des lieux et les nombreuses fenêtres permettaient au Miqo’te de déterminer facilement la disposition des pièces depuis le plan détaillé de Merydwen, la chambre de Miranda se trouvant au premier étage, dans la partie est du château.

Durant son inspection, il put constater que la sécurité était parfaitement gérable. Seuls deux gardes statiques à l’entrée surveillaient les allées et venues. Deux patrouilles standards faisaient régulièrement des rondes, selon un trajet et des horaires précis. On pouvait suivre le quotidien des habitants par le biais des grandes fenêtres des façades, proches des autres bâtisses.

Eylion prit plusieurs jours pour récolter les informations qu'il voulait avant de mettre en œuvre son intrusion, en plein milieu de la nuit. Le Miqo'te mit à profit ses talents d'Arcaniste pour atteindre les toits sans s'essayer à une escalade dangereuse sur des surfaces gelées. Une ruelle déserte, un sort et il n'avait plus qu'à faire le reste du trajet jusqu'à atteindre une corniche surplombant la chambre supposée de Miranda. Il s'était vêtu de façon à masquer son identité et se fondre avec la couleur des toits, capuche, armure légère en cuir et demi-masque assorti.

Depuis sa corniche, il renouvela son sort aérien pour rejoindre le bord de la fenêtre. Une fois son assise sûre, il raccrocha son grimoire à sa taille et s'employa à vérifier si la fenêtre était verrouillée ou non. Elle s'ouvrit sous ses mains, grinçant à cause du bois gelé. Le bruit l'incita à ne pas forcer une ouverture trop large, préférant se glisser discrètement par celle qu'il avait réussi à obtenir. Il ne manqua pas de la refermer pour éviter d'attirer l'attention des gardes durant leur ronde.

Dans la chambre modeste, plongée dans la pénombre, l’œil du Miqo'te parvint à distinguer une forme dans le lit. Discrètement, il s'approcha de la vieille femme endormie, plaquant une main devant ses lèvres pour la réveiller tout en l'empêchant de crier. Le réveil brutal fut suivi d'une lutte paniquée pour se dégager de son étreinte, l'obligeant à placer une lame sous la gorge pour inciter au calme.

- Ne m'obligez pas à m'en servir, murmura t'il d'une voix sourde. Si vous répondez à mes questions honnêtement, je partirai aussi vite que je suis venu.

Le contact froid de la dague figea instantanément la vielle femme. Affichant des yeux ronds comme des billes, le souffle rapide, elle supplia du regard son agresseur.

- Bien, pour commencer... Êtes-vous Miranda? Hochez la tête pour oui, secouez pour non, dit-il, froidement.

Elle fronça légèrement les sourcils, visiblement un peu perplexe, avant de secouer la tête plusieurs fois. Cette affirmation eut le don de surprendre Eylion.

- Très bien... Je vais avoir besoin d'explications. Voilà ce que je vais faire, je vais retirer doucement ma main. Criez et ma lame vous fera taire aussitôt. Sommes-nous d'accord?

Elle s'empressa d'acquiescer, prête à coopérer.

- Quand j'aurai retiré ma main, vous vous présenterez et vous me direz si vous savez ce qui est arrivé à Miranda.

Il enleva ensuite celle-ci, la laissant parler. La domestique mit un court instant à se remettre de sa frayeur, déglutissant péniblement avant de prendre la parole d'une voix fébrile.

- Je... Je ne suis qu'une simple domestique, vous savez...? Je m'appelle Ladria, je... remplace Miranda depuis sept ans maintenant...
- Sept ans... Miranda a été renvoyée...?

Elle hocha la tête en retour.

- Elle a été... accusée d'avoir aidé la fille de Messire Nohrlak... à s'enfuir du domaine, il y a de cela des années... Elle a eu de la chance... qu'il se contente de la renvoyer... Mais il manquait de preuves...
- Est-ce que vous savez où elle habite actuellement...?
- Je... je l'ignore... Elle est probablement... retournée chez son fils... Solan... Je crois bien qu'il habite toujours à Ishgard... à l'époque, il était menuisier, au sud de la ville il me semble...

Il hocha la tête à l'information.

- Parfait, maintenant Ladria... Je vais vous dire ce qui va se passer. Comme promis, je vais m'en aller comme je suis venu et vous... Vous aurez deux choix... Soit vous vous rendormez paisiblement. Soit, bien entendu, vous pouvez aller prévenir les gardes. Mais ce ne serait pas très conseillé, vous savez pourquoi? fit-il avec un ton doucereux, bien trop doucereux.
- Je... Je ne dirai rien...! Je vous en prie, je ne suis qu'une vieille femme qui travaille ici pour gagner sa vie, je... Ne me faites pas de mal...! le supplia-t-elle d'une voix tremblante de par son vieil âge et la peur qui la gagnait.
- Vous semblez avoir de la jugeote et un bon instinct de survie. Croyez moi, il vaut mieux que vous "oubliez" ma visite. Vous ne savez pas d'où je viens, ni qui je suis. Mais moi, Ladria... Je sais qui vous êtes et où vous vous trouvez. Si vous parlez, je le saurai et je reviendrais terminer le travail, dit-il avec une perfidie froide, calculée. Je ne peux pas... laisser après tout un acte impuni... Sommes-nous d'accord?

Les lèvres tremblantes de peur, la vieille femme acquiesça, la gorge nouée.

- T-Très clair... Je ne parlerai pas... Je le jure.... fit-elle de manière presque inaudible.
- Parfait.

Il ôta sa lame de la gorge de la vieille femme et s'en alla par là où il était venu, laissant la domestique terrifiée dans son lit. Le chemin du retour, sans heurt, lui permit de revenir dans sa chambre d'auberge, par la fenêtre qu'il avait laissé non verrouillée. Il en profita pour se changer et reprendre la route. Il ignorait si Ladria tiendrait parole mais il préférait ne pas courir le risque d'être pris au dépourvu.

Il revêtit une tenue brune, moins suspecte, capuche néanmoins relevée sur la tête et il partit vers le quartier désigné par la servante. Il interrogea des passants tardifs pour s'assurer de l'adresse du menuisier. Arrivé devant la porte, il frappa à celle-ci assez fort pour réveiller la maisonnée. Celle-ci était modeste, signe que les affaires n'avaient pas l'air de marcher très bien pour l'homme.

Après un instant, le menuisier, âgé d'une quarantaine d'années, finit par apparaître après quelques instants, non sans avoir grogné quelques injures auparavant. Il posa son regard émeraude sur le Miqo'te, visiblement très contrarié d'être dérangé à une heure pareille.

- Que voulez-vous...? Par Halone, est-ce que vous savez quelle heure il est?!
- Je sais quelle heure il est et je ne serai pas là si ce n'était pas important, dit-il avec un ton bas. J'ai besoin de parler avec votre mère.

Le regard colérique de l'homme flancha un instant avant qu'il n'afficha un air plus dur encore.

- ... Que lui voulez-vous, à ma mère? demanda t'il sombrement, méfiant.
- Je viens de la part d'une amie à elle qui a besoin de lui transmettre un message et je préférerai autant ne pas rester dans la rue pour en parler, dit-il, tâchant de garder un ton calme, assuré.

Solan resta silencieux un long moment, fixant l'intrus avec un air indéchiffrable.

-... Ma mère n'est pas ici. Rentrez chez vous, étranger, fit-il durement en commençant à refermer la porte.

Le Mage, loin de donner son dernier mot, la bloqua de la main. Il devait, à tout prix, parvenir à attirer l'attention de l'homme.

- Je sais que Frözz a renvoyé votre mère. Si vous acceptez de m'écouter, vous n'aurez plus besoin de vivre dans la misère comme actuellement.

Solan rouvrit la porte, le regard furieux.

- ... Vous croyez que j'ai besoin de votre charité...? Il n'y a rien à dire! Je vous ai dit que ma mère n'était pas ici, vous arrivez quelques années en retard! À présent, foutez le camp de chez moi ou j'appelle la milice!
- Ce n'est pas une question de charité, pesta le Miqo'te. J'essaye sincèrement de vous aider et je n'ai aucun gain, ni intérêt à le faire, réfléchissez deux secondes. Si je vous voulais du tort, ce serait déjà fait. Laissez moi entrer et m'expliquer, vous pourrez également m'expliquer aussi ce qu'il se passe.

L'homme crispa sa mâchoire, une certaine envie de dégager Eylion à coup de pied au derrière se lisant clairement sur son visage. Toutefois, il finit par se décaler pour le laisser entrer.

- ...Je ne vous accorderai pas plus de dix minutes, j'ai autre chose à faire que d'accueillir les étrangers chez moi en plein milieu de la nuit, fit-il froidement
- Dix minutes, pas plus, acquiesça t'il en entrant.

Une fois à l'intérieur et la porte refermée, il se retourna vers Solan.

- Vu votre colère et votre réaction à la mention de votre mère, j'en déduis que... quelque chose lui est ou vous est arrivé suite à son renvoi...?

Pendant sa question, l'homme était allé s'asseoir dans une vieille chaise en bois, d'une facture probablement artisanale. Il posa les mains sur la table, croisant les doigts entre eux, un air dur sur ses traits.

- Ma mère s'est faite virer par ce salopard comme une malpropre alors qu'elle a veillé sur sa putain de fille depuis sa naissance... au point d'en négliger sa propre famille. Elle est morte il y a trois ans. Elle n'avait plus rien, plus de travail, plus sa protégée. Et bien sûr, vous vous doutez bien que cet enfoiré de Frözz s'est bien arrangé pour nous mettre plus bas que terre. Elle était âgée, elle est tombée malade et moi, j'ai été incapable de lui offrir un traitement convenable avec mes affaires qui dégringolaient en flèche, expliqua t'il avec un ton détaché mais clairement empreint d'amertume.

L'oeil du Mage s'écarquilla au récit, bouche bée. Après un tel voyage, comment allait-il pouvoir bien expliquer ça à Merydwen...? Suite à un long moment de silence, il baissa la tête tout en serrant le poing.

- ... Merde...

Solan fronça les sourcils au juron, une légère grimace déformant ses traits.

- ... Vous êtes qui au juste? Vous venez de la part de qui et pourquoi maintenant?

Eylion retira alors sa capuche, l'air accablé.

- Je suis un ami de Merydwen... Je lui avais promis de prendre des nouvelles de votre mère et... Elle ne le sait pas mais je comptais aussi faire en sorte qu'elles se revoient.

Il marqua un instant de silence avant de s'asseoir face à Solan. Il sortit une bourse de sa sacoche qu'il posa sur la table.

- Je suis votre porte de sortie hors d'Ishgard. Je n'en ai pas l'air comme ça mais je possède quelques commerces. Je peux vous offrir une nouvelle vie, un nouvel atelier.

Solan plissa le regard à le mention de Merydwen, une lueur indéchiffrable traversant son regard. Il observa la bourse que le Miqo'te avait posé sur la table, se levant pour l'attraper. Il la regarda un instant pour finalement la lancer vers Eylion pour qu'il la reprenne. Ce dernier la rattrapa au passage.

- Vous pouvez reprendre votre argent... et aller dire à cette sale petite privilégiée qui vous sert d'amie que si elle tenait vraiment à ma mère, elle aurait dû se réveiller bien avant... souffla-t-il d'une voix étranglée, dans une colère froide.
- Merydwen n'avait pas les moyens de revenir. Elle est partie d'ici, seule et a dû affronter le monde hors d'Ishgard, trouver sa place, survivre. Quand elle m'a parlé de Miranda, j'ai vu à quel point elle était inquiète pour elle. À quel point elle tenait à votre mère. Elle n'avait aucun moyen de savoir comment elle allait. C'est bien pour ça que je suis ici.

Il marqua un court instant de silence pour reprendre.

- Personne ne peut réparer ce que Frözz vous a fait... mais je pense que votre mère aurait aimé que quelqu'un aide son fils. Vous êtes menuisier, vous devez être fier de votre travail et pourtant vous étouffez ici à cause d'une rancune née... d'un vice maladif. Je ne vous offre pas la charité. Je vous offre une opportunité de faire honneur à votre travail et votre mère. Vous n'avez pas mérité ce qui arrive.

Il replaça la bourse sur la table d'un geste assuré. Il pouvait comprendre la fierté du menuisier. Lui-même souffrait de ce défaut.

- Je ne fais que rétablir ce qui devrait être. Et si ça ne vous convient toujours pas... Échange de bons procédés, travaillez pour moi et faites vivre votre talent.

À ce discours, l'homme se leva et lui tourna le dos pour se diriger vers les carcasses de bûches qui gisaient au fond de la petite cheminée. Il posa une main sur la pierre froide avant de regarder brièvement le Miqo'te par-dessus son épaule.

- Pourquoi faites-vous cela...? Vous ne me connaissez ni moi, ni mon travail.
- C'est vrai mais vous m'avez tout dévoilé durant nos échanges, dit le Mage, nonchalant, en levant l'index. Quelqu'un d'avide se serait arrêté directement à la mention d'argent et aurait pris sans scrupule la bourse dès son apparition. Votre colère était éloquente. Et l'état de votre atelier montre la véracité de vos propos. Quant aux meubles qui le constituent, ils parlent également pour vous.

Il termina ce qu'il disait en croisant les bras.

- Enfin, vous êtes le fils de Miranda. Pour ce que je sais d'elle et ce qu'elle a fait... et quand j'ai su qu'elle était retournée auprès de vous... Je ne pense pas qu'elle serait retournée auprès d'un fils cruel. Quant au pourquoi je fais ça... Hmm, je le fais pour vous, Miranda et Merydwen, ça me paraît évident.

À nouveau, l'homme mit un certain temps à reprendre la parole, en pleine réflexion.

- ... Peut-être aurais-je dû être un fils cruel...? Après tout, elle l'a choisi elle plutôt que moi... "Elle avait plus besoin d'elle que je n'en avais besoin", qu'elle disait. fit-il avant de laisser échapper un discret rire amer. J'ai dû me débrouiller par mes propres moyens, 'ne voyais jamais ma mère puisqu'elle ne quittait jamais ce foutu château pour s'occuper de cette gamine avec qui elle n'avait aucun lien... Et maintenant que tout part en vrille, c'est moi qui me retrouve de nouveau bloqué dans cette cité maudite, seul comme un rat, ruiné, et méprisé par tous ces crétins qui écoutent ces rumeurs sans queue, ni tête...

Il marqua une pause et soupira.

- Mais le fait est que plus rien ne me retient ici et je n'ai plus rien à lui apporter, alors...

Il se retourna, le regard bas et légèrement éteint.

- Je suppose qu'il serait idiot de refuser votre proposition...
- ... Je n'ai pas grand chose à redire à ça. Je n'ai jamais connu mes parents, dit Eylion avec un sourire désabusé et contrit. Je ne peux pas vraiment... savoir ce que ça fait même si... l'abandon...

Il prit une inspiration.

- L'abandon et l'envie sont des choses que je peux comprendre. Vous aurez peut-être aussi l'occasion de rencontrer cette femme que votre mère chérissait tant. Vous avez vos raisons de lui en vouloir mais... Vous ne la connaissez pas et vous savez, au fond, que ce n'était pas de sa faute. Vos discussions ne seront pas simples mais... Peut-être que ça pourrait vous aider tout comme l'aider à résoudre des choses, à comprendre, à exorciser.

Le menuisier leva son regard émeraude sur Eylion, le regard plissé.

- Je ne sais pas si je serai capable de lui parler... Mais vous m'avez l'air d'être quelqu'un de bien pour entreprendre un tel voyage dans le seul but d'aider cette femme... Si vous êtes prêt à le faire pour elle alors je veux bien croire qu'elle est différente de sa famille pourrie jusqu'à la moëlle...

Le Mage tiqua un peu à la mention "quelqu'un de bien" mais la discussion, jusqu'ici, prenait un tournant positif. Il ne pouvait pas se permettre de tout gâcher par sa simple envie d'objecter.

- Vous avez vu ce dont est capable sa famille. Vous pouvez alors comprendre pourquoi on aurait envie de la fuir... dit-il en laissant ses propos en suspend tout en soutenant le regard du menuisier.
- Je le peux, mais... Je dois admettre que cela ne rend pas ma situation plus facile à digérer pour autant, fit-il, à la fois triste et amer. Cependant, si vous m'offrez réellement l'opportunité de refaire ma vie loin d'ici et de travailler pour vous... Je peux au moins vous garantir que je ne vous décevrai pas.
- Je comprends... Alors ce que nous allons faire, à partir de là... C'est que vous allez rassembler vos affaires et partir, à l'aube, au Glas des Revenants, en même temps que le départ et les arrivées des marchands itinérants. A partir de là, au Glas, vous achèterez des vêtements et vous vous changerez à l'auberge, dans une chambre sous un faux nom. Vous sortirez de l'auberge par une fenêtre, à capuche relevée et vous prendrez le premier attelage en direction de Gridania. L'argent dans cette bourse vous permettra de faire tout ça. Vous prendrez une chambre là-bas et je vous y rejoindrais sous cinq jours, le temps de régler l'achat et les détails de votre nouvel atelier.

Face à l'air décontenancé du menuisier face à toutes ces informations, le Miqo'te ajouta avec un maigre sourire désabusé.

- Si vous me demandez pourquoi toutes ces précautions, c'est que je veux faire en sorte que les Frözz ne vous retrouvent pas. De faire en sorte qu'il n'y ait aucun risque.

L'homme gratta alors sa barbe fournie, une main sur la hanche.

- Bien, bien, je ferai toutes ces choses, si vous pensez que c'est nécessaire... J'espère ne pas faire une connerie en vous suivant aussi aveuglément mais... Je n'ai plus rien à perdre de toutes façons...
- Vous en faites pas, fit le Miqo'te assuré. Et si jamais quelqu'un vous demande qui vous emploie, vous n'aurez qu'à dire que vous êtes employé par l'unique, magnifique, grand et beau...

Il leva l'index avec son habituel sourire impertinent.

- Marquis de Caratcha.

Il n'avait pu s'empêcher le plaisir de faire référence à l'un de ses contes préférés. Face à l'affirmation, Solan haussa un sourcil perlexe.

- ... Un pseudonyme, je suppose ? souligna t'il avec un certain pragmatisme.
- En quelque sorte, dit-il sans se démarquer de son sourire. Je ne laisse rarement les choses au hasard.

Il se leva par la suite.

- Je devrais y aller sinon. Vous avez des préparatifs à faire et les dix minutes sont écoulées.
- Hmm, en effet...

Le menuisier se massa alors la nuque, embarrassé.

- À ce propos, je m'excuse pour... mon accueil... Je ne reçois pas souvent de la visite et quand c'est le cas, c'est rarement positif...
- Excuses qui seront acceptées le jour où je verrai vos plus beaux ouvrages, lança le Mage en se dirigeant vers la sortie, avec un sourire.
- Vu les moyens que vous êtes prêt à mettre à ma disposition, je peux vous garantir que vous ne serez pas déçu... dit-il en le raccompagnant jusqu'à l'entrée.

Après les saluts d'usage et la capuche rabattue, Eylion rejoignit les toits, bien décidé à veiller sur la demeure du menuisier en cas de mauvaise surprise. Le reste de la nuit fut longue et pénible pour le Miqo'te épuisé mais il parvint à mener à terme la surveillance, suivant discrètement Solan jusqu'à sa sortie de la ville, à l'aube. Conformément à sa parole, le menuisier avait suivi les instructions de son nouvel employeur à la lettre.

Son devoir fait, le Mage n'avait plus qu'à récupérer ses affaires à l'auberge et rejoindre la prochaine caravane en direction d'Ul'dah. Ce ne fut qu'une fois à l'intérieur de la carriole qu'il s'endormit profondément, exténué, porteur de la nouvelle tragique.

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Ennrael
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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 08 mai 2018, 12:33

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Le retour à Ul'dah fut l'occasion pour Eylion de reprendre un peu ses marques. Il eut tôt fait de rejoindre sa large demeure qu'il avait laissé aux soins de Merydwen. Rhian, parti vivre chez Suzie, la moitié de celle-ci ne servait plus à grand chose. Il s'était arrangé avec la combattante pour lui laisser cette partie au lieu de rôder d'auberge en auberge en échange du fait de ne jamais entrer dans sa chambre.

En ouvrant la porte d'entrée, il savait donc qu'il n'aurait aucun mal à la trouver et il la trouva effectivement dans le salon, assise dans un fauteuil. Elle touillait pensivement son thé quand son attention fut attirée par son approche. Elle se leva aussitôt, les yeux grands ouverts, avec une expression mêlant impatience et appréhension.

Cet air eut le don de poignarder le cœur du Mage, sachant ce qu'il s'apprêtait à lui dévoiler.

- ... Tu devrais te rasseoir, fit-il avec un sourire navré en posant son sac de voyage par terre.

Le visage de Merydwen se décomposa sous l'inquiétude qui la gagnait tandis qu'elle se rasseyait sans le lâcher du regard.

- ... Eylion, dis-moi que tu as pu la voir... dit-elle d'une voix nouée par l'angoisse.

Il s'assit... et secoua la tête.

- Elle est morte... il y a trois ans, dit-il, le plus sobrement possible.

Elle se figea sous le choc de la nouvelle. Son regard fixait l'œil unique de l'Arcaniste, comme cherchant à y percevoir une quelconque blague de très mauvais goût. Tout ce qu'elle trouva était un sérieux parfait. Placide. Il la laissa digérer avant d'enchaîner doucement.

- J'ai rencontré son fils. Elle...

Il ferma son œil unique, accablé par ce qu'il s'apprêtait à faire... mais il ne pouvait pas déroger à son Principe et il savait, dans tous les cas de figure, que le Mensonge serait bien plus terrible à terme. Il finit par le rouvrir.

- Elle a été renvoyée, peu après ton départ. Ton père la soupçonnait de t'avoir aidé mais, sans preuves... Il se contenta d'un "simple" renvoi, de manière officielle. De manière officieuse, il a tout fait pour couler le commerce de son fils. Dans la misère... elle est tombée malade et ils ne pouvaient pas payer le traitement...

Les yeux de l'Ishgardienne s’humidifièrent au fur et à mesure qu'il parlait. Elle le fixait, contenant de toutes ses forces les sanglots qui l'étranglaient déjà. Lorsqu'il eut terminé, il lui fallut un certain temps avant de vraiment assimiler l'information, baissant la tête et pinçant ses lèvres tremblantes. Une larme glissa finalement sur l'une de ses joues pâles. Elle secoua la tête, comme refusant d'y croire, prenant par la suite son visage dans ses mains. Les sanglots vinrent secouer ses épaules voûtées, accablées par la tristesse.

- ... Non, c'est pas possible... parvint elle à articuler dans un murmure sifflant, dévastée, la voix étranglée.

Il baissa la tête, meurtri. Son poing sur l'accoudoir se ferma entretemps, ses doigts se serrant jusqu'à pâlir davantage les jointures.

- Je suis désolé... souffla t'il.

La guerrière ne parvenait pas à contenir ses sanglots, ses mains glissant dans ses cheveux, les serrant avec frustration et culpabilité. Peinant à restreindre sa tristesse devant l'Arcaniste, elle se leva précipitamment pour se diriger vers la chambre de Rhian qui était maintenant la sienne. Le geste soudain eut le don de le surprendre, sur le coup.

- ...!

Il courut aussitôt après elle mais il s'arrêta au seuil de la chambre alors qu'elle s'apprêtait à claquer la porte. Son but n'était pas de l'arrêter. Ce n'était ni son rôle, ni le moment, ni sa place. Il ne voulait, en rien, empêcher l'isolement dont elle avait besoin. Tout ce qu'il voulait faire, c'était offrir une simple Présence. Merydwen hésita dans son geste en le voyant, ne comprenant sans doute pas ses intentions.

- ... Je suis désolée, Eylion... Je peux pas... s'excusa t'elle en secouant la tête, la voix brisée.
- Je sais, Merydwen... Je sais, dit-il avec un sourire contrit. Je... reste là si tu as besoin de quoique ce soit.

Elle ne répondit pas, fermant doucement la pièce. Un court instant de silence s'ensuivit avant que sa douleur n'éclate à nouveau. Le Mage, quant à lui, se laissa aller contre la porte jusqu'à terre, laissant simplement sa présence se laisser deviner. Il ne prononça pas un mot alors que les pleurs étouffés derrière lui se prolongeaient à la pensée que, jamais plus, elle ne reverrait celle qu'elle avait considéré comme sa mère.

Il attendit un moment d'accalmie, ce moment où le souffle ne suivait plus. Où les poumons brûlaient et le cœur, meurtri, réclamait grâce.

- J'ai engagé son fils. Solan. Il est hors d'Ishgard et de portée de ta famille désormais, dit-il d'une voix mesurée, bras sur les genoux.

Après un instant de silence ponctué de reniflements, la voix de Merydwen se fit entendre. Elle s'était, elle-même, laissée glisser, dos à la porte. Elle avait été incapable de rejoindre son lit.

- ... Comment...va-t-il...? articula t'elle péniblement.
- Il... Aussi bien que sa situation le permettait... Je lui ai parlé de toi, dit-il en tournant la tête sur le côté.
- Je n'ose même pas imaginer... à quel point il doit nous haïr... ma famille et moi...
- Il a beaucoup de rancune, oui. Mais je lui ai fait comprendre que tu n'étais pas comme eux... Après, le truc, c'est... ... Qu'il a une jalousie vis à vis de toi surtout.
- Une jalousie...? fit-elle en reniflant. A propos... de Miranda...?
- Oui, comme quoi elle s'occupait plus de toi que de lui. Là encore, j'ai essayé de lui faire comprendre que tu n'y étais pour rien mais... Je me dis... qu'un jour, peut-être, quand il sera bien installé et que tu iras mieux... Peut-être que vous pourriez parler... dit-il doucement.

Un instant de silence suivit les paroles d'Eylion et il put entendre la guerrière contenir quelques sanglots à travers la porte.

- Miranda... me parlait souvent de Solan... surtout... lorsque j'étais plus jeune... Elle m'a toujours dit... qu'il était très dégourdi et indépendant... Mais au final, lui aussi... ne demandait qu'à avoir l'attention de sa mère... fit-elle d'une voix étranglée, poursuivant après un court instant. Je ne sais pas si... si j'aurais le courage de le confronter un jour... après avoir causé tout ça...
- Tu n'as rien à te reprocher, dit-il d'une voix sourde. Tu as fait ce qu'il fallait pour te sortir de là. C'était ça ou être l'esclave de ces salopards. Ton sacrifice n'aurait rien amené à rien hormis à la souffrance de tes futurs enfants...
- Je sais, mais... Je peux pas m'empêcher... de me sentir responsable... J'aurais tellement aimé... ne pas être la cause de tout ça... Je ne voulais pas impliquer Miranda, c'est... la dernière chose que je souhaitais...
- Ça aurait pu être Miranda ou n'importe qui. Ton père avait besoin d'un responsable, d'un bouc émissaire, de faire un exemple. Tu-n'as-rien-à-te-reprocher, dit-il entre ses canines.

Merydwen laissa de nouveau échapper quelques sanglots, ne parvenant toujours pas à croire qu'elle ne verrait plus jamais le visage de sa nourrice.

- Je te remercie... d'avoir découvert la vérité... Je crois qu'au fond... Je crois qu'au fond, je savais... que mon père aurait des soupçons. Il... en a toujours eu... Il n'appréciait pas... ce lien que nous avions...
- Tout ce qui échappe à son contrôle...

Pour le moment, il ne pouvait pas se permettre de se disperser davantage. Les Frözz étaient influents mais ils étaient aussi loin. Malgré ça, Eylion se promit que, s'il y avait une opportunité, il la prendrait pour donner les rênes de la famille à Merydwen. Cette dernière ferma les yeux, la tête appuyée contre le bois de la porte. Elle resta silencieuse un long moment avant d'entrouvrir les paupières, la mâchoire crispée.

- ... Est-ce que... tu veux bien chanter quelque chose...? N'importe quoi...

La demande le prit au dépourvu, ses oreilles se dressant. Il avait du mal à concevoir qu'on pouvait connaître son talent pour le chant alors qu'il chantait souvent sans s'en apercevoir ou se soucier de qui pouvait bien l'entendre. Mais au-delà de ce fait, la demande éveilla une antique douleur.

Chante, mon Araignée, chante...

Merydwen ne pouvait pas le savoir mais il avait déjà eu un besoin semblable. Sa voix avait supplié celle qu'il avait cru pouvoir être sa Femme. C'était peu après sa première Fois.

Quel genre d'Homme frôle la Mort durant sa première Fois?

Sa Passion avait été à son image, Démente. Il avait donné à la Créature, sans compter, son Éther dans un baiser ardent qui avait failli lui coûter la vie. Seule l'intervention de l’Écorcheuse lui avait permis de s'en sortir, dans une vision et un chant aussi hargneux que perverti. Il avait supplié sa Femme de l'exorciser, quand bien même elle avait dû souvent chanter pour Elazar, forcée par son obsession.

Ah, l'Ironie.
Merydwen n'osait pas reprendre la parole, regrettant un instant sa demande. Elle ramena ses jambes contre elle, les entourant de ses bras, le visage enfoui dans ceux-ci. Suite au silence, quelques paroles commencèrent à s'élever, hésitantes, incertaines. Elles formèrent les contours d'un chant funéraire aussi teinté de chagrin et de respect pour les disparus que de pensées pour les vivants. Les notes s'enchainèrent, prenant de l'ampleur, de la stabilité jusqu'à atteindre l'équilibre qu'elles cherchaient.

L'Ishgardienne releva la tête, surprise. Ce ne fut que quand elle comprit qu'elle afficha un très léger sourire à la fois peiné et reconnaissant, laissant les larmes reprendre leurs droits alors qu'Il chantait et chantait. Il continua de le faire, enchaînant d'autres chansons aux mélodies calmes, parfois en rapport avec le voyage, parfois avec le chagrin et d'autres, au renouveau. Le cœur du Mage menaçait de céder face au Chagrin. Au Souvenir. Aux divers Pertes.

Mais il emportait au moins ça avec lui, sa voix constante. Jamais il n'avait chanté pour son ancienne Femme car jamais elle ne s'était appuyée sur lui. Jamais elle ne lui avait donné l'Inspiration, l'étincelle nécessaire pour inciter la véritable Joie ou Peine. Jamais leurs Voix n'avaient résonné ensemble. Que ce soit maintenant pour Kaly, Solan, Merydwen, Miranda ou Rhian, leurs pensées nourrissaient Son Chant.

Il continua de chanter jusqu'à ce que sa gorge, fatiguée, ne l'enjoignit à arrêter.

Les Heures s'égrenèrent jusqu'à ce que, épuisés, ils s'endormirent contre la porte. Une nuit courte mais Merydwen avait pu trouver un semblant de paix suite aux divers Chants qui avaient accompagné sa douleur. À son réveil, elle trouva une note à ses côtés, glissée sous la porte.
Je te laisserai de quoi manger dans le hall. Des fruits secs, du saucisson, de l'eau... Tu pourras ainsi descendre quand tu veux, ils ne sont pas facilement périssables. Je ne sais pas si on va se recroiser mais je devrais sortir probablement en journée pour régler plusieurs affaires. Si tu as besoin de quoique ce soit, j'ai ma linkperple sur moi.

E.
La note lue, l'esprit endolori par les épreuves, elle se leva péniblement pour aller prendre une douche. Le regard éteint, elle laissa l'eau couler sur son visage et son corps, toujours hantée par la perte de sa nourrice. Quand elle ressortit, elle s'habilla d'une simple robe de chambre avant de descendre. Dans le hall de l'entrée, elle retrouva le Miqo'te à proximité d'une table où il avait déposé les victuailles mentionnées dans son écrit. Celui-ci consultait son courrier, pensif.

Merydwen s'arrêta au pied de l'escalier.

- Hm... Bonjour, Eylion... finit elle par dire d'une voix légèrement cassée, bras croisés dans une posture bien moins assurée qu'à l'accoutumée.

Il releva la tête, papiers en main, le côté de l'autre devant le menton.

- Ah, hm... ... Bonjour... dit-il, maladroitement.

Il marqua un instant de silence, rabaissant la main qui se trouvait devant son menton. Son œil dévia sur le côté, légèrement gêné.

- Tu as pu... dormir un peu?
- Grâce à toi, oui... répondit-elle en s'avançant doucement. Et toi...?

Il revint à elle en lui offrant un sourire contrit.

- Un peu, oui, dit-il en hochant la tête.

Il ne semblait pas savoir quoi dire d'autre par la suite, toujours quelque peu gêné. Elle hocha la tête, s'approchant de la nourriture pour attraper un fruit sec et l'enfourner dans sa bouche.

- ... Je suis désolée, tu n'as pas vraiment dû... avoir le temps de te reposer depuis ton départ...
- Ça va, juste le temps de m'occuper de l'atelier de Solan et de négocier avec l'Anrad pour qu'elle continue de prendre en charge Jaroud... et je m'octroierai un peu de vacances, dit-il avec un maigre sourire. Ça ne te ferait pas de mal non plus quand j'y pense.

Elle resta silencieuse un instant, mâchant ce qu'elle avait dans la bouche, hésitante.

- Hrm... À ce propos... Je tenais... sincèrement à te remercier pour tout ce que tu as fait... Pour le voyage, pour Solan, et... le reste... Je sais que tu as bien d'autres problèmes à gérer...
- Hé, tu sais bien que je l'ai fait pour le rhum, dit-il avec un sourire mi-amusé, mi-navré.
- ... Vraiment...? fit-elle en haussant un sourcil peu convaincu, tentant un mince sourire qui disparut rapidement. Hrm, non écoute, ce que je veux dire c'est que... Tu as fait tellement pour moi ces derniers temps... Plus que la plupart des gens qui me sont les plus proches, et... même si j'admets qu'ils se comptent sur les doigts d'une main... Ça compte pour moi, et... Bref... Tu peux compter sur moi en retour... Pour quoi que ce soit...
- Si jamais j'ai une hystérique à la porte avec des chaînes, je ne manquerai pas de hurler à l'aide, dit-il avec le même sourire.
- ...Je ne suis pas certaine de suivre ton humour matinal... Et je ne suis pas certaine non plus de le vouloir d'ailleurs, avec tes histoires de chaînes.

Elle secoua la tête, perplexe, dans un maigre sourire teinté de tristesse.

- Il vaudrait mieux, ça veut dire que tu es encore saine d'esprit.

Il tâcha de plier ce qu'il tenait soigneusement.

- Tu as... besoin de quelque chose sinon?
- ... Non, je suppose... que je vais passer ma journée à manger du saucisson tout en réfléchissant au sens de la vie... fit-elle avec une pointe de cynisme et de tristesse.

Elle s'employa à couper un morceau dudit saucisson tout en parlant avant de le montrer à Eylion pour souligner ses propos. Elle le mangea ensuite, enchaînant sur des questions.

- ... C'est quoi, toutes ces choses que tu dois faire aujourd'hui...? Je peux peut-être t'aider...?
- Hrm, je dois passer voir Jaroud, histoire de le maintenir en laisse. Ensuite, je dois aller voir comment se porte le commerce que je lui ai piqué et me familiariser avec le gérant. Après, je dois préparer mon départ pour Gridania, histoire de pouvoir négocier au plus tôt l'atelier pour Solan. Si j'ai le temps, il faudra aussi que je vois un Apothicaire pour qu'il me dise ce que font exactement les potions que j'ai acheté... Il faudrait vraiment que je fasse les courses au marché aussi... Mais il ne faut pas que j'oublie d'engager une femme de ménage qui sache cuisiner... Même si, vu la journée qui s'annonce, je passerai probablement au Palais Gourmand. Sans parler qu'une partie de mes vêtements sont au sale...

Il grommela, ajoutant.

- Je me demande si la femme de ménage ne sera pas une priorité...

Les potions mentionnées trônaient dans la cuisine. Lors d'un vide-grenier, juste avant son départ en Ishgard, il en avait acheté à un marchand qui s'était avéré être un escroc. L'un des clients, un mercenaire du nom de Yuuta, l'avait appris à ses dépends en testant directement son achat. Incapable de parler, bavant abondement, il avait dû son salut à un antidote donné par le marchand affolé. Le Miqo'te s'en était sorti avec un remboursement tout en gardant les produits: Une potion de Force, deux de Vérité, deux d'Esprit et un Philtre d'Amour pour la plaisanterie.

En l'état, il était bien incapable de savoir ce que les produits défectueux faisaient exactement.

- Je peux m'occuper des courses et du ménage, ce n'est pas un problème. Je peux aussi m'occuper du linge, mais... Si ça te gêne, je peux l'amener à quelqu'un pour qu'il s'en occupe. Si ça peut te faire gagner du temps, je peux également emmener nos potions chez l'Apothicaire.

Il la regarda, quelque peu gêné.

- Pourquoi pas pour les potions... Pour les courses et le ménage, seulement si ça ne te dérange pas et c'est en attendant que j'embauche quelqu'un. Pour le linge, oui, ça m'arrangerait que quelqu'un d'autre s'en occupe. Pour l'argent, ce n'est pas un problème comme tu t'en doutes.
- Bien, pas de problème, je m'occupe de tout cela... Ce sera toujours mieux que de rester dans ma chambre à broyer du noir. Quant à l'argent, je te l'ai dit, je ne tiens pas à me faire entretenir, et je te rappelle que tu m'as donné une somme d'argent conséquente.

Il grommela un peu.

- Pas besoin d'employer le mot "entretenir", hrm, dit-il, gêné. C'est juste que, pour mon linge, ce sont mes affaires donc c'est à moi de payer...
- ... Hrm...

La combattante sembla s'apercevoir de la nature du terme employé, la gêne la prenant à son tour.

- ... Ce n'est pas grand chose... comparé à ce que je devrais dépenser normalement, je peux bien faire ça... Et puis ce n'est pas parce que c'est ta maison que tu dois prendre toutes les décisions, Monsieur-le-mage-qui-a-la-science-infuse, fit-elle sur un ton faussement contrarié.

Il semblait de plus en plus gêné, son courrier terminant broyé progressivement et de manière discrète entre ses mains. Il avait presque l'impression qu'ils parlaient comme un vieux couple marié depuis vingt ans. Ça faisait quoi de lui alors? Le mari machiste qui entretenait financièrement sa femme qui faisait les courses et le linge...? Il tenta, vaguement, d'évincer le malaise en essayant de se montrer nonchalant.

- Hrm, hé bah quoi...? Ça me paraît juste... normal... dans le cadre de mes affaires... Enfin, bref, comme tu veux, grommela t'il.

Merydwen devait partager exactement la même impression car elle se mit à tripoter nerveusement ses mains, la mâchoire crispée.

- Hrm... Bon, laisse moi gérer cela pour cette fois et... nous verrons par la suite... fit-elle doucement, mal à l'aise. J'emmène quelques petites choses à grignoter dans ma chambre et je vais... aller me reposer encore un peu...

Le Mage hocha la tête tout aussi nerveusement.

- Je vais... sortir de mon côté. Je... devrai être de retour au soir... En principe...

Sur ces mots, ils repartirent chacun de leur côté, bienheureux de mettre fin à la conversation et d'avoir leurs tâches à faire.
Dernière modification par Ennrael le 10 mai 2018, 15:27, modifié 1 fois.

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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 10 mai 2018, 15:26

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Quelques jours s'étaient passés depuis sa conversation avec Merydwen, le Miqo'te la laissant en paix et à son deuil. Le quotidien avait repris entretemps ses droits. Eylion avait pu se rendre à Gridania pour acheter l'atelier au menuisier et rencontrer ce dernier, le tout se déroulant sans accroc. Il en avait profité pour passer à la Cave et faire quelques paris autour des combats organisés.

Ce soir là, il avait recroisé la route de Tomoyo, la prêtresse et C'Thay, le médecin. Il fut le premier étonné de ne pas avoir passé la soirée seul, faisant même la connaissance d'un des membres du personnel des Bains d’Émeraude. Hormis ce point, il avait perdu tous ses paris contrairement aux autres fois. Une occasion de se féliciter de ne pas parier des sommes trop outrageuses. En même temps, le Miqo'te ne pariait jamais sur les combattantes. Les vieilles habitudes avaient la peau dure et sa rancune avait des racines profondes.

Quelques temps plus tard, son chemin l'avait mené à retrouver Chu'luun, son premier patient depuis le "Procès", à l'Antique. Le Miqo'te lui avait donné des pistes pour régler sa malédiction, le Xaela assurant par la suite qu'il avait tous les alliés qui lui fallait pour s'occuper du reste.

- J'ai failli perdre deux de mes compagnons. Mais j'ai réglé toute cette histoire. Et j'ai réglé cette histoire de rival.
- Je serai... curieux de savoir comment ça s'est passé.
- Nous pourrions en discuter dans un endroit plus propice.

Le pragmatique guerrier lui avait narré, par la suite, l'ensemble de son récit, à l'abri des oreilles indiscrètes. Celui-ci eut le don d'apaiser les questions que le Mage se posait depuis leur dernière rencontre. Il avait, enfin, le fin mot de l'affaire et il pouvait, lui-même, la clôturer mentalement.

- Vous parliez à l'instant de... Félicitations? avait fini par demander le Xaela.
- J'ai cru comprendre que vous étiez ensemble?

Eylion avait compris, durant sa soirée à la Cave, que la prêtresse et le combattant s'étaient trouvés durant cette épreuve. Il n'avait pas été surpris outre-mesure, ayant noté des subtilités dans leurs comportements respectifs durant leurs quelques rencontres. Au-delà de ça, le Mage avait toujours eu une bonne intuition et certains événements dramatiques lui avaient appris à s'y fier.

- Espérons que ça se passe bien pour vous, lui avait-il souhaité, n'y croyant qu'à moitié.
- Il n'y a pas de raison que ce ne soit le cas.

Il avait confié à Chu'luun avoir noté une discordance, sans être en mesure de pouvoir développer ou expliquer davantage cette intuition. En même temps, Tomoyo avait le don de parvenir à lui donner des frissons d'appréhension. Il n'avait jamais été à l'aise en sa présence.

Elle pourrait continuer à sourire de la sorte même en menaçant de mort quelqu'un.

La discussion s'était terminée sur quelques nouvelles échangées avant que chacun ne prenne congé.

Sur le chemin du retour, une affiche attira son attention.
La Compagnie du Masque et de la Plume vous convie à l'inauguration de son théâtre: le Kyogen, le 12ème jour de la 3ème Lune Astrale. Ce soir, l'habit fait le moine! Déguisement obligatoire, incarnez votre personnage tout au long de la soirée.
Le théâtre...

Grand amateur de littérature, il avait déjà lu de nombreuses pièces mais il n'avait eu que, rarement, l'occasion de les voir jouer.

Eh bien! Oui, c'est mon vice.
Déplaire est mon plaisir. J'aime qu'on me haïsse.
Mon cher, si tu savais comme l'on marche mieux
Sous la pistolétade excitante des yeux!
Comme, sur les pourpoints, font d'amusantes taches
Le fiel des envieux et la bave des lâches!


L'antique morceau de l'une de ses pièces favorites ne pouvait que lui revenir. Kaly n'avait pas saisi l'admiration du Mage, ne comprenant pas le sacrifice du protagoniste principal pour un amour passionnel.

Du théâtre...

Ça va, juste le temps de m'occuper de l'atelier de Solan et de négocier avec l'Anrad pour qu'elle continue de prendre en charge Jaroud... et je m'octroierai un peu de vacances.

Peut-être que c'était l'occasion de délaisser un peu le fardeau de son passé, de l'oublier dans un costume.

Un rôle dans un rôle.
Pourquoi pas, après tout?

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Message par Ennrael » 17 mai 2018, 16:37

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La soirée au Kyogen s'était déroulée de manière paisible. Sous son masque de noble, le Miqo'te s'était rendu au théâtre et avait pu profiter des spectacles tout comme de l'impressionnant buffet. L'inauguration avait été un succès pour la troupe, les gens étant venus nombreux pour celui-ci. Discours, conte, musique et concours d'improvisation s'étaient enchaînés. Le Mage avait retrouvé, parmi le public, quelques connaissances dont le personnel de la Cave qui s'était fait particulièrement remarquer avec leurs costumes assortis de Garlemaldais et leur enthousiasme habituel.

Il eut plus de mal avec certains pans du concours d'improvisation qui s'était déroulé sous le sceau de l'humour et de la bonne humeur, deux choses auxquelles il se prêtait rarement. Entre les imitations de chocobo ou encore d'un mog et d'un sylphe, il s'était félicité de ne pas s'être proposé en candidat, ni d'avoir Rhian à côté pour l'ennuyer à ce niveau. Il savait que l'Uldien l'aurait harcelé jusqu'à ce qu'ils soient sur scène.

Ce fut fatigué mais relativement satisfait et rassasié qu'il rentra chez lui. À son retour, il retrouva un hall d'entrée silencieux et vide. C'était dans ces moments-là qu'il se félicitait du choix de la demeure. Deux escaliers menaient aux deux parties de celle-ci. Celle de gauche était la sienne, l'autre appartenait désormais à Merydwen. Il n'avait pas à se soucier d'empiéter sur le quotidien de l'Ishgardienne comme elle du sien.

Il accueillit le calme de sa chambre avec plaisir malgré le capharnaüm qui y régnait. Son masque fut jeté sur le bureau et le lit maltraité d'un saut. Bras derrière la tête, allongé sur le dos, il profitait d'un repos bien mérité. L'œil fermé, la température clémente, il était de nouveau seul avec ses pensées. Son sourire satisfait eut tôt fait de disparaître alors que ses réflexions revenaient le hanter.

Il lui était impossible de ne pas noter son rapprochement plus qu'évident avec Merydwen. Leurs discussions et confidences prenaient maintenant des pans de nuit entiers.

- Si tu as une idée plus concrète, je suis preneuse...
- L'idée, de base, serait de charger ton père d'un crime... Assez important pour qu'il ne puisse être ignoré malgré toute son influence. Le seul souci... C'est que ton mari, Hakon, pourrait prendre alors la tête de la famille. Et je doute que l'idée d'un meurtre te soit tentante, à moins que ce soit vraiment un pourri qui le mérite. Mais il y a aussi une autre voie... Celle du Jugement d'Halone. Celle-ci serait la voie la plus simple, la plus droite, celle qui te correspondrait le mieux mais... En cas d'échec, tu serais obligée de revenir aux côtés d'Hakon. Il faudrait, pour ça, que tu lui demandes le divorce... et en cas de refus de celui-ci... De le défier en duel singulier et donc... que tu gagnes.
- C'est... risqué, en effet...
- Si tu gagnais, tu prouverais ta valeur à Ishgard, ton père serait obligé de t'accepter en tant qu'héritière, ce serait l'issue la plus... favorable hors magouilles... Après, hrm... Pour ma part, dans ce genre de cas, je serai sans doute partagé entre ma fierté et l'idée de tricher...
- D'autant plus que Hakon est un excellent guerrier... Qui a eu l'occasion de manier les armes bien plus souvent et efficacement que moi durant ces dernières années. Mais je refuse d'envisager la triche... C'est hors de question.
- Hm, j'y pense, il y aurait une issue "gagnante-gagnante". Enfin... Une part gagnante 'idéale" et une part moins idéale...
- ...?
- En cas de défaite, il y a toujours la possibilité d'avaler discrètement une drogue pour se faire passer pour morte... Mais au prix de son identité et de ne plus jamais pouvoir remettre les pieds à Ishgard à visage découvert. Ainsi, pas de triche... mais pas de destin funeste d'esclave non plus... Après, l'art du combat, c'est comme tout, ça se peaufine. Tu as un avantage... Tu sais comment Hakon combat... Ce qui fait que tu peux apprendre un style qui pourrait le sortir de sa zone de confort et donc améliorer tes chances de victoire.
- Certes... Et je ne perds pas grand chose dans ces conditions, étant donné qu'il m'est déjà actuellement impossible de mettre les pieds en Ishgard sans prendre le risque d'être reconnue... Mais... n'est-ce pas une certaine forme de triche, si je me fais passer pour morte...? Je ne respecterai pas les conditions qui étaient en jeu, après tout...
- Seulement en cas de défaite... et quelque part, tu payes un prix... Ton identité actuelle, ton nom. Tu n'as pas à payer, en plus, ton existence. Tu crois que lui, en face, perdrait beaucoup à part une femme et un titre alors qu'il a déjà tous les honneurs? Entre vous deux, c'est toi qui a, clairement, le plus à perdre.
- ... Hrm... Tu as raison, une fois de plus... Mais c'est la raison pour laquelle je n'ai pas envie d'aller causer des problèmes à ma famille... par pure vengeance... Je n'y ai pas vraiment d'attache mais... Si je le fais, ce sera pour mettre fin à ces coutumes stupides, pour présenter les Frözz sous un nouveau jour... Je ne sais pas si j'en aurai les moyens, si ma ténacité et ma loyauté m'aideront à prendre les bonnes décisions, mais... Heureusement pour moi, j'aurais quelques personnes de bons conseils sous la main pour m'y aider...

Elle lui avait offert un sourire reconnaissant à ce sous-entendu.

- Hmf, personne ne t'en voudrait de vouloir te venger, avait répliqué l'implacable Miquo'te. Mais... Tu as un point, pour les coutumes.

Il avait ensuite détourné l'œil gêné par le compliment. Quant à elle, après s'être massée la nuque à l'embarras instauré, elle avait fait tourner entre ses doigts la pomme qu'elle avait pris dans le panier de fruit.

- Hrm... Pourquoi nos conversations prennent toujours une tournure aussi sérieuse...? avait-elle souligné avec un sourire qui se voulait plus léger et amusé.

Non, il lui était impossible de ne pas noter. Jamais il n'aurait cru pouvoir s'entendre avec l'Ishgardienne et aucun de ceux qui les connaissaient n'aurait pu prévoir une telle évolution. Quand l'Enclave était encore là, leurs disputes étaient légendaires. Il faut dire que le Mage avait fait une entrée plus que remarquée lors de sa présentation au groupe.

- Inutile de vous lever. Je ne suis pas là pour être votre ami, je ne suis pas là pour faire du babillage inutile, je suis là pour rendre service et rien de plus. De toutes façons, la moitié d'entre vous est là pour la gloire et sans doute parce que suivre sans avoir à réfléchir doit être bien plus confortable. L'autre moitié est là par ambition. On doit bien avoir un ou deux hommes de l'ombre dans le coin qui espèrent contrôler les Anrads sans avoir à endosser les responsabilités. Et de l'autre, on doit avoir une ou deux grandes gueules qui seront là pour foutre la Dissension et se faire remarquer.

Son sourire faussement angélique avait terminé son discours.

- Et dans le cas hypothétique que certains seraient vraiment là par conviction, je me demande combien de temps ils vont tenir avant que le reste ne vienne briser leurs illusions et les poignarder dans le dos. Bonne chance aux Anrads pour gérer tout ça ♪

Ce jour-là, il était parvenu à se faire haïr de la totalité des personnes en présence, chose qui ne s'était pas arrangée avec le temps. Merydwen n'avait pas été une exception. Ils étaient devenus les chiens et chats d'Estenn.

- Alors, frigide, toujours à rôder autour de l'Anrad à ce que je vois, lui avait-il déjà lancé, narquois.
- Et si tu allais affûter ta langue de vipère ailleurs, le nain de jardin?
- J'aimerai bien mais je suis en attente pour la suivante mission et vu les regards de biche égarée que tu lui lances, je suis en droit de me poser des questions.
- ... Serais tu jaloux, Eylion? lui avait-elle répliqué avec un sarcasme glacial. Maintenant occupe toi de ton nombril comme tu le fais si bien, je t'ai déjà assez vu pour la journée.
- Jaloux? Ah, dans tes rêves, frigide. Il faudrait vraiment être malade pour te vouloir, je plains l'éventuelle victime qui tomberait dans ce cas.
- Parce que tu penses qu'il existe quelqu'un d'assez sensé pour admirer ton petit corps chétif et ton sale caractère peut-être?

De là à penser qu'ils pouvaient maintenant discuter et plaisanter de la sorte, il y avait un monde. Ce qui l'effrayait, au fond, c'étaient les subtilités, les détails qui ne lui échappaient pas. Certains regards, mots et expressions ne mentaient pas, tissant parfois une tension implicite entre eux. Aucun geste n'était déplacé, aucun propos ne laissait entendre quoique ce soit et pourtant...

Et pourtant, malgré tout son savoir, toute son intuition, le Mage trébucha.

Il blâmait leur isolement pour cette proximité incongrue. Ce fut ce raisonnement qui le mena à faire l'erreur qu'il fit.

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Ennrael
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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 22 mai 2018, 13:40

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L'Ishgardienne ivre ouvrit la porte d'entrée assez maladroitement. Sur son passage, elle croisa Eylion qui se dirigeait vers les escaliers menant à sa chambre. Elle en profita pour lui jeter un regard en travers tout en continuant sa route, bien décidée à atteindre la sienne. Éberlué par l'attitude de la combattante, le Miqo'te la suivit de l’œil tout au long de son trajet jusqu'à ce qu'elle parvienne à son but, claquant avec violence la porte. Le bruit tonitruant eut le don de faire rentrer brièvement la tête du Mage dans ses épaules en grimaçant.

La conséquence de son erreur.

Pour briser leur isolement, il avait payé les services des Bains d'Émeraude à Merydwen avant de la piéger, prétextant avoir besoin de quelqu'un pour livrer un colis là-bas. Ce fut seulement sur place qu'il lui annonça la véritable raison de sa présence via linkperle.

- Tu es là-bas? Parfait, je vais pouvoir maintenant t'annoncer que j'ai menti ♪
- Menti...? Qu'est-ce que tu racontes?
- Ce colis n'est pas pour l'établissement... Mais pour toi. Tu es devant le comptoir?
- Je suis à l'extérieur, devant le bâtiment.... Mais qu'est-ce que tu me dis, je ne comprends rien...! Je ne dois pas livrer ce fichu colis??
- Je t'invite déjà à entrer... Je poursuivrai mes explications une fois à l'intérieur.

Un soupir agacé et un ton contrarié s'en étaient suivis.

- J'y suis. Et après?
- Le personnel de l'établissement devrait avoir une réservation à ton nom. Je me suis permis de te réserver quelques services, en remerciement de ton coup de main pour les Sept Voiles. Et avant que tu ne te fasses de fausses idées, ce qu'il y a dans le colis, c'est l'Anrad qui l'a pris.
- ... Eylion, tu te fiches de moi...?? Tu trouves que j'ai une tête à venir dans ce genre d'établissement...??

Il se retrouvait maintenant avec des questions sur ce qui avait bien pu se passer pour mettre Merydwen dans un état pareil. Sans perdre de temps, il activa sa linkperle pour tenter de communiquer, en premier lieu, à distance avec elle. De longues minutes interminables se déroulèrent avant qu'elle ne finisse par décrocher l'appel, excédée. Un ton menaçant, sec et appuyé accueillit le Mage.

- ... Fous. moi. la. paix... dit-elle en raccrochant aussitôt après.

Loin de se démonter, il rappela à nouveau. D'autres longues minutes se succédèrent avant qu'elle ne finisse par décrocher, sa patience atteinte, sans dire un mot. Pendant ce temps, il descendit les quelques marches qu'il avait commencé à monter, main sur le rebord de l'escalier, l'autre à sa linkperle.

- Toujours en colère à ce que je vois, fit-il, nonchalant.

Elle mit un certain temps à répondre.

- ... A qui la faute? fit-elle sombrement, sur un ton glacial, entre ses dents serrées.
- Hm, hm, un vrai bourreau apparemment. J'en déduis que niveau détente, ça n'a pas fonctionné?

Il prit place dans l'un des fauteuils à proximité de l'escalier de Merydwen, gardant la main à l'oreille.

- À quoi est-ce que tu t'attendais, hein...? Ça t'a amusé de me savoir dans cet établissement, mal à l'aise...? Pourquoi est-ce que tu as fait ça? Pour quelle raison saugrenue est-ce que tu as pu te dire à un quelconque moment que c'était une bonne idée...?? fit-elle, excédée, la gorge nouée.

Il soupira. Il ignorait, au fond, la véritable raison pour laquelle il avait agi de la sorte. Il ignorait que c'était la peur qui avait motivé son geste. Sa conscience avait préféré se conforter en se disant qu'il avait agi pour le bien-être de Merydwen. Bien qu'une partie était vraie, le fond était bien plus simple. En réalité, il l'avait fait pour lui. Il ne se rendait même pas compte de ses ressentis.

De la Vérité qu'il cherchait à fuir.

- Le bain était privatisé et les massages optionnels. Le personnel était prévenu. Ne me dis pas que tu es tombée sur des pervers là-bas...?
- Non, je ne suis pas tombée sur des pervers, mais... Peu importe, pourquoi CE genre d'endroit...?? Tu sais que ça ne me correspond pas...! Tu sais que massage ou pas, bain privatisé ou pas, je ne m'y serai pas sentie bien...! Alors pourquoi...??
- Pour te changer de contexte justement, sans forcément outrepasser les limites. J'ai rencontré l'employée durant l'une de mes excursions de la Cave, elle m'avait assuré des bienfaits de l'établissement. Je me suis laissé convaincre.
- Bien évidemment que c'est un établissement de rêve pour la plupart des gens mais je ne suis PAS la plupart des gens, Eylion...! Je pensais pourtant que tu avais compris à peu près qui j'étais, après tout ce que j'ai pu te dire sur moi, mais... Il faut croire que je me suis trompée... fit-elle d'une voix légèrement étranglée.

Ce fut à ce moment-là qu'il se rendit compte de sa faute. L'œil s'écarquilla. Les pièces commençaient à s'assembler enfin.

- Hé, hé, oulà, du calme... D'accord, on va en discuter mais pas par linkperle, si tu veux bien.

Le Mage se leva tout en effectuant un geste d'apaisement de la main qu'elle ne pouvait pas voir.

- Je n'ai pas envie de parler... Je veux juste... dormir, et oublier le fait que j'ai à présent la confirmation que je ne suis rien d'autre qu'une cinglée... fit-elle sur un ton meurtri avant de raccrocher.

Les oreilles du Miqo'te s'abaissèrent un instant alors qu'il lâchait sa linkperle. La Culpabilité se mit à le ronger, s'insinuant en lui, serrant son cœur et sa gorge. Il ferma son œil, affligé. Après un moment, toutefois, il fronça son sourcil. Il rouvrit son œil. Face à sa Culpabilité, il rassembla sa Détermination. Guidé par celle-ci, il monta les escaliers jusqu'à la porte de Merydwen.

Il toqua ensuite de manière modérée.

- Tu crois vraiment que je vais te laisser dans cet état sans rien dire...? Et j'avais dit quoi, la dernière fois, à propos du fait de dire des conneries à ton propos?!
- C'est la vérité. Laisse moi maintenant!
- C'est un putain de Mensonge...! Écoute, oui, je sais ce qu'il t'est arrivé par rapport à Hakon mais j'avais confiance dans le fait que l'établissement n'ont que des masseuses, c'est même la première chose sur laquelle je me suis renseigné...! Après, je ne sais pas ce qu'il s'est passé exactement... Si tu as accepté ou non un massage ou si ça a un rapport avec le bain...

Il posa son poing fermé sur la porte, sa Détermination laissant place de nouveau à sa Culpabilité.

- Écoute, hrm... Je m'excuse si ça t'a vraiment mis mal à l'aise, ce n'était... pas mon intention...

La Hyurgoth ne lui répondit que par un silence de plusieurs longues secondes avant que des sanglots étouffés ne se fissent entendre à travers la porte. Quand il les entendit, le Miqo'te devint catastrophé.

- ...! Mery... Tu... n'es pas folle, ni anormale... D'accord...? On... n'a peut-être pas... le même niveau d'intolérance... Mais j'ai aussi du mal avec le contact... Me toucher sans ma permission... Il peut m'arriver d'avoir des réactions violentes. De mal le supporter comme dans le cas de Kaly... ma disciple...

Merydwen ne parvint pas à répondre quoi que ce soit pendant un long moment, à nouveau.

- ... Entre... parvint-elle à articuler de manière suffisamment audible pour qu'il puisse l'entendre.

Il entrouvrit doucement la porte avant de finir par se glisser par la mince ouverture et de refermer derrière lui. Il présentait un air à la fois contrit et inquiet, les oreilles abaissées. Il vit que la combattante s'était installée dans son lit, adossée au mur, ses jambes ramenées contre elle, camouflée à moitié par une couette. Elle essuya rapidement ses joues lorsqu'Eylion entra, l'invitant à s'asseoir sur le lit pour ne pas rester debout.

Face à cette vue, le Miqo'te put sentir sa gorge se serrer à nouveau. Il n'avait pas voulu ça. Après un long moment de silence et d'hésitation, il s'exécuta, venant s'asseoir. Il posa ses poings fermés sur les jambes, ses oreilles toujours abaissées.

- Je ne voulais vraiment pas te mettre dans cet état...
- ... Je sais... dit-elle d'une voix étranglée. Je sais pourquoi tu l'as fait et... j'apprécie l'intention, seulement... Je savais que tout cela ne ferait que confirmer ce que je savais déjà et... je crois que je n'avais pas envie de me prendre la vérité en pleine face...

Jamais il ne s'était senti aussi mal. Il n'avait pas seulement fauté... Non, quelque part, il sentait qu'il y avait une autre raison à cette faute. Quelque chose qu'il n'arrivait pas à définir. Qu'il se refusait à définir.

- ... Et qu'est-ce que tu penses savoir...? finit-il par demander d'une voix sourde.

Elle mit un instant à répondre, déglutissant péniblement.

- ... Ce n'était qu'une masseuse, Eylion... Une simple masseuse qui faisait son travail... Et je n'ai pas réussi à me détendre ne serait-ce qu'une seconde... Il m'a fallu plusieurs longues minutes pour seulement... tolérer son contact... pour m'accoutumer à la douleur... expliqua t'elle péniblement, le regard toujours humide. Qu'est ce que tu penses que ça donnerait, dans un autre contexte...? Un contexte... plus personnel encore...? Plus intime...? Qui voudrait d'une personne qu'il ne peut pas même toucher...?
- ... Tu aurais pu... refuser. Et, pour le contact, ce n'est pas la même chose entre un inconnu... et quelqu'un que tu aimes vraiment. Mon ancienne Femme... Alors que j'étais déjà insupporté par les femmes... Je n'ai eu aucun mal à la toucher. Quand tu aimeras vraiment quelqu'un, tu auras envie de le ou la toucher, c'est inéluctable. Ce sera même... un besoin vital...

Elle posa son regard triste sur le Miqo'te, l'écoutant attentivement, sa tête reposant sur ses propres genoux.

- ...Et si ce n'est pas le cas...? Si tu te trompais...? demanda t'elle douloureusement. J'aimerais tellement... être normale... Juste pouvoir vivre les choses comme elle vienne... sans avoir l'impression de reculer de deux pas chaque fois que j'essaye de franchir un pas en avant...
- Je ne pense pas me tromper... Parce que la personne que tu choisiras aura les gestes... et la patience qu'il faut... et si ce n'est pas le cas... Alors ce n'est pas celle qu'il te faut...

Il tourna alors la tête avec un sourire à la fois navré et désabusé.

- Et tu veux franchement être normale...? Comme "tout le monde"? Il n'y a rien de plus ennuyeux que de l'être. Mieux vaut être un bon gros déviant si tu veux mon avis. Mieux vaut être unique et ne jamais s'ennuyer.

Elle afficha un sourire peu convaincu, le regard triste, avant de renifler.

- ... Tu ne vas pas me faire croire... que tu n'as pas parfois aspiré à une vie plus simple...? Je ne parle pas d'être comme tout le monde, mais juste... de ne pas avoir l'impression de venir d'une autre planète... De pouvoir me comporter normalement avec les gens que je rencontre, sans réfléchir à ce que je dois dire ou à comment je dois interagir avec eux...

Elle marqua un moment de réflexion.

- ... Au final, je crois bien que tu es le seul avec qui c'est le cas...

La remarque n'arrangea pas sa Culpabilité.

- Parfois, oui, mais j'ai accepté quelque part... L'idée que je ne suis... et ne serai jamais normal... dit-il en regardant le sol avant de revenir à elle. Et, hé... Si je suis capable maintenant d'aligner deux mots sans insulter les femmes que je rencontre... Tu pourras, je pense... finir par parler aux autres à ta façon...?

Elle laissa échapper un léger rire désabusé, baissant la tête un instant. Puis, elle acquiesça.

- ... Je suppose que vu sous cet angle, c'est envisageable, oui... Qui sait... Je ne compte pas perdre espoir, même si... c'est peut-être l'impression que je dois te donner ces derniers temps...
- Hmm, tu aurais pourtant de quoi avec moi dans les parages, dit-il en tentant vaguement de plaisanter.

Elle afficha une légère moue, comme partagée.

- Mmm... Il est vrai que tu m'exaspères un peu parfois... Souvent même, mais... Heureusement, tu as un désir de vivre assez contagieux et... toutes ces remises en question ne sont simplement pas toutes agréables, voilà tout...
- ... Je t'avoue que je suis mitigé en entendant quelqu'un dire que je puisse avoir un "désir de vivre"... Enfin, ça me donne l'image d'un homme radieux et limite sautillant avec des fleurs jaillissant de ses pas, fit-il avec un sourire qui pouvait s'apparenter à une grimace. Enfin... Même si je pense voir ce que tu voulais vraiment dire par là...

Elle afficha le même genre de sourire tout en fronçant les sourcils.

- Mmmm... Nan, ce n'est effectivement pas ce que je voulais dire par là, mais... Cependant, t'imaginer faire jaillir des fleurs à chacun de tes pas tout en laissant un arc en ciel sur ton sillage est une vision à la fois perturbante et divertissante... dit-elle en haussant un sourcil moqueur.
- Tsh, je suppose que c'est l'un des prix à payer pour t'avoir mis mal, dit-il en croisant les bras.
- Si seulement ce n'était que ça... fit-elle sur un ton énigmatique.
- Aah, parce que tu planifierais quelque chose, toi? souligna t'il en tournant l'œil vers elle avec un mince sourire défiant.
- Même si ton intention n'était pas mauvaise, je sais qu'au fond, tu l'as fait parce que la simple idée de me voir ouvrir ce colis, piégée, t'amusait au plus au point. Alors oui, je compte bien te rendre la pareille un jour. Compte là dessus.
- ... Hrm, je mentirai si je disais le contraire... grommela t'il un peu. Mais non, ce n'était pas mon intention primaire, on va dire un effet secondaire de mon plan initial. Pour le reste, ne crois pas que ce sera si facile de me piéger mais tu es libre de tenter... ♪

Il lui offrit alors de nouveau un sourire défiant, voire provocateur.

- Ce ne sera pas facile, mais je ne vais pas me contenter de seulement "tenter", ça tu peux en être assuré... répliqua-t-elle avec le même rictus.
- Alors j'ai hâte de voir ça, dit-il, faussement nonchalant.

La queue arrière du Miqo'te se mit à balancer de gauche à droite lentement, signe de son amusement. Celle-ci se calma par la suite, se reposant sur le lit.

- Hrm... Mais à part ça... Je... peux faire quelque chose pour me faire pardonner?

Il était un peu gêné de poser ce genre de question aussi franchement mais il était bien décidé à ne pas déroger à ses responsabilités. La jeune femme, quant à elle, était tout à son défi, amusée. Son rictus eut tôt fait de s'estomper à la demande. Elle hésita, s'apprêta à dire quelque chose avant de se raviser en secouant la tête.

- ... Nan, je crois... que tu en as assez fait pour ce soir! lança t'elle sur un ton se voulant plaisantin. Il est tard, je te laisse t'en sortir pour cette fois!
- ... Tu pensais à quelque chose là, dit-il en plissant son œil unique.
- Non, enfin... Je réfléchissais mais... Je suis trop fatiguée pour le faire, actuellement! fit-elle en essayant de paraître sûre d'elle.
- ... Tu essayes de convaincre qui, là...? dit-il avec un air légèrement blasé.

Elle soupira.

- J'allais dire quelque chose pour plaisanter mais ce n'était pas drôle, alors je me suis abstenue, c'est tout...! répliqua t'elle sur la défensive.
- ... Hé, c'est moi qui ai fauté ici, tu as le droit de te venger un peu...
- Tu n'as pas vraiment fauté, c'est moi qui ai... voulu tenter le coup et je n'aurais pas dû... Comme tu l'as dit, les massages n'étaient pas obligatoires, alors... ce serait injuste de ma part de t'en tenir rigueur... Tu ne me dois rien, et j'aurais ma vengeance, de toutes façons... Cela me suffira amplement! dit-elle avec un bref sourire.
- Dis au moins ce qui te passait à l'esprit. Promis, je ne dirai rien, dit-il en levant sa main droite.

Elle afficha alors un air gêné, la mâchoire crispée.

- C'était vraiment idiot, je t'assure... Je ne le pensais pas vraiment, ce ne sert... à rien que je te le dise...

Il eut un air perplexe. Constatant sa gêne, il finit par se lever. Il mourait d'envie d'insister mais il se dit qu'il avait fait assez de dégâts pour ce soir.

- Hrm... Tu es sûre? Je peux t'apporter un truc à boire si tu veux...
- Oh, je crois que j'ai bien assez bu pour ce soir, tu sais...! fit-elle sur le ton de l'humour. Je crois que j'ai juste besoin de dormir, ça ira beaucoup mieux ensuite!

Il voyait parfaitement qu'elle essayait de le rassurer et de noyer le poisson. Elle n'allait pas bien. Pas bien du tout. Ce constat arracha un air contrarié au Miqo'te qui se tourna davantage vers elle.

- Dans ce cas, hrm... repose toi bien et... encore désolé...

Elle secoua la tête doucement, semblant un peu nerveuse cependant.

- Ne t'inquiète pas, ça ira mieux demain... Passe une bonne nuit...

Elle lui offrit un sourire qui était néanmoins teinté d'une appréhension, comme si elle craignait son départ. Quand il remarqua sa nervosité, il demanda, hésitant.

- Ça... va aller?
- Bon sang, Eylion... Tu ne peux pas juste aller te coucher une bonne fois pour toutes...? fit-elle dans un soupir presque suppliant.
- Je demandais juste... Quelque chose semble encore te tracasser, comment je peux aller me coucher en te voyant comme ça? lança t'il, semi-contrarié.
- J'ai bu et je ne suis pas... vraiment en grande forme en ce moment, alors... rien de ce que je pense, ni ne fais n'est vraiment très rationnel... Ne cherche pas à comprendre...
- Hmm...

Il se mit à réfléchir en la guettant, perplexe. Sa nervosité, son refus de parler, son angoisse... Il finit par comprendre qu'elle ne voulait pas être seule, livrée à elle-même, à ses pensées. Mais comment pouvait-elle seulement lui demander de rester? Il prit une brève inspiration, prenant les devants.

- ... Je peux rester devant la porte de ta chambre si tu veux, te laisser tranquille mais pas vraiment "seule"...

La guerrière crispa la mâchoire avant de détourner la tête avec un air légèrement contrarié d'être un véritable livre ouvert.

- Tu ne vas pas passer la nuit devant ma porte, Eylion... Tu fais déjà beaucoup pour moi et c'est déjà bien suffisant, peut-être même trop... Va te reposer, je ne devrais pas tarder à trouver le sommeil ce soir...
- Pff, merci de me sous-estimer, dit-il en haussant les épaules.

Il ajouta ensuite, vantard.

- Comme si une nuit allait me tuer.
- Ne sois pas stupide, avec tout ce que tu as à faire, tu ne peux pas vraiment te permettre de faire des nuits blanches même si ton ego aimerait te convaincre du contraire...! S'il te plaît, va te reposer! Je dormirai mieux en sachant que tu te reposes également!

Il se dirigea vers la porte tout en levant une main.

- Hé, je n'ai jamais dit que je ne dormirai pas, dit-il, nonchalant. Ce sera juste devant ta porte.

Face à l'entêtement du Miqo'te, elle se leva, agacée. La couette tomba de son buste, révélant ses sous-vêtements, l'Ishgardienne s'étant dévêtue quand elle pensait passer la soirée seule dans son lit.

- Bon sang Eylion, va te coucher DANS TON LIT! C'est un ordre! dit-elle avec force en pointant la porte de l'index, ayant totalement oubliée sa tenue.

Sur le moment, il lui faisait dos, s'apprêtant à ouvrir la porte. Quand il entendit l'ordre, main sur la poignée, il tourna la tête vers elle, sourire impertinent aux lèvres. Alors qu'il était prêt à lui lancer une réplique piquante, il s'aperçut du manque de vêtements de son interlocutrice. La vision arracha son sourire, laissant place au choc. La gêne et le rougissement suivirent la vision.

Face au changement brusque d'attitude d'Eylion, Merydwen eut un instant de confusion avant de comprendre sa source. Honteuse, elle se cacha aussitôt sous la couette. Quant à lui, il sortit tout aussi vivement, plaquant dos et mains sur la porte refermée comme pour la barricader. Au claquement de celle-ci, interloquée, l'Ishgardienne finit par se mettre en boule sous la couverture comme si elle pouvait lui permettre de disparaître.

- Je veux mourir... murmura t'elle sous le coup de la honte.

Le Mage se laissa choir, de son côté, jusqu'à terre, dos toujours contre la porte. Il se prit la tête entre ses mains, tâchant de calmer sa gêne de son mieux. Ce fut ainsi qu'ils passèrent une bonne partie de la nuit, le sommeil ne les prenant que tardivement.

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Re: Eylion Grenn

Message par Ennrael » 24 mai 2018, 12:40

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Un souffle vertigineux. La lente conclusion d'un chemin qu'ils avaient amorcé sans vraiment s'en apercevoir. Contre toutes les attentes. Contre tous les faits. Il lui avait soulevé le menton, susurré contre ses lèvres.

- Je ne vais pas... te prendre au dépourvu, avait-il dit d'une voix sourde. A tout moment, tu peux me repousser... Non, ce serait même conseillé.

La Peur avait accompagné les pas de cette valse dont ils avaient ignoré l'issue... jusqu'au moment fatidique. Il buvait maintenant à la coupe pleine de ce qu'ils avaient noué. Elle ne l'avait pas arrêté, ni repoussé, combien même il l'avait espéré. Même appelé de tous ses vœux. Il ne s'était pas précipité, il avait repoussé l'échéance de son mieux jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'échappatoire. Plaisir et Terreur faisaient un bien étrange mélange alors qu'ils perpétuaient et prolongeaient ce crime jusqu'à la lisière de la Folie.

Il goûtait sans se priver malgré son estomac noué. Substances et nuances se mêlaient en lui face aux lèvres généreuses, pleines. Sur la joue de l'Ishgardienne, une larme de soulagement et de joie coula. Elle agrippa le pan de la chemise de son partenaire, y cherchant là une ancre face à l'abîme d'émotions qui l'envoûtaient. Ses joues rougies témoignaient de la virulence de ce simple premier échange, de l'impact qu'il avait sur les deux âmes fissurées. Lui avait pris possession de la nuque, penché sur la femme assise au bord du lit.

Manquant finalement d'air, ils réclamèrent grâce, se séparant.

Confus, submergé, le Miqo'te peina à retrouver ses sens et même son existence. Ce ne fut qu'après un moment qu'il se rendit compte de la situation. Une envie de fuite le prit entier et il aurait sans doute pris la voie de la sortie si ce n'était pour un détail: sa chemise captive des doigts de la Hyurgoth. Sans ce lien ténu, il aurait sans doute couru sans s'arrêter, quitte à sortir de sa propre maison. Quitte à aller jusqu'en Noscea ou encore jusqu'à Shirogane.

Il croisa un regard timide et fébrile, bien éloigné de la froideur guerrière qui l'ornait d'ordinaire. Face à cet air, et à la trace de la larme-témoin, il finit par se résoudre à prendre Merydwen dans ses bras - chose qu'il ne s'était jamais permis jusque là. Main derrière la tête de celle-ci, dans un geste se voulant rassurant, le cœur battant à tout rompre, ce fut là qu'il réalisa.

- Merde...

Il était foutu.
Non, même foutu était un euphémisme chez lui.
Il était grillé, cuit, fait.

Son cœur, cette chose brisée, avait fait son Choix. Comme il le craignait, sans lui demander son avis.

Pire, de toutes les femmes, il avait fallu, bien évidemment, que ce soit la plus improbable. Il en venait, sincèrement, à douter de son bon sens.

Il aurait voulu se mentir. S'illusionner. La tentation avait été forte. Garder Merydwen dans l'ignorance. Lui de même.

Mais c'était contre son Principe. Contre tout ce pourquoi il avait combattu. Contre tout ce pourquoi il continuait de se battre.

Tout avait commencé le lendemain de la nuit difficile. Merydwen s'était levée en premier pour s'approcher de la porte, cherchant à savoir si l'infernal Mage était allé jusqu'au bout de son idée, à savoir dormir par terre devant sa chambre. L'ombre visible à travers la mince ouverture séparant le sol et le bois lui avait donné la réponse.

- Eylion...? Est-ce que... tu dors?

Face au manque de réaction, elle s'était redressée pour aller s'habiller. Elle était revenue ensuite s'asseoir contre la porte, se laissant aller au sol. Un étrange mélange entre un ronflement et un ronronnement avait eu le don de l'interpeller.

- Je saurai me souvenir de ça... avait-elle fait sur un ton moqueur avant de soupirer, son regard rivé vers le plafond, la tête en appui contre sa main. Tu n'es vraiment qu'une tête de mule... Je n'en reviens pas que tu sois resté toute la nuit devant la porte...

Elle avait profité du sommeil du Mage pour poursuivre pendant que celui-ci bougeait parfois dans son lourd sommeil.

- ... Je suis désolée, j'ai l'impression de beaucoup trop me reposer sur toi ces derniers temps, mais... je crois que tu es devenu la personne en qui j'ai le plus confiance... Je sais que tu diras toujours la Vérité, que rien de ce que tu fais n'est jamais feint... C'est ce que j'apprécie le plus chez toi...
...
Même si ça ne m'empêche pas d'avoir envie de t’étrangler parfois...!

Elle avait marqué un instant de pause.

- J'aimerais pouvoir te dire ça directement mais j'ose espérer que tu l'as compris de toi même... J'ai toujours du mal à me faire à l'idée que notre relation ait pu prendre un tournant pareil... Si tu savais à quel point j'exécrais ton comportement insupportable, tes piques en continu, ton air hautain et méprisant parfois...
...
Au final, j'ai l'impression que c'est parce que que je t'ai détesté à ce point, que j'apprécie qui tu es réellement... Maintenant que j'en connais la raison, le pourquoi... Ce n'est pas comme avec Morgan, ou l'Anrad... Il y a quelque chose de différent... que je n'ai jamais vécu auparavant...

La conscience du Miqo'te avait fini, enfin, par refaire surface durant le dernier pan du monologue de l'Ishgardienne. Il lui avait fallu un certain temps avant de comprendre qu'elle parlait seule... et qu'elle semblait parler de lui. Pendant un instant, il avait été tenté de feindre le sommeil pour en savoir davantage mais là encore, son Principe l'avait rappelé à l'Ordre. Il avait donc signalé sa présence par un grognement discret.

- Hrm...
- Tu es réveillé...?
- Erh... Hm... Apparemment? avait fini par résonner une voix groggy.

Gênée, elle était restée silencieuse un court instant.

- ... Tu es vraiment un idiot, tu le sais ça...?
- Qu'est-ce que j'ai fait encore...? avait t'il maugrée en se redressant sur un coude.
- Regarde où tu te trouves et tu auras la réponse peut-être? avait-elle souligné en soupirant. Sincèrement, quelle idée de rester là toute la nuit...
- Et alors? avait-il répliqué en baillant allégrement, main libre devant sa bouche.

Merydwen avait marmonné des choses incompréhensibles avant de répondre sur un ton agacé.

- Alors j'aimerais bien sortir si possible!
- À vos ordres, "Princesse", avait-il lancé avec un ricanement.

Il s'était alors levé pour s'étirer, levant haut ses bras.

- Hhhgnnn!

Elle avait ouvert la porte, tâchant de dissimuler son embarras par rapport à la scène de la veille. Le Mage, quant à lui, avait décidé durant la nuit de ne pas remettre le sujet sur le tapis et de faire comme si de rien n'était.

- ... Tu dois avoir mal de partout, imbécile. Tu veux peut-être que je prenne rendez-vous pour toi aux Bains d'émeraude? avait-elle dit en haussant un sourcil moqueur.
- Et me faire tripoter par des solaires? Non merci, avait-il répliqué en se massant sa propre épaule.
- Ah oui? Tu ne dirais probablement pas cela en voyant la masseuse... avait-elle dit en haussant un sourcil fourbe.
- Elle pourrait être Menphina elle-même que ça ne changerait rien.

Il s'était ensuite davantage tourné vers la combattante tout en croisant les bras.

- Ça me fait penser sinon, hrm... Par rapport à tes craintes, hier... Je me disais qu'on pouvait, peut-être, faire quelques tests?
- Quel genre de test...?
- Pour les tests, tu as eu des réactions par rapport à la masseuse, une inconnue. Peut-être que ce serait différent avec quelqu'un que tu connais bien.

À la fin de sa phrase, il avait décroisé les bras pour pouvoir enlever sa mitaine, fourrant cette dernière dans une poche avant de tendre la main.

- Et aussi si c'est toi qui amorce le mouvement. Plus le fait de faire un contact simple.

Elle avait observé la main du Miqo'te un instant, les dents serrées.

- Je n'ai pas tellement de problème pour ce genre de contact là... Sauf peut-être... si je suis surprise... comme la dernière fois, lorsque tu m'as rejoint à l'auberge... avait-elle expliqué, saisissant malgré tout la main du Mage pour illustrer ses propos.

Durant l'une de leurs discussions, il était arrivé à Eylion de poser une main sur son bras durant un sujet particulièrement difficile. Le contact avait fait sursauter Merydwen, incitant le Miqo'te à arrêter immédiatement.

- Alors, tu vois que tu n'es pas cinglée, avait-il dit avec un sourire en coin.

Il avait secoué sa prise pour mimer une poignée de main.

- Après, hrm... Je ne vois pas trop ce qui pourrait rester de l'ordre du correct. Tout le reste pourrait être déplacé... C'est peut-être ce qui te pose souci? Dans le sens, dès lors que c'est trop intime?
- Si j'étais incapable du moindre contact, ce serait tout de même vraiment handicapant... Mais oui, cela dépend... de la zone et... du contexte...

Gênée à la question, elle avait retiré sa main pour rajouter.

- Écoute, tu ne pourras pas faire grand chose pour m'aider à ce niveau...

Il avait toussoté un peu dans sa main libérée, son œil déviant sur le côté.

- C'est sûr mais... Hrm, au moins... Tu sais où sont les limites et... que ce n'est pas anormal... Ça veut dire aussi qu'avec la bonne personne, il y a de l'espoir.

Elle avait baissé la tête, les dents serrées.

- Probablement... Je ne sens rien, je n'ai pas vraiment de contact avec qui que ce soit mis à part... De simples poignées de main comme on vient de le faire ou... lorsque je me bats...
- Ça viendra, avait-il dit en soupirant. Il n'y a rien qui presse, tu n'as pas à t'angoisser pour ça. Et puis, pour le moment, l'important, c'est ton entraînement, non? Je... Hm, suis encore désolé pour hier, je ne pensais pas que... ça réveillerait des vieilles blessures...

Elle avait hoché la tête simplement, le regard légèrement éteint.

- Je te l'ai dit, tu ne pouvais pas savoir... Je me suis surtout sentie mal pour la masseuse... Elle a été très patiente... et je m'en suis voulue... d'avoir réagi avec autant de virulence...
- ... Ce qui est fait est fait mais, hé... N'hésite pas à dire non la prochaine fois, d'accord? avait-il souligné avec un sourire peiné.
- Je voulais juste...essayer... Je n'avais pas envie de rester bloquée par mes vieux démons et m'empêcher de profiter d'un simple massage, dans un simple établissement mais il faut croire qu'ils sont plus coriaces que je ne le pensais... avait-elle dit en croisant les bras, frustrée.

Il s'était massé sa propre nuque, gêné. Il s'était mis à réfléchir, cherchant un moyen de l'aider. Mais qu'importe ce qu'il pouvait bien trouver, il tombait toujours sur des solutions pouvant mener à des situations embarrassantes. Face à ce silence, Merydwen avait fini par soupirer.

- Peu importe... Comme tu dis, cela ne sert à rien de se focaliser là dessus... J'aurais ma réponse en tant voulu, je suppose...
- Hrm... Je...
- ...? Qu'y a-t-il...?

Il s'était mis à rougir malgré lui, se détournant aussitôt.

- Oui, non, mauvaise idée, avait-il lancé, sec, en s'éloignant de but en blanc, le pas et les bras rigides.
- ...! Eylion...!

Elle s'était mise à le suivre, perplexe.

- Qu'est ce que tu as...??
- Rien, retourne à tes affaires, avait-il dit d'un ton tranchant, embarrassé, sans s'arrêter.

Le ton rude avait stoppé la guerrière un instant. Éberluée, elle avait fini par le rattraper et l'attraper par le bras.

- Qu'est-ce que tu me fais là...?? Pourquoi est-ce que tu réagis comme ça, tout d'un coup?? avait-elle demandé, perdue.

Pris quelque peu au dépourvu, le contact n'avait pas arrangé sa gêne, loin de là. Il avait serré des canines un instant, essayant de se reprendre de son mieux. C'était dans ces moments-là qu'il maudissait son Principe de Vérité.

- ...

Il avait fermé l'œil, pris une inspiration avant de le rouvrir, même s'il avait eu du mal à regarder l'Ishgardienne en face.

- Je... me demandais juste si ce serait une bonne idée de... Voir si un massage simple... Au niveau des épaules... pourrait être un test viable, pas déplacé. Mais tu parles.

Merydwen l'avait relâché aussitôt, à la fois surprise par son propre geste et la proposition du Miqo'te.

- Que... Quoi... tous les deux...? avait-elle demandé bêtement avec embarras malgré l'évidence de la réponse.

La phrase employée avait eu le don de plonger l'infortuné Miqo'te dans un abîme de honte et d'aggraver son état. Il avait plaqué une main à son propre visage comme pour le masquer à demi.

- Comme je l'ai dit... oublie, avait-il dit d'une voix sourde. C'est une évidence que ce serait déplacé.

La guerrière était restée figée, le regard détourné et les yeux légèrement écarquillés, à la fois terriblement embarrassée et particulièrement surprise. Pourtant, après un certain moment de malaise, elle avait fini par fermer les yeux tout en se prenant le coude.

- Ce ne serait peut être pas... aussi idiot que ça... avait-elle murmuré, les joues rouge pivoine.

Il avait écarquillé l'œil, ne pouvant s'empêcher de la regarder, à demi éberlué, comme si elle était devenue folle. Face au regard, elle s'était détournée, la mâchoire crispée à s'en briser les dents.

- ... Ce que je veux dire, c'est que... J'ai été surprise... la veille, et... je n'étais pas... en confiance...
- Hrm... Oui sauf que... c'était une masseuse là.

Il s'était pointé du pouce, gêné.

- Je n'en ai peut-être pas l'air mais je reste un homme... et la seule femme que j'ai jamais massé... C'était ma salope d'ex-Femme. Alors, bon, hrm... Enfin, c'est vrai qu'un massage d'épaules, c'est qu'un... massage d'épaules mais...
- Je sais bien que tu es un homme... Je n'ai jamais pensé le contraire... avait-elle dit en se massant la nuque. Mais le fait est que... Si je dois faire un test avec quelqu'un, alors... Je pense que tu es celui en qui j'aurai... le plus confiance... D'autant plus que les épaules étaient le seul endroit qui ne m'était pas trop insoutenable mais ce n'est peut être pas... la meilleure idée du siècle...

Il l'avait regardé, silencieux avant de se masser la nuque à son tour.

- ... Si on disait à mon moi du passé ce qu'on est en train de se dire maintenant, il se roulerait par terre de rire et d'incrédulité...

Il avait pu sentir, à ce moment-là, l'Adolescent hurler de rire. Son Cynisme se retourner contre lui.

- ... La moi du passé m'aurait probablement frappée pour avoir ne serait-ce qu'envisager une chose pareille... avait-elle fait dans un sourire crispé, sans pouvoir regarder le Miqo'te directement.
- Comme d'habitude, toujours la violence avec toi... avait-il tenté de dire avec un ton léger et un sourire embarrassé.

Il avait ensuite marqué un instant de silence tout en rabaissant sa main.

- Ça... t'aiderait vraiment, tu penses...? avait-il demandé, hésitant.
- Je ne pourrais pas savoir tant que je n'ai pas essayé...? Mais si...la seule personne que tu ais massé est ta femme, alors peut-être que... ce n'est pas quelque chose d'anodin pour toi...

Il avait pris une inspiration comme pour se donner du courage. Ce n'était qu'un massage. Rien de déplacé. Ils étaient bons amis.

- C'est... gênant, je l'admets mais... Bon, on sait... Enfin... On peut... toujours... essayer... Et si ça ne va vraiment pas... On peut toujours en parler...?

Elle avait acquiescé nerveusement, ses joues écarlates.

- Oui, je... te préviendrai si ça ne va pas... et nous arrêterons simplement, avait-elle répondu fébrilement.
- Évite, si possible, le coude dans le ventre comme réaction involontaire... D'accord...? avait-il dit en retour tout aussi nerveux.

Dans l'obscurité de la chambre, il avait amorcé maladroitement le massage proposé. Dans les ténèbres, au sein de la demeure silencieuse, il avait eu cette désagréable impression qu'ils étaient seuls au monde. Il avait dû faire face à ses ressentis. Il n'avait pas pu s'aveugler plus longtemps. Il lui avait été impossible d'ignorer ce qu'il avait noté chez Merydwen. Submergé, sa Terreur l'avait incité à arrêter. À craquer, les larmes lui venant malgré lui.

- Qu'est-ce qui ne va pas...?
- Je... je ne sais pas... avait-il dit péniblement avant d'ajouter, honteux. Merde, je suis pitoyable...
- Hé, qu'est ce que tu racontes...? C'est faux, qu'est-ce que je devrais dire dans ce cas là, hein...?

Il aurait pu affronter n'importe quoi. Une meute de Peistes. Des Acarus Géants. L'ensemble des Immortels. Même un Primordial ou encore l’Écorcheuse elle-même lui aurait été préférable à cette situation. L'idée seule de succomber était propre à lui ôter tout courage.

Il avait tenté de se mentir, de s'illusionner.

- Tu ne peux pas constamment... tout garder pour toi, Eylion... C'est juste impossible...
- Qu'est-ce... que je garde... au juste...? avait-il murmuré avec rage et peine. Je... dois... Je dois avoir perdu le sens... du c-contact... sans doute.

Tout lui aurait été préférable. Il avait trop souffert. Il ne voulait plus. Il n'avait plus la force. Il était allé rallumer la lumière. Il avait tenté l'humour. Il s'était débattu.

- ... Ça va mieux maintenant, dit-il avec un ton mesuré. Enfin... Je mentirai si je disais que je ne me sentais pas foutrement nerveux.
- Si... si ça peut te rassurer, je... le suis tout autant... Mais... Je te fais confiance...
- À nous entendre, on pourrait croire qu'on s'apprête à se lancer dans une mission de vie et de mort, avait-il lancé dans un rire discordant.

Elle avait laissé échapper un rire similaire.

- Ça y ressemble assez, oui... Je ne sais pas si c'est l'obscurité qui nous rend aussi... émotifs mais... Je me sens...vraiment bizarre... avait-elle souligné en se massant la nuque de sa main libre.

Le malaise s'était agrandi à chaque contact. Chaque parole, malgré toutes les tentatives d'humour, de traits légers. Finalement, à bout, Merydwen avait fini par demander.

- ... Est-ce que tu sais ce qui est en train de se passer, là...? Parce que sincèrement, je... suis un peu perdue...

La question avait fait manquer un battement au cœur du Mage qu'il pensait pourtant mort. Il avait voulu, sur l'instant, être naïf, innocent ou imbécile. Mais aucun des trois ne correspondait à son profil. Excédé, au bout de sa lutte, il lui fallait vérifier ou devenir Fou. C'était ainsi qu'il s'était approché d'elle et qu'il l'avait incité à le regarder, d'une main qui s'était voulue lente, sans force.

Elle avait relevé la tête vers lui, les lèvres légèrement entrouvertes, ses yeux gris mêlés d'incompréhension et d'appréhension. Elle avait cherché à dire quelque chose, sans en être capable, face à l'azur qui la fixait. L'air calme du Mage n'avait été qu'un masque. Le seul qu'il était parvenu à prendre.

- Je ne vais pas... te prendre au dépourvu, dit-il d'une voix sourde. À tout moment, tu peux me repousser... Non, ce serait même conseillé.

Il lui avait saisi le menton avant de commencer à se pencher avec une lenteur calculée. Il lui avait laissé le temps de réaliser et de réagir. Elle s'était pincée les lèvres, la gorge nouée, le cœur battant à tout rompre. Elle avait été tentée de fuir également, de le repousser, de s'éloigner le plus loin possible de ce geste, si anodin pour certains, et qui pourtant l'effrayait tant.

Les effrayait tant.

Pourtant, une toute autre force l'avait incité à rester. L'instant fatidique n'avait su tarder. Le moment de Vérité. Absurde. Improbable et pourtant... libérateur. Les pensées du Mage s'étaient figées alors qu'il buvait à la coupe sans se retenir. Son impulsivité notoire s'était faite sentir quand il avait pris les joues de Merydwen avec une Passion qui l'avait lui-même surpris comme si toute la tension accumulée, de l'attirance jusqu'à l'embarras, s'était déversée enfin suite à la destruction du barrage des convenances.

Et c'était ainsi qu'ils s'étaient retrouvés là. Chamboulés. Perdus.

Sous le poids des sensations, la guerrière se laissa à quelques sanglots discrets sur l'épaule de l'Arcaniste.

- Pourquoi tu as fait ça...? demanda t'elle dans un murmure à peine audible.
- Je ne... Je... J'avais besoin de savoir, balbutia t'il doucement.

Il allait à la fois bien et à la fois mal, terriblement mal alors qu'il se mettait à frotter l'arrière de l'épaule de Merydwen. Il se sentait, quelque part, responsable de la situation alors qu'en réalité, il ne contrôlait rien, encore moins son état.

La Hyurgoth délogea doucement sa tête de l'épaule rassurante d'Eylion, cherchant l'œil unique qui regardait un point invisible devant lui, choqué.

- Savoir quoi...?
- Si on ressentait la même chose, dit-il d'une voix sourde, étranglée.

Elle le fixa encore un instant avant de hocher doucement la tête, soulagée. Elle mit ensuite un long moment à trouver la force de parler, essuyant ses joues humides, tête toujours baissée et presque collée au torse du Miqo'te.

- Je... Que fait on à présent...? Je suis perdue, je... Je ne pense pas... être en mesure de t'apporter... ce que tu recherches... parvint elle à articuler, la gorge nouée.
- T-tu crois que j'en ai une meilleure idée...?

Il passa une main dans la chevelure immaculée dans un geste se voulant réconfortant.

- Je ne sais même pas... comment tout ça est arrivé... Tout... s'est enchaîné... Enfin, je ne sais pas si on peut dire... rapidement... Mais ça fait des années qu'on se connaît et...

Il sembla s'entremêler lui-même dans ses propres réflexions.

- Au fond... On... ne s'est jamais... vraiment connu...

Elle hocha doucement la tête, reniflant discrètement.

- Je suppose que nous étions...trop occupés à nous lancer les pires vacheries... fit-elle dans un bref sourire. Quelle ironie...

Il fouilla alors dans la poche de son pantalon et en sortit un mouchoir qu'il lui tendit.

- Nymeia doit se rouler par terre de rire... fit-il avec un sourire à la fois amusé et désabusé.
- C'est peu de le dire... ajouta-t-elle sur le même ton, prenant timidement le mouchoir. Merci...

Elle se moucha, le bruit tonitruant l'obligeant à détourner la tête, gênée.

- Très glamour... grommela t'elle.
- Je pense qu'on a dépassé le statut du glamour vu tout ce qu'on a traversé, dit-il avec un léger rire gêné.
- Hrm... Oui, probablement... fit-elle avec un léger sourire désabusé.

Après avoir essuyé ses larmes de son mieux, elle jeta le mouchoir dans la poubelle à proximité d'un lancer précis.

- Et puisque je crois... qu'on a aussi dépassé le stade de faire des cachotteries... Je tiens aussi à te dire que... j'ai vraiment... ressenti quelque chose...de spécial, durant... Enfin... dit-elle presque dans un murmure, sans oser regarder Eylion directement.
- D-de spécial...? reprit-il, instinctivement, sans réfléchir.

Elle frotta ses mains nerveusement, la tête légèrement rentrée dans ses épaules.

- Oui, je... Je sais pas, quelque chose... de différent... Pas de.. peur, ou... peut-être un peu au début mais, ensuite... tenta t'elle d'expliquer sans trouver les mots, se mordant légèrement la lèvre inférieure alors qu'elle réfléchissait.

Il se mit à rougir quand il sembla comprendre de quoi il s'agissait.

- Erh...

Il regarda la combattante, presque hésitant sur le coup face à ce degré d'innocence. Il passa une main sur sa joue, écartant un peu ses mèches immaculées au passage.

- Avant ça... Hm... Je... Il faudrait déjà savoir... Oui, ce qu'"on" veut faire.

Il accentua bien le "on".

- Je ne sais pas... moi-même si je suis... celui qu'il te faut ou encore... si on y va trop rapidement ou non...

Elle le laissa faire, osant enfin lever les yeux pour le regarder.

- Je ne saurai le dire... J'ai l'impression... que nous sommes tellement différents et... similaires à la fois... Je ne veux pas te vexer mais tu es probablement la dernière personne avec qui j'aurais pu imaginer vivre une chose pareille... dit-elle, perplexe et gênée, avant de serrer les dents. Et pourtant si c'est arrivé... dans ces conditions... c'est que ça ne peut pas être dû au hasard, non...?
- Ce serait difficile de me vexer vu qu'on partage le même avis...

Il ne pouvait s'empêcher, maintenant, de la découvrir, ses doigts dégageant le visage de la combattante pour se perdre dans sa chevelure.

- C'est complètement fou, fit-il en soupirant.

Chat et Chien. Feu et Glace. Chaos et Ordre. Ils étaient les parfaits opposés et leurs antiques disputes étaient là pour en témoigner. Était-ce... seulement possible? Envisageable? Pouvaient-ils réellement nouer une relation viable?

- Hasard, destin... En existe t'il seulement un...? s'interrogea t'il à voix basse.

Merydwen elle-même observait en détail le visage du Miqo'te comme si elle le découvrait pour la première fois... Ou peut-être le redécouvrait-elle, sous un nouveau genre, un nouvel angle? Quoiqu'il en soit, le regard de la guerrière avait rarement été aussi éloigné de son air dur et plein de méfiance qu'on lui connaissait si bien. Aussi surprenant que cela puisse paraître, pour elle comme pour n'importe qui, elle profitait simplement de ce contact, sans appréhension.

- Va savoir... Mais comme tu dis, c'est... complètement fou... Improbable...

Le nouveau couple aurait, sans doute, bien des obstacles à surmonter. Le premier se trouvait dans une pièce de la demeure en face de celle du Mage. Claus avait caché une linkperle dans la chambre de Merydwen et il avait donc suivi l'ensemble des divers échanges. Ce dernier n'en revenait pas. Loin de l'arranger, c'était même le pire scénario qu'il aurait pu prévoir.

- Putain, Kris, tu n'aurais pas pu choisir quelqu'un d'autre? avait pesté le solaire entre ses canines.

Il allait devoir revoir ses plans. Faire son propre choix entre son Devoir et son ami d'enfance. Ses diverses et longues réflexions finirent par être interrompues par certains "propos". Blasé, l'assassin leva la tête au plafond avant de se passer une main sur le visage.

- Sérieux...?

Ce dernier sentait que sa journée allait être longue...

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