[Chroniques] Les Cendres du Soleil

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Lady ann
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[Chroniques] Les Cendres du Soleil

Message par Lady ann » 25 avr. 2026, 16:21

Chroniques d’un enfant abandonné

Chapitre I — L’enfant laissé au désert

La nuit où l’enfant naquit, la tribu des S'ahjra ne chanta pas.
Dans les terres brûlées où vivent ces Miqo'te Solaire, une naissance est habituellement une fête. Les chasseurs rentrent tôt, les feux sont allumés, et les anciens remercient le Soleil d’avoir offert une nouvelle flamme à la tribu.

Mais cette nuit-là, nul ne célébra.
Car le ciel lui-même semblait retenir sa lumière.
L’ombre de la lune mordait l’astre du jour, et les dunes baignaient dans une clarté étrange, rouge et mourante.

Les anciens avaient déjà vu ce signe. Ils connaissaient ce que cela signifiait.
Lorsque l’enfant poussa son premier cri, le silence envahit la tente.

La sage-femme fut la première à comprendre.
Ses mains tremblèrent. Elle écarta les couvertures.
Et ce qu’elle vit confirma les craintes que personne n’osait prononcer.

Les cheveux de l’enfant étaient blancs comme la cendre froide.
Sa queue portait la même pâleur.
Aucune trace de la chaleur dorée qui marque les enfants du Soleil.

Un murmure parcourut la tente.
Un seul mot fut prononcé.

Sah’khal.
Une Cendre du Soleil.

La nouvelle atteignit rapidement les anciens. Le Nunh de la tribu ne vint pas voir l’enfant. Il n’en avait pas besoin.

Les S'ahjra connaissaient les lois anciennes, celles transmises depuis la faute du Premier Nunh — celui qui avait osé défier le Soleil.

Ces lois étaient simples.
Et cruelles.

Avant l’aube, un petit groupe quitta le camp.
Aucune torche ne fut allumée.
La lune suffisait à éclairer leur chemin.

Dans les bras de la sage-femme reposait l’enfant, enveloppé dans un tissu simple. Il dormait, inconscient du jugement silencieux qui pesait sur lui.
Ils marchèrent longtemps, jusqu’à ce que les feux du camp disparaissent derrière les dunes.

Là, ils s’arrêtèrent.
La sage-femme hésita. Ses mains restèrent un instant immobiles.

Mais les traditions sont lourdes, et les regards des chasseurs ne laissaient place à aucun doute.
Alors elle déposa doucement l’enfant sur le sable.

Un des anciens murmura une prière ancienne.
“Soleil brûlant, reprends ce qui est tien.
Si cet enfant doit vivre, que ce soit par ta volonté.
Si sa flamme est éteinte, que le désert l’emporte.”

Personne ne regarda en arrière lorsque le groupe repartit.
Personne… sauf la sage-femme.

Car derrière eux, dans l’immensité silencieuse des dunes, un nouveau cri venait de briser la nuit.

Le cri d’un enfant que la tribu avait déjà abandonné.

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