Ars Moriendi

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Babd
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Ars Moriendi

Message par Babd » 31 juil. 2019, 11:49

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Chasse au démon
Pour des raisons évidentes, en tout cas à mes yeux, je chassais toujours seule. Qu'est ce qui m'avait poussé à accepter de partir avec six autres personnes si ce n'est "Sa" requête pressante qui avait résonné dans ma tête ces derniers jours.

"Enfin un adversaire digne de moi. Je veux affronter ce démon."

Il n'y avait pas de place pour ce que je pouvais bien penser ou éprouver. Ou plutôt si. "Elle" se nourrissait de ma frustration, de ma colère, de mon agacement, de ma stupide habitude à vouloir lui tenir tête alors qu'à la fin comme toujours, je lui cédais le pas.

Je n'attendais strictement rien de ces gens mais je les espérais suffisamment aguerris pour connaître leur place et me laisser prendre la mienne. Si j'avais dû ces derniers temps me reposer sur quelque chose ou sur quelqu'un d'autre que moi, ma lame ou mon armure, je sais que j'aurai perdu de mon temps. Dans cette existence, il n'y avait plus rien à attendre. Si certains avaient entendu ces paroles, ils auraient pu enchaîner avec le fait que je m'apitoyais sur moi-même. Ils se seraient alors douloureusement trompés, surtout au moment crucial où je les aurai confié à leur triste sort sans un regard pour eux.

Je partis donc sans aucune attente particulière, j'avais quelque chose à faire et je le ferai. Avec ou sans ces gens.

Je devais déchanter assez vite.

Je me retrouvais en compagnie de six personnes pour qui il semblait beaucoup plus important de donner son nom et faire exposition de ses talents plutôt que d'aller se colleter avec la bête.

"Elle" grondait sourdement, tapie encore mais déjà prête à sortir ses griffes. Je la retenais encore bien sûr mais mon agacement et mon impatience n'allait que grandissantes. Ils prirent cela pour de l'inconscience. Les fous. C'était de vouloir me retenir encore et encore par leur diatribe ennuyeuse qui était inconsciente. Allaient-ils se taire à un moment pour fourbir leurs armes et faire ce pour quoi ils étaient là?

Moment d'apothéose quand cet imbécile voulut se prendre pour un petit chef avec moi. "Elle" explosa alors, exigeant que je lui laissa la place pour dévorer l'âme de cet imbécile. Je la bridais encore, frémissante, partagée entre l'ivresse que me provoquerait sa sortie et la prudence encore raisonnée, consciente qu'"Elle" ne triompherait sans doute pas de six aventuriers.

Les mots glissaient sur moi sans vraiment m'atteindre. Comment le pouvaient-ils? Nul n'aurait su me condamner plus durement que je ne le faisais moi-même. Ce n'était pas de ces mots dont j'avais peur, bien au contraire.

Enfin il était là. L'objet de ma quête. Ma proie. "Elle" hurlait déjà sentant l'hallali à venir. Petit à petit, je lâchais son lien, la laissant prendre toute sa place. Le combat fut rude et douloureux, et c'était exactement ce dont "Elle" avait besoin. Et par extension, ce dont j'avais besoin, je m'achetais ainsi une paix quelque peu durable jusqu'au prochain adversaire qu'"Elle" me désignerait.

A la fin du combat, la vision brouillée par la douleur, je parvins in extremis à la juguler et à lui faire regagner son antre. Pour m'éclipser sans un bruit comme j'étais venue. Je n'avais plus rien à faire ici.

Le cornu m'a bien plu, il faudra que je m'arrange pour le recroiser. Nous partageons la même vision des choses.
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Babd
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Re: Ars Moriendi

Message par Babd » 03 août 2019, 11:49

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Faiblesse

Perte de conscience ou branche en travers du chemin, Liane n'en savait rien mais toujours est-il qu'elle s'était retrouvée là, le derrière dans une flaque d'eau remplie de boue, des étoiles plein les yeux, une bosse se formant déjà sur son front. Un peu plus loin, Chimère, son cheval au mauvais caractère broutait, indifférent à son sort.

Depuis le début de la journée, inlassable, une pluie fine tombait sur la forêt, un de ces crachins dégoulinants qui s'insinuent dans le col de vos vêtements pour ruisseler le long de votre épine dorsale et vous tremper tout à fait. En temps normal, la Viera n'en aurait eu cure, mais avec la fièvre qui ne la lâchait pas depuis qu'elle avait affronté le démon, cette humidité constante grignotait son énergie et ses dernières forces.

"Tu es faible. Tellement faible. C'est pitoyable." cracha t-"Elle" avec mépris.

"Lâche moi..." marmonna t-elle, les dents serrés. Elle se traîna au pied d'un arbre pour s'y adosser et y trouver un refuge temporaire. Les élancements dans son crâne troublaient sa vue. Elle claquait des dents, le corps brûlant, perclus de courbatures. Un peu de repos et elle repartirait pour trouver un refuge plus satisfaisant. Ses yeux se fermèrent tandis qu'une sorte de grondement de frustration franchissait ses lèvres en une sorte de gémissement sourd. Dans les brumes de la douleur, il lui sembla entendre "Il y a quelqu'un?". Mûe par un dernier instinct de survie, elle leva une main dérisoire.

Il semblait que malgré tout, la chance était de son côté. "Elle" ricanait, continuant de se moquer d'elle. Insupportable.Une silhouette se pencha sur elle, inquiète. Le sang de la Viera se figea. Un élézen. Elle était sur la route d'Ishgard... Les Templiers. Sa main cherchait déjà la lourde lame posée à côté d'elle. En vain, ses forces l'abandonnaient, la mettant à la merci de cet étranger. Elle le laissa parler, lui dire qu'elle avait besoin de soins, de voir un médecin, qu'il allait s'occuper d'elle.

"Prends ta dague dans ta botte, imbécile et plante lui dans la gorge. Nous jetterons le corps dans l'Aulne ensuite et nous poursuivrons notre route seules, comme nous l'avons toujours fait. Tu ne dois rien à personne, tu ne peux faire confiance à personne. Tu sais ce qu'il se passe quand tu fais confiance à des gens n'est ce pas" Liane "La" sentait s'agiter, tourner comme un animal en cage, "Elle" voulait sortir et libérer toute sa rage sur cet inconnu. "Elle" avait peur.

La chaleur d'un corps, tandis que Romarique -puisque tel était le nom de cet étranger, la soulevait sans effort pour la porter dans ses bras. Depuis combien de temps n'avait-elle pas eu de contacts avec un autre être humain? Liane se débattit mollement, balançant ses jambes mais elle était bien trop faible. Il fallait attendre encore. La jeune femme l'observait discrètement entre ses longs cils noirs. Il ne portait aucune armure, aucune arme et jusque là ses paroles posées n'avaient été tournées que pour s'assurer de son bien être. Quel était le sens caché de telles actions? Il lui faudrait le découvrir tôt ou tard. Ils traversèrent Gridania. Telle une princesse, il lui fit traverser la ville toujours dans ses bras. Un instant, elle craint qu'il ne l'amène chez les élémentalistes. Sa dernière entrevue avec eux ne s'était pas très bien passée, et une sourde angoisse naissait déjà à l'idée d'y retourner. Romarique, une fois encore, prit acte de son choix et la rassura pour lui dire qu'ils appelleraient un médecin plus tard. Pour l'heure il la ramenait dans sa maison. Sa maison?

Liane était toujours surprise de découvrir comment ces gens s'accaparaient ainsi un bout de terre pour décider qu'il était à eux. Une coutume vraiment étrange mais déjà sa curiosité s'émoussait. Les Vieras avaient des territoires sous forme de village mais à Bryndis en tout cas, elles partageaient tout, huttes, nourritures, vêtements, armes, il n'y avait pas vraiment de notion d'individualité.Elle avait hâte de découvrir une de ces maisons dont elle n'avait jamais visité l'intérieur.

Sa première sensation fut une sorte d'oppression comme si elle manquait d'air. Les murs, le plafond l'enserraient comme un étau mais il y avait aussi une sorte de calme et de sécurité qui l'apaisaient. Après un tour dans une "salle de bains" (où elle ne trouva pas ledit bain) pour une "douche chaude" (elle ne savait pas ce que c'était) mais où elle découvrit des sortes d'étoffes moelleuses appelées "serviettes" qui lui plurent beaucoup de déplier pour se frotter avec, elle remonta manger une bonne soupe chaude, sanglée dans des vêtements propres et surtout secs.

Ignorant ce qu'"Elle" lui dictait d'un ton furieux, Liane prit le temps de découvrir cet étrange bonhomme qu'était Romarique. Rien ne semblait dicter sa conduite si ce n'est une profonde dévotion envers l'autre. Il lui conta son histoire et presque malgré elle, elle lui confia certains éléments du passé, la gorge un peu nouée. Il y avait toujours des événements qui ne passaient pas, qui refusaient de remonter encore. L'explorateur -rien que cette appellation l'aurait faite entrer dans une rage meurtrière il y a quelques mois- promit de l'emmener avec lui dans un voyages là bas loin à l'ouest dans les Steppes des Xaelas. C'était bien la première fois que quelqu'un souhaitait sa présence à ses côtés...Liane en restait quelque peu abasourdie. Ne voyait-il pas? Ne comprenait-il pas qu'elle n'était pas le genre de personne sur lequel on s'arrête, on construit?

"Tu n'es pas une véritable guerrière. Tu refuses d'affronter ton pire ennemi. Toi." crissait-"Elle" souvent. "Je reste ainsi ce que je dois être, la véritable puissance, la seule force constituant cet être empli de bien trop de doutes et de faiblesses."

Et Liane ne pouvait que lui donner raison. Née de la solitude et de la folie que celle-ci avait engendré après la disparition du Vert Mot et de son passé douloureux, "Elle" était à l'heure actuelle le seul moteur qui la maintenait en vie, debout, avec suffisamment de colère et de haine chevillées au coeur pour pouvoir encore se mouvoir et avancer.

Et Liane regardait Romarique l'élézen et elle était totalement désemparée.

Les insultes, la dureté, l'adversité, le rejet, la souffrance, tout cela elle connaissait bien, elle en avait fait un art de vivre, une sorte de cocon même, une zone de confort dans lequel elle évoluait, à son aise, en territoire connu. Plus on était dur avec elle et moins elle était prise au dépourvu.

Mais pour la première fois depuis longtemps, elle ne savait pas quoi faire face à cette gentillesse, cet altruisme, cet espoir fou qu'il mettait sous son nez.

Et pour l'heure, "Elle" maintenait encore ces choses loin d'elle. Mais une question la taraudait, insidieuse.


Pour combien de temps encore?
HRP
Il est de ces êtres parfois qui savent juste comment faire. Romarique est l'un d'eux. Merci de ce formidable moment d'interprétation plein de justesse et d'empathie. Rien ne sera plus comme avant après cette magnifique rencontre.
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Babd
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Re: Ars Moriendi

Message par Babd » 14 août 2019, 14:25

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Patrouille

Mandatée pour faire une patrouille dans la forêt où j'avais décidé d'élire mon pied à terre temporaire, j'étais de méchante humeur quand je rejoins le groupe. Rien que l'idée de rejoindre un groupe de toute façon suffisait en général à me donner rapidement de l'urticaire. Celui là ne ferait pas exception, je crois. Je balayais rapidement les gens du regard. Mouais. C'est pas là encore que j'aurai le déclic, je crois.

"Le déclic? Quel déclic? Seule tu es, seule tu dois rester tu le sais bien. Et prends sur toi, j'ai envie de..."

Quelques images montèrent en moi, au rythme de mon agacement mais aussi de mon impatience à enfin tirer cette arme de son fourreau et de la nourrir de ma colère, de ma frustration. J'avais besoin de cogner, de trancher, de détruire et je me réjouissais par avance de la curée à venir.

Sauf qu'à la base on était -mal- payés pour patrouiller. Et je crois que c'est cela qui me mettait le plus en rage. Allez en rang deux par deux, je faillis demander s'il fallait se tenir par la main. Je fermais la marche, j'avais pas envie de leur parler, veiller sur leurs derrières serait amplement suffisant. Personne ne me parlait et on ne me demandait pas pour une fois de raconter ma vie, ça m'allait très bien comme ça. Encore un parmi eux qui se sentait des élans de cheffaillon, j'attendais, blasée, le moment où il y aurait friction, je n'allais pas être déçue, ce moment arriverait un peu plus tard.

On patrouillait donc dans cette forêt que, petit à petit, j'apprenais à estimer, à apprécier bien qu'elle me le rende si mal. J'avais déjà été attaquée par deux fois, un sinistre avertissement spirituel quant à ma nature. Celle que j'étais autrefois aurait accepté humblement la sentence et se serait sans doute inclinée. C'était mal connaître celle que j'étais devenue et cette irrépressible envie de tenir tête à tout, n'importe quoi, à ne pas céder, non par orgueil ("en es-tu sûre?" ricana t-"Elle") mais par pur défi, pour voir sans doute jusqu'où je pouvais aller. Comme une enfant, je cherchais à ce qu'on m'imposa quelques limites, mais jusque là, personne n'en avait posé aucune et je continuais ma course folle, échevelée vers...L'inconnu.

Je commençais déjà à m'ennuyer quand le bourdonnement se fit entendre. Je passe les détails mais bientôt on vit se pointer une espèce de succube de mes deux, les miches à l'air et le regard de la pimprenelle qui veut pas finir sa nuit toute seule. Enfin. Mes mains tremblaient presque d'excitation. La donzelle réussi à charmer l'une d'entre nous -une dénommée Shinme, l'une des rares à m'avoir adressé la parole ce soir là, et la voilà partie se carapater dans la forêt suivie de sa nouvelle victime. Je les poursuivis, non pas que j'ai eu envie de sauver ladite Shinme, mais j'avais l'envie furieuse de voir si la rencontre de la créature et de ma lame pouvait donner quelque chose de plaisant.

Et les autres de geindre qu'il fallait sauver Shinme. Qu'est ce que j'en avais à faire de celle là? Au contraire, moi, ça m'arrangeait qu'elle se soit faite avoir, elle occupait la bestiole.

Et là, commença le spectacle de foire. Quelqu'un, l'espère de zigoto en bleu habillé comme on va au bal, de nous expliquer qu'il fallait user de diplomatie. De diplomatie avec CA?!

"Elle" riait à gorge déployée et je pris sur moi pour ne pas faire de même. Discuter? Vraiment? Je décidais de les laisser faire pour voir jusqu'où leur connerie allait les mener.

Oh, ça n'alla pas vraiment loin, non. Parce qu'à un moment la donzelle devint ce qu'elle était vraiment, un truc dégueulasse avec des crocs, une grande bouche et des machins partout.

Et je chargeais, enfin. Garde haute, comme à mon habitude, l'ivresse du combat faisant bourdonner ms oreilles, et me faire sentir si vivante, si présente.

On l'a eu oui, ce n'était pas bien difficile mais cette bestiole régénérait. Embêtant, je voulais ma prime. Et on a pas de prime si notre proie revient inlassablement.

Le gars en bleu là il voulait récupérer le monstre. Pas clair, le type, mais quelque chose en moi le trouvait au-dessus du lot par rapport aux autres. Je discutais un peu avec lui, même si l'envie de lui coller une taloche me démangeait furieusement. Le cheffaillon fit une petite crise d'autorité et "Elle" rugit intérieurement, me demandant de la défier. Je la repoussais, agacée, je ne me battais que pour des choses que j'estimais justes. La mise en avant d'un ego ne m'intéressait pas, même si la perspective de lui arracher la tête aurait certainement fait plaisir au mien.

Ce fut une drôle de soirée mais dans le fond pas désagréable. J'appris une chose: rester après la fin de mandat permet parfois d'apprendre des choses.

Je rencontrais d'ailleurs un type nommé Tiberius qui connaissait Broken. Le monde est décidément petit. Il m'a parlé d'un "travail" qui pourrait m'intéresser. Voilà qui semble bien, j'ai une réputation à construire moi, une légende à écrire. Et un déclic à avoir, n'en déplaise à l'Autre là.
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